III. — ORGANES DE LA REPRODUCTION
Les organes qui viennent de nous occuper remplissent des fonctions dont le but est d’assurer la vie de l’individu ; nous avons à examiner maintenant ceux qui servent à sa reproduction. Chaque organisme, en efl’et, n’ayant qu’une existence limitée, se perpétue par la formation d’organîsmesno uveaux qui tirent de lui leur origine. C’est là ce que l’observation de tous les jours permet de constaler, mais n’y a-t-il pas possibilité que des êtres vivants prennent naissance dans la nature sans l’intervention de parents, et aux dépens de la matière organique ou inorganique? Certains physiologistes l’ont admis et l’on a désigné par les noms de génération spontanée, génération équivoque, hétérogénie, archigonie, etc., ce mode de formation de corps organisés. Longtemps on a cru que de nombreux animaux dont on n’avait pas pénétré l’origine étaient produits ainsi [lar génération spontanée. Qui ne connaît la fable, racontée par Virgile, des Abeilles du berger Aristée, naissant par putréfacttion du corps d’un jeune taureau? Ces opinions étaient celles des naturalistes de l’antiquité et elles régnèrent jusqu’à l’époque (1038) où Redi montra par de nombreuses expériences que les vers qui se développent dans la viande corrompue ne sont pas produits par elle et sont des larves de mouches. Vallisnieri, Swammerdam et plus tard Réaumur, complétèrent, en les confirmant, les observations de Redi. Dès lors l’hypothèse de la génération spontanée dut être abandonnée en ce qui concerne ces organismes relativement élevés ; elle ne fut plus appliquée qu’à ces parasites.
OKGANES DE REPRODUCTION.
OENERALE
appelés Enlozoaires, qui vivent dans l’intérieur du corps d’antres animaux et dont on ne pouvait s’expliquer l’origine, ou à ces petits êtres de structure très simple, dont le microscope a révélé l’existence, et qu’on a nommés Infusoires parce qu’ils apparaissent en grand nombre dans l’eau où l’on fait infuser des matières organiques. Pour ce qui est des premiers on connaît aujourd’hui leur mode de propagation et de développement ; on sait qu’ils proviennent de parents et l’on a déterminé le cycle de leur évolution. On a de même reconnu que la reproduction des Infusoires s’effectuait par des procédés analogues à ceux qu’on observe chez les autres animaux; aussi, de nos jours, les pai tisansde l’hétérogénie ne soutiennent-ils l’existence de ce mode de génération que pour les organismes les plus inférieurs ou proto-or rjanismes , placés aux limites mêmes du monde vivant. Mais on s’accorde généralement, depuis les travaux de Pasteur, à regarder l’apparition de ces êtres microscopiques au sein de certains liquides comme produite par des germes préexistants. Cet habile expérimentateur, en effet, a prouvé que si l’on prenait de l’eau dépouillée par la chaleur de tout corps vivant, et si on la plaçait dans des conditions telles que les germes flottant dans l’air ne pussent y arriver, on ne voyait aucun organisme s’y développer. Nous ne saurions relater ici la discussion célèbre soulevée entre Pouchet et Pasteur par cette question de l’hétérogénie, pour laquelle nous renvoyons aux publications spéciales sur ce sujet et au résumé qu’en a donné Milne Edwards dans ses Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée (1). La « panspermie M soutenue par Pasteur est sortie victorieuse du débat et a rallié l’immense majorité des naturalistes : cependant on ne peut regarder la question comme entièrement résolue ; car, de ce que dans les conditions où l’on a expérimenté, il ne se forme pas d’êtres vivants, on n’est pas en droit de conclure qu’il ne s’en puisse former dans d’autres conditions encore inconnues, et l’impossibilité de l’apparition des premiers organismes dans les âges primitifs par voie de génération spontanée n’est pas pour cela démontrée (:2). Quoi qu’il en soit, on peut établir comme règle générale que, dans la nature actuelle, tout corps vivant provient d’un corps préexistant doué de vie ou d’un parent, et ce mode de formation a été distingué, sous les noms à'homogénie ou de tocogonia (Ilaeckel) de la production sans parents ou hétérogénie.
(1) Vouchei, Hétérogénie, 1859. — Eludes expérimentales sur la genèse spontanée. {Annales des sciences nat., 1862j. — Pasteur, Mém. sur les corpuscules or^ ganisés qui existent dans l’atmosphère... {Annales des sc. nat., 1861). — Milne Eilwards, Leçons sur la pliijsiol. et l’anat.comp.,elc., t. VIII, p. 237 et suivantes.
(2) Ilaeckel, Histoire de la création., etc., p. 299 et 307.
S'IRUCTURIi ET FONCTIONS DES ORGANES. [zoologie
La formation des êtres vivants par des parents ou générateurs, la seule dont on constate l’existence dans la multiplication des organismes, constitue la génération proprement dite. Elle n’est au fond qu’un phénomène particulier de nutrition, caractérisé par l’emploi des matériaux nutritifs surabondants cà la procréation d’un
Fig. 59. — Roj)roduct:on par fissiparité d’une Monère. — A. Une Monère entière (Protamoeba). B. La même en voie de division. — C. Les deux moitiés complètement sépare Ci (Haeckel.)
individu nouveau ; dans les cas les plus simples, elle se réduit à un excès de croissance du corps, dont une partie se sépare et reproduit un être semblable au premier. On distingue deux modes différents
de reproduction, suivant que le nouvel être est produit par l’action d’un seul ou par le concours de deux éléments générateurs, l’un mâle, l’autre femelle. La reproduction est dite aseæuelle dans le premier cas, sexuelle dans le second.
La reproduction asexuelle, ou mouogonie d’Haeckel, présente ellemême diverses formes à considérer. La plus simple est celle qui s’opère par scission ou division, et qu’on désigne par suite sous le nom de scissiparité ou de fissiparité. On l’observe dans les organismes inférieurs, tels que les Monères, certains Infusoires, etc. Quand le corps a atteint un volume déterminé, il s’étrangle dans son milieu et se divise en deux moitiés qui, en se séparant, forment deux individus distincts (fig. 59).
Fig. go. — Re])r()d«ction par gemmiparité. — Hydre avec un rejeton complètement développé.
GÉNÉRALE. I