CHAPITRE II
§ 15. — CARACTÈRE GÉNÉRAL i
1. Les monuments delà littérature chrétienne primitive dont nous avons parlé jusqu'ici, se présentent presque tous sous la forme de lettres. Ils se contentent, en se rattachant étroitement à la Bible et à la Tradition, d'exposer aux fidèles les trésors renfermés dans la révélation chrétienne et d'y adapter des exhortations morales.
2. Au II® siècle, des hommes instruits entrèrent en plus grand nombre dans l'Eglise; en outre, par suite des calomnies, des railleries et des injures des écrivains païens, une foule de préjugés contre les chrétiens avaient pris corps dans le public ; enfin, à cause de la rapide propagation du christianisme, l'Empire Romain, si intimement lié à la religion
i . J. Donaldson, Op. cit., vol. II, III. The apologists, London, 1886. — Duchesue, Les témoins anténicéens du dogme de la Trinité, Amiens, 1883. — Tixeront, La théol. anténic, Paris, 1905, p. 221 sq. — i. Martin, L'Apologétique traditionnelle. I. Les cinq premiers siècles, Paris, l!K)o. — L. Laguier, La méthode apologétique des Pèi-es dans les trois premiers siècles, Paris, 1905.
öü ELEMENTS DE TATHOLÜGIE.
païenne, se crut plus obligé que jamais de s'opposer à la nouvelle religion.
Aussi, la littérature chrétienne prit-elle à cette époque un caractère apologétique établi sur des bases plus seîeiitiflqiies.
Par leur forme, ces écrits sont avant tout des discours composés suivant les règles de la rhétorique grecque et destinés aux empereurs. Ils réfutent les calomnies des païens, montrent les absurdités et rimmoralité de la mythologie, soutiennent le monothéisme et le dogme de la résurrection. Ils établissent la vérité des enseignements du christianisme par l'excellence de ses effets moraux, et à ce propos sig-nalent l'admirable charité des chrétiens ; ils montrent ensuite aux juifs que l'Ancien Testament n'avait qu'un caractère symbolique; aux païens, que les prédictions des prophètes et du Christ lui-même sont déjà en grande partie accomplies; c'est donc qu'elles venaient de Dieu et qu'ainsi l'autre partie de ces révélations, celle qui concerne la divinité du Rédempteur et le jugement final, mérite également créance.
Une autre particularité des apologistes c'est leur application à souligner la solidarité qui existe entre les deux Testaments : le contenu des livres prophétiques de l'Ancien Testament se découvre grâce au Nouveau. Le christianisme n'est pas une religion jeune et nouvelle, puisque Moïse a précédé les poètes et les sages de la Grèce.
3. Les apologies chrétiennes du ii*" siècle ont été. comme les écrits des Pères apostoliques, compo-
sées en grec, à l'exception de VOctaç^ius. Il existe deux collections des apologies grecques, l'une, plus ancienne, éditée par un Bénédictin de Saint-Maur , Prudence Maran (in-fol., Paris, 1742 et Venise, 1747), réimprimée par Migne [P. G., VI); l'autre, récente, d'Otto ^ en neuf volumes in-8°. Le meilleur et le plus ancien manuscrit est le Codex d'Aretkas, écrit en 914 pour Arethas, archevêque de Césarée. Les œuvres de saint Justin ne s'y trouvent pas.