EXPÉRIENCES RELATIVES A L'ÉPUISEMENT
Description de la méthode et hypothèse.
— Comme nous l'avons dit plus haut , la formule de l'épuisement nous a paru rétive à l'expérimentation.
Nous savons en gros que le sentiment de l'épuisement est dans un certain rapport avec le travail produit , lequel est censé proportionnel à la force dépensée. Pour trouver la relation qui unit ces deux quantités, il est nécessaire de dresser une double échelle. Il y a deux façons de l'établir. D'abord on peut faire croître en progression arithmétique le travail effectué , et noter en regard la fatigue correspondante; ou bien, on peut se proposer de faire croître la fatigue en progression arithmétique, et écrire en face le travail correspondant.
La première méthode nous a paru impraticable. Sans doute , il n'est pas difficile de faire croître le travail en progression arithmétique, il suffit pour cela d'élever régulièrement un poids donné à une hauteur donnée. Mais ce qui est difficile, c'est d'évaluer la fatigue correspondante. Le sens intime constate en gros que la fatigue croît rapidement, mais il ne va pas au delà de cette observation imparfaite.
La deuxième méthode nous a paru , au contraire, justiciable de l'expérimentation. Si nous ne pouvons pas comparer d'une façon précise deux fatigues inégales, ni dire si Tune est double ou triple de l'autre, nous pouvons jusqu'à un certain point coni'
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parer des fatigues ou efforts égaux. Ainsi celui qui lancerait deux cailloux de volumes différents à la même distance, dirait parfaitement qu'il lui a fallu faire plus d'effort pour l'un que pour l'autre , mais ne pourrait évaluer en nombres le résultat de Ja comparaison ; tandis que le même individu pourrait à la rigueur faire approximativement le même effort pour lancer l'un et l'autre caillou.
Cette égalité d'effort, nous avons pensé qu'on l'obtient le plus approximativement possible chaque fois que Ton fait le maximum d'effort. Ainsi , pour reprendre Fexemple cité plus haut, c'est un fait d'expérience que celui qui lance le même caillou le plus loin possible, le lance, en général, toutes circonstances égales d'ailleurs, à peu près à la même limite.
C'est là notre hypothèse fondamentale.
Soit donc un ressort à déformer — nous nous sommes servi pour nos expériences d'un dynamomètre Régnier — et chargeons la personne soumise à l'expérimentation de déformer le ressort le plus possible , et plusieurs fois de suite ; il est évident à priori que les chiffres amenés auront une tendance marquée à décroître. Cette personne amènera , par exemple, d'abord le chiffre 100, puis le chiffre 90, puis le chiffre 81 ,' et ainsi de suite. La fatigue , par hypothèse , aura crû de quantités toujours égales ; le travail, au contraire, aura crû de quantités de plus en plus petites. On aura ainsi une double série de nombres qui permettra de vérifier la loi. Mais combien la pratique vient apporter de trouble dans les prévisions de la théorie, et bouleverser cette décroissance à priori si rationnelle J
Ô4 PSYCHOPHYSIQUÉ.
Précautions à prendre. — Nous avons fait des milliers d'expériences inutiles , parce que nous avions négligé des précautions reconnues ensuite comme essentielles.
C'est ainsi d'abord que nous nous sommes convaincu qu'il était indispensable de rythmer aussi régulièrement que possible tous les mouvements des bras et des mains , pour que l'effort se reproduise dans des conditions et positions identiques.
Il faut ensuite que l'expérimentateur soit exercé à la manœuvré. En effet, chez les uns les mains se blessent, et cette circonstance fait descendre rapidement la série ; ou , quand ils modifient la position des mains , la série change brusquement de caractère. D'autres acquièrent plus ou moins promptement l'habitude de l'instrument > et la série, au lieu de décroître , croît pendant un certain temps. ' Enfin il faut procéder avec une certaine rapidité, sans quoi les résultats sont viciés par deux causes perturbatrices opposées. D'un côté le corps se fatigue à la suite d'une station prolongée et d'une immobilité relative ; de l'autre intervient le phénomène de la réparation des forces , par lequel l'organisme entier délivre aux bras de nouvelles forces puisées dans le réservoir commun. Cette dernière cause perturbatrice ne peut, on le conçoit, s'éliminer complètement. Quelle que soit la rapidité avec laquelle on procède , il y a nécessairement , entre les deux épreuves , un intervalle > si court qu'il soit , pendant lequel on se repose et l'on reprend des forces. Cette cause se fait surtout sentir quand,
pour une raison ou pour une autre , on a amené un