Die Apostolischen Väter, Tiibingen
2. D'après Eusèbe, le philosophe Aristide d" Athènes aurait aussi présente à l'empereur iVdrien une Apologie. On la croyait perdue, lorsquen 1889 un Américain, Rendel Harris, en trouva une fidèle traduction syriaque dans un manuscrit du couvent de Sainte-Catherine du Sinaï. Robinson fit alors une découverte intéressante en remarquant que nous possédions déjà cette apologie remaniée dans les chapitres 2(3 et 27 de la Vita Barlaam et Joasaph, sorte de roman qui se trouve mêlé aux œuvres de saint Jean Damascène.
La suscription de l'apologie dans la version syriaque [Tito Adriano Antonino) indique quelle était adressée à l'empereur Antonin le Pieux et non à Adrien; elle n'est pas moins ancienne que les Apologies de saint Justin,
3. Le but de l'apologie d'Aristide est de prouver que, seuls, les chrétiens se font une idée juste de la divinité. Les hommes, au point de vue du culte qu'ils rendent à Dieu, se partagent en quatre classes : les barbares, les grecs, les juifs et les chrétiens. Les barbares ont adoré les quatre éléments, le soleil et les vents ; les grecs se sont forgé des dieux qui avaient toutes les faiblesses et les passions des hommes; les juifs ont plus honoré les anges que Dieu lui-même ; ils ont observé religieusement les néoménies et autres pratiques extérieures; quant aux chrétiens, ils se distinguent par la pureté de leurs mœurs, et l'auteur, ici, comme dans l'épître à Diognète, en trace un tableau enthousiaste.
LES APOLOGISTES DU IP SIECLE. b3
§ 17. — S. JUSTIN, MARTYR i
1. Le plus remarquable parmi les apologistes du 11^ siècle est, sans contredit, Justin, le philosophe. 11 naquit d'une famille grecque païenne à Flavia Neapolis (aujourd'hui Naplouse), l'ancienne Sichem. dans la Palestine. Il nous apprend lui-même [Dial., c. 2-8) comment, dans sa jeunesse, la soif du savoir le poussa dans les écoles des stoïciens, des péripatéticiens et des pythagoriciens et comment il ne trouva partout que déception. En dernier lieu, il s'était plongé dans l'étude de Platon, lorsqu'un jour qu'il se promenait sur le bord de la mer, probablement près d'Ephèse, un vieillard attira son attention sur les prophètes juifs. Ce fut le point de départ de sa conversion au christianisme. Devenu chrétien, Justin consacra sa vie à la défense de la foi ; il se mit à voyager de ville en ville, enseignant partout la philosophie. Il ouvrit enfin une école à Rome et y compta parmi ses élèves Tatien. Il trouva un violent adversaire dans le philosophe cynique Crescent qu'il convainquit d'ignorance au cours d'une discussion publique. Sur sa mort, nous
\. Une édition pratique des deux Apologies, avec traduction française, vient d'être publiée par M.Pautigny, Paris, 1904, dans la collection Lejay-Hemmer.
Freppel, S. Justin, Paris, 1860; 3« édit., 1886. — Seiuiscli, Justin der Märtyrer, 2 vol., Breslau, 1840 (encore très utile pour l'étude des idées dogmatiques des Apologistes^. — Wcliofer, 0. Pr., Die Apologie Justins des Philosophen und Märtyrers in literarhistorischer Beziehung, Rome, 1897. — Krüger, Die Apologieen Justins des Märtyrers, Freiburg, 1891. — Flemiuins, Zur Beurteilung des Christentums Justins, Leipzig, 1893.
Ö4 - ÉLÉMENTS DE l'ATKOL()(.;iE.
avons des actes grecs authentiques, d'après lesquels il fut décapité (vers 165 comme chrétien, avec six autres de ses compagnons, sous le préfet de Rome. Junius Rusticus (en fonction de 163 à 167).
2. Justin est le premier des écrivains chrétiens qui ait déployé une grande activité littéraire. Mais des huit ouvrages qu'Eusèbe a connus nous n"on possédons que trois, en un seul manuscrit très défectueux [Parisùius n, 450j.
Deux sont une apologie contre les païens, le troisième est une apologie contre les juifs. Justin a de plus combattu les hérétiques, en particulier Marcion, mais les écrits dirigés contre eux ont disparu sans laisser de trace. De son traité De resiiri-ectione. il nous est du moins parvenu un fragment important. La Cohortatio ad gentiles est probablement authentique. — La célébrité de Justin lui a fait attribuer plusieurs écrits qui ne sont pas de lui : telle l'épitre à Diognète. Quatre des traités pseudo-justiniens, en particulier les Quaestiones et responsiones ad orthodoxoSy ont été dernièrement revendiqués par Harnack au profit de Diodore de Tarse (au iv'' siècle). Funk les reporte au V siècle (cf. infr. § 60, 2).
Les deux apologies constituent l'œuvre la plus importante de Justin.
.3. Eusèbe rapporte que Justin composa deux apolog-ies, l'une adressée à l'empereur Antonin le IMeux, l'autre, à ses successeurs ^Nlarc-Aurèle et Lucius Verus. Des deux apologies que nous avons, la plus longue 68 chapitres) est en effet adressée à
Antonin le Pieux, tandis que la plus courte (15 ch.) est, d'après le manuscrit, destinée au Sénat Romain. Toutefois les derniers travaux critiques ont établi que toutes deux ont été en réalité présentées à Antonin le Pieux et que la deuxième n'est qu'un complément ou un appendice de la première.
Dans la première apologie, on peut distinguer deux parties : l'une (ch. 1-12), surtout négative, s'attache à réfuter les accusations dont les chrétiens étaient l'objet; l'autre, positive et plus étendue, expose et justifie la religion chrétienne; la démonstration de la divinité du Christ par les prophéties de l'Ancien Testament y occupe la pbis grande place (ch. 30-53).
La deuxième apologie ou appendice fut composée à l'occasion de la mort de trois chrétiens que le préfet de Rome fit exécuter uniquement pour avoir confessé leur foi. — Elle traite, sans plan arrêté, des sujets les plus disparates.
On regarde, aujourd'hui, comme authentique la Lettre d'Adrien, adressée au proconsul d'Asie, Minucius Fondanus, pour lui recommander une ligne de conduite plus équitable à l'égard des chrétiens. Cette lettre est annexée à l'œuvre de Justin.
Les deux apologies ont été composées peu après
4. Le Dialogue ai^ec Tryphon, beaucoup plus étendu mais actuellement incomplet, a pour but de publier un entretien que saint Justin eut pendant devix jours avec ce savant juif, qui n'est autre probablement que le célèbre rabbin Tarphon, son con-
5G ÉLÉMENTS DK PATROLOGIE.
temporain. Il est postérieur à la première Apologie, puisqu'il la cite. L'entretien eut lieu à Eplièse. Remonte-t-il, comme on le dit assez g-énéralement, jusqu'au temps de la guerre juive sons Bar- Kocheba (132-135)? La chose paraît invraisemblable et d'ailleurs ne peut, historiquement, se démontrer.
L'ouvrage se divise en trois parties : la première (ch. 9-47) montre que les lois cérémonielles des Juifs n'avaient qu'une valeur provisoire ; la seconde (ch. 48-108), que l'adoration de Jésus n'est pas opposée au monothéisme; la troisième (ch. 109-142), que les gentils eux-mêmes sont appelés à l'Eglise du Christ.
5. Eusèbe rapporte Hist. eccl., iv. 18) que Justin composa encore trois autres ouvrages : Oratio ad gentiles, Cohortatio ad gentiles et De monarchùi . c'est-à-dire de l'unité de Dieu. De fait, les manuscrits nous ont conservé trois écrits portant ces titres, et mis sous le nom de saint Justin; aujourd'hui, on s'accorde généralement à dire, surtout à cause de la différence de style, qu'ils ne sont pas de saint Justin bien qu'ils aient été tous composés au ii*^ siècle. — • Tout récemment pourtant "Widmann * a essayé d'établir par des arguments sérieux que la Cohortatio présente, d'une façon incontestable, le caractère justinien. Tandis que d'autres critiques - la retardent jusqu'au conimencement du m« siècle. — La petite
1. Die Echthoit der Malinrodo Justins des Märtyrers. Mainz. dîtOa.
2. (iaiil, Die Abfassiingverhültnisse der jjseudojustiitisrhen Cohortatio ad. Graeeos, Berlin, 1902.
Oratio ad gentiles dévoile l'aljsurdité de la mythologie. — La Cohortatio ad gentiles^ plus longue, fait voir que les sages de la Grèce se contredisent souvent et que les vérités qui se trouvent dans leurs écrits, sont empruntées aux livres des Juifs. — Le De monarchia cherche à démontrer l'unité de Dieu par des citations, souvent apocryphes, de poètes païens.
6. Justin écrit d'après l'inspiration du moment; il s'écarte volontiers de son sujet et s'expose ainsi à des lacunes et à des redites. Wehofer a bien essayé , mais sans succès, de présenter les apologies comme des œuvres littéraires composées selon les règles de la rhétorique ancienne ^. De plus, Justin aime les phrases longues et surchargées de participes. Son style est terne : rarement on y sent un peu de chaleur ou de mouvement. — Mais le contenu de ses écrits est d'un prix inestimable, moins par la force apologétique que par les renseignements qu'on y trouve sur la foi et le culte de l'Église à cette époque, et par la manière originale dont il essaie de jeter un pont entre la philosophie grecque et le christianisme par la théorie du Xo'yo? (îTtspaaTixoi;. Dans le Christ, dit-il, le Logfos divin réside en sa plénitude; mais tout homme possède, dans son entendement, un g-erine (îTCépfxa) du Logos et peut, par lui, connaître la vérité. Cette participation au Logos et par conséquent l'aptitude à la vérité a été particulièrement grande en certains
1 Cf. Bai-deubewcr, Gesch. der altkirchl. Literatur, I, -203-
hommes : tels, chez les juifs, leurs prophètes, et chez les grecs, Heraclite et Socrate.
Bon nombre de vérités ont été puisées, pense-t-il. par les poètes et les philosophes grecs dans l'ancienne littérature juive; car Moïse est le plus ancien écrivain du monde. Les philosophes étaient même, en un certain sens, chrétiens avant le Christ, selon la mesure où ils suivaient la raison dans leurs enseignements et dans leur vie ; mais les chrétiens, après l'apparition du Christ, possèdent la vérité toute entière et sans mélange.
* 7. Dieu, d'après Justin et d'autres apologistes, est sans principe et sans nom; Justin paraît rejeter son omniprésence substantielle, car Dieu, habitant dans les régions supracélestes, ne peut quitter sa place ni dès lors paraître dans le monde. Les rapports entre les hommes et lui ont lieu par l'intermédiaire du Log'os qui a un nom et peut paraître ; il est sorti de la puissance et de la volonté du Père, et il ne lui est i^as tout à fait consubstantiel. (C'est du moins l'opinion de Justin et de Tatien). Le père s'appelle Dieu avant tout comme uaTYip twv Trâvxojv.
Les ang-es ont un corps aérien et prennent une nourriture réelle, la manne '. Les mauvais anges ont un corps plus grossier ; Satan, leur chef, est tombé lorsque, caché sous la forme d'un serpent, il séduisit Eve [Dial., c. 124]; les autres anges ont péché avec les filles des hommes, et ont, avec
t. D'après le Psaume i.xxvii, :24-2.i. — Ainsi pensent cgalenient Clément d'Alexandrie et Tertullien.
elles, engendré les démons '. — Les diables sont condamnés au feu de l'enfer, mais ils ne doivent y entrer, avec les hommes mauvais, qu'après le Jugement dernier [Apol. I, 28) ; jusque-là, les démons habitent les régions inférieures de Pair, occupés à tenter les hommes.
* 8. Après la mort, les hommes vont tous d'abord dans l'Hadès, où ils demeurent jusqu'à la fin du monde ; le partage entre les bons et les méchants est déjà opéré et tous sont -heureux ou malheureux dans le pressentiment du sort qui les attend. Justin dit expressément [Dial., c. 8Ö), que croire à l'entrée des âmes dans le ciel, immédiatement après cette vie, c'est nier la résurrection des morts. — Dans cet Hadès, le Christ est descendu immédiatement après sa mort pour les justes de l'ancienne loi [Dial., G. 73).
Comme Papias, Justin était millénariste. Il dit que Ijeaucoup de chrétiens orthodoxes ne partagent pas cette opinion, mais il ne les regarde pas comme « parfaits sous tous les rapports » [Dial., c. 80).
Ce qu'il nous apprend sur le baptême et sur le culte des chrétiens est particulièrement intéressant [Apol. I, 61; 65-67). — Il exprime clairement sa foi en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie (ch. 66) : » Nous ne prenons pas ceci, dit-il, comme une nourriture commune ni comme un breuvage ordinaire; mais, de même que Jésus-Christ notre sauveur fait homme par la pa-