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LES ABERRATIONS DE L'OEIL

plus rapproché de la surface sphérique que les rayons centraux. Or, la cornée a un petit rayon de courbure: elle correspond à une calotte sphérique, ayant un grand angle au centre; donc, les rayons qui tombent sur les bords de la cornée, et ceux qui tombent au centre ne convergent pas au même point. Toutefois, cette aberration de sphéricité est, pour l'œil, plus théorique qu'importante, car elle est, dans une large mesure, compensée par les dispositions suivantes : 1** la surface antérieure de la cornée n*est pas sphérique, mais ellipsoïdale, la courbure diminuant à mesure qu'on s'approche des bords; — 2"* la face antérieure du cristallin est ellipsoïdale, sa face postérieure est paraboloïdale, les courbures diminuant à mesure qu'on s'approche des bords; — B" rindice de réfraction des couches centrales du cristallin, est plus grand que celui des couches périphériques, et les rayons de courbure des faces sont plus petits, pour les couches centrales, que pour les couches périphériques. Ces dispositions, compensent, au moins partiellement, l'aberration de sphéricité. En outre, l'iris qui constitue un diaphragme, élimine les rayons marginaux, et cela d'autant plus que la pupille est plus rétrécie; or la pupille est d'autant plus rétrécie que l'œil est plus éclairé; l'aberration de sphéricité est donc d'autant mieux supprimée, que l'éclairement est plus vif; un éclairement intense est donc une condition de vision très distincte, puisque la vision est d'autant plus distincte, que la convergence des rayons issus d'un point est plus parfaite.

L'œil n'est pas un appareil achromatique; en le traversant, la lumière blanche est décomposée et les diverses radiations chromatiques, issues d'un même point, ne convergent pas à la même distance delà cornée; les radiations violettes, plus réfrangibles, convergent plus près de la cornée; si donc les rayons violets convergent sur la rétine, les autres rayons donnent sur la rétine des cercles d'autant plus grands, qu'ils sont moins réfrangibles; au centre de l'image rétinienne, les diverses radiations se superposent en quantité d'autant plus grande qu'elles sont plus réfrangibles; à la périphérie, les rayons rouges subsistent seuls; l'image rétinienne, blanche au centre, est entourée d'un anneau périphérique rouge. On démontrerait de même que, si les rayons rouges convergent sur la rétine, l'image rétinienne est entourée d'un anneau périphérique violet. Si les rayons médio-spectraux convergent sur la rétine, les couleurs moins réfrangibles et les

couleurs plus réfrangibles se superposent autour de cette image centrale, et donnent des teintes variables, selon leur nature et leurs proportions. La position des images violettes et rouges, correspondant à un même point lumineux, diffère de 0""",60 environ. En fait, ce manque d'achromatisme de rœil ne donne lieu à aucun trouble visuel important.

On appelle dstigmalisme, un défaut de réfraction de Toeil, caractérisé par ce qu'après réfraction oculaire, des rayons monochromatiques, issus d'un même point, ne convergent pas en un point. On distingue Vastigmatisme régulier^ dû à une irrégularité des courbures de la cornée, dans ses différents méridiens, et Vastigmatisme irréguliei^ dû à un manque d'homogénéité des milieux réfringents de l'œil.

Les physiciens démontrent que, dans Tastigmatisme régulier, l'œil peut être assimilé à un système dioptrique, composé d'une lentille biconvexe à surfaces sphériques, et d'une lentille cylindrique (fragment de cylindre de révolution, découpé par un plan parallèle à Taxe); cet astigmatisme peut être corrigé par un verre cylindrique convenablement choisi. L'astigmatisme irrégulier n'est pas corrigeable par un verre : il reconnaît généralement pour cause, la difîérencede réfringence et le non-centrage des divers secteurs du cristallin.

Enfln, les milieux transparents de l'œil ne sont pas toujours d'une transparence parfaite ; les parties moins transparentes peuvent, dans des conditions convenables, porter ombre sur la rétine, et donner lieu aux phénomènes de la vision entoptique. — Si, p. ex., on fait traverser l'œil par un faisceau de rayons tombant parallèlement sur la rétine (il suffit de placer, à 13 mm. en avant de la cornée, un écran percé d'un petit trou et vivement éclairé par derrière), le sujet voit comme taches dans le champ visuel, les poussières déposées sur la conjonctive pré-cornéenne, les débris cellulaires de l'humeur vitrée, les défauts de structure du cristallin (phénomènes entoptiques extra-rétiniens), — Si on éclaire l'œil obliquement, le sujet voit, dans son champ visuel, l'ombre portée sur la partie sensible de la rétine par les vaisseaux rétiniens (phénomènes entoptiques intra-réiiniens).

Nous avons étudié Tappareil dioptrique de rœil, à Tétat statique (repos) ; il faut le considérer à l'état dynamique; deux questions sont à examiner : V accommodation et les mouvements de Viris,

l'accommodation 793

Dans l'œil emmétrope au repos, l'image des objets éloignés se fait sur la rétine; à mesure que Tobjet se rapproche de Tœil, l'image s'éloigne de la cornée et tend à se faire en arrière de la rétine ; un point lumineux, suffisamment rapproché de l'œil, ne donne plus une- image ponctiforme sur la rétine, mais un cercle lumineux plus ou moins grand, et la vision cesse d'être distincte. Toutefois, le déplacement de l'image est trop petit pour qu'il en résulte un trouble visuel appréciable, tant que l'objet est à plus de 65 mètres de l'œil; mais, en deçà de cette distance, il se produit un trouble visuel.

Distance de l'objet

Distance de l'image

Diamètre du cercle

à rœil.

en arrière de la rétine.

de diffuHion sur la rétine.

L'œil au repos ne peut donc voir distinctement que les objets situés au delà de 65 mètres. Pour tous les objets plus voisins, l'œil se modifie, de façon à faire converger sur sa rétine les rayons issus de l'objet ; il cesse alors de voir distinctement les objets éloignés. On appelle accommodatioriy le pouvoir que possède l'œil de former sur la rétine l'image d'objets situés à des distances variables.

Dans la vision à l'infini, il n'y a pas accommodation, l'œil est au repos. En effet : 1° quand on ouvre brusquement les yeux, fermés depuis quelque temps, on distingue les objets éloignés, mais non les objets voisins; — 2® la vision des objets éloignés se fait sans fatigue; il y a fatigue et sensation d'effort dans la vision des objets rapprochés; — 3° quand on paralyse l'appareil accommodateur par l'atropine, les objets éloignés seuls sont vus distinctement.

L'accommodation peut théoriquement se produire, soit par un changement de longueur de l'œil (accommodation

de la chambre noire photographique), soit par un changement de réfringence de l'appareil dioptrique dé Fœil; et, dans cette seconde hypothèse, le changement de réfringence pourrait reconnaître pour cause un changement de courbure de la surface de la cornée, un changement de courbure des surfaces du cristallin, ou un changement du pouvoir réfringent d'un ou de plusieurs des milieux transparents de l'œil.

On peut admettre, d'emblée, que l'accommodation est essentiellement un phénomène cristallinien, car il n'y a pas accommodation chez les sujets dont le cristallin a été enlevé. — On démontre, au moyen de la mensuration des images de Purkinje, que l'accommodation résulte, exclusivement, d'un changement.de courbure des surfaces du cristallin et surtout de la surface antérieure.

Quand on place devant un œil un objet lumineux (flamme d'une bougie, p. ex.), on distingue 3 images sur cet œil : 2 images droites, l'une petite et très éclairée, l'autre plus grande et moins éclairée, et une image renversée. Ces images résultent de la réflexion que subit la lumière, au niveau des surfaces de séparation de deux milieux d'inégale réfringence, c'est-à-dire sur la surface antérieure de la cornée (non sur la surface postérieure, car la cornée a le même indice de réfraction que l'humeur aqueuse) et sur les surfaces cristalliniennes antérieure et postérieure. La surface cornéenne et la surface cristallinienne antérieure sont assimilables à des miroirs convexes, et donnent les images droites; la cornée, dont le rayon de courbure est plus petit que celui du cristallin, donnant la petite image; la surface cristallinienne postérieure est assimilable à un miroir concave et donne l'image renversée.

Les physiciens ont imaginé un appareil, dit ophtalmomètre, pour mesurer la grandeur de ces images; ce qui leur a permis de calculer les rayons de courbure et les positions des surfaces réfléchissantes. En mesurant la grandeur de ces images sur un œil n'accommodant pas, ou sur un œil accommodant pour une faible distance, ils

l'ophtalmométrie 795

ont constaté que Timage cornéenne n'est pas modifiée, et que les images cristalliniennes, surtout Timage cristallimecnne antérieure est diminuée. Donc, dans Taccommodation, il n'y a aucune modification cornéenne. Gomme les modifications de courbure du cristallin suffisent à rendre compte de Taccommodation, il n'y a pas lieu dé supposer qu'il se produit dans Tœil une modification autre que celle du cristallin.

Le tableau ci-dessous fait connaître les modifications de l'œil au repos et accommodant au maximum :

OEil

Œil accommodant

au repos, au maximum.

Rayon de courbure de la cornée 8""°,0 8'"",0

Rayon de courbure de la face antérieure du

cristallin 10 ,0 6 ,0

Rayon de courbure do la face postérieure

du cristallin 6 ,0 5 ,5

Distance de la face antérieure du cristallin,

en arrière de la face antérieure de la cornée. 3 ,6 3 ,2 Distance de la face postérieure du cristallin,

en arrière de la face antérieure de la cornée. 7 ,2 7 ,2

Épaisseur du cristallin 3 ,6 4 ,0

Il y a, dans l'accommodation, bombement du cristallin. Sous quelle influence se fait ce bombement? — A l'état de repos, le cristallin est aplati entre les cristalloïdes, car si on le sort de sa loge, il augmente d'épaisseur. Le muscle ciliaire est l'agent du bombement du cristallin pendant l'accommodation chez le vivant : en se contractant, il attire en avant la cristalloïde antérieure, et permet au cristallin de se bomber par son élasticité. Le muscle ciliaire est donc le muscle de l'accommodation, et son nerf, le moteur oculaire commun, est le nerf de l'accommodation.

La grandeur de V accommodation peut s'exprimer eil dioptries, car les modifications des courbures du cristallin sont équivalentes, optiquement, à l'introduction d'une lentille convergente sur le trajet des rayons lumineux. La grandeur de l'accommodation, pour un œil accommodant pour un objet rapproché donné, est égale

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