Janet, Etat m. des h
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(localisation nette, fixité, etc.). Un autre groupe a été plus spécialement désigné sous le nom de « pseudo-hallucinations ^ » : certains objets m’apparaissent présentant nettement des caractères convenant aux objets actuellement sentis (localisation nette dans l’espace, naissance et permanence indépendantes de ma volonté), mais ces objets, pour un motif ou pour un autre, ne sont cependant pas actuellement perçus comme actuels. Citons, parmi ces pseudo-hallucinations, les hallucinations hypnagogiques qui se produisent avant le sommeil ou au réveil, les hallucinations dues au haschich, au mescal, à l’alcool, du moins dans certains cas peu intenses. Jastrow parle de ces derniers phénomènes en ces termes : « Je peux, tout en étant victime d'une hallucination réaliste et terrifiante^ reconnaître la véritable nature de Viînage qui me poursuit à ce qu'elle ne se comporte pas comme les objets réels sur lesquels elle se projette. Lorsque j'ai assez excité mes cellules cérébrales avec de l'alcool, du mescal, ou du haschich, pour qu'elles réagissent en faisant surgir devant moi des choses imaginaires, je ne laisse pas de reconnaître que ces choses diffèrent des choses réelles, parce que, bien que sous l'influence d'un poison psychique, je réagis aux sollicitations extérieures 2. » Dans ces cas on peut remarquer que ces demi-hallucinations coïncident avec une incapacité du pouvoir synthétique dont nous avons parlé à propos de la reviviscence des images (34 2^ C) • on pouvait prévoir cette coïncidence puisque la distinction entre la sensation et la représentation suppose une synthèse spontanée ou réfléchie de la réalité présente avec l’expérience passée (29 3®). La même remarque est à faire pour la vision dans le cristal qui rentre dans les pseudo-hallucinations ; il suffit de décrire l’expérience pour se rendre compte que le sujet est placé dans des conditions où la synthèse mentale ne peut s’effectuer que très incomplètement : « Voici, dit
1. J. M. s. j., A propos du sent, de prés., R. q. sc. 1908, t. 2. 637-543; Jastrow, Subconscience, tr. fr. Aie. 1908, 343-347,
2. Jastrow, Subconscience, 344. Cf. 343-347 ; R. Masselon, L’hallucination et ses diverses modalités, J. de ps. n.et p. 1012, 501-510.
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Pierre Janet, le 'procédé classique ; on se place en plein jour, on entoure le cristal d^écrans, de paravents ou d^étoffe noire, puis on installe le sujet commodément et on le prie de regarder fixement. Il n^ aperçoit cm début que des choses insignifiantes ; tout d’abord, sa propre figure ; puis le reflet vague des choses environnantes, les couleurs de V arc-en-ciel, un point lumineux, en un mot, les reflets que présente d’ordinaire une boule de verre. Au bout d’un certain temps... la boule semble se recouvrir d’une vapeur... Le nuage s’épaissit de plus en plus et au milieu de ce nuage il voit apparaître des dessins, des figures d’abord très simples, des étoiles, des lignes, par exemple, des barres noires sur jond blanc, mais aussi quelquefois des lignes plus précises et plus intéressantes, comme des lettres, des chiÿres. Au bout de quelques instants encore, il aperçoit des figures colorées, des personnages, des animaux, des arbres, des fleurs... Chez quelques personnes les images sont immobiles ; chez d’autres, elles remuent, disparaissent, réapparaissent, se saluent, parlent ^ » Comme on a pu le vérifier tout ce qui est connu jjar la vision dans le cristal est « souvenir acquis » ; le caractère semi-hallucinatoire s’explique par la concentration de l’attention sur la vision dans le verre, concentration qui empêche la formation des synthèses nécessaires à la distinction entre l’image et la sensation, et, si l’hallucination n’est pas entière, il faut l’attribuer à ce fait que le sujet sait qu’il regarde. dans le cristal et possède dans cette connaissance un réducteur de l’image ; l’étonnement éprouvé à la vue de certains spectacles, qui semblent n’avoir pas encore été vus, vient de ce que l’attention dirigée par les nécessités de la vie avait relégué autrefois ces connaissances dans le subconscient, tandis que les conditions mêmes de l’expérience dirigent actuellement cette attention vers toutes les images qui se présentent à la connaissance.
1. N. et I. f., t. 1, 411-412 ; cf. 407-422. Jastrow, 1. s. c., 71-76, 160, 1G3.
2. Janet, 1. s. c., 414-416. Morton Prince, Dissociation d’ime personnalité, Aie. 1911, 85-88.
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Nous avons défini rhallucination véritable une perception sans objet senti (37), non en ce sens que l’halluciné n’éprouve aucune sensation, mais en ce sens qu’il ne fait pas de cette sensation le noyau de sa perception ; toutes les connaissances unifiées dans la perception sont synthétisées par l’élément imaginaire. Le délire de l’alcoolique pourra avoir pour point de départ la sensation d’un phosphène ou d’une mouche volante, la vue d’un objet agité par le vent, etc., mais « ce point noir ou agité qui s'agite, se tranS’ forme, grandit, avance, recule dans la pièce, ne tarde pas à prendre V aspect d'un animal quelconque, rat, chat, serpent le plus ordinairement. Ces bêtes remuent, passent et repassent devant le buveur ou s'avancent sur lui. A toute une collection d'animaux s'ajoutent des figures humâmes toujours laides et grimaça7ites, des gens défilent devant le inur en remuant les bras. Ces silhouettes généralement noires ou rouges sont plus rarement diversement coloi-ées. Tout cela prend enfin un caractère de foule, de grouillemeni bizarre et terrifiant »
L’hallucination se présente dans un grand nombre de maladies mentales : la démence sénile, la confusion mentale, la psychose de Korsakofî, l’alcoolisme, le morphinisme, le délire systématisé, etc., présentent des hallucinations lorsque l’état morbide atteint une certaine intensité Les hallucinations des hystériques sont particulièrement remarquables : le souvenir d’un événement impressionnant peut suffire dans les cas aigus à déterminer toute une scène hallucinatoire ^ ; ce qui chez les normaux est parole intérieure devient chez cette catégorie de névrosés voix entendue et souvent localisée à droite ou à gauche ; la suggestion subconsciente et la suggestion a point de repère réussissent à
1. A. Marie et A. Riche, Psychoses toxiques d’origine exogène, Tr. int. de Ps. p., t. 2, 938-939.
2. Cf. Tr. int. de Ps. path., t. 2, 286-287, 356, 803, 811, 829, 877, 917, 946-948, 969-970, 983.