II AVERTISSEMENT
Si les grandes divisions de la physique sont tracées depuis longtemps y si la pesanteur, la chaleur, rélectricité, le magnétisme, les actions moléculaires, Tacoustique et Toplique, constituent la physique moderne comme la physique ancienne, ce n'est pas ime raison de penser que notre siècle est stationnaire ou que la physique est à son terme; on peut en conclure seulement que les forces auxquelles est soumise la matière sont en petit nombre, qu'elles se sont révélées aux anciens observateurs par des phénomènes plus ou moins apparents, et que dès l'origine il a été facile d'en faire la classification et le dénombrement général; on peut en conclure encore que le véritable but de la science n'est pas de chercher à découvrir des forces nouvelles, mais de déterminer les lois et les modes d'action des forces connues. Telle est en elTet la direction qui est suivie depuis plus de trois siècles, sur les traces de Kepler, de Galilée , de Descartes, de Pascal et de Newton , qui ont les premiers ouvert à l'esprit humain cette vaste carrière. Combien de grandes découvertes ont enrichi la science pendant ces trois siècles, les plus brillants de riitstotre du monde ! et cependant combien nos connaissances paraissent restreintes et bornées lorsqu'on jette un coup d'œil profond sur les mystères sans nombre qui nous environnent de toutes parts! A mesure que la science marche , notre e^rit semble s'élever sur un plus vaste horizon , d'où il aperçoit des régions nouvelles de plus en plus étendues, qui restent à explorer. Nous commençons à sortir des ténèbres , notre vue s'affermit à la lumière, et nous pouvons mieux juger qu'à aucune autre époque des secours solides et puissants que la science peut pi'éter à la civilisation* Les théories se développent, les applications se multiplient , les entreprises mdusirielles y
AVERTISSEHENT. m
puisent des ressources jasqu^alors incoDnties : après avoir pris son rang dans renseignement général pour habituer rinteiligence à la logique des faits , qui est à la fois si féconde et si lumineuse , la physique pénètre dans les ateliers pour y porter le goût de Texaclitude et pour y donner Fessor au génie d'invention. C'est par l'heureux concours de tant de circonstances que les découvertes succèdent aax découvertes avec une rapidité sans exemple, et que Dons voyons d'un instant à l'autre un nouvel ordre de phénomènes ouvrir de nouvelles voies à nos recherches.
Au milieu de ce mouvement universel de la science j au milieu des modifications plus ou moins profondes et toujours progressives qu'elle éprouve , les traités élémentaires sont nécessairement incomplets : s'ils présentent avec exac* titude le tableau de nos connaissances, ce ne peut être que pour rinstant où ils paraissent; quelques mois suffisent pour que ce tableau devienne infidèle. Ce n*est pas oepen* dant que telle proposition qui semble vraie aujourd'hui puisse être fausse demain , car nous avons heureusement des méthodes expérimentales assez sûres pour ne pas confondre Terreur avec la vérité : les résultats ne changent pas , ils restent constants et acquis au domaine de la science, mais ils s^étendent, ils se généralisent, et surtout, par le seul fait d^une observation nouvelle , ils peuvent souvent être démontrés d'une manière plus nette ou plus simple. Dans renseignement comme dans les traités spéciaux , il fiiot donc s'appliquei* avec un soin infini , non-seulement à ne rien omettre d'essentiel , mais encore à rapprocher les expériences et les faits, et à les classer autant que possiUe dans un ordre logique qui les enchaîne étroitement.
Cest ce que j'ai essayé de faire avec un nouveau soin dans cette sixième édition.