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La Société oivile est raggloméralion d'une multitude de familles, qui sont réunies afin de n'en former qu'une seule et de confondre leurs intérêts divers cil un intérêt commun. Plus elle est compacte et similaire dans toutes ses parties, et plus est puissante et indestructible l'unité de l'État.
Cette unité est la garantie de l'indépendance nationale; car c'est elle qui fait la force du pays. Avant Louis XI et Richelieu, la France n'était qu'une confédération de grands vassaux toujours prêts à s'entre-dévorer. Avant l'Assemblée constituante et le comité de salut public, elle n'était qu'un assemblage de provinces et de castes profondément divisées d'intérêts et sans cesse en inimitiés implacables. On ne peut méconnaître que nous devons à ces terribles pouvoirs notre unité sociale et politique, qui est la plus parfaite de l'Europe.
Quand on examine dans ses détails la Société civile, on trouve qu'elle se compose de plusieurs catégories de personnes, très-distinctes et appartenant, les unes à l'ordre naturel, et les autrts à l'ordre social, ^'ous allons en indiquer les éléments numé-
riques le plus sommairement possible, comme il convient à un simple Gompendium statistique.
I. — La différence des sexes partage la Société en deux grandes divisions. On croit communément qu'elles sont égales en nombre, puisque chaque part du genre humain a de tels rapports avec l'autre, que leur inégalité doit tromper le vœu de la nature. Cette opinion, quoique très-plausible, manque de fondement. Par l'effet de quelque vue mystérieuse, dont l'objet nous échappe, quand nous voulons scruter les lois de la création, les mâles naissent en plus grand nombre que les femmes ; mais, celles-ci, par une singulière compeusation, ayant une vie plus longue, sont en majorité dans la société.
La supériorité du nombre des naissances d'enants mâles est prouvée par de longues séries de chiffres.
En Angleterre, de 1801 à 1830, il y a eu 9,887,466 naissances totales. Sur ce nombre, il y a eu 213,890 garçons d'excédant ou un 46® du chiffre des naissances. En 1840 et 1841 , sur 1,034,120 naissances des deux sexes, l'excédant des garçons a été de 25,853 ou un W; d'où il suit que cet excédant s'est augmenté.
En France, de 1801 à 1836, les naissances totales se sont élevées à 33,226,422. L'excédant des enfants mAles a été de 1 ,044,226, ou un 32^ Il a été plus grand que celui de l'Angleterre, presque de moitié en sus, toutes choses égalées d'ailleurs ; mais
il a diminué dans ces derniers temps. £n six. ans, de 1839 à 1844, la France a eu 5,820,119 naissances des deux sexes; l'excédant des garçons a monté à 167,885 ou un 35^. En comprenant les enfants mort-nés , comme dans la période précédente, il n'excède pas un 36* des naissances, et reste encore au-dessous du terme qu'il atteignait précédemment.
On sait que les physiologistes croient que la prédominance des mâles tient à la vigueur des générations dont ils sont issus; or, l'état de paix laisse maintenant dans les familles, les hommes robustes que la guerre confisquait autrefois pour les armées; il s'ensuit que l'excédant des garçons devrait s' accroître; tout au contraire, il diminue; et la génération contemporaine de l'Empire, qu'on s'est plu à peindre dans un épuisement et une infirmité sans exemple, se trouve avoir produit beaucoup plus d'enfants mâles qu'on n'en procrée maintenant au milieu de toutes les bénédictions de la paix. Est-ce que l'exaltation de ces temps héroïques était plus favorable à ce phénomène que les douceurs du repos? Nous l'ignorons; et nous ajournons à quelque occasion future , une étude plus étendue de cette curieuse question d'anthropologie.
Une autre anomalie remarquable nous est offerte, dans la différence des sexes. C'est l'inégalité de leur nombre qui est générale et constante dans toute population. Partout il y a plus de femmes que d'hommeSj et c'est uniquement la proportion
de leur excédant qui \arie. Les causes de cette exubérance sont évidemment : la guerre, les émigrations, les professions insalubres, les périls de la navigation, de la grande pèche, de l'exploitation des mines, et beaucoup d'autres destinations qui occasionnent parmi les hommes une mortalité supérieure à celle des femmes. Il faut que l'influence de ces causes soit très-puissante, puisqu'elle détruit d'abord l'effet du pliénomène naturel , qui rend plus nombreuses d'un 1 7® lès naissances mâles, et que, de plus, elle diminue la quantité des hommes, de manière à la rendre beaucoup moindre que celle de femmes. Voici quelques exemples de cette dififérence, qui affecte la société dans ses principaux éléments.
L'excédant du nombre des femmes était, en Angleterre, exclusivement à l'Ecosse et à l'Irlande :
En 1801 de 355,564 un 11"
1811 — 387,301 un 12«
1821 — 310,543 un 18"
1831 — 355,636 un 19*
1841 — 360,306 un 21"
On voit que cet excédant a diminué de moitié depuis la paix. Cependant il est encore double ou presque triple de celui qui existe eu France maintenant; une telle différence entre deux pays voisins témoigne l'étendue de l'influence qu'exercent les professions sur la durée de la vie humaine. Voici quel est, d'après nos recensements, l'excédant
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du nombre des femmes, au delà du nombre des hommes.
Excédant des femmes.
1801, 727,233 un 35 5.
1821, 878,998 un 35
1831, 576,578 un 50 5.
183G, 019,508 un 54 5.
Ainsi, il est établi que les femmes sont constamment en plus grand nombre que les hommes dans la population de la France. Leur surabondance est considérable; elle surpasse le nombre des habitants d'un département du royaume ; elle varie selon les époques; elle a diminué progressivement depuis le commencement du siècle; elle est moindre, à présent, de 00 pour cent.
Néamnoins, les hommes perdent d'abord Texcé dant du nombre de leurs naissances, qui est de 108,000 individus, et ensuite un nombre égal à celui dont les femmes sont supérieures, s'élevant à environ 020,000, au total un déficit de près de 800,000. Cette mortalité a pour cause : les périls du premier âge, qui sont plus grands pour les garçons que pour l'autre sexe, et ceux qui sont réservés aux hommes, dans leur vie aventureuse.
L'exhubérance des femmes laisse irrémédiablement dans le célibat, ou dans le veuvage, plus d'un demi-million d'entre elles, qui ne rencontrent dans la société que des places déjà occupées. L'invasion qu'ont faite récemment les hommes de beaucoup de
professions des femmes, notamment de leur emploi dans les magasins, dans la domesticité, et autres liumbles positions, réduit à la détresse une foule de femmes qui ne peuvent, par défaut d'hommes disponibles, trouver à se marier. Il est juste, il est instant que les Pouvoirs publics les protègent contre ces usurpations dont les progrès s'augmentent chaque jour, et deviennent très-nuisibles à la société.
II. — Les AGES paitagent naturellement les populations, en une centaine de séries, graduées d'année en année, depuis la naissance jusqu'à la mort. lis forment, dans la société civile, des groupes de personnes qui ont des besoins semblables ou des droits et des devoirs analogues. Il y a des fixations légales pour chacUu d'eux. On est militaire à 20 ans, électeur à 25, député à 30, vétéran à 60; mais les révolutions et le génie s'affranchissent des règles établies pour les âges. Voltaire faisait OEdipe à 17 ans, et Napoléon, général en chef de l'armée d'Italie, remportait, à 25 ans, les victoires de Montenotte, Millesimoet Mondovi.
Lorsqu'on partage plusieurs populations en différentes séries, selon les Ages des individus qui les composent, on trouve qu'il existe de grandes et singulières diversités dans les séries correspondantes, et que des peuples contemporains, dont les territoires sont limitrophes , diffèrent essentiellement dans les éléments dont ils sont composés. Quelques-uns offrent une quantité d'enfants exubérante ; chez d'autres, les vieillards occupent une
place qui est proportionnellement beaucoup plus grande que chez des peuples voisins; il en est enfin où les classes formées par les personnes qui sont au milieu de la \ie, sont bien plus nombreuses que dans la plupart des autres parties de TEurope.
Ces différences sont réelles, ou seulement apparentes; celles-ci sont produites par Fimperfcction des documents dont on est forcé de faire usage, pour explorer ce sujet; mais les premières résultent de causes physiques difficilement appréciables, et d'éventualités dont on ne peut nier Faction, quoiqu'on ne sache ni quelle est son étendue, ni quelle est sa durée. Une guerre longue et acliarnée, comme celle qui a rempli les neuf dernières années du xvm** siècle et les seize premières de celui-ci, a pour effet de diminuer la partie virile des populations, et de réduire les générations à l'enfance. Une civilisation imparfaite, qui laisse les enfants sans soins, sans défense contre tous les maux dont leur existence est menacée, n'atténue point, comme on pourrait le croire, leur proportion à la masse générale. Au contraire, plus leur mortalité est grande, plus leur nombre s'accroît;^ et par exemple, puisqu'en 1780 il naissait en France autant et plus d'enfants sur 24 millions d'habitants, qu'il y a peu d'années pour une population de 33 millions, il est évident qu'alors la mortalité des premiers âges, et généralement celle de l'enfance était bien plus considérable qu'aujourd'hui, proportionnellement à la population.
Les effets d'une pareille différence sont évidents. Si dans deux masses d'hommes égales en nombre, il en est une où Fenfance et la vieillesse occupent une place plus grande que dans l'autre, celle-ci, qui conséquemment est supérieure aux classes arrivées au milieu de la vie, est nécessairement plus puissante sous les rapports physiques et moraux, quoiqu'elle ne soit formée que d'une même quantité d'individus. Il en est ainsi dans tout pays qui présente, à des époques différentes de son histoire, des différences semblables dans la composition de sa population.
Quelque important qu'il soit de savoir les âges des populations, on les connaît fort mal. C'est la partie la plus imparfaite de la Statistique; il faut dire aussi que c'est l'une de celles qui rencontrait le plus d'obstacles. C'est donc sans pouvoir prétendre à une grande exactitude que nous adoptons les termes suivants , donnés par les meilleurs documents que nous ayons trouvés.
1® ENFANCE jusqu'à QUINZE ANS.
Londres, 1 enfant sur 2 40 habitants.
Irlande,
Iles Britanniques , Angleterre , Ecosse, Suède,
France , P^ris ,
JîiLElVlEWTS DE STATISTIQUE.