PH LE GM A SI ES
seraient, suite de la maladie, h la diarrhée, 'a une perforation.
Lésions anatomiques. A Couverture des cadavres , on trouve , mais assez rarement, un épanchement séro-albumineux et floconneux, quelquefois purulent, dans le péritoine. Dans le plus grand nombre de cas, il n’y a point d’épanchement, et la paroi antérieure de l'abdomen est déformée et adhérente dans une partie de son étendue au paquet intestinal subjacent. Des fausses membranes très-fermes ou molles, plus ou moins épaisses, de couleur variable, établissent des adhérences entre les anses intestinales, et forment à la surface du péritoine une couche qui souvent après l’ouverture du ventre empêche de voir aucun des viscères qu’il contient. Au-dessous se trouve le tube digestif rétracté au-devant de la colonne vertébrale, adhérent a lui-même, diminué d’étendue en longueur et en diamètre.
On rencontre sur la plupart des cadavres des tubercules rares ou nombreux, crus ou ramollis, ayant leur siège tantôt dans les fausses membranes, tantôt sous le péritoine, tantôt a la face interne des intestins ou dans tous ces endroits a la fois. Les sujets qui offrent ces tubercules intestinaux en ont aussi presque constamment dans les poumons.
Diagnostic. Il n’est pas facile , surtout à son début, de reconnaître la péritonite chronique primitive 5 aussi le plus souvent ne fait- on que la soupçonner. Mais plus tard les douleurs abdominales, l’épanchement, la déformation du ventre, sa résistance et sa dureté seront des signes non douteux de cette maladie. La péritonite partielle a des signes si peu certains, qu’on ne la reconnaît souvent qu’a l’ouverture des cadavres.
Pronostic. La péritonite chronique partielle est la seule qui offre des chances probables de guérison. Celle qui est générale, surtout lorsqu’elle est compliquée de tubercules, est presque toujours au-dessus des ressources de l’art.
Traitement. Le repos, une alimentation douce, les cataplasmes de farine de graine de lin sur le ventre, les bains et les demi-bains émollients, alcalins ou sulfureux, les frictions
mercurielles et iodurées, les vésicatoires, cautères, sétons ou
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moxas sur l’abdomen forment la base du traitement de cette maladie. Lorsqu’il survient des symptômes de recrudescence inflammatoire, on applique des sangsues sur le ventre, en nombre proportionné aux forces du malade. On combat la diarrhée par l’opium et les boissons gommeuses, les vomissements opiniâtres par les boissons gazeuses et la glace.
2e Genre. Phlegmasies des organes respiratoires.
Laryngite.
On donne le nom de laryngite a l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse la cavité du larynx. On en distingue cinq espèces différentes, qui sont la laryngite aiguë simple, la laryngite striduleuse ou faux croup, la laryngite pseudomembraneuse ou croup, la laryngite sous-muqueuse ou œdème de la glotte et la laryngite chronique.
Laryngite aiguë simple.
Angine larynge'e.
Causes. Les principales sont celles qui agissent directement sur le larynx, telles que l’inspiration d’un air très-froid ou très-chaud, de vapeurs irritantes, la marche dans une direction opposée â celle du vent, l’exposition du cou â une température froide, le chant, la lecture ou la déclamation longtemps continuées et animées.
Symptômes. Dans une foule de cas cette maladie est si légère, qu’elle fixe â peine l’attention des malades. Elle est sans fièvre-, la voix est grave, un peu voilée, rauque, enrouée 5 il y a un peu ou point de toux-, mais point de douleur au larynx-, au bout de quelques jours de repos, etâ l’aide des moyens les plus simples, la voix reprend son timbre normal. D’autres fois la maladie débute par du malaise, un mouvement fébrile plus ou moins prononcé et une douleur au larynx. Cette douleur augmente par la toux, la parole et la compression du cartilage thyroïde 5 la voix est très-rauque, s’entend difficilement et
PHLEGMASIES.
même se supprime tout à fait-, il y a une toux sèche, sourde et douloureuse; l’inspiration est gênée et souvent sifflante-, la déglutition est douloureuse-, la membrane muqueuse de l’épiglotte paraît plus ou moins rouge chez les malades où l’on peut l’apercevoir en baissant la langue. — Dans quelques cas plus graves, il survient de véritables accès de suffocation avec suppression de la voix et dyspnée considérable. La laryngite un peu intense est ordinairement accompagnée d’anxiété, de chaleur a la peau et de fréquence du pouls.
Cette maladie dure ordinairement de quatre a huit jours. Elle se termine dans la plupart des cas d’une manière heureuse, par l’expectoration de mucosités abondantes et épaisses. Elle passe parfois a l’état chronique ; d’autres fois elle est remplacée par une bronchite; quelquefois, mais rarement, elle se change en laryngite sous-muqueuse , maladie si souvent mortelle. Lorsque la laryngite simple est très-violente, surtout chez les enfants, elle peut amener la suffocation et la mort.
La laryngite est quelquefois compliquée d’angine gutturale, de trachéite , de bronchite.
Lésions anatomiques. Chez les enfants qui succombent a cette maladie, la membrane muqueuse du larynx est rouge, plus ou moins épaissie, couverte de mucosités épaisses; chez 1rs adultes, indépendamment de ces lésions, les replis aryténoépiglottiques sont ordinairement infiltrés d’un liquide séreux ou séro- purulent.
Diagnostic. On reconnaît de suite cette maladie à l’enrouement et a la douleur du larynx. On la distingue de l’angine striduleuse en ce qu’il n’y a point d’accès subit de suffocation et du croup, en ce qu’il n’y a point de fausses membranes dans le pharynx, ni d’engorgement des ganglions cervicaux.
Pronostic. Cette maladie n’est point généralement une maladie grave; elle peut le devenir par son intensité, surtout si elle existe chez de jeunes sujets.
Traitement. Le silence, le repos, une température douce, une boisson adoucissante sont les seuls moyens nécessaires , lorsque la laryngite est légère. Lorsqu’elle est intense, il faut
PATHOLOGIE SPÉCIALE
en outre recourir k la saignée et a l’application simultanée de sangsues sur le larynx , ou à un seul de ces genres d’émission sanguine. On fera usage en même temps de cataplasmes de farine de graine de lin sur le larynx , de bains de pieds sinapisés, de sinapismes, de fumigations émollientes qu’on fera respirer au malade a l’aide d’un entonnoir. S’il y avait crainte de suffocation, surtout chez les enfants, il faudrait provoquer le vomissement a l’aide de l’ipécacuanha. Si le danger augmentait malgré ces moyens, il faudrait appliquer un large vésicatoire k la nuque ou sur le larynx; enfin, si l’asphyxie était imminente, il ne resterait d’autre chance de salut que l’opération de la bronchotomie.
Laryngite striduleuse ou Faux Croup.
Asthme aigu, asthme spasmodique de Millar, catarrhe suffoquant, spasme de la
glotte, croup de beaucoup d’auteurs.
Définition. La laryngite striduleuse est une espèce de laryngite simple, propre aux enfants, et accompagnée d’accès effrayants et subits de toux rauque et de suffocation.
Causes. La laryngite striduleuse est une maladie propre aux enfants depuis l’âge d’un an jusqu’à six ou sept , très-rarement au delà; elle atteint plus souvent les garçons que les filles-, elle règne dans les pays humides , qu’ils soient froids ou tempérés. Elle est provoquée par toutes les causes qui donnent lieu a la laryngite simple, mais principalement par les refroidissements de toute espèce. Elle est beaucoup plus fréquente que le croup.
Symptômes. Cette maladie débute ordinairement la nuit, pendant le sommeil. L’enfant est réveillé tout a coup par une toux rauque , sonore, éclatante , sifflante , ressemblant parfois a l’aboiement d’un jeune chien ; la difficulté de respirer est si grande qu’il paraît menacé de suffocation ; dans son effroi , il s’agite et fait des efforts pour crier qui augmentent la dyspnée. La face est rouge , les lèvres violettes , le pouls vif et fréquent ; mais bientôt cet effrayant appareil de symptômes diminue, la toux devient moins grave, les craintes de suffocation cessent; la figure est alors pâle, froide et couverte de sueur. Dès que
PHLEGM AS1ES.
les premières quintes sont passées, l’enfant peut parler avec une voix enrouée , mais point éteinte. Si Ton examine alors le pharynx, on n’y trouve aucune fausse membrane, et les ganglions cervicaux ne sont point tuméfiés. Il survient ensuite d’autres quintes qui vont en diminuant d’intensité-, dans leur intervalle , la voix reste un peu enrouée , la respiration fait entendre un peu de sifflement laryngo-trachéal. Le premier accès de cette maladie peut atteindre des enfants éveillés , mais il est alors bien moins violent.
La plupart des symptômes se dissipent ordinairement au bout d’une ou deux heures-, l’enfant reprend sa gaieté et ses jeux, toussant un peu de loin en loin, la voix conservant encore quelque chose de rauque. La nuit suivante, il survient de nouveaux accès, mais beaucoup moins forts-, le pouls est calme et la peau naturelle.
Du premier au troisième jour, la toux s’humecte , les quintes deviennent plus courtes ; la maladie suit la marche d’un rhume ordinaire et se termine heureusement vers le troisième ou le quatrième jour. Elle peut durer cependant douze a quinze jours. Lorsque la maladie se prolonge aussi longtemps, cela tient en général a l’intensité de l’affection catarrhale -, dans ce cas, il y a le plus souvent un mouvement fébrile plus ou moins prononcé.
Lésions anatomiques. Cette maladie n’étant jamais ou presque jamais mortelle, on n’a point eu occasion de noter les altérations qu’elle occasionne. Quelques enfants qui en étaient atteints ayant succombé a des maladies accidentelles , on n’a trouvé dans le larynx qu’un peu de rougeur de la membrane muqueuse, qui ne pouvait expliquer les symptômes observés.
Diagnostic. Des accès de dyspnée et de suffocation , avec une toux rauque et sifflante, survenant subitement et se terminant au bout de peu de temps d’une manière heureuse, tels sont les signes qui distinguent cette maladie de la laryngite simple, dont la marche est successivement croissante, et du croup, avec lequel on l’a longtemps confondue. En parlant de cette dernière affection, nous reviendrons sur les caractères qui ne permettent pas de la confondre avec l’angine striduleuse.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Le faux croup est bien une phlegmasie de la muqueuse laryngée; mais Télément nerveux y joue un grand rôle, dont il importe de tenir compte dans le traitement.
Pronostic . Quoique très-effrayante par ses symptômes, cette maladie n’offre point une gravité réelle, puisque son issue est presque constamment heureuse.
Traitement. Depuis qu’on a établi une différence essentielle entre le croup et la laryngite striduleuse, le traitement de celle-ci s’est singulièrement simplifié. Au lieu des vomitifs et des sangsues, premier moyen qu’on employait autrefois, on se borne aujourd’hui a traiter cette maladie, comme un simple rhume, par les boissons adoucissantes et mucilagineuses, auxquelles on peut ajouter les fumigations émollientes dans la bouche, les pédiluves excitants, les cataplasmes de farine de graine de lin sur le cou. Cependant, lorsqu’il y a de la fièvre et beaucoup de dyspnée, il faut recourir parfois aux émissions sanguines et même aux vomitifs. Dans ces cas, il existe souvent une bronchite , quelquefois une pneumonie , maladies qu’il faut traiter comme s’il n’y avait point de toux croupale.
Le faux croup nerveux demande l’emploi des lavements purgatifs, des laxatifs doux et des antispasmodiques, comme le camphre et l’éther succiné en fumigations, en frictions, etc., l’assa fœtida en lavement, les bains tièdes.
Croup.
Suffocatio stridula; angina membranacea, polyposa ; cynanche trachealis, angine laryngée membraneuse, diphtliérite , laryngite pseudo-membraneuse.
Définition. Le croup est une espèce de laryngite occasionnée par la formation d’une fausse membrane dans la cavité du larynx , et accompagnée d’une voix rauque plus ou moins éteinte et d’accès de suffocation le plus souvent mortels.
Causes. Le croup est une maladie propre aux enfants, qu’il atteint principalement depuis l’âge de sept mois jusqu’à douze ans -, il est le plus fréquent de deux à sept ans. Les garçons y sont plus sujets que les filles. Quoique très-rare aux autres époques de la vie, on l’y observe quelquefois, et l’on peut dire
PI1LEGMASIES.
qu’aucun âge n’en est entièrement exempt. Plus commun dans les pays froids, tempérés et humides, que dans les pays chauds et secs, il exerce principalement ses ravages dans les lieux bas, aquatiques, boisés, humides, sur les enfants mal nourris, mal vêtus, vivant dans des habitations mal aérées, trop étroites, insalubres. Les maladies longues qui ont affaibli la constitution, les affections catarrhales, mais surtout l’angine couenneuse et les lièvres éruptives y prédisposent d’une manière violente, et même y donnent souvent lieu sans l’intervention d’aucune cause occasionnelle. D'autres fois, la maladie est produite par l’action d’un froid humide. Des faits nombreux établissent qu’elle peut se propager par la contagion médiate ou immédiate. Le croup est le plus souvent sporadique; mais il n’est pas rare de le voir régner épidémiquement. Il paraît n’atteindre qu’une fois dans la vie, ou du moins les exemples contraires n’ont pas été jusqu'ici suffisamment constatés.
Symptômes . Les symptômes du croup présentent en général dans leur succession trois périodes distinctes.
Première période ou période d’angine couenneuse. La maladie débute par de légers frissons, suivis de lièvre et de mal de gorge, assez souvent accompagné d’un peu de douleur h la partie antérieure du cou et du gonflement des ganglions sousmaxillaires. Le pharynx est rouge, les amygdales sont tuméfiées; l’on observe sur ces parties, sur le voile du palais, sur la luette, quelquefois sur tous ces organes à la fois, de petites plaques blanches qui suivent la marche que nous avons décrite plus haut (p. 465) en parlant de l’angine couenneuse, dont elles forment le caractère essentiel. On observe assez souvent un léger suintement séreux, jaunâtre et fétide par les narines, et des escarres pseudo-membraneuses sur diverses parties du corps. Cette période se termine en vingtquatre heures dans les cas violents; ordinairement elle dure quatre a cinq jours, quelquefois sept.
Deuxième période. Elle commence par de courtes quintes d’une petite toux sèche, revenant fréquemment et s’accompagnant d’aphonie et d’un peu de suffocation. Ces symptômes augmentent rapidement : la toux devient rauque, sourde,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
comme étouffée et douloureuse ; elle est suivie d’une inspiration courte, sèche et sifflante, comme si l’air traversait un tube métallique. Dans l’intervalle des quintes, la poitrine du malade fait entendre un râle sifflant laryngo-trachéal, si bruyant qu’il est impossible, en auscullant la respiration, de percevoir le bruit de l’expansion pulmonaire. La voix est enrouée, faible, plus ou moins éteinte, ayant un timbre métallique comme la toux, présentant quelque analogie avec celle des ventriloques. Les quintes sont accompagnées d’une grande anxiété et d’un sentiment de suffocation qui fait dresser subitement les malades sur leur séant. En même temps la respiration et le pouls sont très-fréquents, la face est pâle, livide et bouffie, quelquefois rouge pendant les exacerbations fébriles. La toux détermine parfois des vomissements de mucosités et de lambeaux membraneux, qui sont suivis d’une amélioration momentanée dans l’état de la respiration et d’une diminution de la tristesse du malade.
En général , lorsque l’issue de la maladie doit être heureuse, les accès de suffocation, moins violents et plus rares, finissent par disparaître, la toux devient moins sèche, humide ^ il y a expuition ou expectoration de crachats visqueux, mêlés de petits lambeaux membraneux. Les malades ne guérissent guère que dans cette période. Dans ce cas, la convalescence est prompte, la guérison paraît le résultat de l’élimination des fausses membranes; mais l’aphonie persiste souvent assez longtemps.
Troisième période. Elle peut arriver après vingt-quatre heures depuis l’invasion, d’autres fois après plusieurs jours, très-rarement après le septième jour. L’état du malade empire sous tous les rapports : l’état de suffocation est continuel et se manifeste par une respiration bruyante, accélérée et convulsive , par un sifflement qui se fait entendre a une grande distance, par une aphonie complète, par une toux qui aggrave l’anxiété et la dyspnée et porte le malade à se renverser en arrière pour respirer. Le pouls est très-fréquent et irrégulier, la face couverte de sueur, l’assoupissement presque continuel. La mort ne tarde pas k terminer cette scène
PHLEGM ASIES.
cruelle. Les malades, Irès-affaiblis, succombent dans un état d’asphyxie calme, sans présenter les angoisses de suffocation.
Variétés. Dans quelques circonstances rares, les fausses membranes se forment instantanément et a la fois dans le pharynx et le larynx- il n’y a qu’une période promptement mortelle. Dans un vingtième des cas environ, l’angine couenneuse manque-, les fausses membranes se développent d’emblée dans le larynx , et quelquefois dans la trachée-artère et les bronches. Chez les adultes, la marche du croup est moins rapide et moins violente, et il n’y a point d’accès de suffocation.
Lésions anatomiques. Une fausse membrane a la surface du larynx, tel est le caractère anatomique du croup chez les sujets qui ont succombé. Sur 180 autopsies, on a trouvé cette concrétion pelliculaire bornée au larynx et a la trachée dans les trois quarts des cas, et s’étendant aux bronches et à leurs ramifications dans un quart. Les plaques blanches qu’on remarquait dans la gorge pendant la première période de la maladie ont disparu après la mort par suite du traitement employé ou d’une élimination spontanée; il n’en est pas de même pour les voies aériennes : les fausses membranes qu’on y rencontre offrent de grandes variétés d’étendue, de couleur , de forme et de consistance : ce sont quelquefois des lambeaux épars ça et l'a sur la membrane muqueuse-, plus souvent elies sont répandues uniformément sur une portion plus ou moins grande de celte membrane; ordinairement blanches ou d’un blanc grisâtre, elles peuvent, dans quelques circonstances, contracter une couleur rougeâtre ou noirâtre. Elles sont tantôt molles, friables, presque diffluentes, tantôt plus ou moins résistantes; parfois aussi minces qu’une pellicule d'œuf ou même qu’une toile d’araignée, elles peuvent présenter une épaisseur de cinq millimètres. Ces fausses membranes, quelquefois séparées de la membrane muqueuse dans plusieurs points par une couche liquide, ou même ayant quelques portions libres et flottantes dansce liquide, sont adhérentes a cette membrane, tantôt d’une manière assez lâche, tantôt plus ou moins intimement. Après avoir détaché ces
PATHOLOGIE SPÉCIALE
concrétions , on trouve la membrane muqueuse subjaccnte d'un rouge plus ou moins foncé, quelquefois conservant sa couleur et sa consistance normales. Indépendamment de ces lésions, on trouve toujours dans le larynx un liquide spumeux, muqueux ou puriforme.
On rencontre encore très-souvent les concrétions pseudomembraneuses dans le pharynx et barrière-bouche , quelquefois dans les fosses nasales, dans le conduit auditif, ou même sur les surfaces de la peau accidentellement dénudées, comme celles des vésicatoires, des cautères, etc.
Diagnostic. Autrefois le croup et la laryngite striduleuse étaient confondus ensemble et considérés comme la même maladie. Depuis qu'une observation plus attentive a prouvé que c’étaient deux affections distinctes, beaucoup de médecins s’y trompent encore, et cette erreur est grave sous le double point de vue du pronostic et du traitement. La distinction n’est cependant pas très-difficile : le croup débute par l’angine couenneuse et l’engorgement des ganglions sous-maxillaires, ce qui n’existe pas dans la laryngite striduleuse ; dans la première de ces maladies, la voix est enrouée, faible, sourde, étouffée et comme éteinte-, dans la seconde, elle est enrouée aussi, mais forte, sonore, éclatante. Dans les deux maladies, il y a des accès de suffocation, mais ils sont suivis, dans le faux croup, d’une rémission presque complète qui n’existe jamais dans le vrai croup.
Les causes du croup, ses symptômes, les lésions anatomiques qu’il entraîne, prouvent que cette maladie est une inflammation spécifique de la membrane muqueuse des voies aériennes.
Pronostic. Cette maladie est une des plus redoutables et des plus graves qui existent , puisqu’elle enlève la plupart des malades qui en sont atteints. L’aphonie complète, une grande dyspnée , un pouls petit et irrégulier sont les signes d'un danger très-prochain. Lorsque les malades sont parvenus a la troisième période, il ne reste presque aucun espoir de guérison.
Traitement. Lorsque le croup débute par une angine couenneuse dans le pharynx, ce qui arrive le plus souvent, la pre-
PHLEGMASIES.
mière indication à remplir consiste a arrêter les progrès de cette angine ; on prévient ainsi le développement des symptômes croupaux. On devra, dans ce but, recourir de suite a la cautérisation des plaques blanches du pharynx avec l’acide hydrochlorique affaibli, ou mieux encore avec une solution de nitrate d’argent ( 20 h 30 centigrammes de ce sel dans 15 grammes d’eau ), qu’on porte dans cet organe à l’aide d’une éponge solidement fixée a l’extrémité d'un morceau de baleine flexible. Quant aux autres moyens a employer dans cette première période du croup , nous renvoyons a l’article que nous avons consacré au traitement de l’angine couenneuse (p. 465).
Si la maladie commence par le larynx ou la trachée-artère, ce qui est très- rare, la première période de la maladie manque , et il n’y a plus lieu au traitement local ; l’on est réduit aux moyens généraux, dont on fait d’ailleurs usage lorsque le croup a suivi sa marche régulière.
Quoique les émissions sanguines ne conviennent point en général dans le croup, il est quelquefois utile de recourir a la saignée locale ou générale chez les adultes et chez les enfants forts et vigoureux, lorsqu’il survient, dès le début, des symptômes de suffocation imminente ; mais dans la plupart des cas, loin d’être utile, elle accélère la perte des malades. Un des moyens le plus recommandés, et auquel on a dû des guérisons bien prouvées, c’est l’emploi des mercuriaux a l’extérieur et 'a l’intérieur, poussé jusqu’à la salivation- on se propose de modifier par ce médicament la phlegmasie diphthéritique. On prescrit le calomel à l’intérieur à la dose d’un à trois centigrammes, répétée toutes les demi-heures ou toutes les heures, et l’on fait en même temps des frictions avec l’onguent napolitain à la partie interne des cuisses et des bras , aux aisselles, sur les côtés du cou. Les mercuriaux conviennent chez les sujets robustes, mais ils peuvent jeter ceux qui sont d’une pauvre constitution dans une débilité funeste , surtout lorsqu’ils amènent la salivation. Il est prudent de s’en abstenir , dans ce cas , ou de n’y recourir qu’avec une grande prudence.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Une autre médication qu’on emploie concurremment avec les moyens que nous venons d’indiquer, dans le but de favoriser ou de provoquer l’expulsion des fausses membranes, ce sont les expectorants et surtout les vomitifs, l’ipécacuanha et l’émétique. On donne l’émétique dès le début a la dose de 5 centigrammes d’un a quatre ans, et de 10 centigrammes au delà de cet âge. On fait vomir une fois par jour pendant plusieurs jours de suite ou même deux fois par jour. Tous les praticiens ont obtenu des succès par les vomitifs répétés $ mais le succès le plus important que nous connaissions c’est celui que fait connaître M. Valleix dans son Guide du praticien. Sur 31 malades chez lesquels ripécacuanha et l’émétique furent les moyens principaux de traitement, 15 furent guéris, tandis que sur 22 autres malades chez lesquels on ne fit qu’un usage très-modéré des vomitifs, un seul guérit. Il s’en huit cependant que tous les praticiens soient aussi heureux dans l’emploi des vomitifs coup sur coup. Plusieurs médecins allemands font vomir avec le sulfate de cuivre â la dose d’un décigramme dans 5 â 6 décigrammes de sucre en poudre. On y revient ensuite plus ou moins souvent , comme pour le tartre stibié. L’expérience n’a pas encore prouvé que ce sel cuivreux soit préférable aux autres vomitifs.
On a encore conseillé contre le croup les sternutatoires , les purgatifs, les affusions froides, le sulfure de potasse, tous moyens aujourd'hui généralement abandonnés comme n’ayant pas une efficacité constatée, et quelques-uns d’eux même pouvant être nuisibles.
Lorsque tous les agents thérapeutiques ont été employés inutilement, et que la maladie est parvenue â sa troisième période, il ne reste plus d’autre ressource que la trachéotomie, pourvu qu’on n’y recoure pas trop tard. M. Bretonneau a sauvé cinq malades sur dix-sept par cette opération; M. Trousseau, vingt-neuf sur cent vingt-huit. Le résultat général des opérations pratiquées en divers temps par différents médecins et publié par M. Trousseau a été de soixante -dix guérisons sur plus de trois cents morts; ce qui donne à peu près une chance de succès sur cinq. Cette proportion, quoique
faible , offre cependant encore une voie de salut qu’il ne faut pas négliger dans un état qui est à peu près constamment mortel. On pratique la trachéotomie par les procédés ordinaires. M. Trousseau introduit ensuite dans l’ouverture une espèce de pince qu’il appelle, d’après sa destination, dilatateur , laquelle élargit l’ouverture et favorise l’entrée et la sortie de l'air. Avant de placer la canule qui doit rester a demeure,
MM. Bretonneau et Trousseau neltovent la trachée et les
bronches à l’aide d’un procédé qu’ils appellent écouvillonnement , et cautérisent la membrane muqueuse qui les tapisse 5 pour cela , ils introduisent dans la trachée un petit écouvillon , composé d’une éponge fine attachée au bout d’une tige de baleine de six a huit pouces de long; ils l’enfoncent rapidement de trois a cinq pouces en le faisant tourner sur lui-même et en le faisant cheminer plusieurs fois de haut en bas ; chaque écouvillonnement ne doit pas durer plus de deux ou trois secondes. On retire alors l’instrument, on le nettoie, et on l’enfonce de nouveau jusqu’à ce qu’on ait emporté les mucosités et les fausses membranes que l’on entend s’agiter dans la trachée. Lorsque les fausses membranes sont trop adhérentes, il emploie un écouvillon de cuir. Après cette opération, ce praticien cautérise en portant dans la trachée et le larynx l’éponge de l’écouvillon imbibée d’une solution de nitrate d’argent (4 grammes d’eau et un gramme de ce sel) . Cela fait, on place dans la trachée une canule dont l’orifice doit avoir au moins le calibre normal de la glotte ; on la fixe a l’aide de deux cordonnets , en ayant soin qu’elle reste bien en place et qu’elle ne s’obstrue pas. Si ce cas arrive, on la nettoie, on écouvillonne de nouveau et on la replace. A la suite de l’opération , on soutient les forces du malade par une alimentation légère. On ne retire définitivement la canule que lorsque les symptômes graves se sont dissipés et que l’air entre librement par la glotte. Au reste, M. Trousseau a maintenant renoncé à l’écouvillonnement et à la cautérisation. Il se borne à laisser dans la plaie une canule double-, la canule interne s’engoue souvent-, on l’enlève et on la nettoie toutes les deux heures. Par ce procédé simplifié , M. Trousseau aurait sauvé 8 malades sur 18 en 1851.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Laryngite sous-muqueuse.
Angine laryngée œdémateuse , œdème de la glotte.
Définition. Celte maladie, décrite pour la première fois en 1808 par Bayle , mon oncle, sous le nom d'œdème de la glotte , est une laryngite dans laquelle l’inflammation s’est propagée au tissu cellulaire sous-muqueux des bords de la glotte, et a donné lieu au gonflement et a l’infiltration séreuse ou purulente de ce tissu.
Causes. Cette maladie, très-rare dans l’enfance, plus commune chez l’homme que chez la femme, dans la jeunesse qu’aux autres époques de la vie, peut être déterminée par l’impression du froid et par toutes les causes des maladies catarrhales et inflammatoires; le plus souvent elle n’a aucune cause occasionnelle bien précise, et survient pendant la convalescence des maladies fébriles. Elle succède assez souvent à l’angine pharyngée, a la laryngite chronique et autres affections chroniques du larynx avec ulcération.
Symptômes. La laryngite sous-muqueuse peut débuter par la suffocation avec douleur dans la région du larynx; mais ordinairement elle commence par un sentiment de gêne dans cet organe, gêne dont les malades cherchent à se débarrasser par une expiration forte et sonore ; la voix est un peu rauque, il n’y a point de fièvre. Au bout d’un ou de plusieurs jours, les efforts pour débarrasser le larynx se multiplient avec expuition de crachats glaireux ; la voix devient plus rauque et s’éteint même quelquefois, il y a parfois un peu de toux; la respiration, gênée d’abord par courts intervalles , devient peu 'a peu bruyante et même un peu râlante; l’inspiration fait entendre un sifflement particulier. Après un temps variable depuis quelques jours jusqu’à quelques semaines le malade est pris d’un accès de suffocation qui dure de cinq minutes à un quart d’heure , et pendant lequel l’inspiration est bruyante, sifflante et très-difficile , tandis que l'expiration est très-facile. Ces accès , plus ou moins rares ou fréquents, finissent par se rapprocher et devenir plus violents; dans leurs intervalles,
PHLEGMASIES.
la respiration devient progressivement plus gênée et plus bruyante. Le pouls est inégal , irrégulier , quelquefois intermittent.
Après un temps qui varie depuis quelques jours jusqu’à un mois , les malades succombent soit dans un accès de suffocation, soit dans rintervalle des accès au milieu d’un état d’apoplexie lente. Chez quelques individus, la maladie est trèscourte $ ils périssent en quelques heures d’une orthopnée foudroyante. Toutefois , la terminaison n’est pas toujours funeste , et il guérit environ un cinquième des malades.
Lésions anatomiques. Les replis ary léno - épiglotliques , qui forment les bords de la glotte, sont gonflés, blancs, comme tremblotants, et constituent deux bourrelets plus ou moins saillants, infiltrés d’une sérosité qu’il est très-difficile de faire sortir des mailles du tissu cellulaire sous-muqueux qui la contiennent. Le gonflement de ces replis œdémateux est disposé de telle manière que l’impulsion de la colonne d’air , qui vient du pharynx dans l’inspiration, les renverse dans l’ouverture de la glotte qu’ils bouchent plus ou moins complètement , tandis que l’impulsion de la même colonne, qui vient de la trachée dans l’expiration , repousse ces bourrelets sur les côtés de l’ouverture de la glotte , dont l’orifice devient libre. Ce mécanisme explique tous les symptômes de la maladie. Le larynx présente tantôt un gonflement œdémateux léger et uniforme, tantôt des taches rouges, une injection de ses vaisseaux, quelquefois un abcès. — Au lieu de sérosité dans le tissu cellulaire des replis aryténo-épiglottiques , on trouve dans certains cas une sorte de lymphe plastique ou du pus , soit infiltré, soit réuni en foyer. Il y a quelquefois carie d’un des cartilages du larynx. Dans quelques cas fort rares, le calibre du larynx est rétréci et obstrué par un gonflement œdémateux ou purulent situé au-dessous des bords de la glotte qui sont sains-, c’est ce que M. Cruveilhier appelle la laryngite sousglottique.
Diagnostic. Les signes suivants feront facilement reconnaître cette maladie et permettront de la distinguer de toutes celles avec lesquelles elle a de la ressemblance : elle n’est point or-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
dinairement accompagnée de fièvre ; la voix est enrouée -, il y a dans la respiration une gêne habituelle caractérisée par une inspiration difficile et sifflante , tandis que l’expiration reste facile ; il survient de loin en loin des accès de suffocation dans lesquels l’inspiration est très-sonore , très-bruyante et presque impossible, pendant que l’expiration est libre.
Pronostic. La terminaison presque toujours funeste de la laryngite sous-muqueuse dit assez que son pronostic est excessivement grave. Les accès de sulfocation, devenant plus fréquents et plus violents, font craindre une mort prochaine.
Traitement. Les moyens généraux a employer sont la saignée, les sangsues au cou, aux environs du larynx ou a l’anus, les vomitifs et les purgatifs-, a titre de révulsifs, de larges sinapismes et des vésicatoires au cou, aux bras ou a la nuque. Au reste, ces moyens employés seuls n’ont presque jamais été suffisants pour amener la guérison, lorsque les accès étaient fréquents ou violents. La seule ressource qu’il y ait pour sauver le malade, c’est de se hâter de pratiquer la laryngotomie, qui elle-même deviendrait inutile, si on y avait recours trop tard. C’est surtout après cette opération que les agents thérapeutiques dont nous venons de parler pourront être utiles pour combattre l’infiltration séreuse delà glotte.
Laryngite chronique.
On distingue deux espèces de laryngite chronique : l’une idiopathique et essentielle, c’est la laryngite chronique simple ; l’autre, qui est toujours ou presque toujours le symptôme de tubercules , de la syphilis et de maladies organiques des voies respiratoires, c’est la laryngite chronique ulcéreuse , a laquelle on donne ordinairement le nom de phthisie laryngée. Nous ne traiterons point ici de celte dernière espèce, qui est purement symptomatique, et nous renvoyons aux maladies dont elle dépend.
Causes. Rare chez les enfants, plus fréquente chez l'homme que chez la femme , cette maladie s’observe surtout entre trente et quarante ans. Elle succède assez souvent â une la-
PHLEGMASIES.
ryngite aiguë négligée , et dépend alors de toutes les causes qui ont donné lieu à celle-ci ; d’autres fois elle est primitivement chronique -, et dans ce cas, elle est presque toujours occasionnée par des efforts de voix chez les personnes qui sont obligées, par leur profession, de parler ou de chanter en public 5 tels sont les prédicateurs, les avocats , les acteurs, les chan- (eurs, les crieurs publics, etc., surtout si ces personnes sont en même temps exposées aux intempéries de l’air, comme cela arrive aux marchands et chanteurs ambulants. Elle est encore occasionnée par les poussières très-fines qui voltigent dans l’air dans l’exercice de certaines professions, par des corps étrangers qui tombent dans les voies aériennes, par l’usage immodéré des liqueurs alcooliques , par la masturbation et l’abus du coït. Ces dernières causes rendent la maladie fréquente chez les filles publiques, surtout celles de bas étage.
Symptômes . Ils consistent essentiellement dans l’état de la voix , qui est toujours altérée , mais avec des nuances variées ; elle peut être plus ou moins voilée, dure, inégale, rauque h divers degrés. Cet enrouement diminue pendant le travail de la digestion et le séjour dans une atmosphère chaude -, il s’aggrave au froid et a l’humidité • il varie au reste suivant une foule d’autres circonstances. Les malades éprouvent par moments un sentiment de gêne au larynx; ils toussent quelquefois, surtout le matin, et expectorent quelques crachats d’un blanc jaunâtre. La santé générale n’est d’ailleurs nullement troublée.
La laryngite chronique est sujette dans son cours à des exacerbations plus ou moins vives-, elle peut passer â l’état aigu -, sa marche est lente; sa durée indéterminée. Elle peut durer des années sans nuire a la santé. On a prétendu que, dans quelques cas rares, elle pouvait se terminer par ulcération, mais cela 11’est point encore prouvé.
Diagnostic. La laryngite chronique se reconnaît facilement aux symptômes qui précèdent; mais il importe surtout de la distinguer des laryngites ulcéreuse, tuberculeuse et syphilitique. Celles-ci présentent l’une et l’autre des phénomènes 1. 34
PATIIQLpGIp SPÉCIALE.
beaucoup plus prononcés et plus graves que la laryngite chronique 5 de plus, elles sont accompagnées, la première des signes de la phthisie pulmonaire, et la seconde des signes de la syphilis.
Pronostic. Cette maladie est toujours bénigne et sans danger.
Traitement. On deyra d’abord soustraire le malade aux causes qui ont occasionné ou qui entretiennent la laryngite chronique ; on prescrira un silenGe plus ou moins complet, suivant l'intensité de l’affection, la respiration d’un air calme, tempéré ou chaud, le soin d’éviter le vent, les exercices forts, l’air froid et humide et toutes les causes de refroidissement. Si l’enrouement était fort et le larynx douloureux, il faudrait appliquer des sangsues à la région thyroïdienne et quelques ventouses a la nuque. Mais les moyens les plus utiles en pareil cas, ce sont les révulsifs extérieurs, tels que les vésicatoires volants ou a demeure au cou ou a la nuque , les frictions d’huile de croton tiglium ou de pommade émétisée. On calme la toux, lorsqu’elle est fréquente, en faisant fumer au malade un mélange de feuilles bien sèches de stramonium et de belladone, soit dans une pipe, soit sous forme de cigarettes. Dans les cas opiniâtres, M. Trousseau cautérise le larynx avec une solution de deux grammes de nitrate d’argent sur quatre grammes d’eau. Il en imbibe une petite éponge fixée au bout d’une baleine flexible et la porte, sous l'épiglotte, jusque dans le larynx qu’il cautérise. Dans d’autres cas, ce praticien fait insuffler dans le même organe une poudre fine de nitrate de bismuth , de sulfate de zinc, de cuivre , mêlée avec du sucre. A cet effet , il met une certaine quantité de cette poudre dans un tuyau de plume 'a écrire; le malade en porte un bout au fond du gosier, et faisant une forte inspiration, il fait pénétrer jusqu’au larynx une partie de cette poudre. Les résultats avantageux obtenus par M. Trousseau de la cautérisation et des insufflations ne sont pas encore assez nombreux pour porter un jugement assuré sur le degré d'utilité de ces moyens.
PHLEGMAS1ES.
Bronchite.
Rhume, catarrhe pulmonaire, fièvre catarrhale.
Définition. On donne le nom de bronchite a 1'infiammation de la membrane muqueuse qui tapisse la trachée-artère, les bronches et les ramifications bronchiques, dont elle occupe une portion plus ou moins étendue, quelquefois même la totalité. C'est sans doute la maladie la plus fréquente, puisqu'il n’est peut être pas d'homme qui n'en soit atteint plusieurs fois en sa vie. On la divise en bronchite aiguë et en bronchite chronique.
Bronchite aiguë.
Causes. Quoique très-commune a tous les âges de la vie, cette maladie paraît encore plus fréquente dans la vieillesse et surtout dans l'enfance, époque où le travail de la dentition, une constitution faible, une vie molle et sédentaire 5 prédisposent évidemment. Les hommes y sont plus sujets que les femmes, par suite de leur vie extérieure qui les expose davantage aux intempéries. Les personnes qui se couvrent trop, qui habitent des chambres trop chaudes en sont plus souvent atteintes que les autres. Au reste, certains individus ont une prédisposition particulière a celte affection, dont ils sont souvent atteints spontanément et sans cause bien appréciable. Elle règne surtout pendant l'automne et en hiver.
La bronchite reconnaît ordinairement pour causes occasionnelles l'impression du froid, surtout d’un froid humide, les variations brusques de température, le passage d’un air chaud a un air froid et vice versâ. La bronchite est le plus souvent sporadique. Dans certaines constitutions atmosphériques, dont la nature est entièrement inconnue, elle règne épidémiquement.
Symptômes. A un faible degré, la bronchite, ou le rhume, est une atfeclion légère qui mérite plutôt le nom d'indisposition que celui de maladie. Les individus qui en sont atteints n'ont qu’un peu d’enrouement et une toux médiocre, avec expecto-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
ration de quelques crachats grisâtres, symptômes qui cessent au bout de peu de jours ou persistent plus ou moins longtemps, sans apporter dans leur cours aucun trouble dans la santé générale et sans empêcher les malades de vaquer a leurs occupations habituelles.
A un degré intense la bronchite, que beaucoup d’auteurs désignent sous le nom de fièvre catarrhale , est ordinairement précédée de lassitudes, de céphalalgie, de refroidissement, de mal de gorge et de coryza. Elle présente communément trois périodes. La première période débute par une toux sèche, fréquente, douloureuse, accompagnée d’un peu d’oppression, d’un sentiment de gêne, de pesanteur, de chaleur â la partie antérieure de la poitrine et d’une fièvre plus ou moins prononcée. La toux revient en général sous forme de quintes, c’està-dire qu’après une seule inspiration il survient plusieurs secousses d’inspiration. Les quintes provoquent des douleurs vives, parfois déchirantes, dans toute la poitrine, mais surtout derrière le sternum , dans la direction de la trachée-artère et des bronches, aux attaches du diaphragme, â l’épigastre et jusque dans la tête. En même temps, la face est rouge et gonflée 5 l’ébranlement de la toux donne souvent lieu, surtout chez les enfants, â des nausées ou â des vomissements. Ces quintes, d’abord sèches, deviennent humides au bout d’un ou de plusieurs jours, et se terminent par l’expectoration d’un mucus clair, écumeux, contenant quelquefois de petites stries de sang. Elles reviennent plus ou moins souvent soit spontanément, soit sous l’influence du froid, de l’action de parler, du besoin d’expulser les mucosités pectorales, etc. Elles sont plus fréquentes le soir et pendant la nuit qu’au milieu de la journée.
Il y a souvent un peu d’oppression, surtout après les quintes ; la peau est chaude et moite, le pouls fréquent, la tête souvent lourde ou douloureuse, la soif vive, l’appétit faible ou nul. Il y a souvent le soir des paroxysmes de toux et de fièvre, parfois précédés de froid. Si l’on percute la poitrine, elle rend un son clair dans toute son étendue; si on l’ausculte, c'est-àdire si l’on applique l’oreille à un point de sa surface, on en-
PHLEGMASIES,
tend trois sortes de bruits que Laennec, qui les a découverts, a désignés sous les noms de râles sibilant, ronflant et muqueux ou sous-crépitant. Les deux premiers de ces bruits proviennent du passage de l’air â travers les tuyaux bronchiques, passagèrement rétrécis par le boursouflement de leur membrane muqueuse et par des mucosités très-adhérentes ; le troisième dépend du passage de l’air â travers un liquide. Le râle sibilant est un petit silflement aigu ou grave qui ressemble quelquefois au gazouillement des oiseaux-, le râle sonore ou ronflant imite le bruit d’un homme qui ronfle, le roucoulement d’une tourterelle, le frémissement d’une corde de basse; le râle muqueux ressemble au bruit que font entendre des bulles d’air qui viennent crever â la surface d’une eau de savon visqueuse, lorsqu’on souffle dans cette eau avec un chalumeau. Lorsque ces bulles sont assez petites, inégales et nombreuses, le râle muqueux est dit sous-crépitant.
Le murmure de la respiration dans la bronchite est souvent affaibli ou masqué dans une étendue variable du thorax, mais il reparaît après un effort de toux qui a désobstrué les tuyaux bronchiques engorgés de mucosités.
Dans la deuxième période, les mêmes symptômes persistent, mais avec une amélioration sensible, la toux est plus rare et plus humide, les crachats sont plus consistants, la chaleur, la douleur de poitrine et la fièvre sont bien diminuées.
Dans la troisième période, que les anciens appelaient la période de coction, la douleur de poitrine et la fièvre cessent entièrement, la toux est rare, les crachats sont opaques, quelquefois puriformes, l’urine est plus abondante ou sédimenteuse, l’appétit se prononce.
La durée de la bronchite varie depuis quinze jours jusqu’à un ou deux mois et plus.
La bronchite aiguë se termine presque toujours par la guérison, quelquefois elle passe à l’état chronique. Elle peut entraîner la mort chez les sujets très-affaiblis par l’âge et par des maladies antérieures, ou lorsque l’inflammation se propage jusqu’aux dernières ramifications bronchiques, ou au parenchyme pulmonaire.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Variétés. La bronchite présente de nombreuses variétés, suivant la constitution des individus qui en sont atteints, le siège qu’occupe l’inflammation dans l’arbre aérien et une foule d’autres circonstances. Chez certains individus pléthoriques, le pouls est plein, la peau colorée-, il y a parfois des épistaxis : c’est le catarrhe inflammatoire de quelques auteurs-, chez d’autres, la bouche est amère, la langue est couverte d’un enduit jaunâtre, la peau a une teinte ictérique-, c’est ce qu’on appelait autrefois la fièvre catarrhale bilieuse. Parmi ces variétés, il en est deux surtout qui méritent une description particulière, ce sont : la bronchite capillaire ou catarrhe suffocant, et la bronchite membraneuse.
La bronchite capillaire s’observe surtout chez les enfants-, elle survient a la suite d’une bronchite ordinaire, ou se montre tout à coup avec les symptômes graves qui lui sont propres. Elle est caractérisée par une grande oppression -, l’inspiration est sifflante, et se fait avec effort à l’aide de tous les muscles qui dilatent la poitrine; la respiration est très-accélérée; la toux est fréquente et douloureuse; les quintes sont suivies de l’expectoration de mucosités filantes et de crachats opaques et écumeux. La poitrine percutée rend un son clair-, auscultée, elle fait entendre a la fois les râles sibilant, ronflant et muqueux qui masquent souvent le bruit respiratoire. Les malades restent constamment sur leur séant pour respirer avec moins de peine; en même temps, anxiété, pouls très-fréquent, peau chaude, moite ou sèche, face pâle, lèvres et joues violacées. Si la bronchite capillaire doit avoir une issue funeste, après quelques jours de cet état, il survient de l’affaissement; les bronches se remplissent de mucosités et font entendre un bruit de gargouillement; le pouls devient petit et irrégulier pendant que sa fréquence augmente; les malades succombent dans un état de somnolence. Cette funeste terminaison arrive chez plus des trois quarts des enfants et chez un sixième des adultes. Si, au contraire, la guérison doit arriver, l’oppression diminue graduellement et avec elle tous les autres symptômes graves. Cette espèce de bronchite a une durée trèsvariable; dans la plupart des cas elle est de cinq a quinze jours.
PHLÈGMASIES. •
La bronchite membraneuse est une affection fort rare qui présente (Tailleurs tous les symptômes de la bronchite capillaire. Elle s’en distingue par ce caractère particulier, que les malades expectorent, au milieu de crachats ordinaires, des faüsses membranes en forme d’anneaux, de tuyaux, de tubes ramifiés, etc., dont le rejet est suivi d’une grande amélioration.
Lésions anatomiques. La bronchite étant rarement une cause de mort, les lésions que nous allons décrire ne s’appliquent qu’aux cas violents et extrêmes de celle maladie. On trouve, chez les sujets qui succombent a cette affection , les bronches plus ou moins remplies de mucosités écumeuses, blanches, opaques, purulentes. Leur membrane muqueuse est rouge, injectée, plus ou moins ramollie. Ces altérations sont ordinairement bornées a un certain nombre de tuyaux bronchiques dans les deux poumons.
Lorsque les cadavres appartiennent à des individus morts de la bronchite capillaire, les mêmes lésions se rencontrent dans les bronches depuis les troisièmes divisions jusqu’aux plus petites ramifications. Ces divisions ou ramifications sont pleines de mucosités purulentes qui les obstruent. On observe le plus souvent dans ce cas de petits noyaux de pHèümonie lobulaire et un peu d’emphysème vésiculaire, c’est-à-dire la dilatation par l’air d’ütf certain nombre de vésicules pulmonaires. Enfin, les sujets qui ont succombé a la bronchite membraneuse présentent des fausses membranes analogues à celles du croup, lesquelles tapissent les tuyaux aériens dans une étendue variable.
Diagnostic. On reconnaît facilement la bronchite a la toux, a la nature des crachats, aux râles sibilant, ronflant et muqueux qu’on entend dans la poitrine, au son clair que rend cette cavité et au bruit respiratoire qui peut être en meme temps puéril, naturel, faible ou nul dans des points différents, suivant que les bronches sont libres ou obstruées par des mucosités. La bronchite capillaire se distingiie de celle qui est ordinaire par une oppression extrême jointe aux autres caractères de la maladie.
Pronostic. Le pronostic est presque toujours favorable ; il
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n’est grave que dans les bronchites très-intenses existant chez les enfants ou les vieillards affaiblis. La bronchite capillaire est le plus souvent mortelle chez les enfants, et elle n’est pas sans danger chez les adultes.
Traitement. La bronchite légère et sans fièvre ne réclame que quelques moyens très-simples : on conseille de se vêtir chaudement , d’éviter le froid et l’humidité , de ne point parler longtemps et a haute voix , de prendre une infusion pectorale , telle que celle de fleurs de violette, de mauve, de bouillonblanc, prise en petite quantité à la fois, seule ou coupée avec du lait, des pâles de guimauve et de jujubes. Au début, on peut souvent enlever promptement une bronchite peu grave en provoquant une réaction vive suivie de sueur. Pour cela, le malade doit se coucher chaudement et prendre une boisson chaude et diaphorélique , ou bien, suivant la pratique des gens du peuple, du vin chaud sucré ou du punch.
Dans la bronchite intense , le malade doit garder le lit, respirer un air d’une température chaude et égale et observer la diète. On lui prescrira, outre les boissons pectorales dont il vient d’être parlé, des loochs et des boissons gommeuses, l’inspiration, k l’aide d’un entonnoir dont il lient l’ouverture dans la bouche, de vapeurs émollientes de fleurs de mauve ou de guimauve, et chez les enfants surtout des cataplasmes de farine de graine de lin sur la poitrine, maintenus chauds et renouvelés avant qu’ils se refroidissent. On fera usage, une ou plusieurs fois par jour, de pédiluves dont la chaleur sera graduellement augmentée et qu’on rendra irritants à l’aide de sel, de savon ou de cendres. Si la fièvre, la céphalalgie et l’oppression sont prononcées, il faut pratiquer une ou même plusieurs saignées, suivant l’exigence des cas. L’âge des malades et diverses autres circonstances obligent assez souvent a remplacer la saignée par des sangsues sur la poitrine , dont le nombre varie suivant l’âge et la force des sujets, ou par des ventouses scarifiées. On a recours, dans certains cas, chez le même malade â ces divers modes d’émission sanguine.
Lorsque la maladie se prolonge au delà du deuxième ou du troisième septénaire , quoique la fièvre ait cessé ou considéra-
PHLEGMASIES.
blement diminué, on conseille les infusions diaphoniques de bourrache, de serpolet, de sauge, les décoctions de polygala ou de lichen. C’est alors que les sinapismes ou les vésicatoires appliqués sur la poitrine, les frictions sur la même partie avec l’huile de croton tiglium, sont indiqués si l’irritation de la membrane muqueuse pulmonaire persiste avec opiniâtreté. On se borne parfois, dans ce cas, à couvrir le thorax de diachylon gommé ou d’un emplâtre de poix de Bourgogne.
Dans le cas où la fièvre est nulle ou peu intense et les voies digestives en bon état, on emploie avec avantage, pour calmer la toux et l’insomnie , les narcotiques, tels que le sirop de pavot blanc a la dose de quelques grammes jusqu’à d 6 a 20 grammes, l’extrait aqueux d’opium en pilules (1 centigramme et demi a 5 centigrammes), la belladone, soit en extrait (2 centigrammes à 10 centigrammes), soit à l’extérieur , en faisant fumer dans une petite pipe des feuilles bien sèches.
Les vomitifs, et en particulier l’ipécacuanha , sont souvent extrêmement utiles, surtout chez les enfants, dont ils débarrassent a la fois les voies aériennes et digestives des mucosités et des crachats qui les obstruent.
La bronchite capillaire réclame les émissions sanguines et les révulsifs, en ayant soin , toutefois, de ménager les forces du malade. Toutefois, le moyen le plus efficace en pareil cas, surtout chez les enfants qui supportent mal la saignée , c’est le vomitif. On le répétera plusieurs fois a quelques jours de distance. Si malgré ce traitement l’oppression continue ou augmente, on appliquera un large vésicatoire â la partie antérieure de la poitrine. On combat l’accablement et la faiblesse qui peuvent survenir dans la seconde période par le polygala, les macérations de quinquina, les boissons vineuses, en même temps qu’on favorise l’expectoration par le kermès et l’oxymel scillitique. La bronchite membraneuse se traite de la même manière que la bronchite capillaire.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Bronchite chronique.
Catarrhe pulmonaire chronique.
La bronchite chronique est quelquefois primitive, mais le plus souvent elle succède à une ou a plusieurs bronchites aiguës.
Causes. Les vieillards et les personnes d’une constitution faible y sont particulièrement prédisposés. Elle est quelquefois consécutive à la coqueluche chez les enfants ; d’autres fois elle est entretenue par une maladie organique du cœur ou par des tubercules pulmonaires. Elle est d’ailleurs produite, comme la bronchite aiguë , par toutes les vicissitudes atmosphériques.
Symptômes. Les malades toussent plus ou moins, surtout le matin, et expectorent des crachats épais, opaques, blanchâtres, jaunâtres, verdâtres; ils éprouvent quelques douleurs vagues dans la poitrine et un peu de gêne de la respiration, surtout après l’exercice. L’auscultation fait entendre les râles muqueux et sibilant ou sonore. La plupart du temps il ri’y a aucun trouble dans les autres fonctions; chez certains sujets, la bronchite chronique est accompagnée d’une fièvre obscure ou manifeste, de diminution de l’appétit et des forces. Cette maladie , exlrêmemeht influencée par le froid, a une marche inégale, comme les saisons : elle débute ou s’exaspère pendant l’automne et l’hiver, et s’améliore ou disparaît an printemps et en été. Sa durée est extrêmement variable, depuis plusieurs mois, jusqu’à Un an ou deux et plus. Il y a des personnes, surtout parmi les vieillards , qui en sont atteintes une partie de leur vie, ou du moins qui, après en avoir été exemptes en tout ou en partie pendant la belle saison , éprouvent des rechutes habituelles au retour du printemps ou de Lhiver. Ces rechutes ou recrudescences débutent quelquefois par une forte toux et une assez grande difficulté de respirer. Le catarrhe pulmonaire chronique se termine assez ordinairement d’une manière heureuse, ou devient en quelque sorte habituel, sans empêcher le plus souvent les malades, dans l’un ni dans
PM LEGMASIES.
l’autre cas, de vaquer a leurs occupations. Dans certains cas. plus graves, l’expectoration devient de plus en plus abondante et même puriforme-, les malades maigrissent graduellement et s’affaiblissent; la fièvre nocturne tend de plus en plus a devenir continue et est accompagnée de sueurs plus ou moins abondantes. Cet état se termine parla guérison ou par la mort au milieu de symptômes qui ont la plus grande analogie avec ceux de la phthisie pulmonaire. D’autres lois la bronchite chronique passe a l’état aigu.
Variétés. Les formes de la bronchite chronique sont nombreuses-, nous n’en indiquerons que deux plus importantes, indépendamment de celles que nous Venons de décrire : ce sont l°le catarrhe sec , qui est sans expectoration oitavec expectoration fatigante et très-rare de crachats globuleux et très-petits-, 2° le catarrhe pituiteux avec crachats filants, spumeux , transparents et si abondants que leur quantité peut s’élever en 24 heures à 4 ou même a 6 livres.
Lésions anatomiques. La membrane muqueuse des bronches est ordinairement violacée, ardoisée , brüne ou grisâtre; quelquefois blanche ou rosée, tapissée par des mucosités plus ou moins épaisses et adhérentes, parfois puriformes-, les extrémités des bronches sont souvent dilatées. Dans le catarrhe sec , la membrane muqueuse, surtout dans les petits rameaux, est rouge et épaissie, souvent obstruée par une matière visqueuse.
Diagnostic. Une toux ancienne, généralement sans fièvre, avec expectoration rare ou abondante, un son clair de toute la poitrine qu’on percute , l’audition des râles muqueux et sibilant ou sonore, sont les signes auxquels on reconnaît la bronchite chronique. Nous parlerons à l’arlicle phthisie tuberculeuse, des caractères qui la distinguent de cette dernière maladie.
Pronostic. La bronchite chronique ne présente ordinairement aucun danger-, elle peut devenir grave lorsqü’elle est accompagnée d’amaigrissement, surtout chez les vieillards.
Traitement. Les malades atteints de catarrhe pulmonaire chronique devront éviter avec soin les refroidissements et l’influence des vicissitudes atmosphériques, porter un gilet
PATHOLOGIE SPÉCIALE
de flanelle sur la peau, habiter une chambre exposée au midi, à la campagne, si c’est possible-, mais ce qui leur sera encore plus avantageux, c’est d’aller passer un certain temps dans un climat plus chaud.
Lorsque la maladie conserve encore un certain caractère d’acuité, on fait usage des boissons adoucissantes, de la diète lactée et même de quelques évacuations sanguines.
Dans les cas plus nombreux où il y a plutôt faiblesse que réaction, on conseille l’emploi des substances amères, résineuses et aromatiques, telles que les tablettes ou gelées de lichen d’Islande, les infusions de polygala, de sauge, de lierre, les décoctions de quinquina, la térébenthine, le baume de Tolu, du Pérou, de la Mecque, de copahu, l'inspiration des vapeurs de goudron , de benjoin , de succin, de bois de genièvre, d’iode, de chlore ou de chlorure alcalin ' les eaux minérales sulfureuses d’Enghien, de Bonnes, de Cauterets, de Barèges, du Mont-d’Or, etc.
On emploie généralement avec avantage contre cette maladie les révulsifs cutanés, tels que les emplâtres de poix de Bourgogne, les vésicatoires, les cautères, les sétons, appliqués aux bras ou sur la poitrine. Les purgatifs doux peuvent être utiles aussi dans certains cas a titre de dérivatifs.
Lorsque la toux est fréquente et fatigante , on parvient souvent a la calmer en faisant fumer au malade des feuilles de belladone ou de stramonium. Ce même moyen et les opiacés, comme nous l’avons indiqué en parlant du traitement de la bronchite aiguë , peuvent être très-utiles pour procurer le sommeil souvent interrompu chez certains sujets. Il arrive parfois que les crachats expectorés incomplètement s’accumulent dans les bronches et produisent de la dyspnée et d’autres accidents. On se trouve bien dans ces cas de provoquer soit des vomissements a l’aide de l’ipécacuanha , soit des nausées seulement a l’aide du même médicamenta dose fractionnée. On fait encore usage dans ce dernier but du kermès minéral et de l’oxymel scillitique.
PHLEGM ASIES.
Grippe.
Catarrhe épidémique, influenza.
Définition. La grippe est une maladie épidémique caractérisée par une courbature et un affaiblissement remarquable, la céphalalgie, un mouvement fébrile , le coryza et les symptômes d’une bronchite, et dont la terminaison a lieu ordinaire ment par des sueurs du quatrième au dixième jour.
Causes. La grippe est une affection essentiellement épidémique , qui frappe toujours un très- grand nombre d’individus à la fois. Elle dépend de changements particuliers qui ont lieu dans l’état de l’air, et qui échappent entièrement à tous nos moyens d’investigation. Parmi un grand nombre d’épidémies qui ont régné en Europe à différentes époques, nous citerons seulement celles qu’on a observées en France en 1803, 1830, 1833, 1837 et 1851.
Cette maladie, rangée ici dans les phlegmasies pulmonaires, lient beaucoup des fièvres primitives -, en effet certains de ses symptômes, tels que la céphalalgie et l’affaiblissement général, ne sont nullement en rapport avec l’affection locale et paraissent plutôt des effets de la réaction générale de l’organisme , impressionné par la cause épidémique. Sous ce rapport, nous aurions pu et peut-être dû la placer dans la classe des fièvres.
Symptômes. La grippe débute par du malaise, de la fatigue, des douleurs conlusives dans les membres ; il se joint promptement a ces prodromes une céphalalgie plus un moins intense, quelquefois très-violente , souvent des saignements de nez. Les malades éprouvent une grande lassitude , souvent portée jusqu’à la prostration des forces; le pouls est toujours plus ou moins fréquent et la peau chaude-, il y a en même temps tous les symptômes du coryza et de la bronchite : éternument, écoulement abondant d’un liquide séreux par les narines, yeux larmoyants, mal de gorge plus ou moins prononcé , voix rauque , toux plus ou moins fréquente , douloureuse, quinteuse, d’abord sèche et ensuite suivie de l’expectoration de crachats muqueux , parfois accompagnée d’une certaine dyspnée. La poitrine est sonore à la percussion et fait
entendre, en l’auscultant, quelques râles sibilant et muqueux. Dans plusieurs épidémies, on observe ordinairement des nausées, des vomissements ou de la diarrhée.
Ces symptômes sont légers ou très-intenses ; quelques-uns d’entre eux peuvent prédominer et donner à la grippe un caractère particulier.
Cette maladie suit une marche continue, avec un peu d’exacerbation le soir 5 elle dure ordinairement de six à dix jours, et se termine le plus souvent par des sueurs critiques plus ou moins abondantes 5 mais la convalescence est quelquefois longue, et les forces reviennent lentement. La grippe se complique parfois avec la pneumonie; ce n’est que dans ce cas qu’elle peut avoir une issue fâcheuse.
Lésions anatomiques. Lorsqu’une maladie accidentelle a fait périr des individus atteints de la grippe, on a trouvé la membrane muqueuse des fosses nasales, du pharynx, du larynx et des bronches , injectée et rouge a des degrés variés.
Diagnostic. On distingue cette maladie de la laryngite et de la bronchite ordinaire a son caractère essentiellement épidémique et aux symptômes de courbature et de faiblesse qui accompagnent toujours l’affection catarrhale.
Pronostic. La grippe n’est point par elle-même une maladie grave, puisqu’elle aurait constamment une heureuse terminaison, si elle n’était jamais compliquée de pneumonie.
Traitement. La nature faisant tous les frais de la guérison de cette maladie, on se borne, dans la plupart des cas, à prescrire le repos, la diète, quelques pédiluves, le lit, des boissons pectorales et sudorifiques chaudes pour provoquer la moiteur et la sueur , qui sont les crises ordinaires de la grippe. Si la réaction fébrile et la bronchite étaient intenses, une petite saignée ou l’application de quelques sangsues seraient indiquées. Lorsque la lièvre est légère, la toux fréquente et le sommeil troublé, on prescrit dix â quinze grammes de sirop de pavot dans une lasse de tisane â prendre le soir. On calme les douleurs des membres, lorsqu’elles sont vives, en les frottant soit avec du baume tranquille, soit avec une pommade de belladone et en les entourant de flanelle.
PHLEGMASIES.
Pneumonie.
Péripneumonie, fluxion de poitrine , fièvre pneumonique.
Définition. On donne le nom de pneumonie 1* l’inflammation du parenchyme pulmonaire , caractérisée par la fièvre , la toux, une douleur de côté, des crachats visqueux, sanguinolents et rouillés, un son obscur ou mat d’une portion de la poitrine, et un râle crépitant plus ou moins étendu qu’on entend en auscultant cette cavité.
Causes. — Causes prédisposantes. La pneumonie, une des maladies les plus fréquentes et les plus graves de l’espèce humaine, attaque tous les âges, mais elle est plus fréquente dans l’enfance et la vieillesse que dans l’âge adulte. Elle est plus commune de 20 a 30 ans chez l’adulte que dans les années qui précèdent ou qui suivent. L’homme, qui vit plus h l’extérieur, qui a une vie plus pénible que la femme, y est aussi deux ou trois fois plus exposé qu’elle. La pauvreté, les excès, les professions fatigantes , les anciennes attaques de pneumonie, y prédisposent également. On l’observe dans tous les climats, mais beaucoup plus souvent dans les pays froids ou tempérés que dans les pays chauds. On doit encore compter parmi les causes prédisposantes les plus puissantes , surtout chez les enfants et les vieillards, les maladies aiguës ou chroniques accompagnées de faiblesse , mais principalement la rougeole, la variole, le croup, la coqueluche, la gangrène de la bouche, la fièvre typhoïde, la phlébite, le rhumatisme aigu, la phthisie , les maladies organiques du cœur, l’aliénation mentale semi-paralytique, etc.
Causes occasionnelles . La pneumonie se développe assez souvent spontanément et sous la seule influence de la prédisposition • d’autres fois elle survient après un refroidissement prolongé, suite d’exercices violents du poumon, de courses, de luttes, d’efforts véhéments, d’impression d’un air froid après un grand exercice, d’une boisson froide prise lorsque le corps est échauffé, etc.
Cette maladie peut régner en toutes saisons d’une manière
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sporadique ou épidémique. Dans ce dernier cas, elle reconnaît pour cause spéciale un état particulier de l’air inappréciable a tous nos moyens d’investigation.
Phénomènes précurseurs. La pneumonie débute souvent brusquement et sans prodromes. Chez un certain nombre de malades, elle est précédée de malaises, de lassitudes, de bâillements, de frissons, phénomènes qui durent plusieurs jours -, chez d’autres elle survient dans le cours d’une bronchite aiguë ordinairement légère.
Symptômes. Dans la plupart des cas, l’invasion a lieu par un frisson violent, par une douleur vive dans un des côtés de la poitrine, accompagnée de toux, d’oppression et d’accélération du pouls. Le frisson est bientôt suivi d’une chaleur vive et d’un ensemble de phénomènes locaux et généraux que nous exposerons isolément pour mettre plus de clarté dans leur description.
1° Symptômes locaux. La douleur de côté se manifeste dès le début; elle est vive, poignante, profonde, parfois obtuse, correspondant ordinairement aux environs du mamelon-, elle augmente par les mouvements respiratoires, par la toux, souvent par la pression. La respiration est diÛicile et fréquente, surtout chez les enfants et chez les malades dont le poumon est enflammé dans une étendue un peu considérable. La toux est plus ou moins fréquente, avec expectoration de crachats visqueux, transparents , adhérents au vase, mêlés de sang qui leur donne une couleur de rouille ou de brique pilée. D’autres fois ils sont jaunes, verdâtres, ou d’un rouge obscur analogue à celui de jus de pruneaux-, quelquefois ils sont séreux , coulants , diversement colorés, ressemblant â une solution épaisse de gomme arabique-, dans des cas très-rares, les crachats restent blancs ou manquent entièrement; cette dernière circonstance s’observe chez les enfants. Si I on percute la poitrine dans les environs de la douleur, le son, au lieu d’être clair comme dans l’état normal , est devenu plus ou moins obscur ; ce qui est surtout frappant en comparant ce son avec celui que rend le point correspondant du côté sain du thorax. A mesure que la maladie fait des progrès, le son obs-
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cur devient tout â fait mat et analogue a celui que donne la percussion de la cuisse; le thorax a perdu dans ce point toute son élasticité. Toutefois, le son mat manque dans les pneumonies qui occupent le centre des poumons ou quelques lobules de ces viscères.
L’auscultation donne les résultats suivants : l’oreille appliquée sur la partie malade de la poitrine entend pendant l’inspiration , surtout pendant les grandes inspirations et la toux, le raie crépitant , a bulles très-petites, nombreuses, égales et sèches. Ce râle est un bruit particulier analogue à celui que fait le sel lorsqu’on le projette sur des charbons ardents-, il a probablement son siège dans les vésicules pulmonaires. Le râle crépitant n’existe que dans la première période de la pneumonie , la période d’engouement. Dans les parties du thorax qui correspondent aux portions saines du poumon , on entend tantôt le murmure respiratoire normal, tantôt la respiration puérile, c’est-â-dire ce même murmure augmenté de force et semblable â celui qu’on observe chez les enfants bien portants. A une époque plus avancée de la pneumonie , lorsque le poumon cesse d’être perméable â l’air par suite de son hépatisation , on observe deux nouveaux symptômes â l’aide de l’auscultation , la respiration bronchique et la bronchophonie. Au lieu du murmure respiratoire, on entend un bruit sourd, rude, métallique , analogue â celui qu’on produit en souillant dans un tube de métal , et qui est l’effet du retentissement de l’air dans les gros tuyaux bronchiques. C’est la ce qu’on appelle respiration bronchique ou souffle tubaire. Lorsqu’on fait parler le malade, pendant qu’on écoute sa poitrine , on entend la résonnance de sa voix , qui est sourde, métallique , non articulée : c’est la bronchophonie.
2° Symptômes généraux. L’organisme tout entier participe aux désordres locaux que nous venons de décrire. La face est animée , une des pommettes est souvent plus rouge que celle du côté opposé ; les forces sont affaiblies , surtout chez les vieillards-, le décubitus a lieu sur le dos ou sur le côté malade. Le pouls est large, fort , résistant, plus ou moins fréquent, suivant l’intensité de la maladie; chez les enfants, il bat souvent
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depuis 120 jusqu'à 130 ou 140 fois par minute ; la peau est chaude, souple, halitueuse , souvent moite. Cette fièvre est continue avec des exacerbations le soir et la nuit. Le sang qu'on extrait par les saignées forme un caillot fibrineux trèsépais, couvert d'une couenne inflammatoire grisâtre ou jaunâtre très-prononcée. En même temps, anorexie, langue blanche, soif vive, quelquefois vomissements ou diarrhée, surtout chez les enfants; parfois chez les vieillards langue sèche, brunâtre, dents fuligineuses. La sécrétion urinaire est souvent diminuée, quelquefois elle est devenue plus acide et elle dépose de l'urate d'ammoniaque. Il y a presque toujours dès le début une céphalalgie frontale très-vive, qui finit par se dissiper après sept à huit jours. Il n'est pas rare, surtout chez les adultes et les vieillards, et chez les individus adonnés aux boissons alcooliques , d'observer un délire plus ou moins prononcé, tranquille ou accompagné d’agitation.
Ces troubles généraux, toujours très-marqués chez les enfants et les adultes, peuvent être légers ou même fort obscurs chez les vieillards, dont l'irritabilité est souvent singulièrement émoussée. C’est une raison pour ausculter avec grand soin la poitrine des hommes âgés , toutes les fois qu'on observe chez eux une altération légère en apparence des fonctions respiratoires.
Marche. La pneumonie présente dans son cours les périodes d'accroissement, d'état et de déclin qui sont propres à la plupart des maladies aiguës. Après avoir commencé dans une partie plus ou moins circonscrite d’un poumon , l’inflammation s'étend ordinairement en profondeur et en surface ; elle peut même envahir l'autre poumon, ce qui constitue la pneumonie double; en même temps l’oppression, la fièvre, l'abattement des forces augmentent ; le râle crépitant se fait entendre dans une plus grande étendue; la douleur de côté et la céphalalgie diminuent d'intensité ou même se calment entièrement. Dans un nombre de cas malheureusement assez rares, tous ces symptômes diminuent dès les premiers jours ; la respiration est plus libre, les crachats deviennent moins visqueux et moins rouges, et la maladie se termine par résolution , dans sa première période
PHLEGMAS1ES.
(période d’engouement), au bout de 4 h 7 jours, h la suite d une évacuation critique, telle qu’une urine sédimenteuse, des sueurs abondantes, une épistaxis. Mais le plus souvent la pneumonie continue sa marche et passe a sa seconde période, celle d’hépatisation, ce qui arrive fréquemment du troisième au sixième jour. On en est averti par le son plus obscur ou tout h fait mat du thorax dans la portion qui correspond a l’induration pulmonaire , par la diminution ou la cessation de la crépitation , par la respiration bronchique et par la bronchophonie. A cette époque, la difficulté de respirer, l’accélération de la respiration, la fièvre augmentent encore, la douleur de côté et le mal de tête sont apaisés* les crachats sont toujours visqueux , mais moins transparents, moins rouges 5 ils deviennent parfois blanchâtres, comme dans une simple bronchite. À cette époque , lorsque la maladie doit avoir une heureuse issue, ce qui est le plus fréquent, les symptômes précédents s’amendent graduellement, le râle crépitant et ensuite le murmure respiratoire reviennent* la poitrine reprend peu â peu sa sonorité. Dans le cas contraire, la dyspnée devient énorme, on entend dans la poitrine un râle très-bruyant produit par l’accumulation des crachats dans les bronches, le pouls devient extrêmement fréquent, faible et irrégulier, la face s’altère et les malades succombent dans une agonie plus ou moins longue.
Durée. La durée de la pneumonie varie de sept â vingt et un jours. Il est assez rare qu’elle ne parvienne pas a ce premier terme et qu’elle se prolonge au delà du second.
Terminaisons. La pneumonie se termine le plus souvent par la guérison, quelquefois par la mort et très-rarement par le passage k l’état chronique. La guérison a lieu par résolution, qui arrive le plus ordinairement dans la seconde période , trèsrarement dans la première. La fièvre est un des premiers symptômes qui diminuent; on observe bientôt l’amendement des phénomènes locaux que nous avons indiqués plus haut. La résolution est fréquemment accompagnée d’évacuations critiques manifestes et heureuses; ce sont le plus souvent un dépôt briqueté ou blanc dans les urines, d’autres fois, des sueurs abondantes , une éruption herpétique sur les lèvres ; plus rarement
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la diarrhée, une hémorrhagie, des crachats muqueux abondants. La convalescence marche rapidement et les rechutes sont très-rares.
La terminaison par la mort est l’effet du passage de l’hépatisation rouge du poumon a l’hépatisation grise, c’est-a-dire 'a l’infiltration purulente; elle peut résulter de la formation d’abcès pulmonaires, phénomène d’ailleurs très -rare, ou de la gangrène du poumon, altération encore plus rare. L’infiltration purulente produit une aggravation de tous les symptômes généraux-, les crachats sont tantôt rares et opaques, tantôt couleur de réglisse ou de jus de pruneaux-, bientôt la face s’altère, le râle survient, et le malade succombe dans le coma ou un délire tranquille. Il n’est pas prouvé cependant que cette infiltration purulente ne puisse pas se terminer quelquefois par la guérison. Le pus se réunit parfois, mais rarement, en abcès, qui restent inconnus pendant la vie, ou qui finissent par communiquer avec des tuyaux bronchiques. Dans ce cas, les malades expectorent du pus qui peut être blanchâtre, grisâtre, jaunâtre, sanieux, d’une odeur fade et quelquefois fétide. Les crachats fétides sont un indice de la gangrène des parois de l’abcès. Lorsqu’un foyer purulent communique avec l’extérieur , on entend k l’auscultation le gargouillement, la respiration caverneuse et la pectoriloquie. La mort est le résultat a peu près certain des abcès pulmonaires; il paraît cependant qu’ils peuvent se terminer quelquefois par la guérison. — La terminaison de la pneumonie par gangrène, cas excessivement rare et tenant a des conditions spéciales qu’on ignore, donne lieu a des crachats verdâtres, brunâtres ou noirâtres, qui sont d’une puanteur et d’une fétidité très-pénétrantes.
Le passage de la pneumonie a l’état chronique est si rare qu’il a été très-peu observé jusqu’ici. Dans ce cas , la maladie se prolonge, la fièvre et la toux continuent quoique a un moindre degré ; le son de la poitrine est mat ; on entend la respiration bronchique et la bronchophonie; les malades maigrissent graduellement et finissent par succomber. Il n’est pas encore bien prouvé que cet état soit susceptible de guérison.
P1ILEGMASIES.
Variétés. Dans un certain nombre de cas il se joint aux phénomènes locaux de la pneumonie un appareil d’autres symptômes qui donnent h cette maladie une physionomie et une forme particulières.
On observe parfois, surtout chez les enfants et les ivrognes, du délire , de l'agitation , des convulsions , des contractures , phénomènes nouveaux qui ont fait donner à cette espèce de pneumonie l’épithète d '‘ataxique.
D’autres fois, principalement chez les vieillards, il survient une grande prostration des forces, la sécheresse et la couleur brune de la langue, la fuliginosité des dents. C’est la pneumonie adynamique.
Dans d’autres circonstances, la pneumonie s’accompagne d’enduit jaunâtre de la langue, de teinte ictérique de la sclérotique et surtout de la peau, de nausées, de vomissements de bile jaune ou verte. C’est la pneumonie bilieuse , qui se montre souvent sporadiquement, quelquefois épidémiquement.
Chez les enfants atteints de bronchite capillaire , il se forme parfois, au milieu des poumons, des noyaux isolés d’inflammation , espèce de pneumonie qu’on nomme lobulaire , et qui reste presque toujours latente, ses symptômes étant masqués par ceux de la bronchite.
Complications. Plusieurs maladies peuvent compliquer la pneumonie : les plus fréquentes sont la bronchite, la pleurésie, le délire, l’ictère; viennent ensuite la péricardite, l’endocardite, les concrétions fibrineuses du cœur.
Lésions anatomiques. A l’ouverture des cadavres on trouve les poumons dans trois états différents, qui sont les degrés divers de l’altération inflammatoire de ces organes , savoir : Y engouement, l’ hépatisation rouge et Y hépatisation grise.
Premier degré. — Engouement. Le poumon est violacé OU livide dans les parties malades , moins crépitant, plus pesant, sans élasticité-, il surnage incomplètement dans l’eau; il est gorgé d’un liquide séreux, rougeâtre, écumeux. Son tissu est rougeâtre, friable et laisse facilement pénétrer le doigt dans sa substance.
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Deuxième degré. — Hépatisation rouge. Le poumon ressemble beaucoup par son poids, sa couleur et sa texture au parenchyme du foie, d’où vient le nom d’hépatisation qu’on a donné a celte espèce d’altération. Il est dur, sans crépitation, friable, augmenté de volume, et surtout de poids, ce qui le fait tomber au fond du vase lorsqu’on le jette dans l’eau. Sa couleur a l’extérieur et a l’intérieur est d’un rouge foncé, tantôt uniforme, tantôt mêlé de diverses nuances et comme marbré. Lorsqu’on le déchire, il s’en écoule un liquide rougeâtre et sans bulles d’air ; les surfaces déchirées sont formées de granulations rouges, dures, arrondies, qui ne sont autre chose que les vésicules pulmonaires changées en corps solides par l’inflammation de leurs parois. Quelquefois le tissu du poumon est d’un rouge vineux , mou , sans granulations , et ressemble au parenchyme de la rate; on donne le nom de splénisation a cette altération.
Troisième degré. — Hépatisation grise ou infiltration purulente. A ce degré le tissu du poumon présente tous les caractères de l’hépatisation que nous venons de décrire , a l’exception de la couleur, qui est grise, et qui disséminée d’abord par points épars, finit par s’étendre à toute la partie hépatisée. Ce tissu est extrêmement friable et laisse écouler â la compression un liquide grisâtre, d’apparence purulente. Parfois ce pus est rassemblé en un ou plusieurs foyers, presque toujours situés sur la plèvre. Ces abcès, très-variables pour le volume, sont remplis d’un pus blanc ou rougeâtre , inodore et quelquefois fétide ; ils communiquent parfois avec les bronches. Leurs parois sont tantôt anfractueuses, indurées, quelquefois gangrenées, tantôt lisses et tapissées d’une fausse membrane.
Les trois altérations que nous venons de décrire, ou du moins deux d’entre elles se rencontrent presque toujours sur le même poumon, ce qui tient 'a ce que l’inflammation a envahi successivement plusieurs parties de cet organe. Elles ont une étendue variable : ordinairement bornées h un seul poumon, qui est le plus souvent le droit, et a une partie de ce poumon, elles peuvent s’étendre aux deux poumons ou occuper un poumon tout entier; ce dernier cas est d’ailleurs fort rare. Il arrive
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quelquefois principalement chez les enfants, que les lésions précédentes sont disséminées par noyaux dans le parenchyme pulmonaire et n’occupent que quelques lobules; c’est ce qu’on nomme pneumonie lobulaire ou mamelonnée.
Avec les lésions que nous venons de décrire et qui constituent les caractères anatomiques de la pneumonie, il s’en rencontre souvent d’autres dans différents organes : ainsi chez les adultes, la plèvre présente presque toujours des restes d’inflammation, ce qui s’observe beaucoup moins chez les vieillards, et ce qui est rare chez les enfants. — Les ganglions bronchiques sont presque toujours tuméfiés, rouges, ramollis ou même en suppuration. Le cœur contient assez souvent des caillots fibrineux plus ou moins denses qui paraissent s’être formés dans la dernière période de la pneumonie.
Diagnostic. A son premier degré, deux signes vraiment pathognomoniques caractérisent la pneumonie : 1° des crachats sanglants et rouilles, ou jaunâtres et verdâtres; 2° une crépitation nombreuse, fine, sèche et égale. Le râle sous-crépitant à bulles grosses et humides, quoique propre a cette maladie, accompagne parfois certaines bronchites. Dans ce dernier cas, le bruit coïncidant avec les symptômes de l’inflammation de la muqueuse bronchique se fait entendre dans une grande étendue delà poitrine, tandis que, lorsqu’il accompagne la pneumonie , il s’observe dans un espace beaucoup plus étroit et existe en même temps que les autres caractères de l’infiammamation du poumon. La douleur de côté, le son obscur ou mat, la toux et la dyspnée sont des signes de cette affection importants, mais non essentiels, puisqu’on peut les rencontrer dans d’autres maladies delà poitrine. La fièvre, qui se lie â tant d’affections diverses, ne peut être un signe de l’existence delà pneumonie, quoiqu’elle l’accompagne toujours-, mais elle est un indice de sa gravité , surtout chez les adultes et les vieillards. Lorsqu’elle est vive , principalement chez ces derniers, et que les phénomènes locaux sont peu apparents, il importe d’ausculter avec soin la poitrine, où l’on découvre parfois les caractères d’une pneumonie latente. Le son mat de la poitrine, la respiration bronchique et la bronchophonie sont
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les signes du second degré de la pneumonie. Lorsque ces caractères existent en même temps que la crépitation qui se fait entendre dans d’autres points de la poitrine , c’est une marque que le poumon est enflammé a ses deux premiers degrés dans des endroits différents.
Les caractères que nous venons d’indiquer ne permettent pas de confondre la pneumonie avec aucune autre maladie de poitrine.
Pronostic. La gravité de la pneumonie varie suivant l’âge. Presque toujours funeste chez les enfants a la mamelle , elle fait encore de nombreuses victimes jusqu’à cinq ou six ans. Depuis ce dernier âge jusqu’à 15 ans, elle est beaucoup moins dangereuse. D’après M. Grisolle, la mortalité est d’un quatorzième de 16 à 30 ans, d’un septième entre 30 et 40 an», d’un sixième entre 40 et 50, d’un cinquième entre 50 et 60 et des huit dixièmes au delà de 70 ans. La pneumonie est plus dangereuse chez la femme, surtout chez la femme enceinte, que chez l’homme, chez les personnes faibles, maladives, mal constituées, chez les ivrognes que chez celles qui sont robustes, bien portantes et sobres. — La pneumonie du lobe supérieur droit est plus grave que celle du lobe supérieur gauche. Un pouls extrêmement fréquent, une grande accélération de la respiration , sont des signes fâcheux ; un pouls petit et irrégulier en même temps que très-fréquent, des crachats couleur jus de pruneaux, la suppression de l’expectoration dénotent un grand et prochain danger, tandis que des sueurs abondantes et des urines qui déposent sont des signes favorables. La gravité du pronostic se tire de l’état général du malade, plutôt que de l’état local. La pneumonie est plus grave lorsqu’il s’y joint une complication; elle est le plus souvent mortelle, lorsqu’elle survient pendant le cours d’une autre maladie déjà sérieuse par elle-même.
Traitement. 11 consiste principalement dans le bon usage de deux moyens, les émissions sanguines et l’émétique à haute dose. La saignée du bras doit être pratiquée le plus près possible de l’invasion de la pneumonie, et lors même que celle-ci serait bénigne. Si la douleur de côté prédomine, et qu’elle
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n’ait pas clé sensiblement diminuée par l’ouverture de la veine, on appliquera des sangsues sur le lieu douloureux. On combinera ces deux espèces d’émissions sanguines, suivant les cas qui se présenteront. Leur nombre et la quantité de sang h extraire devront varier beaucoup, suivant l’âge et la constitution des malades. Chez les enfants jusqu’à six ans, on se borne a l’application de sangsues depuis deux ou trois jusqu’à douze, et l’on y revient une ou plusieurs fois, si c’est nécessaire. Chez les adultes forts et vigoureux, on pourra faire deux, trois, ou même quatre saignées en 24 heures, et recommencer une ou plusieurs fois les jours suivants, suivant l’état des forces et l’effet obtenu • tandis que chez ceux qui sont doués d’une moins bonne constitution, ou qui sont faibles, trois, deux saignées, ou même une seule peuvent suffire. Cependant, en tenant compte de l’état des forces, il ne faut pas oublier que la saignée prompte et abondante est de précepte général dans la pneumonie-, il est d’observation que plus on saigne de bonne heure, plus la première saignée est copieuse et plus elle a d’efïicacité pour enrayer le travail inflammatoire. 11 est quelques pneumonies, néanmoins, où l’on ne doit point y recourir, parce qu’elle serait nuisible ; telles sont celles qui sont secondaires à d’autres maladies graves, celles qui atteignent des individus très-affaiblis , qui sont accompagnées de symptômes typhoïdes, en un mot toutes celles où se remarquent une grande prostration des forces et un pouls petit et misérable.
Lorsque le pouls, a la suite d’une ou de plusieurs saignées, a perdu de sa force et de sa dureté, et qu’il est devenu souple et mou, on en vient â l’émétique a haute dose, médication héroïque qui convient à tous les âges et â toutes les constitutions. On fait dissoudre de l’émétique dans une infusion de tilleul, de camomille ou dans une potion gommeuse (90 â 120 grammes pour 24 heures) , et l’on donne toutes les heures une cuillerée de cette boisson. La dose de ce sel dans chaque potion destinée a un jour varie suivant les âges-, elle est de 10 centigrammes chez les nouveau-nés, de 15 a 20 au-dessus de trois ans, de 40 à 50 centigrammes chez les adultes, de
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60 chez les vieillards. Le second jour et les suivants, on diminue la dose d’émétique, s’il est survenu une amélioration très-considérable; si cette amélioration est faible ou nulle, on porte cette dose à 80 centigrammes ou un gramme pour les adultes et les vieillards. Les premières cuillerées de la potion stibiée provoquent le plus souvent des vomissements et des selles bilieuses qui cessent ordinairement les jours suivants. Dans ce dernier cas, comme dans celui où dès le début le tartre stibié ne donne lieu a aucune évacuation, on dit qu’il y a tolérance, phénomène qui n’empêche point l’action thérapeutique et bienfaisante de ce précieux médicament. L’effet de l’émétique est ordinairement assez prompt; il consiste dans une diminution de tous les symptômes, et en particulier de la fièvre, de la toux et de la dyspnée.
Après l’emploi des saignées, on applique, avec un avantage très-marqué, des vésicatoires sur le côté malade de la poitrine. Chez les enfants a la mamelle, on tire un grand profit des vésicatoires volants, qu’on place successivement sur divers points du thorax.
Dans la pneumonie bilieuse, lorsque l’embarras gastrique se manifeste par des signes très-prononcés (tels que langue très-chargée, amertume de la bouche, nausées ou vomissements de bile, céphalalgie, teinte jaune de la bouche ou de la face), on donne de suite l’émétique, jusqu'à ce qu’il ait provoqué des vomissements suffisants. Souvent alors on voit diminuer considérablement ou disparaître tous les symptômes de l’inflammation du poumon, et l’on n’a pas besoin de recourir à d’autres moyens. Lorsque les symptômes bilieux sont moins intenses, que la constitution est pléthorique, le pouls plein et dur, le tartre stibié doit être précédé de la saignée.
Les pneumonies typhoïdes ne peuvent exiger la saignée qu’au début, et seulement lorsqu’il y a des phénomènes prononcés de réaction, et encore dans ce cas ne faut-il tirer qu’une quantité médiocre de sang. Sitôt que la prostration se manifeste, avec ou sans troubles nerveux, on fait usage du quiuquina et du vin, du polygala de Virginie, des vésicatoires. Dans les pneumonies consécutives à une autre maladie , exis-
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tant presque toujours chez des individus très-affaiblis, la saignée est souvent contre-indiquée. Il faut alors se borner a rémétique a haute dose, comme contro-stimulant.
La pneumonie avec délire doit être traitée comme la pneumonie ordinaire, lorsque ce dernier phénomène paraît dépendre d’une irritation ou d’une inflammation des méninges, ou de l’intensité de la fièvre. Si ce trouble de l'intelligence se lie a cet ensemble de symptômes qui caractérisent la forme ataxique de la pneumonie, on fait usage des antispasmodiques, et en particulier du musc, qu’on donne en pilules d’un grain (5 centigrammes), toutes les heures, de manière a employer environ un gramme de ce médicament en vingt-quatre heures. Enfin, lorsque la pneumonie atteint des ivrognes, et que le trouble des facultés intellectuelles n’est qu’un des symptômes du delirium tremens, auquel ces hommes sont sujets, on doit s’empresser de recourir a l’opium, dont une longue expérience a prouvé l’efficacité en pareil cas. On donne ce médicament en pilules de cinq centigrammes chacune 5 on en fait prendre trois, quatre, cinq, six ou même davantage en 24 heures, en ayant soin de n’en prescrire qu’une seule a la fois, et de mettre un intervalle d’une ou deux heures d’une prise a l'autre.
La diète est de rigueur dans le cours de la pneumonie. On fera prendre au malade une infusion de fleurs pectorales, qu’on devra changer de temps en temps pour éviter qu’il ne s’en dégoûte.
Pleurésie.
Définition. On désigne sous ce nom l’inflammation de la plèvre caractérisée par une douleur de côté, une toux sèche, l’égophonie, un son obscur ou mat de la poitrine, l’absence de râle crépitant et de crachats rouillés, et la fièvre.
On divise la pleurésie en pleurésie aiguë et pleurésie chronique. Suivant qu’elle envahit la plèvre entière, ou seulement une partie de son étendue, on la distingue encore en pleurésie simple ou double , générale ou partielle. Celle-là affecte la
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plèvre entière; celle-ci peut être bornée au médiaslin, au diaphragme, a la scissure interlobaire.
Pleurésie aiguë.
Causes. La pleurésie est une maladie fréquente qui atteint tous les âges, mais principalement la jeunesse et l’âge adulte. Elle se développe parfois, sans cause occasionnelle, sous l’influence d’une prédisposition intérieure qu’il est impossible d’apprécier. Sa cause déterminante la plus ordinaire, c’est un refroidissement qui peut dépendre lui-même de l’impression subite d’un air froid, d’une boisson froide bue après un violent exercice, du passage brusque d’un air chaud à un air froid, etc.*, de l'a, la suppression de la transpiration et le développement de l’inflammation. La pleurésie est quelquefois le résultat d’une violence extérieure sur la poitrine. Elle survient assez souvent pendant le cours d’une autre maladie, telle que la pneumonie , le rhumatisme articulaire fébrile, la pleurodynie, la péritonite puerpérale, la phthisie pulmonaire.
Dans ce dernier cas, elle est ordinairement l’effet de l’introduction dans la plèvre du pus d’un tubercule ramolli. La rupture d’un abcès, d’un kyste, d’un foyer gangréneux, peuvent encore lui donner naissance de la même manière.
Symptômes. La pleurésie débute sans prodromes, ou après un frisson plus ou moins intense, par une douleur de côté vive, pongitive et déchirante, qui a le plus souvent son siège à la région mammaire, quelquefois dans le dos, à la base de la poitrine ou a l’aisselle. L’inspiration , la toux et la pression intercostale rendent cette douleur beaucoup plus vive. Il y a en même temps une toux sèche et pénible , une oppression marquée, une respiration fréquente, courte et anxieuse. Le pouls est fréquent, la peau chaude ; il y a soif et anorexie. Le malade reste couché sur le dos, incliné sur le côté où siège la douleur. A ce début de la pleurésie, le son de la poitrine est encore normal, quoique le murmure respiratoire soit souvent sensiblement affaibli, ce qui tient k ce que la douleur empêche le malade de dilater entièrement sa poitrine, Mais bientôt il
PI1LEGMASIES.
se fait dans le côté malade un épanchement qui commence par la partie la plus déclive de la cavité thoracique, c’est-àdire à la partie inférieure de cette cavité, vers la grande courbure des côtes, à égale distance du sternum et de la colonne vertébrale. Si Ton percute dans cet endroit, on trouve le son moins clair ou même tout à fait obscur ou nul suivant la quantité de liquide. Lorsque l’épanchement est médiocrement abondant, l’auscultation de la voix dans les endroits de la poitrine qui correspondent à cette accumulation fait entendre le phénomène que Laennec appelle égophonie. C’est tantôt une voix aigre, saccadée, tremblotante, analogue au bêlement d’une chèvre, tantôt une voix qui a beaucoup de ressemblance avec celle de polichinelle, ou avec le son d’un mirliton ; dans quelques cas rares , l’égophonie est remplacée par la bronchophonie. Le murmure respiratoire dans le siège de l’égophonie est faible , éloigné de l’oreille , quelquefois nul , et , dans ce cas, remplacé par la respiration bronchique. Lorsque l’épanchement devient plus considérable, l’égophonie cesse de même que le bruit respiratoire , le son du thorax est entièrement mat; l’on n’entend plus aucun bruit dans la poitrine, excepté le long de la colonne vertébrale, dans les points correspondants à la racine du poumon, où l’on perçoit encore le murmure respiratoire. Lorsque des adhérences de la plèvre n’y mettent pas obstacle, on peut déplacer le liquide épanché dans sa cavité en faisant changer les positions du malade dans son lit} il en résulte des changements correspondants dans les endroits où l’on entendait les phénomènes stéthoscopiques dont nous venons de parler. Cette mobilité est d’ailleurs un symptôme assez rare , parce que , le plus souvent , l’épanchement est entouréd’adhérencesquine lui permettent aucun déplacement.
Parvenue à ce degré, tantôt la pleurésie s’arrête par suite de la résorption de l’épanchement, tantôt elle continue à faire des progrès par l’augmentation du liquide qui s’exhale dans la cavité delà plèvre, et qui peut être assez abondant pour remplir tout un côté de la poitrine. Dans ce cas, le côté malade se dilate dans tous ses diamètres , ce dont il est facile de s’assurer en le mesurant comparativement au côté sain} les
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espaces intercostaux s’élargissent, et l’on peut quelquefois sentir dans leurs intervalles la fluctuation d’un liquide. L’abondance de celui-ci, continuant a dilater le côté malade, peut déprimer le médiastin, repousser le cœur, dont les battements ne se font plus sentir à leur place ordinaire , refouler le diaphragme et abaisser en même temps la rate ou le foie suivant que l’épanchement a son siège a gauche ou a droite. L’un ou l’autre de ces viscères fait alors dans l’abdomen une saillie très-prononcée. Lorsque l’épanchement est aussi considérable, l’oppression est très-grande, le malade ne peut respirer que couché sur le dos ou sur le côté pleurétique , le son est entièrement mat dans tout ce côté, où l’on n’entend plus aucun bruit a l’auscultation -, en même temps le poumon resté sain augmente d’activité et le plus souvent on y entend la respiration puérile, c’est-a-dire un murmure vésiculaire beaucoup plus fort, plus bruyant et plus fréquent.
Marche. Au bout d’un temps variable, l’épanchement pleurétique est peu a peu résorbé -, la fièvre et les autres phénomènes généraux cessent, la dyspnée diminue , le bruit de la respiration et la sonorité du thorax reviennent peu a peu et graduellement sons la clavicule, à la partie antérieure de la poitrine , sous l’omoplate , où souvent l’égophonie se fait entendre de nouveau, surtout lorsque la pleurésie esttrès-récente. Cette égophonie ne tarde pas elle-même a disparaître pour faire place a la respiration naturelle. La matité et l’absence de murmure vésiculaire persistent beaucoup plus longtemps , quelquefois plusieurs mois, a la partie inférieure de la poitrine, partie la plus déclive où le liquide était accumulé en plus grande quantité. On observe ces phénomènes chez certains sujets longtemps après leur guérison , quelquefois le reste de leur vie , ce qui lient 'a des fausses membranes épaisses qui gênent dans cet endroit l’expansion du poumon pendant l’inspiration.
Lorsque la pleurésie est ainsi en voie de guérison, Causcultation fait entendre parfois un bruit rude et saccadé, comme si deux corps durs se frottaient avec lenteur l’un sur l’autre. On désigne ce phénomène sous le nom de bruit de frottement
PHLEGMASTES.
pleurétique , et on l’explique par le frottement, dans l’acte de la respiration, des plèvres costale et pulmonaire, entre lesquelles de fausses membranes dures et inégales sont interposées. On l’observe presque toujours à la base de la poitrine-, il disparaît après quelques jours , quelquefois après une ou plusieurs semaines. Dans quelques cas rares de pleurésie où l'épanchement est nul, et que, pour celte raison, on a appelée pleurésie sèche , le bruit de frottement pleurétique est le principal symptôme physique qui puisse servir a la faire reconnaître.
Durée. La pleurésie peut durer depuis cinq a six jours jusqu’à quinze, vingt et un ou vingt-huit. Si l’épanchement est considérable , le travail de la résorption peut durer plusieurs mois.
Terminaisons. Cette maladie a presque toujours une terminaison heureuse, lorsqu’elle est sans complication , et qu’elle atteint des sujets d’une bonne constitution. Elle peut cependant entraîner la mort lorsqu’elle est double , qu’elle occupe le diaphragme, ou que l’épanchement est porté h un degré extrême. Dans ces cas, les malades succombent dans un accès d’orthopnée ou au milieu d’une syncope. La pleurésie peut encore se terminer par le passage a l’état chronique.
Variétés. Les principales variétés de la pleurésie aiguë sont les pleurésies latente , double , partielle et subite.
Pleurésie latente. Quelquefois la plupart des symptômes que nous avons décrits manquent ou sont tellement légers , que la maladie échappe a la sagacité du médecin ou est seulement soupçonnée. Cependant il est fort rare qu’on ne puisse percevoir aucun phénomène physique par la percussion et l’auscultation. Cela arrive lorsque rinflammation est bornée a la plèvre du médiastin ou de la scissure qui sépare les lobes pulmonaires.
Pleurésie double. La pleurésie peut occuper les deux côtés de la poitrine , ce qui arrive successivement. Les symptômes auxquels elle donne lieu sont les mêmes que ceux de la pleurésie simple , seulement l’oppression est en général beaucoup plus prononcée.
Pleurésie partielle. La pleurésie partielle est celle qui n’occupe qu’une partie plus ou moins circonscrite de la plèvre. Elle a lieu lorsque l’inflammation se développe dans une portion de cette membrane qui se trouve entourée d’adhérences récentes ou anciennes. Cette pleurésie est quelquefois si peu étendue , qu’elle donne seulement lieu a une douleur vive dans un point de la poitrine, accompagnée d’un peu de dyspnée, sans fièvre ou avec un peu de fréquence du pouls. Parmi les pleurésies partielles, il en est trois principales, savoir : les pleurésies médiastine, interlobaire et diaphragmatique. Les deux premières , presque toujours latentes, comme nous l’avons dit plus haut, ne paraissent provoquer qu’une douleur profonde dans la poitrine, avec oppression et fièvre, mais sans aucun des phénomènes physiques propres a la pleurésie ordinaire. Dans ces deux espèces de pleurésie circonscrite, il arrive souvent que le liquide séro-albumineux emprisonné au milieu d’adhérences solides perce le poumon et s’échappe au dehors par les bronches. La pleurésie diaphragmatique (; paraphrénésie des anciens) a pour symptômes une douleur vive le long du rebord cartilagineux des fausses côtes , laquelle s’étend jusqu’aux hypocondres et s’exaspère par la toux, la pression et les mouvements ; une oppression si considérable et si anxieuse , qu’elle oblige les malades a se tenir sur leur séant pour respirer, le tronc fortement penché en avant, quelquefois, mais bien rarement, le hoquet, le vomissement et l’ictère. Celte espèce de pleurésie se termine souvent par la mort.
Pleurésie subite. Elle arrive lorsqu’un abcès tuberculeux , un kyste, un foyer gangréneux, s’ouvrent tout a coup dans la plèvre. Le malade est pris alors d’une douleur de côté subite extrêmement vive, accompagnée d’une dyspnée et d’une anxiété considérables. Les symptômes de la pleurésie ordinaire combinés avec ceux qui naissent de l’introduction de l’air dans la cavité de la plèvre ne tardent pas a se manifester. Nous en parlerons en traitant du pneumo-thorax.
Complications. Beaucoup de maladies aiguës peuvent compliquer la pleurésie. La plus commune et la plus importante à
PIILEGMASIES.
connaître , c'est la pneumonie. Cette complication prend le nom de pl euro- pneumonie. Dans ce cas , tantôt on observe les phénomènes physiques propres a ces deux maladies, tantôt celle qui prédomine masque plus ou moins complètement les symptômes de l’autre ou les modifie d’une manière remarquable.
Lésions anatomiques. Lorsqu’on ouvre la poitrine des sujets qui ont succombé a la pleurésie, on trouve le côté de cette cavité où siégeait la maladie plus ou moins rempli d’un liquide séreux, le plus souvent de couleur citrine , d’autres fois jaune , verdâtre , louche et opaque , quelquefois rougeâtre , dans lequel nagent en quantité variable des flocons albumineux et des concrétions membraniformes; des concrétions analogues, molles, plus ou moins épaisses, recouvrent en même temps la surface interne de la plèvre dans une étendue variable. La quantité du liquide épanché varie depuis quelques grammes jusqu’à un ou plusieurs kilogrammes. Dans quelques cas rares, il n’y a point ou presque point d’épanchement séreux, et la plèvre contient une grande quantité d’exsudations albumineuses d’un blanc jaunâtre , quelquefois â moitié fluide , ordinairement de la consistance de l’albumine cuite ou de la couenne inflammatoire , rassemblées en masse dans les gouttières vertébrales et sur le diaphragme , et tapissant plus ou moins les deux feuillets de la plèvre, entre lesquels elles établissent des adhérences. On a donné le nom de pleurésies sèches â ces cas de pleurésie sans liquide séreux. Lorsqu’on détache les fausses membranes de la surface de la plèvre , on trouve cette membrane plus ou moins rouge et injectée, mais conservant son poli, sa transparence et son épaisseur normales.
Lorsque l’épanchement pleurétique est très-abondant, le côté de la poitrine est dilaté , le médiastin et le cœur sont déviés vers le côté sain, le diaphragme est abaissé, le poumon est réduit a un petit volume, flasque, exsangue, vide d’air et refoulé dans les gouttières vertébrales.
Si la maladie a été longue, l’épanchement est souvent peu considérable , les fausses membranes commencent â se rapprocher de la structure du tissu cellulaire; on y voit parfois
PATHOLOGIE SPÉCIALE
des lignes rouges , indices des vaisseaux qui devaient s’y développer si la vie s'était prolongée. D'autres fois ce travail d'organisation est plus avancé ; les fausses membranes, devenues entièrement celluleuses, établissent des adhérences plus ou moins intimes et variables pour l'étendue entre les deux feuillets de la plèvre. C'est ainsi que se forment ces unions que l’on rencontre si souvent entre les poumons et les côtes chez des sujets qui avaient guéri de la pleurésie. Les fausses membranes peuvent avec le temps éprouver encore d'autres transformations. On les trouve quelquefois passées à l'état fibreux , cartilagineux ou même osseux. Dans certains cas, on rencontre des épanchements circonscrits, suite de pleurésies récentes, et emprisonnés au milieu d’adhérences celluleuses, anciennes ou récentes elles-mêmes. C’est ainsi que se forment les pleurésies partielles, dont le siège le plus ordinaire est h la base du poumon, dans les scissures interlobaires et sur le médiastin.
Diagnostic. Quoique la pleurésie n’ait pas de signes pathognomoniques, on ne peut cependant la méconnaître aux caractères suivants : une douleur vive de côté, une toux sèche, l’égophonie, une diminution du murmure vésiculaire, un son obscur ou mat du thorax du côté malade. La pleurodynie et la pneumonie sont les seules maladies avec lesquelles on pourrait la confondre. Mais la première de ces affections donne lieu à une douleur de côté superficielle et mobile , qu’exaspère le plus petit mouvement d’inclinaison de la poitrine; il n’y a point de toux ; le bruit de la respiration et le son du thorax n’offrent aucune espèce d’altération. La pneumonie a deux signes qu’on ne rencontre jamais dans la pleurésie , c’est-à-dire les crachats visqueux , sanglants et rouillés et le râle crépitant. On ne pourrait être embarrassé dans le diagnostic qu’à une époque avancée de ia pleurésie, lorsqu’on observe à la fois, dans les deux maladies en question, le son mat du thorax, la respiration bronchique et la bronchophonie. Mais on parviendra à dissiper les doutes à cet égard en s’informant si le malade n’a point craché de sang dans le commencement de son état, en examinant les crachats actuels ,
PHLEGMASIES.
qui sont toujours purement muqueux dans l'inflammation de la plèvre, et visqueux et colorés dans l’inflammation du poumon, en se rappelant que l’oppression , l’abattement et tous les phénomènes généraux sont bien plus considérables dans cette dernière maladie que dans la première.
Pronostic. Le pronostic de la pleurésie simple est presque toujours favorable. Il ne devient grave que dans certains cas où l’inflammation affecte les deux plèvres en même temps, ou seulement la plèvre diaphragmatique, ou bien encore lorsque l’épanchement est assez considérable pour dilater beaucoup le thorax et déplacer le cœur.
Traitement. Le repos absolu , la diète et l’usage des boissons pectorales sont les premières choses a observer dans cette maladie. Le traitement actif consiste essentiellement dans l’emploi des émissions sanguines générales et locales. On commence ordinairement par une saignée, qu’on fait bientôt suivre de Lapplication de sangsues ou de ventouses scarifiées sur le point douloureux de la poitrine. On reviendra une ou plusieurs fois aux saignées locales, suivant l’effet obtenu et la force des sujets. Chez les enfants l’on ouvre rarement la veine et l’on se borne aux sangsues loco dolenti ; on se trouve bien chez eux de l’application de larges cataplasmes de farine de graine de lin sur la poitrine. Si, malgré ces moyens, la douleur locale et la toux persistaient avec opiniâtreté, on ferait prendre au malade le soir de dix â vingt grammes de sirop de pavot blanc. Lorsque la fièvre est apaisée et que l’épanchement se dissipe lentement ou reste stationnaire, le moyen le plus puissant pour le combattre consiste dans l’application sur le côté malade d’un ou de plusieurs vésicatoires volants ou a demeure ; la plupart des pleurésies cèdent a cet agent thérapeutique. On emploie concurremment les purgatifs salins et les diurétiques. Parmi ces derniers, on choisit surtout ceux qui sont en même temps contre-stimulants : tels sont la digitale, qu’on donne ordinairement en poudre â la dose de 5 centigrammes par jour en commençant, et qu’on augmente graduellement jusqu’à 50 centigrammes 5 le nitre (d’un a 20 grammes), et l’acétate de potasse (20 â 50 centigrammes). Quelquefois la
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pleurésie résiste a ce traitement et passe a l’état chronique. 11 en sera question dans l’article suivant. L’épanchement aigu de la pleurésie peut faire, malgré tous les moyens, des progrès si considérables qu’il menace prochainement la vie, si l’on ne parvient promptement a le faire cesser. C’est dans ces cas qu’on a conseillé et pratiqué plusieurs fois avec succès la paracentèse du thorax.
Pleurésie chronique.
La pleurésie chronique est tantôt primitive, et tantôt consécutive a la pleurésie aiguë.
Causes. Celle-ci passe a l’état chronique lorsqu’elle a été mal soignée, ou lorsqu’elle existait chez des individus déjà malades, d’une mauvaise constitution ou tuberculeux. La pleurésie primitive tient souvent a des causes qui échappent h l’observation, ou aux mêmes influences qui ont fait naître la pleurésie aiguë, mais qui agissent ici d’une manière lente et graduelle.
Symptômes. Ce sont les mêmes que ceux de la pleurésie aiguë avancée , mais avec différentes modifications : le son de la poitrine est entièrement mat, et l’auscultation ne fait entendre aucune espèce de bruit 5 l’égophonie n’existe que dans les cas rares où l’épanchement est peu abondant; le côté malade est plus large que le côté sain , et immobile, tandis que celui-ci se dilate et se rétrécit bien plus que dans l’état de santé ; il y a de la toux et une oppression plus ou moins grande que les mouvements augmentent; le décubitus a lieu sur le dos ou sur le côté pleurétique. Ordinairement il n’y a ni fièvre ni douleur de côté; lorsqu’elles existent, elles diminuent et se dissipent au bout d’un certain temps, et la maladie reste bornée aux symptômes locaux décrits plus haut. En même temps, anxiété, faiblesse, pâleur et amaigrissement. Chez certains malades, surtout ceux qui ont des tubercules, il survient une fièvre hectique avec des sueurs nocturnes et de la diarrhée.
P11LEGMASIES.
Marche. La pleurésie chronique peut rester longtemps a peu près stationnaire, mais au bout d’un temps variable, elle fait des progrès sensibles ou elle diminue et marche vers la guérison. Dans le premier cas, la dyspnée, la maigreur et la faiblesse augmentent; il survient un œdème d’abord borné au côté pleurétique et s’étendant ensuite au reste du corps, la fièvre hectique se joint a ces symptômes, et les malades succombent. Dans le second cas , les forces reviennent peu a peu, l’oppression diminue et cesse, le son de la poitrine, d’abord moins mat, commence a redevenir clair, surtoutdansla partie supérieure de la poitrine; le murmure respiratoire renaît dans les mêmes endroits. Ce retour a l’état normal a lieu graduellement dans tout le côté malade. En même temps ce côté , qui était dilaté, revient peu à peu sur lui-même et finit souvent par être sensiblement plus étroit et plus resserré que le côté resté sain; différence qui peut aller depuis un centimètre jusqu’à trois ou même quatre. Ce remarquable phénomène s’explique par l’état du poumon, qui entouré de fausses membranes épaisses ne peut plus se développer autant que l’autre poumon. Alors les côtes de ce côté se courbent davantage, se rapprochent les unes des autres et viennent s’appliquer a la surface du poumon rétréci , remplissant ainsi le vide qui est résulté de la résorption du liquide épanché dans la plèvre. Lorsque le rétrécissement thoracique est très-prononcé, la percussion donne souvent un son obscur, le bruit d’expansion vésiculaire est faible, et les malades restent débiles et sujets a l’essoufïlement; état qui persiste presque toujours pendant toute la vie. Il arrive quelquefois que le liquide pleurétique se fraye une issue à l’extérieur, soit par les bronches, soit à travers les parois thoraciques. Dans ce dernier cas, les malades succombent le plus souvent lorsque la pleurésie est générale, tandis qu’ils guérissent lorsqu’elle est seulement partielle.
Durée. La pleurésie chronique se prolonge longtemps et n’a aucun terme fixe. Sa durée ordinaire est de deux , trois ou quatre mois; elle peut être d’une ou de plusieurs années.
Tei'minaisons. La pleurésie se termine tantôt par la guérison qui arrive graduellement, comme nous venons de le dire plus
PATHOLOGIE SPÉCIALE
haut, et tantôt par la mort. Cette issue funeste tient souvent a la présence de tubercules dans le parenchyme pulmonaire.
Lésions anatomiques. Elles sont les mêmes que dans la pleurésie aiguë, mais avec des modifications plus ou moins considérables. Le liquide épanché est généralement très-abondant, opaque, laiteux ou purulent, d’une odeur fade, quelquefois fétide. Les fausses membranes sont plus épaisses et plus friables et la plèvre subjacente est très -injectée et parfois épaissie. C’est ici surtout qu’on rencontre le côté de la poitrine très-dilaté, le médiastin, le cœur et le diaphragme refoulés, et le poumon réduit 'a un très-petit volume, atrophié et repoussé contre le médiastin, la colonne vertébrale , ou la gouttière du même nom. Ces diverses altérations coexistent avec des tubercules pulmonaires chez les trois quarts des sujets qui succombent.
Diagnostic. Il est impossible de méconnaître la pleurésie chronique aux signes que nous avons indiqués plus haut, et en particulier a la matité complète du côté malade et a l’absence de tout bruit normal ou morbide dans la poitrine.
Pronostic. Le pronostic de cette maladie est généralement grave, surtout a cause des tubercules qui la compliquent si souvent, complication presque constante lorsque la pleurésie existe des deux côtés. Cette gravité varie, au reste, suivant Fancienneté de la maladie , le degré de dilatation de la poitrine et FeHet du traitement. Elle est portée au plus haut degré lorsque le malade, très affaibli et amaigri, est en proie a la fièvre hectique.
Traitement. Il est rare qu’il y ait lieu de tirer du sang dans cette maladie 5 cependant s’il y avait des signes de réaction inflammatoire, et que le sujet fût robuste, on pourrait appliquer des sangsues sur le lieu malade. Les exutoires sous toutes les formes forment la base du traitement de la pleurésie chronique; on commence par appliquer des vésicatoires a demeure sur la poitrine, et en cas d’insuffisance on en vient aux cautères, aux moxaset aux sétons. On administre en même temps des diurétiques, la digitale, le nitre, l’acétate de potasse aux doses indiquées dans l’article précédent, des pur-
PHLEGMAS1ES.
gatifs drastiques, si Tétai de l’estomac el des intestins ne s’y oppose pas. Dans les cas ou l’état du malade , malgré ces moyens, reste stationnaire ou empire, on conseille l’opération de Tempyème pour évacuer le liquide épanché dans la poitrine. Deux médecins anglais, MM. Hughes et Cock, ont publié vingt cas d’opération dans lesquels il y a eu sept guérisons et sept améliorations; M. Hamilton Roé a obtenu dix-huit guérisons sur vingt-quatre opérations, résultat qui serait extrêmement favorable. En France, on n’a pas été si heureux, ce qui tient beaucoup sans doute h ce qu’on attend, pour pratiquer la thoracentèse , que le malade soit sur le point d’étouffer , et en proie a la fièvre hectique. À cette époque, le poumon, atrophié et entouré de fausses membranes épaisses, ne peut plus se dilater, et l’opération ne saurait procurer qu’une amélioration passagère.
La thoracentèse se pratique de la manière suivante : on tire fortement en haut la peau d’un espace intercostal, au niveau du milieu du bord postérieur de l’aisselle; on incise alors la peau avec une lancette au dessus de la côte, et on enfonce le trocart dans cette incision, de manière a pénétrer dans la poitrine; on retire alors le plus possible du liquide épanché. Pour empêcher l’entrée toujours grave de l’air dans la poitrine, on a proposé d’adapter au pavillon de la canule une peau de baudruche mouillée qui bouche l’entrée de cet instrument lorsque, le liquide cessant de couler, l’air tend a y pénétrer.
3e Genre. Fhlegmasies des organes circulatoires.
Péricardite.
Définition. On donne ce nom a l’inflammation de la membrane séreuse qui tapisse le cœur et le feuillet fibreux du péricarde, maladie qui a pour signes principaux une douleur et de la matité a la région précordiale, de la fièvre, des lipothymies, de la dyspnée, une voussure au dessus du mamelon, des
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bruits de souffle, de râpe et de frottement qu’on entend dans la même région.
Causes. La péricardite se montre a tous les âges, mais surtout de 15 'a 35 ans; elle est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Elle peut être occasionnée par une violence extérieure sur la poitrine , et plus fréquemment par un refroidissement. Elle se développe souvent dans le cours du rhumatisme aigu, de la pneumonie, de la pleurésie, des lésions organiques du cœur et de l’aliénation mentale. Dans le plus grand nombre de cas, les causes occasionnelles de celte maladie restent inconnues.
Symptômes. La péricardite est aiguë ou chronique; mais comme ses symptômes sont â peu piès les mêmes dans les deux cas, nous n’en donnerons qu’une seule description.
La péricardite débute souvent par un frisson plus ou moins intense, quelquefois par une défaillance, prodromes qui manquent lorsqu’elle se développe dans le cours d’une autre maladie. Les malades sont pris d’une douleur obtuse, parfois déchirante, située au-dessus et au dedans du mamelon gauche , augmentant par la toux et la pression , ordinairement accompagnée de palpitations intermittentes, qui reviennent surtout la nuit. En même temps, dypsnée très-marquée, respiration fréquente , toux sèche , quelquefois , mais rarement, lipothymies. Au bout de quelques jours, la percussion de la région précordiale donne un son mat dans une étendue variable , par suite de l’épanchement qui s’est opéré dans le péricarde. Cette matité peut changer de place, en faisant varier la position du malade. Si le liquide séreux est abondant dans celte enveloppe, on remarque sur la poitrine, â la région du cœur , une saillie ou voussure plus ou moins sensible , au niveau de laquelle on n’entend point le murmure respiratoire; les battements du cœur, inégaux et obscurs, paraissent plus profonds que dans l’état normal. Il s’y joint deux autres sortes de bruits, les bruits de souffle et de râpe et les bruits de frottement. Les premiers, dont le nom exprime assez bien le caractère, sont des modifications morbides des contractions mêmes des cavités du cœur; les seconds résultent du frottement des
PHLEGMASIES.
surfaces internes du péricarde , rendues inégales par des fausses membranes 5 ils ressemblent aux bruits que produisent du papier mince qu’on froisse , ou du cuir neuf qu’on ploie. Ces phénomènes locaux s’accompagnent d’une fièvre ardente-, le pouls est souvent développé, d’autres fois il est faible et irrégulier; il y a de la céphalalgie, un sommeil agité et interrompu par des réveils en sursaut, quelquefois du délire. Un petit nombre de malades présentent un léger œdème de la face et des extrémités inférieures. La plupart des symptômes qui précèdent peuvent être masqués par une autre maladie, et la péricardite rester latente, c’est ce qui arrive souvent chez les aliénés.
Marche. Le plus souvent, les symptômes indiqués augmentent d'intensité pendant sept a huit jours; ils diminuent ensuite graduellement, et finissent par disparaître; quelquefois la marche de la maladie est beaucoup plus lente ; dans certains cas, elle est très-rapide : l’oppression est de plus en plus considérable, les battements du cœur sont tumultueux et désordonnés, l’œdème est très-prononcé, et les malades succombent au bout d’un ou de quelques jours au milieu d’une syncope.
Durée. La péricardite dure quinze a vingt jours dans la plupart des cas; elle peut se prolonger un mois et demi, ou se terminer en un ou en quelques jours; mais dans ce dernier cas, c’est toujours d’une manière funeste.
Terminaisons. Cette maladie se termine dans un certain nombre de cas par la mort, mais le plus souvent par la guérison. L’issue funeste arrive ou subitement, comme nous l’avons dit, ou bien au bout de quinze jours a un mois, dans une violente orthopnée. — La guérison a lieu par la résorption du liquide séreux épanché dans le péricarde, à laquelle se joint dans un certain nombre de cas l’adhérence de cette enveloppe a la surface du cœur. Ces adhérences, qu’il est impossible jusqu’aujourd’hui de reconnaître pendant la vie, donnent souvent lieu chez les sujets qui en sont atteints a la dilatation et à l’hypertrophie du cœur. On a quelquefois observé, chez des individus qui avaient eu une péricardite guérie par adhérence,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
une déformation sensible de la région précordiale , consistant dans une sorte de dépression de cette région.
La péricardite chronique est tantôt primitive, tantôt consécutif à la péricardite aiguë. Cette maladie peut durer plusieurs mois. Elle donne lieu d’ailleurs aux mêmes symptômes que celle dernière; mais sa terminaison est bien plus souvent mortelle, surtout lorsqu’elle est primitivement chronique.
Lésions anatomiques. Les lésions propres a la tunique séreuse du péricarde ont la plus grande analogie avec celles des autres membranes séreuses enflammées. Si la maladie a été d’une courte durée, on ne rencontre parfois qu'une rougeur plus ou moins vive du feuillet séreux du péricarde qui conserve son épaisseur et sa transparence ; ou bien sa surface est sèche, dépolie, parsemée de plaques ou de granulations albumineuses. Dans la plupart des cas, on trouve le péricarde plus ou moins rempli par un liquide séreux dans lequel nagent des flocons albumineux, et dont la quantité, ordinairement de 60 grammes à 120, peut s’élever jusqu’à un, deux ou même trois kilogrammes Ce liquide peut être blanchâtre, laiteux et purulent, ou bien louche, rougeâtre ou même sanguinolent. La surface du cœur et celle du péricarde sont plus ou moins tapissées de fausses membranes molles , dont la surface libre est presque toujours inégale , âpre , parsemée d’aspérités et, d’enfoncements qui lui donnent l’aspect d’un réseau, d’une langue de chat , d’une pomme de pin, etc. Dans les cas où les concrétions albumineuses ont cette apparence, il n’existe plus ou presque plus d’épanchement séreux. Dans certains cas, ces fausses membranes établissent des adhérences plus ou moins intimes entre les deux feuillets séreux du péricarde, adhérences qui peuvent aller jusqu’à unir entièrement, et dans toute son étendue, le péricarde au cœur. Ces concrétions sont le plus souvent résorbées; dans le cas contraire, elles peuvent, comme toutes celles de la même nature, devenir, avec le temps, celluleuses, fibreuses, cartilagineuses et osseuses. La péricardite chronique est accompagnée des mêmes lésions que celle qui est aiguë , l’épanchement est
PHLEGMÀSIES.
ordinairement laiteux , et les fausses membranes sont plus épaisses et plus résistantes.
Le cœur , dans la péricardite , est tantôt sans lésion apparente, tantôt il est rétréci, ou dilate et hypertrophié. Son tissu peut être ramolli , pâle et décoloré. Ses cavités contiennent des concrétions fibrineuses, entrelacées au milieu des piliers; sa membrane interne est parfois rouge et injectée.
Diagnostic. Une douleur précordialc avec fièvre et dyspnée, des lipothymies, un son mat h la région du cœur, une voussure de la poitrine a celte région, des bruits de souffle, de râpe et de frottement, tels sont les principaux signes de la péricardite. Mais plusieurs de ces signes peuvent manquer. Il importe alors d’observer avec soin tous les symptômes qui se présentent, et de les comparer attentivement avec ceux des maladies qui peuvent avoir quelque analogie avec la péricardite, comme la pneumonie, la pleurésie, la pleurodynie. On parviendra ainsi a une grande probabilité , sinon a une certitude complète de l’existence de l’inflammation du péricarde.
Pronostic . La péricardite est une maladie sérieuse, mais moins dangereuse cependant qu’on ne le croyait autrefois, puisque la plupart des observations modernes tendent â prouver qu’elle se termine ordinairement par la guérison , lorsqu’elle est simple. Celle qui est chronique d’emblée est le plus souvent mortelle.
Traitement. Il doit être prompt et énergique. On pratique d’abord une saignée copieuse, et le lendemain on applique de 15 a 30 sangsues sur la région précordiale. On reviendra encore aux émissions sanguines , si l’effet des premières n’a pas été suffisant, et si le malade peut les supporter. On secondera leur action par les contre-stimulants , comme la digitale et les boissons nitrées , par des purgatifs et par des révulsifs aux extrémités. Lorsque ces moyens sont épuisés, on applique sur la région du cœur un large vésicatoire dont on entretient la suppuration. Les exutoires, comme vésicatoires, cautères, moxas, sétons, sont les principales ressources qu’on possède contre la péricardite chronique. On y joint les diurétiques les plus énergiques.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Endocardite.
M. Bouillaud a donné ce nom a l’inflammation de la membrane qui tapisse les cavités du cœur, maladie qu’il a fait connaître.
Causes. L’endocardite survient surtout dans le cours d’autres maladies, principalement du rhumatisme articulaire aigu; ses autres causes sont les mêmes que celles de la péricardite.
Symptômes. — Marche. — Durée. — Terminaison. Elle débute , sans phénomènes précurseurs , par des palpitations et une oppression plus ou moins grande, quelquefois avec un sentiment de gêne ou une douleur dans la région précordiale. La percussion donne un son obscur dans une grande étendue de la région précordiale, indice d’une augmentation très-prononcée du volume du cœur; a l’auscultation, les battements de cet organe sont forts, superficiels, tantôt sourds, tantôt clairs, parfois remplacés par les bruits de souffle , de râpe ou de lime; le pouls est fréquent, fort et résistant, quelquefois petit et faible. Bientôt l’oppression dégénère en suffocation; il survient des lipothymies, des syncopes, du délire, l’œdématie des membres, quelquefois la gangrène d une partie du corps. Après avoir duré depuis quelques jours jusqu’à une ou deux semaines, ces symptômes se dissipent le plus souvent, sans laisser aucune trace ; quelquefois ils augmentent encore d’intensité et se terminent par la mort ; enfin ils peuvent diminuer, se prolonger, passer à l’état chronique et donner peutêtrenaissance à quelques-unesdecesconcrétions cartilagineuses et osseuses qu’on rencontre parfois dans les cavités du cœur.
Lésions anatomiques. Le cœur est ordinairement dilaté. Sa membrane interne ou l’endocarde présente une coloration rouge partielle ou générale; elle est souvent boursouflée, épaissie , ramollie , quelquefois ulcérée. On rencontre parfois de petits caillots adhérents à sa surface et contenant du pus. L’endocarde est souvent tapissé dans plusieurs points de sa surface de fausses membranes grisâtres, lisses ou inégales, très adhérentes, ayant principalement leur siège autour des
PHLEGM ASIES.
valvules. Des caillots fibrineux, décolores, plus ou moins épais, sont assez fréquemment fixés a un des points de l’endocarde. Enfin il n'est pas rare de rencontrer sur le bord libre des valvules sigmoïdes et ventriculaires de petites tumeurs grisâtres ou rougeâtres, ou des granulations de la grosseur d'une tête d’épingle ou d’un grain de millet. Lorsque toutes ces altérations ou les principales se trouvent réunies chez le même sujet, il ne peut y avoir aucun doute sur leur nature inflammatoire. Il n’en est pas de même lorsqu’il n’y a qu’une simple rougeur plus ou moins étendue de l’endocarde, cette coloration pouvant dépendre d’une imbibition cadavérique. — L’endocardite chronique donne probablement lieu â certaines adhérences et à plusieurs productions crétacées, cartilagineuses et osseuses , qu’on rencontre dans les valvules. Nous disons plusieurs et non toutes ; car les progrès de l’âge suffisent seuls pour les produire.
Diagnostic. On ne peut guère reconnaître l’endocardite que lorsque tous les symptômes décrits plus haut sont intenses, se trouvent réunis chez le même malade , et qu’on les compare avec soin a ceux des autres maladies du cœur et de ses enveloppes. Mais il arrive souvent qu’ils sont assez légers et que plusieurs d’entre eux manquent. Dans ces cas, qui sont les plus nombreux, on peut tout au plus soupçonner plutôt que diagnostiquer l’endocardite.
Pronostic. Quoique cette maladie se termine le plus souvent par la guérison , elle n’en est pas moins grave , puisqu’elle occasionne parfois une mort prompte , et qu’elle peut faire naître des maladies organiques du cœur.
Traitement. Il ne diffère point de celui de la péricardite.
Cardite.
On appelle ainsi l’inflammation du tissu musculaire du cœur, maladie très-rare , peu connue , ordinairement consécutive a la péricardite et à l’endocardite , et déterminée par les mêmes causes.
On a noté comme propres â la cardite les symptômes sui-
PATHOLOGIE SPÉCIALE
vants : une douleur vive , poignante, profonde dans la région précordiale, l’orthopnée, des syncopes fortes et fréquentes, un pouls très fréquent et irrégulier, l’œdématie des extrémités. Mais ces phénomènes, qui appartiennent aussi bien à la péricardite , manquent très-souvent chez des sujets qui avaient évidemment le cœur enflammé. L’on doit en conclure qu’on ne connaît point jusqu’ici les signes de la cardite. — Les lésions anatomiques de cette maladie sont moins obscures : on a trouvé parfois dans le parenchyme du cœur de petits abcès de la grosseur d’un pois ou d’une noisette , contenant un pus blanc ou rougeâtre. Autour d’eux, le tissu musculaire était friable et ramolli. Les malades qui portaient ces signes évidents de cardite n’avaient souvent présenté aucun trouble spécial de la circulation. — Au reste , si cette maladie pouvait être reconnue, le traitement de la péricardite lui serait parfaitement applicable.
Artérîte.
Définition. On donne ce nom â l’inflammation de la membrane interne ou des deux membranes internes d’une ou de plusieurs artères.
Causes. L’artérite est une maladie rare , plus commune chez l’homme que chez la femme, et à laquelle paraissent prédisposer l’usage habituel d’aliments excitants, un sang riche, la pléthore. Elle est parfois l’effet de violences extérieures 5 elle est souvent occasionnée par les grandes opérations ou plutôt par les ligatures d’artères qu’on est obligé de faire. Dans le plus grand nombre de cas, l’artérite tient â des causes obscures qu’il est impossible de déterminer.
Symptômes. L’artérile donne lieu â de vives douleurs le long du trajet du vaisseau enflammé. Celui-ci , dans le petit nombre de cas où il est superficiel , est tendu , bosselé et très-douloureux â la pression. L’inflammation s’étend plus ou moins rapidement dans la direction de l'artère, en suivant ordinairement le cours du sang. Elle est accompagnée d’une fièvre légère ou forte , suivant l’étendue et le degré de cette phlegmasie. Il arrive parfois que la circulation du sang dans l’artère
PHLEGMASIES.
enflammée se trouve empêchée par des concrétions albumineuses ou des caillots de sang qui rétrécissent ou obstruent le vaisseau -, il en résulte , surtout lorsque celui-ci a un certain volume , des douleurs vives dans la partie où il portait le sang, de l'engourdissement, la paralysie et la gangrène de cette partie. Celle-ci se refroidit, devient bleuâtre, se couvre de phlyctènes, indice de la mortification qui s’en est emparée et qui commence par la partie la plus éloignée du centre circulatoire.
Lorsque Toblilération de Tarière malade est lente et graduelle, les artères collatérales se développent et suppléent en partie celle qui est obstruée ; la gangrène ne survient pas , mais la partie qu’alimentait le vaisseau obstrué, souffrant dans sa nutrition , diminue plus ou moins de force et de volume ou s’atrophie. Cependant , lorsque l’inflammation atteint un gros tronc artériel, ce tronc se rétrécit, mais ne s’oblitère pas, et la circulation continue. — Les symptômes qui précèdent présentent de nombreuses variétés, suivant le volume et l’espèce d’artère enflammée et sa situation. — L’artérite n’est pas encore assez connue pour qu’on puisse rien dire de précis sur sa durée et ses terminaisons.
Lésions anatomiques. L’artérite laisse après la mort sur la portion de vaisseau , sur le vaisseau ou les vaisseaux qui en ont été atteints, les altérations suivantes : la membrane interne de l’artère est rouge, inégale, ridée, friable , plus ou moins épaisse, et se détache facilement de la membrane fibreuse subjacente; elle est souvent couverte de caillots fibrineux décolorés,qui luisontadhérents, etde fausses membranes molles, disposées sous forme de lames ou de plaques plus ou moins épaisses, qui peuvent être assez considérables pour obstruer le vaisseau. Une exsudation albumineuse et une sécrétion purulente peuvent encore avoir lieu entre les tuniques des artères enflammées, ou h l’extérieur sur leur enveloppe celluleuse.
Nous dirons ici, comme a l’article de l’endocardite, que la rougeur seule de la membrane interne des artères , pouvant être un simple phénomène d’imbibition cadavérique, ne saurait être sufffisante pour prouver qu’il y a eu inflammation de cette membrane.
PATHOLOGIE SPÉCIALE
L'artérite chronique présente pour principale et peut-être pour unique lésion, des plaques cartilagineuses qui sont le résultat de la transformation des fausses membranes décrites plus haut. Les productions osseuses, crétacées, ne peuvent- elles pas avoir la même origine? Ce point de doctrine est encore douteux.
Diagnostic. Le diagnostic de l'artérite , surtout lorsqu’elle occupe un vaisseau profond , est fort difficile à établir tant que la douleur est son principal caractère; il devient beaucoup plus clair lorsque la circulation éprouve un trouble profond , et surtout lorsqu’il survient des indices ou des symptômes de gangrène.
Pronostic. L’artérite est toujours une maladie grave, a cause de la gangrène qui peut en être la suite , et des altérations chroniques qu’elle peut occasionner dans le vaisseau malade.
Traitement. Cette maladie exige un traitement antiphlogistique énergique. Suivant la gravité des cas, on pratique une ou plusieurs saignées; on applique un grand nombre de sangsues sur la partie malade; on y fait des frictions mercurielles, on la couvre de cataplasmes émollients fréquemment renouvelés. On ajoutera a ces moyens les bains émollients, locaux ou généraux, et une position élevée du membre, propre a favoriser la circulation artérielle.
Aortite.
Parmi les inflammations des artères , nous devons citer en particulier l’aortite ou phlegmasie de la membrane interne de l’aorte , maladie qu’on connaît beaucoup mieux sous le rapport des lésions anatomiques qui l’accompagnent que sous celui des phénomènes physiologiques qu’elle produit. Ces lésions sont d’ailleurs les mêmes que celles qui sont propres à l’artérite, nous n’y reviendrons pas. On a assigné a cette maladie les symptômes suivants : des douleurs sourdes et profondes dans la direction de l’aorte, une chaleur ardente dans la poitrine et l’abdomen, des battements très-forts dans le vaisseau, un pouls petit et faible, des lipothymies, des syncopes, une grande anxiété, des accès de suffocation analogues
P1ILEGMASIES.
a ceux de l’angine de poitrine , l’anasarque survenant avec une grande rapidité. Ces phénomènes peuvent être suivis des accidents propres a Instruction des vaisseaux, comme le refroidissement, la faiblesse, la paralysie et même la gangrène des membres inférieurs. Mais on a plus d’une fois ouvert le cadavre de sujets qui n’avaient pas présenté ces symptômes pendant la vie , et qui cependant offraient tous les caractères anatomiques de l’aortite. Aussi n’a-t-on peut-être jamais reconnu jusqu’ici l’aortite pendant la vie.
Phlébite.
Définition. On donne ce nom a l’inflammation des veines, maladie qui a pour principaux symptômes une douleur dans le trajet de la veine enflammée, qui est dure et tendue, douleur accompagnée de fièvre ; et consécutivement des abcès dans différentes parties du corps, et une fièvre hectique résultat de la résorption purulente.
Causes. Toutes les veines du corps peuvent s’enflammer, mais principalement celles qui sont superficielles. La phlébite est ordinairement occasionnée par des causes physiques ou mécaniques; telles sont : une contusion, une déchirure d’une veine, une piqûre d’un de ces vaisseaux par un instrument sale, rouillé, souillé d’une matière irritante ou putride, l’opération de la saignée faite avec une lancette dans ces conditions, le défaut de soins convenables pour cicatriser la plaie qui résulte de cette opération , les piqûres ou coupures qu’on peut se faire en disséquant ou en ouvrant les cadavres de sujets morts de fièvres typhoïde, putride ou gangréneuse, le contact de liquides fétides, purulents et âcres avec des parties du corps excoriées ou dénudées, toutes les grandes opérations chirurgicales, enfin le travail de l’accouchement et de la délivrance, après lequel les veines utérines béantes peuvent rester baignées plus ou moins longtemps par des liquides purulents, corrompus et fétides. — Les causes des phlébites intérieures sont peu connues.
Symptômes. Ils présentent ordinairement deux périodes.
Première période. Une douleur vive se fait sentir dans la
veine, qui est dure, roide, inégale et tendue comme une corde, si ce vaisseau est situé sous la peau. S’il est plus profond, on remarque sur la peau, le long de son trajet, une résistance et une tension douloureuses 5 les mouvements de la partie malade sont gênés, et cette partie est souvent le siège d’un gonflement œdémateux. Il y a en même temps une fièvre légère ou prononcée avec céphalalgie, malaise et soif. Bientôt la phlébite, d’abord assez circonscrite, s’étend, en allant vers le cœur, à une plus grande étendue de la même veine, souvent à ses ramifications, ou même à des veines voisines qui s’anastomosent avec celle qui a été primitivement atteinte. Après être restée plusieurs jours dans cet état, tantôt la maladie diminue peu à peu d’intensité, la fièvre cesse et les phénomènes locaux disparaissent les derniers , tantôt elle continue et prend une forme nouvelle et redoutable en passant à la seconde période.
Deuxième période (période d'infection purulente). Elle débute par des frissons qui reviennent d’une manière irrégulière, quelquefois périodique, et qui sont suivis a chaque accès d’une plus grande fréquence du pouls, d’une chaleur vive et de sueurs plus ou moins abondantes. Il survient bientôt de l’inquiétude, de l’agitation, des rêvasseries, un trouble passager dans les idées et enfin un délire continu. Face pâle, jaunâtre, terreuse, exprimant l’hébétude et la stupeur, prostration des forces, pouls fréquent, petit et faible, langue sèche, fuligineuse et tremblante, souvent diarrhée fétide. C’est alors que se montrent 'a l’extérieur, dans le tissu cellulaire, dans l’épaisseur des muscles, dans les articulations, des foyers purulents plus ou moins abondants, et des symptômes indiquant que des abcès semblables se forment ou se sont formés â l’intérieur, dans les poumons, le foie, la rate, le cerveau, le cœur, etc. Ces symptômes consistent en des douleurs violentes et souvent atroces dans une ou plusieurs articulations, en une douleur vive de poitrine avec toux et oppression , en un ictère général , etc. Il n’est pas rare d’observer â la peau des pustules et des escarres. Les mêmes malades ne présentent ordinairement qu’un certain nombre deces symp-
P1ILEGMASIES.
tomes, et non tous a la fois. — La mort, a quelques exceptions près, est la terminaison constante de celte période. Elle peut être prompte; mais dans la plupart des cas, elle arrive du loe au 2ie jour.
Les symptômes de la seconde période sont les mêmes, quelle que soit la veine malade 5 il n’en est pas de même de ceux de la première période, qui s’observent ou manquent, suivant que le vaisseau enflammé est extérieur ou intérieur.
Lésions anatomiques. On les rencontre dans une portion de veine, dans une veine tout entière ou même dans ses ramifications. Toutes les veines du corps peuvent être atteintes de phlébite; mais les altérations qui la constituent sont beaucoup plus communes dans lesveines superficielles etlesveines utérines que dans celles qui sont profondes. La membrane interne des veines qui ont été enflammées pendant la vie est rouge, inégale, plus ou moins épaissie, ramollie, souvent recouverte d’une fausse membrane grisâtre et de caillots fibrineux, grisâtres ou blanchâtres, qui obstruent plus ou moins son canal et adhèrent a ses parois-, elle présente quelquefois à sa surface du sang altéré ou un liquide sanieuxet purulent. La veine est parfois ulcérée et en communication avec le tissu cellulaire environnant, qui est induré et infiltré de pus. Les caillots contiennent du sang couleur lie de vin ou du pus grisâtre plus ou moins abondant, suivant le nombre et le volume de ces concrétions. Chez les sujets qui ont guéri de la phlébite, on trouve la veine tantôt obstruée par les caillots et transformée en un cordon fibreux étroit et dur, tantôt seulement rétrécie dans le siège de l’inflammation et cependant perméable au sang. — Les caractères de la phlébite présentent quelques variétés suivant l’organe où siège la veine malade : la phlébite des os donne lieu a l’infiltration purulente de la membrane médullaire-, on la rencontre très-souvent chez les individus qui périssent après l’amputation des membres. La phlébite utérine, résultat du travail de l’accouchement, occupe un nombre plus ou moins grand des veines et des sinus de la matrice, surtout auprès de l’insertion du placenta; l’inflammation s’étend assez souvent au parenchyme utérin, qui est
rougeâtre , ramolli et infiltré de pus. — La phlébite des sinus de la dure-mère est souvent accompagnée d’une forte injection des veines superficielles du cerveau , d’une infiltration séreuse de la pie-mère, d’un épanchement séreux des ventricules.
Quelle que soit la veine enflammée, on rencontre chez les individus qui ont succombé à cette maladie des abcès métastatiques dans les principaux organes de l’économie, mais principalement dans les poumons, le foie, la rate, les reins, le cerveau, le tissu cellulaire, les muscles, les articulations, etc. On les rencontre surtout auprès de la surface extérieure de ces viscères. Ils paraissent commencer par une infiltration sanguine qui donne lieu â de petits noyaux durs , de la grosseur d’un pois, d’une noisette ou d’une noix. Il se forme bientôt au milieu de ces noyaux des points purulents qui augmentent rapidement et finissent par les convertir entièrement en un abcès plus ou moins étendu dont le pus est en général blanc et épais , quelquefois mêlé de sang et de détritus de l’organe , comme on le remarque dans la rate. — Le sang est difïïuent et ressemble â la gelée de groseille. On a pu y reconnaître des globules de pus.
Patho génie. Il est facile d’expliquer les symptômes de la phlébite par les altérations qui précèdent. Le pus engendré par l’inflammation dans une veine se mêle au sang â mesure qu’il est formé; il est transporté aux cavités droites du cœur et ensuite chassé par les contractions des cavités gauches dans toutes les parties du corps, avec le sang artériel. Ce sang, profondément altéré par son mélange avec le liquide purulent, dépose des globules de ce liquide dans une foule d’organes , où ils agissent comme des corps étrangers et donnent lieu à des inflammations promptement terminées par la suppuration. Peut-être aussi y a-t-il formation des abcès par l’accumulalion successive des globules purulents dans les mêmes endroits. La fièvre, les sueurs, le délire et les autres symptômes sont expliqués par la réaction violente de l’organisme, qui cherche en vain a se débarrasser de l’infection générale 'a laquelle il est en proie.
Diagnostic. Le diagnostic de la phlébite est facile lorsqu’elle
est située h l'extérieur , soit qu’elle reste bornée h ses symptomes locaux , soit qu’il s’y joigne des phénomènes consécutifs d’infection. Mais il n’en est plus de même lorsque l'inflammation, occupant une veine intérieure , ne se décèle que par ces derniers phénomènes. On est alors fort exposé k confondre cette maladie avec une affection cérébrale ou une fièvre typhoïde. On parviendra souvent k éviter celte erreur en se rappelant avec soin les symptômes propres a ces maladies, dont l’origine et la marche sont bien différentes de celles de l’inflammation des veines. Ainsi les épistaxis, le météorisme, le gargouillement dans la fosse iliaque droite , les taches lenticulaires a la peau, qui sont propres a la fièvre typhoïde, n’existent point dans la phlébite purulente. Si les symptômes de celle-ci étaient survenus après un accouchement, cette circonstance serait de nature k faire penser qu’on a affaire k une inflammation des veines utérines. La phlébite pourrait encore être confondue avec la fièvre rémittente par les accès qu’elle présente ; mais elle en diffère par les différents symptômes de résorption purulente que nous avons indiqués et par l’absence de rémission de ces symptômes dans l’intervalle des frissons.
Pronostic. La phlébite est une maladie fort dangereuse, k cause de l’absorption purulente et de l’infection du sang qui peut en être le résultat; cette infection est presque toujours mortelle.
Traitement. Cette maladie exige dès son début un traitement antiphlogistique énergique et prompt. On pratique une ou plusieurs saignées, surtout dans les cas où il existe une fièvre prononcée; on applique un nombre plus ou moins considérable de sangsues le long du trajet de la veine malade; on couvre le membre où siège cette veine de cataplasmes émollients ou de linges imbibés d’une forte décoction de racine de guimauve et de tête de pavot; on plonge ce membre plusieurs fois par jour dans des bains de la même nature et prolongés pendant plusieurs heures; on y pratique des frictions avec l’onguent mercuriel. Dans le but d’empêcher le pus qui peut se former de se répandre dans le torrent de la circulation, on comprime la veine malade du côté du cœur,
PATHOLOGIE SPÉCIALE
afin d’en provoquer l’adhérence et l’oblitération; ruais pour arriver 'a ce résultat, il faut que la veine soit peu profonde ou superficielle. Lorsque les symptômes d’infection purulente se manifestent malgré ces moyens, le mal est presque toujours sans ressource, et Ton a vu jusqu’ici échouer tous les traitements dont on a fait usage pour le combattre.
Angioleucite.
Définition. On appelle ainsi l’inflammation des vaisseaux lymphatiques. On n’a observé jusqu’ici que celle qui affecte les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés.
Causes. Cette maladie est presque toujours liée a une irritation de la peau ; elle se montre a la suite d’une contusion , d’une piqûre, d’une écorchure, d’une plaie quelconque ou d’une inflammation de cet organe.
Symptômes. Les vaisseaux lymphatiques enflammés donnent lieu a la surface de la peau a une rougeur violacée qui se montre sous forme de stries , de lignes , de rubans ou de plaques. Ces lignes irrégulières et tortueuses partent ordinairement du point où les téguments sont altérés et s’étendent a une distance variable. Il n’est pas rare de voir ces rougeurs s’élargir, se rapprocher les unes des autres et former des surfaces érysipélateuses plus ou moins étendues ; dans cet endroit la peau est le siège d’une douleur brûlante, augmentant par la pression, et d’un léger gonflement œdémateux-, le toucher fait souvent sentir sous la peau des cordons durs, bosselés, roides et tendus ; ce sont les vaisseaux enflammés. Les ganglions lymphatiques voisins sont tuméfiés. — Lorsque l’inflammation occupe les plans profonds des vaisseaux lymphatiques, la douleur est pongitive, lancinante, et surtout très-vive lorsqu’on touche la partie malade -, l’on sent a une certaine profondeur des points durs et très-douloureux ; la peau est tendue, luisante et souvent érysipélateuse.
L’angioleucite est ordinairement accompagnée de lièvre. Dans quelques cas très-rares, il peut s’y joindre les symptômes d’infection purulente que nous avons décrits en parlant de la phlébite, mais moins graves et moins rapides.
PHLEGM AS1ES.
Cette maladie se termine le plus souvent par résolution du quatrième au huitième jour; d’autres fois elle a une durée beaucoup plus longue, qui peut aller jusqu’au vingtième jour. Clle peut se terminer par suppuration et donner lieu a des abcès plus ou moins étendus autour des vaisseaux lymphatiques enflammés.
Lésions anatomiques . Les vaisseaux lymphatiques qui ont été enflammés pendant la vie sont considérablement augmentés de volume et forment des cordons blancs ou rougeâtres, durs, inégaux et bosselés , souvent pleins d’un pus blanchâtre et homogène. Leurs parois sont épaissies, parfois rouges et friables; leur face interne est quelquefois tapissée par une fausse membrane. Dans quelques cas, un ou plusieurs de ces vaisseaux sont oblitérés. Il arrive assez souvent que des vaisseaux lymphatiques contiennent du pus, quoiqu’on ne puisse constater aucune altération de leur texture-, dans ce cas, on trouve communément quelque abcès dans le voisinage. On a rencontré quelquefois, mais très-rarement, des abcès métastatiques dans les poumons et le foie chez des individus qui avaient succombé à l’angioleucite.
Diagnostic. On peut confondre l’angioleucite avec la phlébite et l’érysipèle. Mais dans la phlébite le cordon qu’on sent sous la peau est plus gros, plus dur, plus douloureux et situé sur le trajet continu d’une veine; il n’y a point de gonflement des ganglions lymphatiques voisins. — La rougeur de l’érysipèle est plus uniforme que celle de l’angioleucite et accompagnée de tension de la peau, qui offre souvent des phlyctènes a sa surface. Pronostic. 11 est presque toujours favorable.
Traitement. 11 est le même que celui de la phlébite.
Adénite.
C’est l’inflammation des ganglions lymphatiques, maladie beaucoup plus fréquente que celle des vaisseaux de la même espèce. 11 n’est question ici que de ceux qui sont situés a l’extérieur, au cou, a l’aisselle, k l’aine, etc.
Causes. Cette maladie est presque toujours occasionnée par l’inflammation d’un organe voisin, telle que : un érysipèle, la
PATHOLOGIE SPÉCIALE
stomatite, une dentition difficile, l’angine couenneuse, une plaie, une piqûre, une écorchure aux doigts ou aux orteils, une maladie des organes génitaux externes, etc. L’adénite est cependant quelquefois spontanée.
Symptômes. Les ganglions lymphatiques enflammés sont tuméfiés, endurcis, douloureux. Le gonflement peut être assez considérable pour soulever la peau et faire saillie a l’extérieur. Au bout de quelques jours cette maladie se termine ordinairement par la résolution. Elle peut être suivie de suppuration et d’induration.
Lésions anatomiques. Après la mort, on trouve ces ganglions augmentés de volume, rouges, rougeâtres, ramollis, quelquefois diflïuents. Il y a parfois dans leur parenchyme du pus infiltré ou rassemblé en foyers.
Traitement. Lorsque l’adénite est légère , le repos et quelques cataplasmes émollients suffisent ordinairement pour en amener la résolution. Lorsqu’elle est plus prononcée, on ajoute a ces moyens des sangsues appliquées sur le siège du mal et des bains mucilagineux. On ouvre les abcès aussitôt qu’ils sont formés. On combat l’induration par les frictions iodurées et les eaux thermales sulfureuses.
4e Genre. Phlegmasies des organes urinaires.
Néphrite.
Définition. On donne ce nom à l’inflammation des reins, caractérisée par une vive douleur dans la région de ces organes, des urines rares, rouges, chaudes et rendues difficilement, et la rétraction du testicule du côté malade.
Division. L’inflammation peut avoir son siège dans les substances corticale et tubuleuse des reins, c’est la néphrite proprement dite; ou affecter la membrane muqueuse des calices, des bassinets et des uretères , c’est la pyélite. Ces deux espèces se compliquent très-souvent.
Néphrite proprement dite. Causes. Plus fréquente chez l’homme que chez la femme, rare chez les enfants, plus commune chez l’adulte et surtout le vieillard qu’a tout autre âge, cette ma-
V HLEGMASIES.
ladie est quelquefois spontanée ; elle est le plus souvent occasionnée par des chutes, des plaies, des contusions, des excès de boissons , l’équitation , des cahots d’une voilure mal suspendue, des calculs, des refroidissements, l’abus des diurétiques âcres, comme les cantharides, parle rhumatisme et la goutte.
Symptômes. La néphrite débute ordinairement par un frisson plus ou moins long suivi d’une douleur sourde et profonde dans la région rénale, douleur qu’exaspèrent la pression de cette région, les mouvements de flexion du tronc et le décubitus sur le dos. Celte douleur retentit souvent jusqu’aux uretères, k la vessie, aux aines et aux testicules, qui parfois se rétractent. L’urine est peu abondante , rouge , laissant parfois déposer un sédiment muqueux ou purulent 5 elle est peu acide, neutre ou même alcaline. Il y a en même temps une fièvre plus ou moins prononcée, souvent accompagnée d’anorexie, de nausées et de constipation. Dans quelques cas rares, où la néphrite est double, il peut survenir du coma, du délire, de la prostration , de la fuliginosité , des accès de fièvre analogues a ceux de la fièvre rémittente.
Marche. — Durée. — Terminaisons. Les symptômes qui précèdent diminuent ordinairement peu a peu , et la maladie se termine par résolution au bout de huit a quinze jours. D’autres fois la fièvre persiste, il survient des frissons irréguliers, des redoublements de fièvre suivis de sueurs nocturnes-, c’est un indice que la maladie s’est terminée par suppuration ; la plupart des malades succombent avec des symptômes de résorption. Dans quelques cas rares, la néphrite se termine par gangrène 5 l’urine est alors noire et fétide, la prostration considérable et la mort prompte. Cette' maladie peut encore passer a l’état chronique 5 dans ce cas , tantôt les malades n’éprouvent aucun trouble bien appréciable dans leur santé , tantôt ils ressentent une douleur habituelle dans la région rénale, avec amaigrissement graduel et affaiblissement des membres inférieurs; les urines sont troubles, très-rarement purulentes. Cet état est long et sans durée déterminée.
Lésions anatomiques. Les reins sont tuméfiés, leur surface extérieure est tantôt d’une couleur rouge uniforme, tantôt
PATHOLOGIE SPÉCIALE
injectée ou poinlillée 5 elle est en outre parsemée d’une foule de petits points d’un rouge vif, quelquefois noirs, n’offrant aucune saillie au toucher. Lorsqu’on fend le rein dans toute son épaisseur, on trouve les substances corticale et tubuleuse rouges, fortement injectées, friables, quelquefois ramollies. Ces altérations sont propres au premier degré de la néphrite. Au second degré, on trouve du pus dans le parenchyme du rein 5 ce liquide est ordinairement rassemblé en petits foyers dans la substance corticale. Au lieu de pus, on rencontre quelquefois dans le rein un dépôt de lymphe plastique. Dans les cas excessivement rares où la néphrite s’est terminée par gangrène, le rein est brunâtre, ramolli et fétide. — Dans la néphrite chronique, les reins sont souvent diminués de volume, un peu atrophiés, plus pesants et plus durs que dans l’état normal. Leur surface est ardoisée , marbrée , souvent parsemée de saillies et de dépressions.
Diagnostic. On reconnaît la néphrite aiguë à uue douleur fixe dans la région rénale, à une urine rouge et rare, avec fièvre et trouble des fonctions digestives.
Pronostic. Le pronostic n’a rien de grave lorsque la maladie est simple j elle se termine presque toujours par la guérison. Mais il n’en est pas de même lorsqu’elle est double, ou lorsqu’elle est suivie de suppuration. Dans ce dernier cas, la mort en est souvent le résultat.
Traitement. On pratique une ou plusieurs saiguées générales et locales, qu’on fait suivre de l’application de larges cataplasmes de farine de graine de lin sur la région rénale. On fait prendre des bains tièdes prolongés, des lavements émollients , des purgatifs doux avec la manne et le tamarin , et des boissons douces et mucilagineuses. — O11 combat la néphrite chronique avec des vésicatoires, des moxas ou des cautères â la région lombaire. On applique de temps en temps des sangsues k la même région, et l’on fait un fréquent usage de purgatifs.
Py él ite.
Causes . La pyélite ou inflammation du bassinet et des calices des reins est presque toujours occasionnée par des graviers
P11LEGMAS1ES.
ou des calculs qui irritent la muqueuse de ces organes par leur nombre ou leurs aspérités ou en bouchant l’uretère (néphrite calculcuse ). Les différentes causes de la néphrite ordinaire indiquées plus haut, les rétrécissements de l’urètre, la paralysie de la vessie, les tumeurs qui compriment les uretères, peuvent encore donner lieu a la même maladie.
Symptômes. Les malades qui ont des calculs rénaux sont sujets a éprouver de temps en temps des accès de douleur violente ayant son siège dans la région lombaire, et auxquels on donne le nom de coliques néphrétiques. Après plusieurs attaques de cette colique qui s’étaient calmées, il arrive qu’une d’elles se prolonge davantage et est suivie des premiers symptômes de py élite, assez semblables a ceux de la néphrite ordinaire. Alors la douleur devient moins vive et continue; cependant elle s’exaspère par moments soit d’elle-même, soit sous l’influence d’un mouvement de flexion du corps, de la toux, de la pression, et souvent elle est atroce; elle s’irradie a la vessie, a l’aine, à la verge et au testicule. Tantôt l’urine reste dans son état naturel , tantôt elle est sanguinolente, ou laisse déposer une matière muqueuse en se refroidissant; elle est presque toujours acide. En même temps, malaise, fièvre, nausées, vomissements bilieux, constipation.
Au bout d’un temps variable , ces symptômes peuvent s’amender et cesser par le déplacement ou l’expulsion du calcul rénal, ou bien ils continuent a faire des progrès. Il s’y joint des frissons irréguliers , des pulsations dans le rein malade, avec engourdissement du membre inférieur du même côté. Les urines deviennent très-souvent alors troubles , lactescentes, purulentes ; il survient quelquefois des hématuries. Beaucoup de malades guérissent après avoir ainsi rendu des urines mêlées de pus et souvent de graviers; mais ils sont très-sujets a être repris du mal qui finit par les enlever.
Lorsqu’un calcul engagé dans l’uretère empêche l’écoulement de l’urine dans la vessie, ce liquide et le pus s’accumulent dans le rein, qu’ils dilatent et distendent; on sent dans la région lombaire correspondante une tumeur bosselée et fluctuante; les malades sont en proie a de vives douleurs et a une
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fièvre hectique purulente qui ne tardent pas h les entraîner au tombeau. D’autres fois l’abcès s’ouvre dans le colon, le duodénum, l’estomac, dans le tissu cellulaire qui environne le rein, dans le péritoine, etc. -, le pus peut fuser au loin et aller former des abcès par congestion h l’aine ; de la des symptômes variés et une fièvre hectique qui épuise promptement les sujets qui en sont atteints. 11 arrive quelquefois que le pus, étant peu considérable, finit par être résorbé-, le rein s’atrophie, revient sur le calcul , devient incapable de remplir sa fonction sécrétoire, dans laquelle il est remplacé par le rein resté sain. Les malades reviennent ainsi a la santé.
Lésions anatomiques. Le bassinet et les calices du rein contiennent le plus souvent des calculs , des graviers ou du sable. Leur membrane muqueuse est rouge , injectée , ramollie, ulcérée, quelquefois recouverte de fausses membranes. Lorsque la maladie a été longue, celte membrane est grisâtre , épaissie, parfois parsemée de petites vésicules. Les calices et le bassinet sont dilatés, déformés et souvent énormément distendus par divers liquides purulents mêlés de calculs et de graviers qui bouchent l’ouverture de l’uretère. Le rein est adhérent aux parties voisines et communique souvent par une ouverture accidentelle avec le tissu cellulaire, le colon, le péritoine, la plèvre , etc. Les substances du rein sont atrophiées ou rouges et infiltrées de pus. Dans quelques cas, le rein forme une poche cellulo-fibreuse remplie par un calcul.
Diagnostic. On distingue la pyélite de la néphrite simple par des coliques néphrétiques auxquelles le malade a été parfois sujet, par la violence de la douleur et des autres symptômes, et par des urines qui sont mêlées a du sang, a du mucus et a du pus. Lorsque le rein, dilaté et plein de pus, forme une tumeur dans les lombes, on ne peut se méprendre sur la nature de cette tumeur, a cause des douleurs rénales et du trouble des fonctions urinaires. Les mêmes signes serviront a reconnaître l’origine des nouveaux symptômes qui résultent de la rupture de l’abcès rénal.
Pronostic. La pyélite est une maladie grave, tant a cause de la suppuralion qui en est souvent la suite, qu’a cause des re-
PHLEGM ASIES.
chutes auxquelles les malades sont exposés lorsqu’ils guérissent. En effet, les calculs rénaux peuvent toujours renouveler la maladie lorsqu’ils ne sont pas expulsés. La mort est presque toujours le résultat des abcès rénaux considérables.
Traitement.. Il est le même que celui de la néphrite ; on y ajoute l’opium a l’intérieur pour calmer les violentes douleurs de la première période, en commençant par 5 à 10 centigrammes par jour, dose qu’on augmente graduellement si c’est nécessaire. On donne peu de boissons à prendre, afin de diminuer autant que possible la sécrétion urinaire. — S’il y a déjk du pus dans les urines, on applique des cautères a la région rénale. Lorsque l’abcès tend a se frayer une voie a l’extérieur, on la favorise par des cataplasmes émollients dans la région lombaire , et si la tumeur est assez sensible au toucher et superficielle , on ne craint pas de l’ouvrir pour procurer un écoulement au liquide purulent et aux corps étrangers qu'il peut contenir.
Lorsque des coliques néphrétiques font supposer l’existence de calculs rénaux, ou lorsque le malade a échappé a une première atteinte de néphrite calculeuse, on combat cette disposition par le régime végétal, des boissons délayantes abondantes, les eaux de Vichy ou des boissons contenant un gramme environ de bicarbonate de soude par pinte de liquide.
Cystite.
Définition. On donne ce nom a l’inflammation de la vessie , soit que la phlegmasie affecte seulement sa membrane muqueuse, ce qui est le plus ordinaire, soit qu’elle s’étende à sa tunique musculeuse.
Division. La cystite peut être symptomatique de calculs vésicaux (elle est alors du domaine de la chirurgie) ou idiopathique; c’est la seule dont il sera question dans cet article. Elle est aiguë ou chronique , muqueuse ou phlegmoneuse , générale ou bornée au col de la vessie.
Causes. Cette maladie est rare. Ses principales causes sont des excès de boissons spiritueuses , une chute sur les reins et le périnée, une contusion sur l’hypogastre, une plaie qui
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pénètre jusqu'à la vessie, le cathétérisme, le séjour des sondes dans cet organe, un accouchement laborieux, la rétention d'urine, une urétrite qui s'étend a la vessie, l’absorption des cantharides a la suite de l’application des vésicatoires, une métastase rhumatismale ou goutteuse.
Symptômes. L’invasion de la cystite a lieu par une douleur derrière le pubis qu'augmentent les mouvements et la pression ; l’hypogastre est souvent tendu, et parfois le siège d’une tuméfaction formée par la vessie. L'urine est chaude, rouge, très-peu abondante, rendue avec difficulté et douleur-, il y a des besoins d’uriner fréquents et sans résultat. En même temps, fièvre, anorexie, soif, constipation, parfois nausées, vomissements et anxiété très-grande. Lorsque l'inflammation est bornée au col de la vessie, ce qui est le plus fréquent, il y a un sentiment de douleur et de pesanteur au périnée , accompagné d’ischurie et de ténesme vésical. Le cathétérisme est très-douloureux, difficile ou même impossible, a cause du gonflement de la portion prostatique de l’urètre. Dans quelques cas de cystite du bas fond, l’inflammation s'étend a l’une ou aux deux ouvertures des uretères-, l’urine, qui ne peut plus descendre dans la vessie , s’accumule dans les calices et le bassinet, et donne lieu a une fièvre urineuse dans laquelle toutes les excrétions exhalent une forte odeur d’urine. Il survient bientôt une grande prostration et du délire, et les malades ne tardent pas à succomber.
La cystite occasionnée par les cantharides présente chez quelques sujets un symptôme particulier, c’est l'expulsion, au milieu d'efforts considérables et de vives douleurs , de lambeaux de fausses membranes albumineuses.
Terminaisons. La cystite se termine par résolution, par suppuration , par gangrène, ou par le passage a l’état chronique. La résolution est la solution la plus ordinaire de cette maladie; elle arrive après quelques jours de durée de cette affection, par la diminution graduelle des symptômes. La suppuration est rare-, elle donne lieu h des urines blanchâtres et lactescentes. La gangrène est une suite infiniment plus rare encore que la précédente. Dans ce cas, les urines sont fétides; il
PHLEGMASIES.
se fait alors une rupture de la vessie dans le siège de l'escarre; l’urine s'épanche soit dans le péritoine, où elle donne lieu a une inflammation de celte membrane promptement mortelle, soit dans le tissu cellulaire du bassin, qu'elle frappe de mortification , accident non moins funeste. Le passage de la cystite k l'état chronique est assez fréquent. Cet état est, d’ailleurs, quelquefois primitif.
La cystite chronique donne lieu a une douleur habituelle a l’hypogastre et au périnée , a des besoins fréquents d’uriner, a des urines muqueuses, filantes, troubles, floconneuses, parfois purulentes, h un état de malaise quelquefois accompagné de fièvre et de trouble dans les fonctions digestives. Après un temps variable, mais toujours long, tantôt la cystite chronique finit par se dissiper, tantôt la douleur et les autres symptômes locaux disparaissent, a l’exception de l’altération de l’urine, qui devient habituelle, sans autre dérangement de la santé.
Lésions anatomiques. La membrane muqueuse de la vessie est rouge et injectée a différents degrés, boursouflée, épaissie, plus ou moins ramollie, quelquefois tapissée dans certains points de son étendue de fausses membranes albumineuses. Dans quelques cas, cette membrane présente des ulcérations étroites et peu nombreuses, bornées presque toujours à cette tunique, mais cependant pouvant perforer les parois de la vessie. — Dans certains cas, il y a du pus qui est infiltré dans le tissu cellulaire sous-muqueux, ou réuni en un ou plusieurs foyers. Enfin on trouve quelquefois, mais très-rarement, des plaques gangréneuses sur la même membrane. — Dans la cystite chronique, la vessie est presque toujours rétrécie; sa membrane muqueuse est rouge, violacée, ardoisée, brunâtre, friable , fongueuse et souvent ulcérée. Ses parois sont fortement épaissies. Il y a quelquefois du pus comme dans la cystite aiguë. Il n’est pas rare de rencontrer avec les lésions de la vessie diverses altérations des reins et de la prostate.
Diagnostic. On reconnaît la cystite aux symptômes que nous avons indiqués plus haut. Il importe de distinguer la cystite idiopathique d’avec celle qui dépend de la présence de calculs
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dans la vessie; on ne peut guère y parvenir qu’à l’aide du cathétérisme.
Pronostic. La cystite est une maladie sérieuse et souvent grave. Celle que déterminent les cantharides est toujours une affection légère.
Traitement. Lorsqu’il y a fièvre, on saigne d’abord ; dans les autres cas, on se borne à des applications de sangsues à l’hypogastre ou au périnée; leur nombre varie suivant l'intensité de la maladie. On seconde les émissions sanguines par des bains tièdes, des cataplasmes émollients, des laxatifs doux et une tisane mucilagineuse qui doit être prise en quantité modérée. Si, l’excrétion de l’urine étant très-difficile ou nulle, la vessie était distendue et saillante à l’hypogastre, il faudrait pratiquer le cathétérisme avec toutes les précautions convenables. Les cystites goutteuse et rhumatismale exigent en outre des sinapismes aux extrémités; celle qui est l’effet des cantharides réclame l’emploi du camphre combiné avec l’opium à l'intérieur et à l’extérieur. — La cystite chronique, lorsqu’elle a un certain degré d’acuité, doit être traitée de la même manière que la cystite aiguë ; on agit en même temps sur la peau par la flanelle, des bains de vapeur ou sulfureux, des vésicatoires sur l’hypogastre , des frictions stibiées. — On injecte parfois avec succès dans la vessie , à l’aide de la sonde à double courant de M. Cloquet, de l’eau pure ou mucilagineuse, sulfureuse, goudronnée , ou contenant une certaine quantité de nitrate d’argent. Cette dernière solution peut être légère ou concentrée, suivant les cas ; elle n’expose à aucun accident, et ne provoque presque pas de douleur; elle est souvent d’une grande efficacité.
FIN nu TOME PREMIER.
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