CHAP. I. — DE L'ESPACE
S. ■•l^iflipBii. •— Ncms <90BcevoiM très-facilement les lon- ^urset les distanees : une longueur d'un pas ou de dix pas est vue chose qui noi» est funilière, et nous concevons avec la même facilité la distance qui nous sépare d'un point éloigné de Thoriioo, on même celle qui nous sépare du soleil ou des étoiles. Nous comprenons tous de la même manière les étendues en superficie, comme la surface d'un grand lac ou la surface de la iKr, et les étendues en volume, comme un mètre cube de marbre ou de pierre, le volume d'une maison ou celui d'une montagne. Concevons donc un mètre cube de marbre qui soit suspendu au milîea d'une masse d'eau; nous savons qu'il peut être déplacé, et qu'à rinstant l'eau vient remplir la place qu'il occupait : mais ionginons que l'eau n'y vienne pas, qu'elle soit arrêtée de quel- <|iie manière ; ou plutôt concevons que le cube de marbre puisse tee anéanti, qu'il ne reste de lui que ses six feces, et qu'elles soient capables de retenir l'eau exactement des six côtés différents. Ce volume où il n'y aunût plus de marbre, et où il n'y aurait point d'ean, ni aucune autre chose, c'est de Yesprtce^ c'est l'esptce qu'occupait le mètre cube de marbre et que nous pouvons eoncevoir privé de toute matière. Quelques métaphysiciens l'appellent \esp€tee pur^ et les physiciens l'appellent Yespace vide, Kous en avons Hmité l'étendue pour en avoir une idée plus juste ; mais ce que nous disons d'un mètre cube pourrait se dire d'un volume beaucoup plus grand. Nous pouvons concevoir qu'une montagne s'anéantisse, defniis son sommet jusqu'à sa base, et notre esprit conserverait encore l'idée du volume ou de l'espace «pi^eDe occupait. Il en serait de même de tout le globe de la terre; et il ne fapt pas plus d'effort poiu* concevoir le volume qull occupe que pour concevoir le volume occupé par une bille de billard ou par un boulet de canon.
Au-dessus de nos têtes est l'atmosphère, et au-dessus de l'atmosptneestleidde du ciel. Notre esprit peut s'élever aussi dans res régions : il peut se fatiguer à les parcourir dans tous les sens ; fl rencontre, au milieu de ces espaces, des corps comme la terre, des astres sur lesquels il se repose; mmis quelle distance les sépare, quel abîme est au delà ? Cette voi\te du ciel n'est qu'une jpyieace ; die n'a rien de solide , et fïtt-elle solide comme du fiamant, notre esprit ne s'y arrête pas; il en pénètre la profitmdeor; 3 poafBnit Fespace au é^ de cette voftte et au delà des
étoiles ; il conçoit que toute limite est impossible ; il embrasse Timmensite et conçoit quelque chose de plus grand. Ainsi Tespace est indéfini pour nos conceptions, et, par conséquent, infini dans la réalité.
Une portion limitée de l'espace est dans notre langage ce que nous appelons \ étendue; mais il peut arriver que Ton dise l'espace d'un mètre cube, au lieu de dii*e l'étendue d'un mètre cube. Il n'en résulte aucune confusion pour les discussions physiques.
3. Du Vemps. — On dit communément que l'honmie, à l'aspect des phénomènes naturels, prend l'idée de succession et celle du temps. Ainsi, dit-on, le printemps succède à l'hiver et le jour à la nuit ; voilà l'idée de succession : l'eau qui coule succède à l'eau qui s'est écoulée, le flux de la mer succède au reflux; voilà l'image du temps. Mais il n'est besoin ni de phénomènes extérieurs, ni d'aucune action produite sur nos sens, pour que nous ayons présentement l'idée du temps : nous pensons et nous avons la conscience de nos pensées ; nous pensons successivement, et nous avons l'idée de succession et de continuité. Sans doute, ce phénomène intérieiur ne nous permet de compter ni les heiures , ni les jours, ni les années ; mais avoir l'idée du temps et avoir le moyen de le mesurer sont deux choses différentes. Tous les mouvements extériem^ poun^aient être suspendus, les astres poun^aient cesser de toiu-ner, les nuages pourraient être immobiles, l'eau cesser de couler; et cependant au milieu de ce repos universel, nous saiurions encore que le temps se peut subdiviser, bien que nous n'eussions plus alors aucune mesure de ces subdivisions.
L'idée du temps et celle de l'espace se retrouvent dans toutes nos perceptions et dans toutes nos idées , le néant est incompréhensible pour nous , ou plutôt , quand nous essayons de le comprendre, nous ne comprenons autre chose que l'espace et le temps.
4. De la Matière et des divers états des corps. — L'idée d'espace est une idée complète, qui se suffit à elle-même , c'està-dire que nous pouvons concevoir l'espace et rien dans œt espace ; mais elle n'est point une idée exclusive avec laquelle rien ne se puisse associer. Dans l'espace , nous pouvons concevoir V impénétrabilité^ et l'impénéuabilité, c'est la matière. On