CHAPITRE PREMIER
Le concept de la. vie.
Aucune des nombreuses tentatives faites pour définir l'idée de la vie ne peut se vanter d'avoir joui d'une faveur durable ou générale. Ce qui rend surtout cette définition difficile, c'est que tout ce qui vit change sans cesse, et que l'idée du changement n'a pas encore été exactement définie. Il suffit de poser ici tout d'abord en principe, que l'état d'un corps vivant ne de-
meure jamais le même deux instants durant. Ses états changent, et, sans changement d'état, il n'y a point de vie. En outre, comme tout ce qui vit est dans l'espace, en tant que les corps seuls vivent , et que tout changement dans l'espace s'appelle mouvement , il suit ceci : sans mouvement, point de vie. Mais, avec l'idée de mouvement, l'idée de la vie n'est nullement donnée. Car , quoique toute vie implique l'existence du mouvement, tout mouvement n'est point de la vie. Peut-être peut-on trouver toute espèce connue de mouvement dans ou sur un corps vivant quelconque, à un moment quelconque ; mais il est permis de se demander si, dans tous les corps vivants, on découvre une sorte de mouvement qui ne se rencontre pas aussi au dehors d'eux?
D'après ce que nous apprend l'expérience, l'ensemble des mouvements , dans chaque corps vivant, est extrêmement complexe. Si l'on dit : la vie est un complexus particulier de mouvements extrêmement complexes, on énonce simplement un fait. En quoi consiste ce caractère particulier? Peut -on le faire dériver, comme une résultante, de la coexistence, dans toutes les unités vitales, des processus phvsico-chimiqucs qui ne manquent jamais? Ou bien y a-t-il un mode, ou une cause de mouvements primitifs, non réductibles à ces processus, et existant exclusivement chez les êtres vivants? Voilà sur quoi on peut disputer.
La nature propre du complexus de mouve-
ments appelé vie, résulte de faits dont La physique et la chimie ne s'occupent pas, parce que, sans une transformation de leurs propres principes, elles ne sauraient les expliquer. Ces deux sciences, en effet, si l'on tient compte de leurs limites, ne s'occupent que des propriétés physiques et chimiques des corps; or, les phénomènes psychiques et évolutifs ne sont point de ce domaine. Ils ne sont, ni les uns ni les autres, objet des sciences physiques et chimiques : ils sont l'objet de la physiologie.
Néanmoins, la physiologie ne peut espérer de nous rendre intelligibles les phénomènes psychiques et évolutifs, comme ces mouvements sur lesquels reposent les phénomènes vitaux, si elle ne s'en tient sévèrement aux méthodes de la physique et de la- chimie. Ces méthodes sont les seules , en effet , qui aient jusqu'ici fait leurs preuves. Les forces avec lesquelles opèrent la physique et la chimie, sont les mêmes que celles avec lesquelles opère la physiologie ; là où ces sciences deviennent insuffisantes, la méthode d'investigation demeure la même , parce qu'elle est la méthode rationnelle. Mais il n'est pas nécessaire d'interrompre l'étude des phénomènes de la vie, lorsque les Irypothèses actuelles de la physique et de la chimie ne sont plus trouvées vraies, comme il semble bien que ce soit le cas à l'apparition des processus psychiques de l'embryon dans l'œuf couvé. C'est ici précisément que se montre clairement le caractère propre et
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particulier de la physiologie, laquelle nous pousse à modifier le concept traditionnel de matière. Car ni la physique moléculaire, ni la chimie synthétique, quelques progrès qu'elles fassent, ne sauraient théoriquement, et, à plus forte raison, dans la pratique , recomposer un œuf avec les molécules physiques et les éléments chimiques dans lesquels on le décompose, de manière que cet œuf, après avoir été échauffé dans l'air, se transforme en un animal doué de propriétés psychiques, capable de produire, à son tour, un pareil œuf. Ces sciences ne le peuvent pas, parce que dans une synthèse artificielle l'hérédité se perdrait.
Ce fait d'observation vulgaire, — que ce qui vit et est apte à vivre est exclusivement produit par l'intermédiaire de ce qui vit, et que les propriétés psychiques dérivent d'une manière non moins exclusive de ce qui possède des propriétés psychiques, — ce fait est caractéristique pour le complexus de mouvements qu'on appelle vie et qui est synonyme de Y ensemble des fonctions physiologiques. Désormais , dans une définition du concept de vie, ce caractère doit être compris.
Les conditions de la vie.
Los conditions nécessaires à l'entretien de la vie de tous les corps vivants qui peuplent la terre, sont en partie extérieures, en partie inté-
Heures. Les premières doivent exister dans le milieu où se trouvent les corps vivants, les secondes clans les corps vivants eux-mêmes. Les unes et les autres sont immédiates ou médiates.
Les conditions externes immédiates de la vie ne peuvent manquer sans qu'aussitôt , ou après un court espace de temps , en rapport avec la durée moyenne de la vie, la vie ne s'éteigne; les conditions externes médiates sont nécessaires à l'entretien de la vie dans son intégrité : leur défaut a pour conséquence un trouble partiel des phénomènes de la vie, non un arrêt complet de ces phénomènes. Les conditions internes immédiates de la vie sont une certaine structure, une certaine composition chimique et [certaines forces : si elles manquent, la vie cesse. Quant aux conditions internes médiates , c'est l'intégrité du corps vivant : celle-ci peut bien être troublée jusqu'à un certain degré sans que la vie finisse, mais non sans que la vie soit plus ou moins atteinte et compromise.
Quelque claires que soient ces définitions , quelque facile qu'il soit d'apporter quelque fait à l'appui de chacune de ces quatre classes de conditions, une énumération complète de toutes les conditions externes et internes , même pour un seul corps vivant, voire pour une seule de ses manifestations vitales , ne pourrait être donnée que par une physiologie d'une idéale perfection. En effet, si toutes les conditions de la vie étaient
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exactement connues, le conditionné, c'est-à-dire hi vie, serait connu avec la même exactitude, reconnu comme la conséquence nécessaire de ces conditions , et , par conséquent , serait de tous points intelligible.
La physiologie doit partir du principe de la pleine intelligibilité de la vie. Car si elle ne le faisait pas, il lui incomberait de fixer les limites qui sépareraient l'inintelligible compréhensible de l'inintelligible incompréhensible, ce qui est impossible, parce qu'on ne saurait dire expressément de phénomènes vitaux incompréhensibles aujourd'hui, s'ils deviendront ou non compréhensibles. Ainsi, la physiologie se propose de découvrir toutes les conditions de la vie et, an lieu de pouvoir commencer par rénumération de ces conditions, elle finit par là. Mais il revient à la physiologie générale d'indiquer à grands traits la nature de ces conditions qui appartiennent sans exception à tous les corps vivants. Si l'on songe à la grande variété de ces derniers , le nombre de ces conditions ne peut qu'être petit.
C'est sur les conditions externes les plus générales de la vie, qu'on peut dire le plus facilement quelque chose de précis. L'expérience, en effet, nous enseigne que la vie ne se rencontre et n'est possible (j ue là où certains gaz, de l'eau et certaines combinaisons chimiques fixes, existent en qualité et quantité telles qu'ils puissent être absorbés par les corps vivants, soit d'une manière ininterrompue, soit avec de courts intervalles.
Les gaz sont contenus dans l'air atmosphérique qui environne le globe terrestre sur tous les points de sa surface, à plusieurs lieues de hauteur. Mais on ne peut prouver la nécessité absolue, pour tous les êtres vivants, ni de l'oxygène, ni de l'acide carbonique, ni de l'azote. On ne saurait attribuer non plus une valeur tout à fait générale au principe que l'oxygène, soit à l'état gazeux, soit dissous dans l'eau, en tout cas à l'état de liberté, est indispensable à la vie de tous les corps vivants sans exception, comme c'est réellement le cas pour tous les êtres supérieurs. Des recherches instituées sur les gaz nécessaires à l'entretien de certaines fermentations, on a conclu que certains corps vivants inférieurs, — les finaérobies — non seulement vivent sans aucune trace d'oxygène libre, mais sont tués par ce gaz, tandis qu'au contraire tous les autres corps vivants, — les aérobies — cessent de vivre dès qu'on les prive d'oxygène.
Jusqu'ici l'existence d'êtres anaérobies ne peut être contestée. Plusieurs recherches faites à ce sujet par de bons observateurs y sont favorables. Mais d'autres permettent de clouter que l'oxygène soit absolument absent des liquides en expérience, et appuient l'opinion que ce serait seulement l'excès d'oxygène qui serait dangereux pour la vie des bactéries ; que l'arrivée de ce gaz doit être restreinte clans d'étroites limites, mais que, dans les liquides en voie de décomposition putride, le défaut complet d'oxygène amène une suspension
complète de la putréfaction , parce que les êtres organisés qui sont les agents cle la putréfaction, et leurs prétendus germes, meurent alors irrévocablement. Les tissus du corps des animaux supérieurs eux-mêmes peuvent aussi perdre leur activité vitale sous l'action du gaz oxygène. Si grandes sont les contradictions , qu'on aura tout d'abord à examiner l'hypothèse suivante, savoir, si dans toutes les expériences où manque, à ce qu'on prétend, « toute trace de gaz oxygène » , il ne s'en trouve pourtant pas de petites quantités. Si cette expérience critique démontre l'absence complète d'oxygène dans les liquides qui contiennent des corps vivants, il y aura à examiner si, par un processus quelconque qui est à découvrir, l'oxygène n'y devient pas libre dans la mesure où il a été consommé par ces processus vitaux. Quoi qu'il en soit, et provisoirement, il n'est pas possible de répondre par une affirmation sans 'réserve à cette question : le gaz oxygène à l'état de liberté est-il absolument, et sans exception, nécessaire à la vie ? L'acide carbonique de l'air est démonstrativcment irremplaçable pour l'entretien d'un grand nombre de corps vivants, notamment de la plupart des végétaux. Pour les animaux supérieurs, la présence de ce gaz dans le milieu ambiant n'est pas seulement superflue, elle est dangereuse lorsque sa quantité augmente. Ainsi ce gaz ne peut non plus être considéré comme indispensable à tout ce qui vit.
Le gaz azote en liberté ne fait défaut nulle part clans la nature , à la vérité, là où la vie existe, mais il peut être artificiellement remplacé par d'autres gaz, tels que l'oxygène et l'hydrogène clans l'air, sans que toute vie cesse dans un mélange de gaz d'où l'azote est absent. Ainsi l'azote n'est pas non plus indispensable à la vie.
On peut donc dire que seule, la présence de gaz (de l'air atmosphérique) est nécessaire pour que les processus vitaux aient leur cours. Dans l'eau qui ne contient aucun gaz il n'y a point de vie. Mais il n'est pas un seul gaz reconnu sûrement nécessaire à toute vie sans exception. Tout ce qu'il est permis de dire est ceci : Sans air, point de vie. Tout ce qui vit respire.
La seconde condition, l'existence de l'eau sous forme liquide à proximité des corps vivants, est généralement admise. Si quelque corps vivant, si petit qu'il soit, manifestant une vie propre, est placé dans un milieu absolument sec, sur de la terre sèche, dans cle l'air sec, la vie s'éteint dans le temps le plus court. Sur ce point, l'unanimité est complète. Sans eau, point de vie. Tout ce qui vit est humide.
La troisième condition , l'existence cle certaines combinaisons chimiques stables , soit à l'état de dissolution, soit à l'état solide, dans le milieu accessible au corps vivant, est de même généralement admise. Mais quelles combinaisons chimiques sont nécessaires , indispensables à l'existence de tous les corps vivants, c'est ce
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qu'on ne saurait dire encore. Il est même douteux que, dans ce mélange de combinaisons chimiques qu'on appelle aliment physiologique, il y ait une seule combinaison , si simple qu'elle soit, qui doive se trouver nécessairement dans la nourriture de tous les corps vivants pour que leur vie persiste et se maintienne. Beaucoup de plantes, à la vérité, peuvent vivre d'une vie normale, dans l'air et dans de l'eau, qui contient en dissolution des sels exactement connus , c'est-àdire dans des fluides nutritifs artificiels , mais on se demande si, de ces combinaisons, il en est une qui doive, de toute nécessité, exister dans la nourriture des plus petits et des plus grands animaux, et si elle ne pourrait être remplacée par d'autres combinaisons. Les schizomycèfes peuvent se développer et vivre longtemps dans des solutions aérées et aqueuses de sulfate de magnésium ou d'acétate de soude , quoiqu'on n'y trouve point de combinaisons de phosphore et de fer, lesquelles autrement doivent exister dans la nourriture des plantes. La nourriture des animaux doit renfermer sans exception des produits plus complexes de l'activité vitale des végétaux ou des animaux, produits dont la plupart des plantes n'ont aucun besoin. En outre, elle doit contenir des sels. Mais de pas un seul de ces sels on ne saurait affirmer qu'il existe dans toute nourriture animale. Qu'elle doit contenir des sels, e'est fout ce qu'on peut soutenir; ces sels sont des substances nutritives, comme ces autres com-
binaisons chimiques ; ces substances , on doit les considérer comme une condition générale de la vie. Sans nourriture, point de vie. Tout ce qui vit se nourrit.
La détermination générale des conditions immédiates externes de la vie n'est pas achevée lorsqu'on a établi le caractère de nécessité de ces trois choses , l'air , l'eau , la nourriture : à ces conditions matérielles s'ajoutent des conditions physiques
Qu'il soit atmosphérique , dissous clans l'eau ou condensé par la terre , l'air ne doit pas seulement, d'une manière générale, exister dans une certaine quantité : il doit se trouver disponible en grande quantité dans un petit espace, c'est-à-dire posséder une certaine tension. La pression de l'air peut sans doute varier beaucoup plus que ce n'est le cas clans la nature, sans amener la cessation de toute vie ; il est pourtant une limite inférieure , très différente pour les différents corps vivants, qu'elle ne doit pas franchir. Cette limite, exprimée en nombre, ne peut être indiquée pour tous les êtres vivants.
La plupart des végétaux , en effet , peuvent continuer à vivre sous une tension cle gaz acide carbonique qui est funeste aux animaux , mais non point , comme ceux-ci , clans un milieu où cette tension serait nulle. D'autre part, la vie des plantes persiste longtemps encore sous une tension partielle très basse d'oxygène , fort inférieure au degré cle dilatation ou de raréfaction
de l'air supporté par les animaux. On peut dire seulement, en général , que les gaz nécessaires à l'existence, — oxygène , azote ou acide carbonique , — soit isolés , soit réunis , doivent posséder une limite inférieure de tension positive, dépendante à la fois du gaz et d'un individu vivant, et susceptible d'être exprimée en millimètres ou en centimètres d'une colonne de mercure. En même temps, les gaz ne doivent point dépasser une limite supérieure de pression, qui varie également avec l'individu vivant, le gaz et le mélange des gaz. Ici aussi il y a donc un nombre-limite qu'on ne saurait assigner d'une manière absolue pour tout être vivant; mais il est bien remarquable, qu'à une très haute pression aussi , le gaz oxygène pur est toxique ou au moins dangereux pour tous les corps vivants, même pour les plus petits.
Tout ce qui vit dépend de la pression de l'air, et les limites minima et maxima du baromètre sont toujours déterminables. Au contraire, les limites de la pression de l'eau compatibles avec les phénomènes de la vie n'ont pas encore été trouvées. Les plus grandes profondeurs de l'Océan contiennent des êtres vivants. Des sondages modernes, il ne résulte pas que, dans les plus grandes profondeurs accessibles à la sonde, la vie n'existe plus à partir d'un" mille géographique. Le fait que les animaux marins ramenés par la drague de plusieurs milliers de mètres, arrivent crevés , à cause du rapide changement
de pression, témoigne assez qu'ils s'étaient adaptés à cette énorme pression de l'eau des profondeurs pélagiques. L'innombrable multitude d'êtres qui vivent au fond des mers, et aux plus grandes profondeurs, sous une pression d'eau considérable, forme en tout cas le plus éclatant contraste avec l'absence de toute vie sous une pression d'air énormément élevée. Tandis que, dans le premier cas, sept cents atmosphères sont supportées, dans le second cas sept atmosphères suffisent pour mettre fin à toute activité vitale. Assurément il y a là une longue adaptation qui fait défaut ici.
Une autre condition fondamentale de la vie est la chaleur. Toute vie est comprise dans de très étroites limites de température. Le froid est aussi bien l'ennemi de la vie qu'une chaleur excessive , et aucune vie n'est capable de durer si la température se maintient partout, dans le milieu ambiant immédiat , au-dessous du point de congélation de l'eau. On peut bien comprendre qu'un animal arctique se maintienne longtemps en vie dans un air qui ait cette température, avec des aliments et une eau glacés ; mais, avec un refroidissement persistant de l'air bien au-dessous du point de glace, l'animal ne saurait se nourrir d'aliments offrant la rigidité des substances congelées ni de glace au lieu d'eau. Les plantes qui végètent sous la neige ont tout près de leur surface une température supérieure à zéro. La nécessité, pour l'entretien de la vie, de
l'éau à l'état liquide, fait déjà voir que tous les corps vivants, capables de vivre dans la glace, doivent se trouver plongés dans un milieu d'une température plus élevée. Les plus grands froids observés jusqu'ici à la surface de la terre ne dépassent pas — 60° centigrade. Bien au-dessus de ce minimum de chaleur, les organismes les plus résistants sont déjà en danger de mort, si le froid persiste.
La limite supérieure de température n'est pas plus assignable que la limite inférieure pour tous les êtres vivants. Les différentes parties des corps vivants offrent une résistance très diverse aux températures élevées.' Cependant on peut admettre avec vraisemblance, pour tous les êtres qui vivent dans l'eau, que leur vie s'éteint avant que l'eau ait atteint + 60". Il existe pour tous les corps vivants un degré de température qui leur convient mieux qu'aucun autre.
Si les vibrations caloriques diminuent de longueur d'onde, et croissent en vitesse, elle deviennent des vibrations lumineuses : ces vibrations sont également indispensables à la plupart des corps vivants. Toutes les plantes vertes ont besoin de lumière pour décomposer l'acide carbonique de l'air, et, si des ténèbres persistantes se produisaient tout à coup, la plupart des animaux mourraient bientôt, quand ce ne serait que parce qu'ils ne pourraient plus trouver leur chemin ni chercher la nourriture qui leur est nécessaire.
La vitalité.
Il existe un grand nombre d'êtres vivants fort variés, développés et non développés, dont les processus vitaux peuvent être suspendus de la manière la plus complète par la soustraction des conditions externes de la vie — sécheresse, froid, privation d'air et de nourriture — sans que ces êtres perdent leur vitalité ou capacité de vivre, puisqu'ils recommencent à vivre dès qu'il est satisfait à ces conditions de la vie. Cette révivification, qui se rencontre souvent dans la nature, s'appelle anabiose.
On l'observe, par exemple, chez des poissons et des grenouilles" congelés lentement réchauffés, chez des rotifères, des tardigrades macrobiotes et des anguillules desséchés, ranimés par une humectation progressive. Mais il est très difficile de déterminer pour chaque cas le degré de vitalité. Si les essais de reviviscence échouent, il est pourtant possible qu'auparavant la vitalité ait existé. Du fait positif de l'anabiose suit la nécessité de distinguer rigoureusement le terme contradictoire de «vivant», à savoir, la négation «non vivant» ou «sans vie», — du terme contraire « mort». Si un corps vivant meurt, la machine vivante a subi un dommage irréparable : ce corps est sans vie (il ne fonctionne plus), et, en même temps, il est impropre à la vie (incapable
de fonctionner), en propres termes, il est mort, comme un corps inorganique.
Mais, si un corps vivant cesse de vivre sans avoir subi de lésion irréparable, alors il est à la fois sans vie et susceptible de vivre : il est notamment apte à être revivifié (il est capable de fonctionner). On devrait appeler proprement ces êtres, morts apparents. Le mot peut aussi servir à désigner la diminution de l'ensemble des phénomènes de la vie sans l'extinction de celle-ci. Cette sorte de mort apparente, appelée à tort «vie latente», est bien nommée vita minirna. C'est une vie réelle, actuelle, ou cinétique, mais seulement descendue au minimum ; elle correspond à la léthargie des animaux supérieurs et des plantes pendant le sommeil d'hiver ordinaire. Au contraire, la véritable mort apparente, état dans lequel ne se manifeste point le moindre mouvement vital, répond à la vie potentielle ou en puissance. Beaucoup d'animaux inférieurs se trouvent dans cet état durant le sommeil d'hiver et d'été, ainsi que tous les germes susceptibles de développement, mais n'ayant pas encore commencé à se développer : ils sont capables d'anabiose, et on peut les comparer à une horloge intacte qui, quoique montée, ne marche point, parce que le balancier n'oscille pas.
Tous les corps vivants ne sont pas capables d'être mis dans cet état, parce que, cbez beaucoup d'entre eux, l'acte de soustraction des conditions externes immédiates de, la vie en sup-
prime du même coup les conditions internes immédiates, en causant des modifications de structure ou des décompositions chimiques murtelles. L'anabiose ne peut non plus être indéfiniment répétée sur le même individu, parce que chaque suppression d'une condition fondamentale de la vie et chaque restitution de celle-ci ne laissent point d'apporter à l'organisme des dommages qui, en s'accumulant, deviennent d'autant plus préjudiciables que les essais de reviviscence ont été plus souvent tentés.
Plus l'absence complète de vie a duré (plus de trente ans, on l'a prouvé, chez des animaux, quinze cents ans, pour des semences végétales), plus il faut de temps, en général, pour la reviviscence. Des rotifères complètement desséchés peuvent sans périr être chauffés à une température bien supérieure au point d'ébullition de l'eau et maintenus clans le vide ; des poissons et des amphibies congelés peuvent être, également sans périr, maintenus à une température fort inférieure au point de congélation de l'eau, pourvu que le refroidissement et le réchauffement consécutif aient lieu lentement, et pourtant point trop lentement.
La vitalité des œufs végétaux et animaux s'appelle faculté germinative.
Aux causes d'extinction de la faculté germinative et de la vitalité des êtres vivants en puissance, par conséquent réellement sans vie, après une période de temps fini, appartiennent sur-
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tout les modifications de cohésion et d'élasticité des tissus, ainsi que la transformation de l'énergie potentielle en énergie cinétique, qui a lieu aussi avec le temps chez les corps naturels inorganiques et pour les produits de l'art (détérioration, décomposition). Cette transformation s'opère chez ces êtres, sans manifestation vitale, d'une manière continue ; subitement, dans la déliiscence des parties qu'a pour effet la réviviiication.
Dès que l'anabiose a commencé, les deux états d'activité et de repos alternent, comme chez tous les êtres dont la vie est actuelle ou en acte. La vie conserve ce caractère môme dans la période de repos. Par conséquent, il est permis de distinguer les états organiques suivants :
etalvivar.l</ \ elat sans vie
Un état no peut se transformer en un autre que dans les directions indiquées par les flèches.
Vivante et en étal d'activité est, par exemple, la fibre musculaire contractée, la libre nerveuse excitée chez l'animal vivant.
Vivante et à l'état de repos est, par exemple, la fibre musculaire non contractée, la fibre nerveuse non excitée chez l'animal vivant. — Ce repos est, comme partout et toujours, purement
ei> état i
activité
r capable
Le vivre
- non. capable
devivre
^en état de repos
relatif, attendu que, même clans les parties non excitées, clans le protoplasma vivant sans mouvement, des changements ne laissent pas de s'accomplir.
Sans vie et capable de vivre est, par exemple, l'œuf fécondé qui n'a subi aucune lésion, le poisson congelé qui se trouve clans les mêmes conditions d'intégrité, le radiolaire intact, desséché, refroidi dans le vicie.
Sans vie, et incapable de vivre, est, par exemple, l'œuf non fécondé d'un vertébré, l'animal brûlé, le végétal pétrifié, l'acide carbonique.
Différences des êtres morts inorganiques et des êtres vivants organiques.
Les nombreux efforts tentés pour découvrir une propriété physique, chimique ou morphologique qui convienne manifestement, toujours et à tous les êtres vivants, sans exception, et qui ne convienne jamais et à aucun être inorganique, c'est-à-clire incapable de vivre, sont restés vains. Une critique exacte des signes distinctifs qu'on énumère d'ordinaire à cet égard, conduit chaque fois à ce résultat négatif.
Pourtant la nouvelle doctrine de l'évolution nous fournit un caractère différentiel physiologique. Cette doctrine fait voir en effet que, clans tous les êtres vivants, aussi longtemps qu'ils vivent, et non plus longtemps, ont lieu sans interruption des néoformations {Neubildungen),
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un développement, une évolution continue de la matière vivante, qui font constamment défaut aux êtres inorganiques incapables de vivre, — processus qui reposent sur le fait de Yhérédité, et sont liés à la continuité de la vie.
Continuité de la vie.
Tous les êtres vivants naissent exclusivement d'êtres vivants. Chacun de ces êtres a des ancêtres, des parents qui lui sont semblables : c'est là un fait d'expérience.
Tous les corps inorganiques peuvent être obtenus de différente manière, ou naître de corps qui ne leur ressemblent pas : ils n'ont point d'ancêtres. Un cube de sel marin, par exemple, peut naître de l'union du chlore et du sodium, qui lui sont tout à fait dissemblables, ou par concentration d'une solution saline, qui ne lui ressemble pas, ou par l'action de l'acide chlorhydrique sur la soude, ou, par un grand nombre d'autres procédés, de corps qui n'ont avec lui aucune ressemblance morphologique.
Les idées de ressemblance (affinité, parenté) et de descendance sont liées ensemble, — et la loi de la continuité ou de la permanence de la vie, qui les renferme, est du même ordre que celle de la conservation de la force et que celle de la conservation de la matière. Cette loi doit donc être placée à côté de ces deux dernières, comme loi de la ojnservaliou de la vie.
La loi de la conservation de la force dit : là où ne préexistait point de force, aucune force nouvelle ne peut naître.
La loi de la conservation de la matière dit : là où ne préexistait point de matière, aucune matière nouvelle ne peut apparaître.
La loi de la conservation de la vie dit : là où ne préexistait point de vie, aucune vie nouvelle ne peut être produite.
Il résulte déjà de ces propositions que la question de l'origine de la vie ne saurait être moins transcendante que la question de l'origine de la matière et de ses forces.
Touchant la matière et la force, on considère comme un axiome qu'elles n'ont point d'origine, qu'elles sont éternelles, parce qu'autrement la matière et ses forces seraient nées de rien.
Mais, pour ce qui a trait à la vie, l'idée qu'elle n'a pas eu de commencement n'est pas encore généralement admise.
Les hypothèses sur l'origine des ijremiers êtres vivants.
La question de l'origine de la vie (biogenèse) va de pair avec celle de i'origine des premiers corps vivants, parce que la vie est exclusivement attachée aux corps. Quant à la question de l'origine des corps vivants actuels, c'est un tout autre problème. On ne peut répondre à la première question que par des spéculations,
parce que toute expérience sur les conditions des premières manifestations de la vie aux époques primordiales nous fait défaut. Au contraire, la seconde question relève de l'observation et de l'expérience, car de nouveaux corps vivants naissent constamment sous nos yeux et se développent.
A cette question : Comment les premiers corps vivants sont-ils apparus sur la terre ? il y a deux réponses, l'une dogmatique, et l'autre hypothétique : le dogme de la génération spontanée et l'hypothèse cosmozoïque.
Inadmissibilité du dogme de la génération spontanée.
Le dogme de la génération spontanée — gèneratio spontanea, originaria, sequivoca, prïmavïd, primigena, primitive,, automatica, ou autogonie, archigonie, archibiose, abiogenèse, hétérogenèse — soutient ceci : dans les premiers temps, la surface de la terre était trop chaude pour que la vie pût y apparaître; par conséquent, lorsque le refroidissement eut atteint un certain degré, des matières inorganiques, mortes, n'ayant pas en soi le pouvoir de vivre, se combinèrent synthétiquemeiit, d'une façon inconnue, en êtres vivants, qui ensuite se développèrent en d'autres êtres : génération sans parents.
Cette croyance est en contradiction avec la loi de la conservation ou de la continuité de la
vie, car cette continuité serait interrompue si une génération avait jamais eu lieu, quelque part, sans générations antérieures ; cette croyance est donc, comme postulat absurde, exactement dans le même cas que la croyance au mouvement perpétuel en mécanique, croyance qui contredit la loi de la continuité de la force, ou encore que la croyance à la création de l'azote dans les végétaux, croyance non moins en contradiction avec l'axiome de la permanence de la matière. En outre, elle est directement en désaccord avec l'expérience qui, en dépit d'innombrables expériences et recherches, ne nous a jamais fait voir un être vivant qui n'ait pas eu de parents. Cependant on pourrait objecter que des résultats négatifs ne sauraient prouver l'impossibilité de la génération spontanée.
Il est donc fort important d'établir que, même au cas où une pareille expérience réussirait, elle ne nous apprendrait pourtant rien de positif au sujet de l'origine des premiers êtres vivants, parce que les ingrédients employés à cet effet, faciles à se corrompre, sont eux-mêmes empruntés aux êtres vivants. Ainsi on n'aurait point là la preuve d'une génération spontanée, obtenue sans l'intermédiaire d'aucune activité vitale. Qu'un simple mélange des éléments, ou d'acide carbonique, d'eau, d'air et de sels ne donne naissance à aucun protozoaire, à aucun protophyte, c'est ce qui est généralement reconnu. Personne ne songe à faire du feu avec de la cendre, de
l'acide carbonique et d'autres produits de combustion, sans matériaux combustibles.
Les causes d'erreur des expériences qui prouveraient, à ce qu'on prétend, la génération spontanée, sont si nombreuses, qu'il est permis d'affirmer avec la plus entière certitude, que tous les résultats positifs de ces expériences ne s'expliquent que par les erreurs commises. Enfin, aussi sûrement que tous les organismes vivants doivent un jour cesser de vivre, ils sont tous nés. La probabilité de trouver un organisme qui ne soit pas né d'un autre organisme ou n'en descende pas, est précisément aussi petite que celle de découvrir un organisme dont la vie n'ait point de fin. En effet, le nombre de cas qui, par voie de généralisation inductive, nous conduit à la proposition incontestable que tout individu vivant mourra ou cessera d'être ce qu'il est, — ce nombre n'est pas plus grand que celui des cas qui nous force d'admettre, en vertu du même raisonnement inductif, que tout individu vivant a dû provenir d'un autre individu vivant.
L'hypothèse d'une génération spontanée est donc contraire à la raison pour les trois motifs suivants : 1° elle contredit les lois de la nature que nous connaissons ; 2° elle est en désaccord absolu avec les résultats de toutes nos observations et expériences ; 3° elle est aussi invraisemblable qu'un individu vivant dont la durée, comme telle, serait sans fin.
La réponse dogmatique d'après laquelle les
premiers êtres vivants seraient nés de la combinaison de particules inorganiques qui, prises en soi, n'étaient point capables de vivre, est donc aussi peu valable en physiologie que l'est le dogme de la création. Dans le premier cas, on postule qu'une vie nouvelle a dû d'elle-même apparaître là où aucune vie n'existait auparavant ; dans le second, que la vie a dû apparaître, en vertu d'une intervention surnaturelle, là où aucune vie n'existait auparavant. Dans les deux cas, la raison renonce à son droit de comprendre l'origine de la vie.
Insuffisance de l'hypothèse des cosmozoaires.
Les microzoaires de l'univers, ou cosmozoaires, sont de très petits corps aptes à vivre, développés et non développés, végétaux et animaux, qui, d'après l'hypothèse, soit isolément, soit transportés par des météorites, arriveraient d'un corps céleste à un autre et s'y développeraient.
Selon cette hypothèse, avant la formation de notre système planétaire, il aurait déjà existé, dans les espaces cosmiques, des êtres capables de vivre, semblables aux êtres que nous voyons présentement, et qui, durant des millions d'années, auraient conservé dans les conditions les plus défavorables leur aptitude à vivre. Hypothèse au plus haut point invraisemblable. En outre, loin de recevoir une réponse, la question de l'origine de la vie est reculée. Ajoutez qu'on
a bien trouvé, dans les météorites, des combinaisons où entre le carbone, mais aucun germe susceptible de vivre. On le voit, l'hypothèse cosmozoïque, sans qu'on puisse la réfuter comme inadmissible, doit être considérée comme insuffisante et comme insuffisamment établie.
Puisque la génération spontanée est en contradiction avec l'expérience et la logique, puisque l'hypothèse cosmozoïque n'apporte en réalité aucune réponse à la question de l'origne de la vie, et qu'une création de rien contredit également les lois de la conservation de la force et de la conservation de la matière, il suit qu'aucune de ces trois manières de voir ne saurait être acceptée.
Mais, si la vie n'est point née, sur la terre privée de vie, de la synthèse de matières non aptes à vivre, comme le postule la génération spontanée ; si, comme le veulent l'hypothèse cosmozoïque et le dogme de la création, elle n'est point venue du dehors sur la terre, il ne reste qu'une chose possible, c'est que la vie n'ait point commencé du tout, et qu'on ait en tort, par conséquent, de poser la question d'origine.
Cette question de l'origine première des corps vivants sur la terre suppose, en effet, que l'inorganique sans vie exista seul d'abord. Or cette supposition ne repose sur rien. (V qu'il faut plutôt rechercher tout d'abord, c'est Yoriginede ce qui est mort.
Origine de ce qui ost mort.
Quelle est, quelle a été l'origine de l'inorganique? Ce qui est mort ne se rencontre présentement que là où il y a eu vie ; ce n'est donc rien de primitif. L'idée de mort suppose et implique l'idée de ce qui a vécu ; au contraire, l'idée de la vie ne suppose et n'implique point celle de ce qui a été ou est mort.
Les corps inorganiques proviennent aujourd'hui : 1° des corps vivants, comme résultat des processus vitaux dont ces corps sont le théâtre (des cadavres, excréments, coquilles, écailles, débris d'os, etc.) ; 2° de la décomposition des corps privés de vie et des corps vivants ; 3° de la synthèse des corps non-vivants.
Les corps vivants sont, au contraire, produits uniquement par d'autres corps vivants, comme résultat des processus vitaux qui se manifestent en eux, et vitalisent l'inorganique. Omne vivum e vivo.
De ce qui aujourd'hui est inorganique, une très grande partie a eu manifestement pour origine les processus vitaux des corps vivants que nous connaissons qui ont péri. Combien la nar ture inorganique dépend de ces processus biologiques des plantes et des animaux, on le voit assez par ces couches zoogènes etphytogènes de l'écorce terrestre qui ont formé des montagnes entières, et qui à leur tour réagissent sur le
monde organique en le modifiant. Le reste de la matière inorganique actuelle, dont l'origine est pour nous un problème, peut avoir été produit par les processus vitaux d'êtres vivants qui ont péri et qui nous sont inconnus. Durant le refroidissement croissant de l'écorce terrestre, ces êtres devinrent, par l'effet de l'adaptation, de plus en plus semblables à cette matière d'où sont sortis et d'où sortent par voie de développement les êtres vivants actuels, — à ce protoplasma qui ne supporte plus une température élevée. De ces nombreux complexus vivants des époques primordiales, auxquels tous les éléments ont participé, de ces êtres qui vécurent alors à une très haute température, la plupart durent passer à l'état de rigidité par le fait du refroidissement. Le protoplasma actuel est ce qui est resté comme combinaison propre à la vie.
Le protoplasma existe toujours dans tout corps vivant. Il caractérise ce qui vit par la capacité qu'il a de se développer. Tout ce qui vit se développe, tout ce qui est inorganique ne se développe pas. Grâce à cette propriété du protoplasma, tout corps vivant manifeste pendant la vie ces phénomènes de néoformations (Neubilduncjen), d'évolution continue et do rénovation moléculaire do la matière vivante dont nous avons parlé , phénomènes qui comportent en même temps l'existence de régressions. Dans chaque être, aussi longtemps qu'il vit, ont lieu leschan-
gements et les transformations du protoplasma. Par là se trouve définitivement acquis un caractère différentiel qui permet de distinguer les corps naturels vivants et morts.
Du concept de la mort.
On appelle morts les corps qui ne sauraient accomplir aucune fonction physiologique.
La mort arrive par suite d'un dommage irréparable apporté aux conditions internes de la vie, c'est-à-dire à la structure ou à la composition chimique du complexus vivant.
Seuls les corps meurent, seuls les individus, non la matière, non la force, non les mouvements, non la vie. La terminaison de la vie des individus causée par cette lésion s'appelle « mort » , et l'arrivée de cette terminaison s'appelle mourir. Les causes de mort sont de deux sortes : ou bien de petits dommages apportés à l'organisme s'accumulent peu à peu et conduisent à ce qu'on nomme la mort naturelle, ou bien de graves lésions font subitement sentir leur action et causent ce qu'on appelle la mort non naturelle.
La mort partielle se rapporte à l'extinction de quelques fonctions particulières, la mort totale à l'extinction de toutes les fonctions, c'est-à-dire de la vie. Les signes de la mort sont tous incertains. Une partie d'un animal ou d'un végétal sans vie peut être en voie de putréfaction, alors,, que le reste de l'organisme est encore suscep-
tibia, dans de certaines circonstances, d'être rappelé à la vie.
Si l'on tient compte de l'étonnante instabilité de composition chimique de tontes les formes vivantes, en regard de beaucoup de corps inorganiques, si remarquables par leur durée et leur stabilité, la persistance après la mort même d'un seul groupe d'atomes (considéré comme le fondement et la raison d'être d'une immortalité individuelle,) paraît invraisemblable.
Les organismes sont tous mortels ; mais, grâce à la propagation par voie de génération (rajeunissement par voie de multiplication) et, dans l'humanité , grâce à la tradition , leurs œuvres acquièrent souvent une durée qui s'étend bien au-delà de la mort et dont la limite échappe à toute détermination.
Il n'existe pas encore d'exposé complet des phénomènes relatifs à la mort, de science de la mort, ou thanatologie, en harmonie avec les nouvelles conceptions de la nature, et conçue comme une partie essentielle de la physiologie générale.
La durée de la rie.
On nomme durée de la vie le temps qui s'écoule depuis ht génération d'un corps vivant jusqu'à ht (in de son existence individuelle. Cette durée varie considérablement suivant la nature héréditaire et le milieu : dans quelques cas, elle
ne comporte que quelques heures, voire quelques minutes ; dans d'autres, plusieurs milliers d'années. Toutefois, clans la durée limitée de l'existence individuelle, on ne saurait découvrir aucun caractère différentiel de ce qui vit et de ce qui est mort, attendu que les corps non-vivants ont tous aussi un commencement et une fin dans le temps. Toute machine ne demeure que pendant un temps propre au travail ; tout cristal a, comme tel, une durée limitée. Mais, comme on n'a point coutume de dire de la machine brisée et du cristal dissous, qu'ils sont morts, on pourrait trouver dans la mort elle même, comme terminaison de la vie des corps individuels, un caractère distinctif de la vie. On pourrait dire : « Il n'y a que ce qui est susceptible de mourir qui vive. »
Pourtant la mort n'est point toujours la fin de la vie : par exemple , lorsqu'une amibe , son protoplasma étant complètement mélangé, se divise en deux parties, qui continuent à vivre comme deux jeunes amibes. Dans ce cas, la vie de la mère a pris fin, et cependant elle n'est pas morte. Donc la durée de la vie de l'individu n'est point, d'une manière générale, limitée par la mort, c'est-à-dire par une lésion incurable des conditions internes de la vie. La durée de la vie individuelle peut être aussi limitée par le contraire, par un état où ces conditions soient favorisées d'une façon si exubérante, qu'une division spontanée du corps vivant ait lieu; il cesse alors
l'26 PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
d'exister séparément, comme unité individuelle, pour continuer à vivre en deux individus' nouveaux.
La durée de la vie rencontre une autre limitation, lorsque viennent à faire défaut les conditions externes immédiates de la vie, sans que l'aptitude à vivre ait subi aucune éclipse. Mais ici il suffit de rétablir ces conditions (anabiose) pour que la vie individuelle soit restituée telle qu'elle était avant la mort apparente, et, pour trouver dans ce cas la véritable durée de la vie, on n'a qu'à soustraire du temps écoulé depuis la naissance jusqu'à la fin définitive de la vie, la quantité de temps passé dans l'état de mort apparente sans la moindre manifestation vitale.
La prolongation de la vie s'obtient par la meilleure adaptation au milieu ; la vie est abrégée, au contraire, par une adaptation mauvaise ; celle-ci , chez l'homme seulement à la vérité , peut conduire au suicide. La prolongation et le raccourcissement de l'existence dépendent essentiellement de l'accomplissement suffisant ou insuffisant de toutes les conditions de la vie.
Les âges de la vie.
Tout être vivant, depuis le moment où il commence d'exister, parcourt un stade de développement progressif (ascendant, anaplastique) ou d'énergie croissante, et, si pendant cette période il ne termine pas sou existence individuelle
actuelle soit par la mort, soit par segmentation, — un second stade postérieur de développement régressif (descendant, cataplastique) ou d'énergie décroissante. La première partie de la vie correspond à la jeunesse (période embryonnaire, période fétale, âges du nourrisson, de l'enfant, de l'adolescent), la seconde à l'âge d'homme et à la vieillesse. Entre les deux se place un état d'équilibre dynamique, la maturité.
La durée des âges de la vie dépend des conditions externes et internes de l'existence. On admet en général que le temps de la maturité et de la vieillesse dure d'autant plus que le développement progressif a été plus lent. Cependant l'influence des facteurs qui concourent à ce résultat est ici très complexe. C'est un fait que, dès le commencement de la vie, des processus cataplastiques ont lieu à côté des processus anaplastiques, et que, plus tard, à côté de ceux-ci, ceux-là se produisent, de sorte que, à aucun moment de la vie, le développement progressif ne s'accomplit sans le processus antagoniste de sa décadence, de l'évolution régressive.
La différenciation des cellules clans l'embryon ne va pas sans la formation de produits excrémentiels, et, jusqu'au terme de la vie du centenaire, quelque rapide et profond que soit le déclin, la rénovation des corpuscules protoplasmatiqucs de la lymphe continue exactement comme chez l'enfant, quoique d'une façon moins intense et plus pauvre, en accord avec les processus ré-
gressifs de l'organisme. Le marasme qui survient clans la plus extrême vieillesse n'est pourtant point un phénomène physiologique nécessaire : il provient en dernière analyse de causes extérieures nuisibles, comme le dessèchement d'un arbre.
Touchant le nombre des âges de l'homme, les manières de voir diffèrent, parce que les raisons décisives pour une division exacte à ce sujet font défaut. Entre le commencement (la conception) et la fin de la vie, la naissance forme le point critique ; aussi arrive-t-il souvent que le nouvel être n'y survit point, les modifications physiologiques qui se produisent alors étant dangereuses pour la vie. Les différentes périodes de la vie ne se distinguent pas les unes des autres aussi profondément, et bien moins encore d'une manière aussi précise que, par exemple, les états de larve, de nymphe et d'insecte parfait. Dans la vie humaine, le sevrage, la puberté, le premier accouchement, l'époque climatérique, la fin de la croissance, fournissent à la division des âges des éléments physiologiques. Mais, si l'on tient compte de l'étendue des oscillations individuelles, il reste bien du champ à l'arbitraire; aussi, suivant les auteurs, distingue-t-on, deux, trois, quatre et cinq, six, sept, huit et neuf, voire dix et douze âges.