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CHAPITRE IV LES VESTIBULES INCORPORÉS (Suite

SOMMAIRE. — Les vestibules engagés ou adossés. — Dispositions

diverses.

Vestibules à deux niveaux ; les Palais de Gènes. — Vestibules élevés ou

bas.

Les vestibules adossés, ou incorporés dans un bâtiment avec un accès principal en face de leur entrée sont plus nombreux encore. Nous les appellerons, si vous voulez, vestibules engagés ou adossés. Comme exemple, et pour fixer les idées, considérez celui de votre Ecole sur le quai, avec une façade seulement, et ses trois autres côtés en contact avec des locaux intérieurs. De même encore le grand vestibule de la Sorbonne sur la rue des Ecoles. Je ne pourrai que vous indiquer des types, mais non vous en exposer toutes les variétés. Il s'y trouve d'ailleurs certains caractères communs à presque tous : leur disposition appelle en général l'éclairage d'un seul côté, par la façade; ils sont ordinairement plus larges que profonds, en raison de cette nécessité d'éclairage et de leur destination qui suppose que, même dans un bâtiment épais, ils ne s'étendent en profondeur que jusqu'à un refend, en laissant aux surfaces utiles la moitié de l'épaisseur d'un bâtiment double ; enfin, ils sont le plus souvent précédés de perrons plus ou moins élevés, comme le rez-de-

chaussée même de l'édifice : d'ailleurs, voûtés ou plafonnés, avec ou sans points d'appui intérieurs.

A propos des thermes, je vous ai montré des vestibules de l'architecture romaine, ordinairement voûtés en voûtes d'arête, toujours vastes et monumentaux. De nombreux vestiges de vestibules se reconnaissent dans beaucoup d'autres édifices romains, notamment dans les ruines des grands palais, au Palatin entre autres; mais nous sommes réduits aux hypothèses des restaurations. Au surplus, le grand développement donné dans cette architecture aux porches d'une part, et aux atrium de l'autre, laissait peu de place au vestibule, au sens moderne du mot.

Au Moyen-âge, bien des salles pourraient être qualifiées de vestibules, avec cette nuance qu'elles servaient sans doute aux communications, mais surtout à la réunion du personnel domestique et militaire, toute habitation importante étant alors quelque peu un château fort. Le type le plus grandiose de ces vastes salles est peut-être celle qui au Palais de Justice de Paris s'étend sous la salle des Pas-perdus (fig. 1688). Cette salle, ou ce vestibule, était, avant les adjonctions ultérieures, mieux éclairé qu'il ne l'est aujourd'hui, mais toujours assez peu. Une ligne longitudinale de piliers robustes la partage en son milieu, soutenant les piliers intermédiaires de la salle des Pas-perdus, et chaque moitié est encore subdivisée par un rang de colonnes, partageant ainsi la largeur de la salle en quatre nefs, voûtées en arête suivant la pratique du Moyen-âge. Quant aux colonnes supplémentaires qui n'existent que du côté droit, elles sont postérieures, et ont été rajoutées par prudence pour supporter la charge du perron intérieur qui dans la salle des Pas-perdus donne accès à l'étage supérieur du Tribunal.

Des salles intéressantes, répondant plus ou moins à notre conception du vestibule, se remarquent dans un assez grand

VESTIBULES

LES VESTIBULES INCORPORES

nombre d'édifices du Moyen-âge, notamment dans les abbayes, ou dans les châteaux tels que Saint-Germain, le Palais des Ducs de Bourgogne à Dijon, et dans les Hôtels de Ville du nord. On peut dire cependant que le vestibule proprement dit ne répon-

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Fig. 1688. — Grande salle basse, sous celle des Pas-Perdus, au Palais de Justice de Paris.

dait pas à une conception du Moyen-âge, et les grandes salles qui souvent occupent les rez-de-chaussée étaient plutôt, comme à Pierrefonds, des salles d'assemblée, ou comme dans les hôtels de ville des rendez-vous d'affaires et souvent des marchés, parfois même, comme en Allemagne, des salles de boisson.

C'est donc dans l'architecture moderne, à partir du xvie siècle,

ou de la fin du xve en Italie, que nous rencontrerons le véritable vestibule.

Je devrai, vous ai-je dit, me limiter à quelques types. Il y a d'abord ceux qui étaient ouverts sur un de leurs grands côtés, et dont quelques-uns ont été clos depuis; ainsi celui delà Farné-

Fig. ié

La Farnésine, à Rome. Plan .

sine à Rome(fig. 1689 et I(^9o), portique par ses arcades ouvertes, mais bien plus large qu'un portique. Sans doute, il devait servir aussi pour des fêtes, des repas. Vous savez que ses voûtes, disposées en pénétration dans des voussures, et présentant une surface centrale qui est presque un plafond, sont décorées d'admirables peintures de Raphaël. C'est un des pèlerinages artistiques qu'on ne manque pas de faire dans un voyage d'Italie. Voyez d'ailleurs combien le plan en est simple, et vous comprendrez que la plus grande magnificence décorative ne néces-

VESTIBULES

LES VESTIBULES INCORPORES

site pas les ressauts, les complications, et tout ce détail de horsd'œuvre par lequel on croit trop souvent exprimer en plan la richesse. L'enseignement est ici le même que nous donne le

Fig. 1690. — La Farnésine, à Rome. Vue du vestibule.

superbe vestibule de Saint-Pierre de Rome, d'une décoration si riche et d'un plan si simple.

Ce parti de la Farnésine n'est pas sans analogie avec celui du vestibule ou grande loge ouverte de la villa Médicis du côté des jardins (fig. 1691); ici, le charme est avant tout dans l'effet de

Fig. 1691. — Plan delà villa Médicis.

la façade ; mais quoique ouvert comme un portique, ce beau centre de la villa n'en est pas moins le vestibule d'accès aux salles principales, bibliothèques, salons de réception, et aux escaliers.

Un exemple typique par sa décoration surtout est le vestibule ouvert, ou loge de la villa Madame (fig. 1692 et 1693), dont le charme est dans les stucs et les peintures de l'École de Raphaël qui en font un véritable joyau de l'art de la Renaissance, et dont je

Fig. 1692. — Villa Madame. Plan.

Fig. 1693. — Villa Madame. Vue.

vous ai montré la décoration (V. plus haut, vol. I, fig. 455). J'en passe, comme le Palais Massimi et tant d'autres, mais je tiens à appeler votre attention, comme exemple remarquable de disposition, sur le beau vestibule, autrefois ouvert, du Palais Barberini, à Rome. Par deux rétrécissements successifs, le grand vestibule qui dessert de chaque côté de beaux escaliers, aboutit â une abside, d'où l'on passe aux Jardins par une [rotonde sous laquelle s'ouvre la rampe d'accès. L'effet perspectif est magnifique, et si le vestibule a dans cet ensemble une ampleur qui peut paraître hors de proportion, il est visible que c'est là un effet voulu, et que le programme même attribuait au vestibule une valeur de représentation et d'apparat destinée à donner une haute idée de la richesse et de la puissance des hôtes du Palais.

Avec les vestibules fermés, le choix sera plus embarrassant encore. Je pourrai du moins vous en citer que vous connaissez bien, et que pour cette raison je me dispenserai de vous décrire: en premier lieu, ceux de votre Ecole même, à l'entrée du Palais des Etudes, et sur le quai. Vestibules qui d'ailleurs sont aussi bien des salles de Musée, car dans un Musée tout reçoit des collections. A Paris encore, vous connaissez ces grands vestibules, la salle Saint-Jean à l'Hôtel de Ville, le grand vestibule de l'Opéra (voir au chapitre Théâtres), celui de laSorbonne; ceux du Palais de Justice, sans même y comprendre la salle des Pasperdus, mais en y comprenant celui des Assises, sur la place du Harlay (Vol. I, fig. 3 2) ; ceux de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, etc., etc.

Moins près de vous, je vous signalerai à Gênes le beau vestibule du Palais Ducal (fig. 1694 et 169 5), dont le long côté opposé à lafaçadeest occupé par un facile escalier ou perron monumental qui relie le premier étage au rez-de-chaussée ; mais cet escalier

Fig. 1695. — Vestibule du Palais ducal, à Gênes. Coupe transversale.

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