LITTÉRATURE GNOSTIQUE ET A>TIGNOSTIQL E DU II SIÈCLE
§ 23. — LA LITTÉRATURE GNOSTIQUE i
1. La littérature apologétique dut sa naissance à l'opposition du christianisme à légard du paganisme et du judaïsme. Mais l'Eglise trouva au 1^' siècle un adversaire non moins redoutable dans le g-nosticisine; car en voulant arriver à une connaissance (yvwai;) qui dépassait les limites de la révélation, en particulier sur l'origine du inonde et du mal, sur l'essence de la rédemption, le gnosticisme sapait les fondements de la foi ellemême. La révélation disparaissait sous daudacieuses allégories et le peu qui en restait se mêlait
1. cf. Harnack dans Texte und Untersuchungen, VII, 2 (1891). 1-114. Koptisch-Gnostisrlie Sriiriflen, vnn C. Schmidt, Leipzig, i'Mi. — Trad. franc, partielle dans Diction, des apocryphes de Migne. déjii cité.
On tromera d'excellents aperçus sur cette littérature dans Bardenhewer, Geschichte der altkirchlich. Literatur, I, 313-317. — Acta upostolorwn apocrypUa, ed. Llpsiiis et Bonnet, 2 vol., Leipzig, 1801 et 1898. — Lfpsiiis, Die apocryphen Apostelf/eschichten und Apostellegenden, 2 vol., Itraunschweig, 1883 et 1890.
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à des élucubrations philosophiques empruntées au paganisme et à des pratiques cultuelles venues de 1 Orient. La solution du problème du monde était le duaiisine : dualisme de Dieu et du monde, de 1 esprit et de la matière, du rédempteur Jésus et du Christ, éon céleste.
Le gnosticisme se répandit beaucoup en Orient et en Occident, surtout chez les esprits cultivés; c'est lui qui créa la première littérature chrétienne théologique ; ses œuvres furent plus abondantes au II* siècle que celle de l'Eglise orthodoxe ; c'est à lui que l'on doit les premiers psaumes et les premières hymnes.
« Les ressources de culture intellectuelle dont disposa l'hérésie, dit Bardenhewer, furent évidemment supérieures à celles de l'Eglise de Jésus-Christ. En face de l'armée des gnostiques l'Église n'eut à mettre en ligne qu'une troupe bien petite de combattants. Aussi sa victoire sur le gnosticisme n'estelle pas une preuve moins éclatante de son origine divine que son triomphe sur la puissance publique du paganisme ' . »
2. Des écrits gnostiques on ne connaissait, jusqu'en 1850, que les fragments insérés dans les réfutations qu'en avaient faites les auteurs catholiques, en particulier saint Irénée, saint Jérôme, saint Hippolyte et saint Epiphane.
Mais depuis, grâce à des manuscrits égyptiens des v'^ et vi° siècles, on connaît, dans leur version
1. Bardenliewer, Geschichte der altkirchlichen Literatur, I, 317.
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copte, quelques textes gnostiques complets et, en 1896, l'infatigable Karl Schmidt a apporté au muséum de Berlin un papyrus copte avec plusieurs écrits gnostiques de la même époque dont on attend la publication avec impatience. Parmi eux se trouve un Evangile de Marie dont s'est servi saint ïrénée.
Les écrits gnostiques publiés jusqu'ici dans leur version copte et qui viennent tous de la secte des ophites sont :
a) Quatre livres de la Pistis Sophia, édités d'abord en latin, en 1851, d'après un manuscrit d'Angleterre. Ce sont des entretiens de Jésus ressuscité avec ses disciples et avec Marie-Madeleine sur la chute et la rédemption de Pistis Sophia, être du monde des éons.
b) Les deux livres de Jeiî, édités, en 1892, daprès le Codex Brucianus, actuellement à Oxford, par Karl Schmidt, avec un autre écrit qui doit être de la première moitié du in^ siècle et appartient à la secte gnostique des Séthiens.
3. D'origine gnostique sont également une foule d'actes apocryphes des apôtres qui, presque tous, ont été composés en grec au ir^ siècle. A ce groupe appartiennent : a] les Acta Pétri qui donnent un récit détaillé des actes et de la passion du prince des Apôtres ; outre la conclusion en grec intitulée : Martyrium sancti Pétri, ils renferment un fragment latin intitule : Actus Pétri cum Simone. On y raconte l'œuvre de Pierre à Rome, sa rencontre avec Simon le ^Mao-icien. la fin malheureuse de ce