ARTÈRES
C'esl un caractère propre aux artères que d’aller toujours en se ramifiant, à mesure qu'elles s’éloignent du cœur. Il existe cependant quelques exceptions celle règle. Chez les loris, petits animaux mammifères de la famille des lémures, ainsi que chez quelques édentés (paresseux et fourmiliers), l’artère brachiale fournit un certain nombre
F,G- 80. — Circulation du sang dans une larve de Triton ou Salamandre aquatique (*).
de canaux secondaires disposés en une sorte de plexus autour de son canal principal, et de ces canaux partent divers rameaux qui vont aux muscles, après quoi ces artères secondaires opèrent leur réunion en un tronc unique, L artère fémorale des mêmes animaux présente une
conformation analogue, et il en est de même delà saerépn! ,
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Chez les poissons, le système aortique ne vient pas (lu cœur, mais des branchies, dont l’aorte reçoit le sang par diverses artérioles émanant de ces organes. Il en est de même chez les têtards des grenouilles et des salamandres (fig. 89).
Artère pulmonaire. — Indépendamment du système aortique, il existe un autre système de vaisseaux artériels, celui de Y artère pulmonaire. Cette artère a pour fonctions de porter le sang noir du cœur aux poumons ; elle se divise pour aboutir a chacun de ces oiganes îrspna toires, et se ramifie ensuite dans leur intérieur (pl. I).
Canal artériel. — Chez l’homme adulte, on trouve un cordon fibreux rattachant l’artère pulmonaire, prise avant son point de bifurcation, à la crosse de l’aorte : c’est le vestige d’un vaisseau qui, avant la naissance, faisait communiquer ensemble les deux artères pulmonaire et aorte, ce qui permettait le passage dans l’aorte d’une partie du sang chassé par le ventricule droit et son mélange avec celui venant du ventricule gauche. Ce canal, temporaire chez les animaux dont le cœur est pourvu (le quatre cavités distinctes, persiste pendant toute la vie chez ceux dont le cœur n’a que trois cavités, tels que les reptiles. On lui a conservé son nom de canal artériel , et on le donne, avec juste raison, comme un des exemples les plus probants à l’appui de cette vue théorique, que beaucoup de dispositions propres aux animaux inférieurs ne sont que la persistance, pendant toute la vie de ces derniers, de particularités anatomiques disparaissant dès le premier âge chez les espèces plus parfaites. Ce sont la de véritables arrêts de développement. Le cœur du crocodile (fig. 85) nous en fournit un exemple remarquable et qui mérite d’être signalé.
Chez ces reptiles, le canal artériel persiste pendant toute la vie, mais il est disposé de telle façon que sa jonction avec l’aorte ne s’opère qu’ après la séparation des artères que nous avons vues fournir le san"à la tète et aux membres antérieurs chez les mammifères et les oiseaux. Les deux ventricules du cœur étant ici à peu près complètement séparés l’un de l’autre, il en résulte que l’aorte descendante qui donne le sang aux viscères digestifs, aux membres postérieurs et à la queue, reçoit seule du sang mélangé (en partie rouge ou oxygéné et en partie chargé d’acide carbonique); tandis que le sang qui va à la tête et aux membres antérieurs est du sang rouge pur ou presque pur. Cette disposition assure aux centres nerveux du crocodile une activité presque aussi grande que chez les vertèbres des deux premières classes, dans lesquels le canal artériel disparai e très-bonne heure; aussi le crocodile, malgré la stupidité de ses instincts, a-t-il une vitalité supérieure à celle des autres reptiles.
Les tortues (fig. 80) ont le canal artériel bien plus long que les crocodiles, et sa jonction à l’aorte ne s’opère qu’en arrière du cœur, apres nue les vaisseaux des parties antérieures du corps en sont sortis; mais, comme leurs deux ventricules communiquent largement ensemble, qui entre dans [aorte n'est pas sensiblement different de
CAPIL LA IRES.
ceiui qui va aux poumons par les artères pulmonaires; aussi ces animaux ont-ils des allures indolentes en rapport avec celte imperfection de leur système circulatoire et le peu d activité qu elle donne a leuis centres nerveux. Le canal artériel des tortues acquiert un développement tel, qu’on le décrit souvent comme étant une seconde crosse de l'aorte, ce qui a fait admettre l’existence chez ces animaux de deux aortes qui se réuniraient au delà du cœur pour former l’aorte ventrale
ou descendante. j
Les batraciens sont dans une condition particulière en ce qui concerne les organes centraux de la circulation. Subissant des métamorphoses, ils respirent d’abord à la manière des poissons ; ce n’est que plus tard qu’ils acquièrent des poumons. Leur cœur, qui n avait alors que deux cavités, répondait au cœur droit des vertébrés supérieurs. Lorsqu’ils sont à l’état de têtards, l’artère qui en part ne conduit le sang qu’aux branchies1 seulement; mais, à une époque plus avancée, deux branches nouvelles se forment, 1 une à droite, l’autre a gauche, qui portent du sang aux poumons.
Vaisseaux capillaires. — En quittant les derniers ramuscules artériels et avant d’entrer dans les petits rameaux par lesquels commence le système veineux chargé d’opérer son retour au cœur, le sang s’épanche dans le système des vaisseaux capillaires. Ainsi que leur nom l’indique, ces vaisseaux sont très-ténus; leur nombre est extrêmement considérable, et, au lieu d’être disposés en rameaux, comme le sont les artères ou les veines, ils forment, entre les plus fines branches de ces deux sortes de conduits sanguins, un réticule anastomotique comparable aux mailles d’un filet ou à celles d’une raquette; seulement il y en a dans toutes les directions, et nulle partie du corps n’en est dépourvue, à moins qu’elle ne soit de nature purement épidermique ou épithéliale. Leur abondance est telle, qu’on enfoncerait difficilement la pointe d’une aiguille dans une partie quelconque du corps sans blesser plusieurs centaines de ces petits vaisseaux (fig. 78, C).
C’est dans le système capillaire que s’opèrent principalement les phénomènes d’échange osmotique desquels résulte la nutrition des organes au moyen des principes contenus dans le sang, et c’est en les traversant que ce liquide perd sa couleur rouge vermeille pour se transformer en sang noir. Cela lient surtout à ce que l’oxygène dont les globules s’étaient chargés dans l’acte de la respiration est employé à la combustion des principes carbonés employés par l’économie. Aussi le sang, en sortant des vaisseaux capillaires pour entrer dans les veines, a-t-il déjà échangé son oxygène contre de l’acide carbonique dont la respiration pourra seule la débarrasser, et sa couleur est devenue noire, de vermeille qu’elle était.
On peut aisément voir la respiration capillaire en regardant avec un microscope la membrane transparente qui forme la palmalure des doigts postérieurs chez les grenouilles. La membrane bordant la
CIRCULATION
queue des têtards de ces animaux, celle des nageoires chez les embryons des poissons, la vésicule ombilicale de ces derniers, et d’autres parties encore, par exemple l’aile des chauves-souris, permettent aussi de faire la même observation. La marche du sang y est indiquée par le mouvement de translation des globules charriés par le plasma de ce liquide. On les voit se presser les uns à la suite des autres dansla course qu’ils exécutent à travers les capillaires. L’observation en est très-intéressante, et l’on ne doit pas négliger de la répéter lorsqu’on veut se faire une idée exacte du phénomène de la circulation ou en donner une démonstration rigoureuse.
Veines. — La fonction des veines est en grande partie de ramener au cœur le sang envoyé, à travers les artères qui dépendent de l’aorte, dans toutes les parties du corps. Tel est le rôle des veines du système veineux général aboutissant à l’oreillette droite par les veines caves inférieure et supérieure. Un autre système de veines dessert la respiration ; il prend le sang hématosé dans le poumon pour le conduire à l’oreillette gauche.
1. Le système veineux général en rapport avec les veines caves pl. I> a ses origines aux vaisseaux capillaires de toutes les parties du corps, que le sang doit avoir traversés pour entrer dans ses plus fines radicules. Bien que ce sang parcoure ces vaisseaux inversement de ce qu'il fait pour les artères, les veines sont le plus souvent accolées à ces dernières, et l’on dit alors qu’elles en sont satellites: c’est ce qui a lieu pour les parties profondes, soit au tronc, soit aux membres; il peut même y avoir, et il y a le plus souvent, deux veines satellites pour chaque artère. Les choses se passent ainsi aux parties terminales des membres.
Mais* il n’y a pas d’artères considérables placées superficiellement; la lésion de ces vaisseaux eût exposé l’homme et les animaux à des accidents trop fréquents et trop graves; la nature a dû éviter ce danger. En efi'et, une simple déchirure, une morsure, deviendraient la cause d’hémorrhagies mortelles, si les gros troncs artériels n’étaient pas tous situés profondément. Le même inconvénient n existait pas pour les veines, qui n’ont ni l’élasticité des artères, ni leur importance comme canaux sanguins; aussi, indépendamment de celles qui sont profondes et satellites des artères, y en a-t-il également d'assez grosses qui sont superficielles.
Aux membres supérieurs, les veines superficielles aboutissent les unes à l’axillaire ou veine de l’aisselle, les autres à la sous-clavière, qui longe la clavicule et reçoit en même temps des veines profondes. Le pli du bras, comme celui de la jambe, présente un système assez compliqué de veines.
C’est la veine dite céphalique que l’on pique le plus habituellement au bras pour opérer la saignée : la médiane basilique, qui en est fort voisine, doit être évitée autant que possible, parce qu’elle croise 1 artère brachiale, et que l’on pourrait ouvrir celle-ci à sa place ou même