DES DOUVES
Tous les médecins ont entendu parler de la Douve ou Douve du foie, mais peu d'entre eux ont eu l'occasion de voir cet animal. La plupart des naturalistes n'ont pas été plus heureux.
Linné regardait d'abord la Douve comme une Limace; Goeze en faisait une Planaire.. Dans son Systema Naturœ , l'immortel naturaliste suédois créa, pour cet ento2;oaire et deux autres parasites des poissons et du calmar, le genre Fasciole {Fasciola) (1). U confondait néanmoins la Douve de l'homme avec celle des animaux. Clericus et Dœveren montrèrent que la Fasciole humaine n'était pas celle des mammifères. Gmelin adopta cette séparation. Plus tard Retz (4786) et Zeder (1 800), changèrent, sans motifs raisonnables, le nom de Fasciola en celui de Distoma (3).
(\) De foiciola, bandelette.
(9) Cette dénomination est d'ailleura inexacte, car ces helminthes n*ont pas icttx bouches. F. Mûller (i787) est revenu avec raison au nom hnnéen.
34i ENTOZOAIRES tlBUlINTHRi!.
4° La Douve hépatique (1) se rencontre en France. Suinnt Hou* lin, elle n'est pas rare eD Hollande, en Suède, en Nonvége, et mërae au Croenland.
Description (flg. HO). — ha Douve hépatique est longue de 20 à 30 millimètres, elle dépasse bien rarement ce dernier chiflre ; sa largeur varie entre 6et i0niiHimêtres(2).Son corps est aplati, ovalaire, un peuoblong, plus rétréci en avant qu'en arrière et obtus à ses extrémités ; il a des bords presque Irancbanis. Linné compare cet animal à une graine de potiron, Brcmser âla lame d'une lancette, et Cuvier à une petite feuille. Sa consistance est molle, et sa couleur d'un bruu grisâtre plus ou moins livide. Ce corps est susceptible de s'étendre el de se raccourcir, soit en totalité, soit partiellement, h peu près comme les Sangsues, mais avec beaucoup moins d'énergie et de régularité.
La partie antérieure et rétrécle de la Douve Fi(- 110. — Douve C). forme comme une sorte de col un peu cylindrique, plus pftle que le reste du tissu et souvent d'un blanc jauniire. Tout à fait en avant on observe une dilalalion cépbalique ou cupule (acelabulum), dirigée obliquement endessous, déforme un peu triangulaire. Danscetle cupule se trouve l'orilice buccal. Vers le tiers antérieur du ventre, il existe une autre cupule (fig. 110, a) dont la position varie un peu; celle-ci a été regardée par plusieui-s auteurs comme perforée. Pour les uns, c'était un second suçoir; pour les autres, ou l'anus ou l'orifice féminin. Linné désigne les deux cupules comme des porei (pori); cette opinion a été adoptée par les helmintliologisCes qui ont créé ou accepté le mauvais nom de Distome. L'observation a démontré que cetie seconde cupule ne présente dans aucun point de sa cavité, ni bouche, ni suçoir, ni oririce quelconque. C'est une espèce de ventouse peu profonde et subtriangulaire, comme la cupule cépbalique ; certains zoologistes la considèrent avec raison comme un organe d'adhérence {haft organ).
nUlome, Ver plat.
I, p^n]> ubipinl el copule abdominale eublriinpiliira. — b, nut.
bouVEg. 3iS
Un peu en arrière, on remarque quelques taches d*un blanc opaque et un paquet de vaisseaux ou de tubes de couleur brune.
Le corps de la Douve n'a pas de cavité viscérale ; c'est une petite masse parenchymateuse sans fibres musculaires apparentes et revêtue d'une peau fine, très adhérente.
Du suçoir buccal part une sorte d'œsophage qui se divise bientôt en deux branches grêles, lesquelles descendent à droite et à gauche de la cupule abdominale. Ces deux branches se rapprochent Tune de l'autre, et communiquent au moyen d'un rameau transversal, puis continuent de marcher Jusqu'à l'extrémité postérieure. Dans leur parcours, chacune donne en dehors un grand nombre de rameaux qui se divisent plusieurs fois et se terminent très près du bord de l'animal ; ces rameaux sont placés à une égale distance des deux faces, et, chose remarquable, le calibre des dernières divisions est presque égal à celui des premières. Deslongchamps regarde l'ensemble de tout cet appareil comme un intestin ramifié; c'est plulôt un estomac arborisé, analogue à celui des petites Sangsues parasites des mollusques. Il naît, tant des branches que des subdivisions, une infinité de ramuscules très fins qui viennent se rendre presque tous à la face supérieure, où ils s'anastomosent plusieurs fois, formant ainsi un réseau à mailles très serrées. Ces petits rameaux se réunissent à la manière des veines, et produisent plusieurs branches dirigées transversalement ; ils communiquent avec un canal longitudinal situé sur la ligne médiane. Celui-ci, plus grand que les autres, est regardé comme un appareil urinaire ; il prend naissance au niveau de la ventouse abdominale, rampe sous la peau, et chemine, en augmentant de volume, jusqu'à l'extrémité postérieure, où il se termine par un orifice béant,
La bile fait l'unique nourriture de la Douve,
Cet entozoaire est androgyne, MM. Mehlis et Blanchard ont bien dé<Jfit son double appareil génital. Un peu en avant de la cupule ..abdominale se voit un petit appeAdice (fig. 110, a) plus ou moins allongé, tordu une fois ou une fois et demie sur lui-même et rétrac* tile : c'est le pénis, qui a été pris par quelques naturalistes pour un tentacule ou cirre. Sa base communique avec une poche qui lui sert de fourreau, quand il est rétracté {réceptacle du cirre, Rudolphi). De cette poche part, en arrière, un canal presque droit, placé à peu près vers le milieu du corps, lequel se rend dans une vésicule séminale à peu près ovoïde, remplie d'une humeur blanche demi-fluide. Dans la partie postérieure de cette poche s'abouche un tube testiculaire, canal commun à des rameaux et ramuscules qui sécrètent rhumeur blanche. A droite et à gauche de la vésicule paraissent
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aussi quelques rameaiUk du testicule. Plus en dehors, on remarque deux longs canaux rapprochés en avant et en arrière, et qui communiquent avec le fourreau du pénis : ce sont probablement des canaux déférents ou des lubes testiculaires accessoires. Hors de l'époque de la reproduction, on n'aperçoit qu'une petite ouverture à l'endroit occupé par le pénis.
L'oritice femelle se trouve tout près de ce dernier, à sa base et en arrière. Cet orifice, suivant la remarque de De^ongchamps, est très difficile à distinguer, surtout chez les adultes. La vuWe communique avec un oviducte d'abord médian, grêle et flexueux, puis épaissi, entortillé et formant plusieurs grandes boucles qui s'étendent à droite et à gauche, puis de nouveau grêle et médian, et arrivant à une poche ovoïde, peut-être un utérus; de celle-ci partent en arrière, à droite et à gauche, deux canaux très grêles et horizontaux, divisés bientôt en deux parties qui se portent l'une en avant, l'autre en arriére, parallèlement au bord de l'animal. Ces branches fournissent extérieurement un grand nombre de rameaux; eUes représentent les ovaires.
La Douve est ovipare ; ses œufs (fig. 44 0, b) sont très petits, elliptiques, déprimés et demi-transparents. Us présentent à une extrémité une sorte de couvercle oblique. Quels sont ces œufs ou ces corps elliptiques découverts tout récemment dans le foie humain par le docteur Gubler ? Ces corps offrent un grand diamètre de 0>"»,033 et un petit de 0<«>"»048. Une de leurs extrémités est quelquefois un peu rétuse ; leur enveloppe parait assex distincte ; leur intérieur présente des granules extrêmement petits. (Gubler.)
Les Douves éprouvent des métamorphoses fort curieuses ; mais ces métamorphoses n'ont été observées encore que dans des espèces étrangères à l'homme. On a reconnu qu'à leur naissance, ces helminthes ont le corps cilié comme certains infusoires, et que dans leur intérieur il se développe un autre animal qui a la forme d'un sac mobile. Ces jeunes larves sacciformes (utrtcti/^s des Cercaires, Bporocystes, nourrices) vivent ainsi pendant un certain temps. Elles n'ont pas de sexe ; cependant elles peuvent se reproduire gemmi" parement; elles donnent naissance à d'autres individus oblongs et munis d'une queue {Cercaires), Ces derniers s'introduisent dans le corps des animaux, et s'y transforment en Douves parfaites, capables alors de se reproduire génitalement (4).
2° Autres espèces. — On a signalé, dans le corps humain, quatre autres espèces de Douves : ce sont les Douves lancéolée^ oculaire^
{{) Steenslrup, Van Bettodcn, de Filippi» MoulinM, Paj^nstecber, Wagendr.
bouVES. 341
inégale et de Buèk; malheureusement nous manquons de détails sur l'organisation de la plupart d'entre elles. Voici leurs caractères mis en regard de ceux de la Douve hépatique:
.S /ramifié 1. Douve hépatiqw,
»5 vsimple. . . ^ subantérieure 2. Douve lancéolée,
. , ^- ^.,^ i /h peine plus irrande que la buccale. 8. Douve oculaire»
•^'^"•^"•^^(snbcentrale
(beaucoup plus grande que la buccale. 4. Douve inégale.
Espèce non décrite 5. Douve de Buik.
Douve lancéolée (4 ) .— MM . Bucholz et Mehlis ont fait connaître cette seconde espèce. Elle est plus rare que la première, avec laqueDe on l'a souvent confondue. Chabert Ta trouvée en France ; il en fit rendre une grande quantité à une jeune fille de douze ans, au moyen de son huile enipyreumatique.
La taille de cette Douve est plus petite que celle de la Douve hépatique. Son corps est long de 5 à 9 millimètres et large de 2 à 2 4/2 ; il a une forme lancéolée ; il est très aplati, assez transparent et blanchâtre» Sa cupule buccale parait proportionnellement plus large que dans l'espèce précédente, et à peu près de la même grandeur que celle de l'abdomen. Elles sont Tune et l'autre exactement circulaires.
Les intestins sont droits et sans ramifications.
Le pénis n'est pas spiral.
Les œufs se voient à travers les téguments, et, suivant leur degré de développement, ils sont bruns ou noirâtres.
Douve oculaire (2). — M. Gescheidt, de Dresde, a trouvé une fois, en Allemagne, cette autre espèce de Douve. '
Cet entozoaire présente 0""»,25 à 0"*",6de longueur, et 0"*",16 de largeur. Son corps est ovale-lancéolé. Ses deux cupules sont circulaires, la dernière moins rapprochée de l'extrémité céphalique que dans les autres espèces ; elle paraît presque centrale.
Douve inégale ou liétérophye (3). — C'est au docteur Bilharz que Ton doit la connaissance de cette curieuse espèce. Il l'a observée en 4 854, en Egypte, pendant deux fois*
(i) Fasciola lanceolata {Disioma lanceolaium Mchl., Dicrocéïium lanceiilatum Weinl.).
(2) Fasciola ocularis {Distoma oculare Nordm., D. ophthalmoHum l^ies.t Dicroettlium oculi humani Weinl.).
(3) Fatciola heterophyes {Distoma hetevophyes SIeb., Dicrocoilium heterophyes Weinl.}.
âi8 ENTOZOAmES HELMINTHES.
Cette Pout?^ est longue d'un millimètre environ et large de 0™",S. Son corps est ovalaire, un peu plus dilaté en arrière qu'en avant, déprimé et de couleur rougeâtre. Il porte une cupule buccale petite, en entonnoir, qui s'ouvre plutôt en dessous qu'en avant. La cupule abdominale est douze fois plus grande que cette dernière.
On distingue par transparence, eu avant, l'œsophage dilaté en forme de bulbe, et, sur la ligne médiane, les canaux urinaires.
On voit aussi la bourse du pénis, qui ressemble à une ventouse avec un cercle de 72 soies cornées. Les testicules sont en arrière.
Les œufs sont rouges.
Douve de Bu8k (I). — Cette espèce a été découverte par M. Busk, dans un hôpital de Londres. M. Weinland l'a mentionnée dans son ouvrage sur les Cestoîdes du corps humain, mais il se borne à donner son nom.
3® Action sur l'homme. — La Douve hépatique se trouve dans la vésicule du fiel, dans les canaux hépatiques, et peut-être aussi dans le tissu du foie. La présence de cet animal dans les conduits biliaires les dilate extraordinairement. Leur paroi interne se recouvre d'une mucosité épaisse, d'un brun noirâtre. Quelquefois cette mucosité finit par se durcir et se changer en une substance presque osseuse. Fortassin mentionne une femme qui portait plus de 200 Douves dans le foie. Le docteur Bilharz a décrit une maladie curieuse, observée au Caire, causée par la présence de ces entozoaires dans des excroissances fongueuses de la muqueuse vésicale. M. Gubler a trouvé dans le foie d'un homme malade des tumeurs comparables à des galles végétales, contenant des œufs un peu différents de ceux de la Douve hépatique! Suivant M. de Siebold, une Douve aurait été vue dans une tumeur du pied, par le docteur Giesker. D'après M; Dujardin, cette espèce a été observée une fois dans la veine porte, par M. Duval, directeur de l'école de médecine de Rennes (2).
La Douve lancéolée habite également dans le foie. La Douve oculaire se tient entre le cristallin et sa capsule. Un enfant de cinq ans en a offert, une fois, quatre individus. (Gescheidt.) La Douve inégale a été vue, pendant deux fois, dans les intestins d'un jeune homme.
La Douve de Busk a été retirée du duodénum d'un cadavre.
(i) Fasciola ButkU {D'utoma Buskii Lankesicr, ex WeinL, Dicrocoeîium BuM Weinl.).
(2) Cet exemple se rapporte peut-élrc à un ThécMOme ianguicoU. — Voye< page 348.
FEStUCAIRE. — TÉNIAS. 349