‹ Éléments de zoologieChapitre 43 sur 184 · CHYLIFÈRES · texte numérisé non relu

CHYLIFÈRES

la combustion des principes carbonés, los sécrétions de toutes sortes, et d’autres actes aussi indispensables que ceux-là à la nutrition générale ou à l’exercice des autres fonctions diminuent incessamment la masse du sang, en même temps qu’ils en appauvrissent la composition.

C’est alors qu’intervient comme moyen réparateur l’absorption gastro-intestinale, rendue salutaire par le choix d’une alimentation suffisamment complète. Les principes quaternaires etles boissons chargées de substances salines sont plus particulièrement absorbés par les veines à travers les parois de l’estomac, et ils vont, avec la lymphe, grossir la masse du sang noir avant qu’il subisse dans les poumons le bénéfice de l'acte respiratoire. Les aliments ternaires digérés dans l’intestin grêle sont absorbés et conduits dans le sang, non plus par des vaisseaux veineux ordinaires, mais par des vaisseaux à part, fort semblables par leur ténuité et leur structure aux vaisseaux lymphatiques, et qui vont, comme presque tous ces derniers, porter leur contenu au canal thoracique, après avoir cheminé à travers les replis du péritoine où il est assez aisé de suivre leur trajet. Ces vaisseaux se remplissent par endosmose, à travers les parois de l'intestin. Ils n’ont pas d’ostioles, comme on l’a dit souvent, et c’est par l’extrémité des villosités intestinales que le fluide nutritif y pénètre. Ils contribuent à former sur certains points les pelotonnements d’apparence glanduleuse, dits ganglions mésentériques auxquels s’adjoignent des vaisseaux dépendant du système lymphatique (fig.-8&).

Le chyle est un liquide blanc laiteux, un peu salé et alcalin ; sa composition chimique diffère à peine de celle du sang, et il est comme lui séparable en un caillot fibrineux etenune sérosité chargée d’albumine. Il est surtout riche en matière grasse, et l’on y trouve du glucose. Comme les autres liquides organisés, il renferme des leucocytes ainsi que des globulins comparables à ceux de la lymphe et du sang.

Ganglions vasculaires. — Le sang subit dans certains organes des modifications particulières encore mal définies par les physiologistes, mais qui n’en sont pas moins certaines. C’est surtout sur les globules que ce travail s’exerce, et il facilite tantôt leur multiplication, tantôt la destruction de ceux qui ont été mis hors de service. Parmi ces organes on peut citer la rate, placée au côté gauche de l’estomac, ainsi que le corps thyroïde , situé auprès du larynx et dont l’hypertrophie constitue le goitre ; beaucoup d’auteurs y ajoutent les capsules surrénales, qui surmontent les reins. Le thymus , qui n’existe que pendant le jeune âge, est aussi regardé comme étant un organe du même ordre; c’est ce corps que l’on mange sous le nom de ris de veau ; il est placé au-devant du cou, au sommet de la poitrine.

De la circulation chez les animaux sans vertèbres. — Les détails qui Précèdent sont principalement tirés de l’homme et des vertébrés; nous de\ ons les compléter par quelques faits empruntés à l’étude des animaux sans vertèbres.

Ce qui frappe immédiatement, si l’on considère ces derniers, c’est

lit)

CIRCULATION

l’infériorité à pou près constante do leurs moyens de circulation comparés à Ceux des animaux des classes supérieures. Chez beaucoup d'entre eux la simplification est telle, que le sang circule en partie ou même en totalité entre les différents organes sans être renfermé dans un système clos de vaisseaux. La circulation est alors plus ou moins complètement interstitielle. C’est ainsi quelle s’opère chez un certain nombre de zoophytes. Dans d’autres cas, il peut exister des lacunes entre l’extrémité des artères et le commencement des veines. En outre, on ne connaît, chez les invertébrés, qu’un petit nombre d’exemples de vaisseaux comparables auxvaisseaux capillaires des vertébrés. Les vais-

seaux lymphatiques et les chylifères paraissent aussi manquei à ces animaux; chez eux, le chyle passe le plus souvent de 1 estomac et des intestins dans une grande lacune dépendant de la ca\ile abdominale. D’ailleurs l’état habituellement incolore du sang ne permettrait que difficilement de distinguer nettement ces vaisseaux d avec les vaisseaux

sanguins proprement dits.

Les anciens considéraient comme étant seuls pourvus de sang le* animaux vertébrés, chez lesquels ce liquide est de couleur rouge, et ils regardaient comme exsangues ou dépourvus de sang nos animaux sans vertèbres. Nous avons déjà vu qu il y a un certain nombre de ces derniers dont le sang est également rouge. Beaucoup de vers, quel-

(*) a, a, fl, a, système des veines caves ; — b, b et c, c, sinus des veines caves faisant onction d’oreillettes et de ventricules pour le sang qui va aux branchies; — d. vaisseau lepondant à l'artère branchiale, vu sur la branchic gauche; — e, vaisseau ramenant au système aortique le sang hématose dans les branchies, vu sur la branchic droite; — f,f, omllette> r(r.„r aortique ; — fl, cœur aortique répondant au cœur gauche des mammifères ; h, aorte ascendante ; - k, k, aorte descendante; - /, I, corps spongieux considères comme

étant des reins.

Ul

ANIMAUX SANS VEftTÊB IUiS.

nues mollusques, etc., nous en offrent l'exemple. Il est vrai que dans différents groupes le sang doit le plus souvent sa couleur rouge au sérum et non aux globules. Toujours est-il que les animaux sans vertèbres ont du sang aussi bien que les vertèbres, et qu on idiome dans ce sang les mêmes principes constituants que chez ces dermeis. C'est dans les moyens mis en usage pour operer la circulation du fluide sanguin des animaux invertébrés qu'on remarque surtout des

différences dignes d'être signalées.

Circulation chez les céphalopodes. — Une disposition des plus cui ieu s nous est offerte par les mollusques céphalopodes, animaux parmi lesquels se rangent les poulpes, les calmars, les seiches et les nautiles.

Chez eux, plus particulièrement chez les seiches (fig. 93), l’aorte, placée sur la ligne médiane du corps, se renfle à la hauteur des branchies en une sorte de ventricule dans lequel arrive par une double oreillette, droite et gauche, le sang hématosé revenant des deuxhranchies.il y a aussi une grande veine médiane qui répond aux veines caves supérieure et inférieure de l’homme ; mais elle ne se rend pas à un cœur unique. De chaque côté, entre elle et les branchies, existe en effet un double renflement du système des veines caves, dont une poche paraît jouer le rôle d’oreillette, et une autre celui de ventricule ; de sorte que, chez ces mollusques, non-seulement le cœur du système artériel et celui du système veineux sont séparés et farinent deux systèmes distincts, mais en outre le premier a deux oreillettes et un ventricule, et le second deux oreillettes et deux ven- (*)

(*) Le céphalothorax a été ouvert pour montrer : c, le cœur; — a a, c, l’aorte postérieure et scs divisions; — b, //, les branchies; — c, l’estomac; — ni, les muscles ; — f et fl, les loges branchiales; — /o, le foie; — ao, le chaperon à droite et à gauche duquel sont les antennes et les yeux; — tt, une portion de l’enveloppe cutanée proprement dile.

CIRCULATION

I ii

tricules, les rendements qui viennent d’être signalés étant en effet comparables à ces deux genres de cavités.

Les mollusques gastéropodes (fig. 26, c, et 42, c) et les lamellibranches ont un cœur unique formé le plus souvent d’un ventricule pourvu d’une oreillette, quelquefois d’un ventricule et de deux oreillettes. Ce cœur est placé sur le trajet du sang qui revient des poumons pour aller aux différentes parties du corps : il répond donc au cœur gauche des mammifères.

Chez les tuniciers (ascidies, etc.), les choses se passent plus sim-

Fig. 95. — Appareil circulatoire de l 'Écrevisse (*).

Fjg. 96. — Anatomie de la Langouste (**).

plement encore. Le sang est mis en mouvement par un vaisseau principal, placé à la partie postérieure du corps; et, comme les contractions de ce vaisseau ont lieu tantôt dans une direction, tantôt dans l’autre, la circulation du sang est réellement oscillatoire.

On retrouve des différences analogues chez les animaux articulés. Une sorte de dégradation se manifeste rapidement si 1 on passe d une classe de cet embranchement à une autre, ou même seulement des

familles les plus élevées de l’une de ces classes a celles qui en occupent les rangs inférieurs.

Ainsi les crustacés du même ordre que les crabes, les écrevisses et.

{*) a. a., aorte antérieure et scs principales divisions; — c, cœur ; a.p -, aorte posté-

rieure et scs principales divisions-

(**) a, antennes externes et internes ; — b, yeux; — c, cerveau ; — d, ci, muscles anterieurs et postérieures du céphalothorax; — c, estomac; — f, foie; — g. ovaires chargés d’œufs, appelés vulgairement le corail, à cause de leur couleur rouge; — h, cœur déjà plus allongé que chez les crustacés brachyurcs (fig. 92) cl même que chez l’Écrevisse ( fig. 93) : il semble n’êtrc qu’un simple renflement situé au point de jonction des aortes antérieure et postérieure • — », premier anneau de l’abdomen ; - k, les branchies.

animaux sans vertèbres.

.ps langoustes, ou les crustacés décapodes, ont un cœur raccourci comparable à celui des mollusques et des vertèbres s. cen esi qui esl moins compliqué que le leur et qu'il manque d oreillette. Il est

Fig. 97. — Cœur de l 'Écrevisse, ouvert Fig. 98. — Circulation de l'Ecrevisse pour en montrer la structure (*). [figure théorique (**)]•

facile d’en apercevoir les contractions en soulevant la partie postérieure

de la carapace de ces animaux.

Ce cœur est, comme celui des mollusques gastéropodes et lamelli-

Fig. 99. — Appareil circulatoire du Homard (***).

branches, un cœur aortique. Mais déjà chez les squilles, qui font suite aux décapodes dans la classification, le cœur s’allonge sous la forme d’un simple vaisseau dorsal, et il se confond avec le reste du système aortique. On retrouve la meme disposi I ion chez les ci ustaces in Ici ieui s.

(*) a.a, aorte antérieure; - a.p, aorte postérieure; - v.b, veines branchiales. — Les flèches indiquent la marche du sang par rapport au cœur ; dans le cœur se voient les faisceaux musculaires qui mettent cet organe en mouvement.

((*) * (***)♦) a, a, veines branchiales ramenant des branchies au cœur le sang hématojsé ; — c, le cœur, dont les contractions lancent le sang dans les aortes antérieure et postérieure ; — sn, emplacement du sinus veineux viscéral ; — v,v, veines et renflements veineux recevant le sang qui a servi à la nutrition; — v',v', prolongation branchiale des, veines caves conduisant aux branchies le sang qui revient des différentes parties du corps.

(***) a, cœur ; — c, d, e, f, artères qu’il fournit aux antennes, au foie, à la partie supérieure de l’abdomen et à sa région inférieure ; — g, veine qui reçoit le sang des lacunes ou sinus et le conduit aux branchies; »— h, branchies; — i, veines branchiales conduisant le sang des branchies au cœur.

Ui CIRCULATION.

Le système veineux des crustacés est de son côté assez simplifié. Chez les plus parfaits de ces animaux il ne consiste guère qu’en quelques sinus ou dilatations vasculaires situées dans le voisinage des branchies et en rapport immédiat avec elles; tous n’ont pas même les vaisseaux qui viennent d’être décrits.

Les insectes, quoique placés au-dessus des crustacés dans la classification, ont toujours le cœur allongé en forme de vaisseau, ce qui l'a

fait appeler vaisseau dorsal. Les véritables fonctions de cet organe étaient déjà connues des observateurs au xvnie siècle ; mais elles ont été niées par Cuvier. Ce grand naturaliste pensait que, chez les insectes, l’air étant porté par les trachées dans les différentes parties du corps, l'hématose du sang avait lieu sur place, ce qui le dispensait de circuler. Suivant lui, les insectes manquaient donc de circulation sanguine ; mais l’examen direct a montré qu'il n’en est pas ainsi.

Si l’on prend un petit insecte, plus particulièrement la larve aquatique de quelque espèce de névroptère (fig. 100), et si on la pose sur le champ du microscope, on voit le sang exécuter son trajet à travers les différents organes, et l'on constate que cet animal possède u ne véritable circulai ion. La marche des globules sanguins ne laisse subsister aucun doute à cet égard. On les voit filer d’avant en arrière, en suivant les parties latérales du corps, et passer jusque dans les pattes ou les autres appendices, puis ils rentrent dans le vaisseau dorsal par l’extrémité postérieure de ce vaisseau. Après l’avoir remonté dans toute sa longueur, ils en sortent de nouveau par les rameaux qui le terminent en avant, et recommencent le. même circuit. Les contractions du vaisseau dorsal ont une intluence incontestable sur la marche du plasma sanguin et des globules qu’il charrie. Ces contractions peuvent être également observées sur le dos des vers à soie, même à travers la peau. Chez les insectes arrivés à l'état parfait, la circulation est moins active (Jue chez leurs larves, mais elle n'a pas entièrement cessé d'avoir lieu. (*)

Fig. 100. — Circulation sanguine des insectes, observée chez un Névroptère du genre Semblis (*).

(*) a, le vaisseau dorsal; — />, le courant sanguin latéral

Les vers, étudiés sous le môme rapport, présentent aussi des différences assez considérables. Chez ceux auxquels on réserve le nom d’annélides, les vaisseaux sont nombreux, et il y a même par endroits des capillaires entre les artères et les veines; on leur trouve aussi soit un, soit plusieurs cœurs. Ces organes sont situés sur le trajet du sang veineux et servent à le pousser dans les branchies.

En ce qui concerne les derniers helminthes, tels que les douves et les ténias, on est encore incertain si leurs vaisseaux sont des vaisseaux sanguins ou au contraire des vaisseaux urinaires. Ces animaux nous offrent le terme extrême de la simplification organique pour celte grande division du règne animal.

La circulation du sang s’observe aussi chez les animaux radiaires. Une disposition des plus singulières a été signalée chez les béroés, genres d’acalèphes pélagiens dont le corps est transparent comme du cristal. Les vaisseaux de ces zoophytes sont pourvus intérieurement de cils vibratiles qui fouettent les globules du sang et sont la cause principale des mouvements de ce liquide. Enfin chez les méduses, il existe une sorte de fusion entre les vaiss.eaux sanguins et les ramifications du système digestif: disposition qu’on a quelquefois indiquée par le nom de phlébentérisme.

Quant aux hydres et à beaucoup d’autres polypes, leur circulation est purement interstitielle ; elle s’accomplit sans vaisseaux ni agents spéciaux de contraction ; les mouvements généraux du corps, ainsi que ceux de ses différentes parties, déterminent les déplacements exécutés par le sang.

Pour bien faire comprendre au lecteur la nature des fonctions de circulation eL l'importance des actes principaux qui s’y rattachent, nous avons décrit les organes qui servent à les exécuter, en comparait autant que possible la disposition de ces organes, tels que nous les observons dans l’homme, à celle plus simple qu'ils affectent dans certains animaux : ce qui nous a permis de nous en faire une idée plus exacte. La circulation envisagée dans son ensemble ne devait pas non plus être oubliée dans la partie iconographique du présent ouvrage, aussi lui avons-nous consacré une planche spéciale (pl. I), dans laquelle on voit le cœur et les vaisseaux artériels ainsi que les vaisseaux veineux. Cette planche est relative à l'homme.

Lesdeux couleurs rouge et bleue y indiquent, la première la circulation du sang rouge ou hématosé, la seconde celle du sang chargé d’acide carbonique, dont la teinte passe au bleu noirâtre.

On a représenté, indépendamment des systèmes artériel et veineux de la circulation générale poussés jusque dans leurs ramifications secondaires, les vaisseaux affectés à la petite circulation ou circulation pulmonaire (artères et veines pulmonaires), ainsi que les rapports de ces deux systèmes avec les parties droite et gauche du cœur. Les vaisseaux qui vont aux organes digestifs (artères cœliaque et mésentérique) et ceux qui en reviennent (veines de l’estomac, des intestins r. g. 10

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et de la rate) n’ont pu être figurés, parce que l’indication des organesqu’ils nourrissent aurait caché l’aorte descendante ainsi que la veine cave inférieure ; il en est de même pour les vaisseaux propres du loin (artère hépatique et veine porte). Au contraire, les reins ont pu être indiqués, et l’on a montré dans celui de gauche les deux systèmes artériel et veineux qui s’y ramifient.

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