‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 29 sur 82 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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Fig. 691. — Faculté des Sciences à la Sorbonne.

Géologie. — i, salle des Collections Brogniard.

sciences naturelles. — 5, vestibule.

MiNERALOGiK. — 6, salle des fourneaux. — 7, laboratoire.

10, cabinet des professeurs. — 11, vestiaire. — il, laboratoire. Physiologik. — 13, vestibule. — 14, logement du gardien chef. -~ 15, laboratoire. — 16, vestiaire. — 17, UboratoJres.

— 18, salle des machines. — 19, laboratoire. — 20, chenil. — 21, salle d'opérations. — ai, aquarium.

CiiiMiK oRGANiauE. — 2}, vcstibuIe. — 24, sallc des fourneaux. — 25, salle des bains d'huile. — 26, salle des Collections du cours. — 27, laverie. — 28, salle des machines. — 29, laboratoire. — 30. laboratoire de préparation des cours.

Chimikminéralk — 51, vestibule. — 32, salle des gazomètres. — 33, laboratoire. — 34, Uboratoire. — 3s, laboratoire.

— 36, laverie. — 37, salles des machines. — 38, salle de préparation des cours. CiitMiF. GFNhRALE. — 39, vcstibulc. — 40, laboratoire. — 41, laboratoire.

I^BORAToiHK, RFCHFRCHEs BT ENSEiGNKMKNT. — 42, vestibule. — 43, laboratoire. — 44, laverie. — 45, cabinet des. chefs de travaux. — 46, grand Uboratoire des élèves. — 47, laboratoire & cïel ouvert. — 48, vestiaire. — 49, laboratoire. ~ )0, sallc des fourneaux. — ^i, laboratoire des professeurs — $2. cabinet du professeur. — Sît laboratoire. — i4. bibliothèque. — Sî, laboratoire de recherches. — S6, laboratoire* ciel ouvert.

PHYSIQ.UH, LABORATOIRE DES RECHERCHES. — $7, vestlbules. — jS, laboratoirc. — S9, vestibule. — 60, grand laboratoire de recherches. — 6i, cabinet du préparateur. — 62, laboratoires de préparateur. — 63, laboratoires de préparateur. — 64, labonitoires de préparateur. — 6>, verrerie. — 66, salle des machines. — 67, tour de la physique.

amphithéâtre de géologie..— 3, vestibnle. — 4, escalier des ■ 8, laboratoire. — 9, laboratoire des professeurs. —

LES ÉDIFICES d'eNSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 289

de remettre sous vos yeux, à une échelle un peu plus grande que celle de la fig. 669 les plans de la partie principale de la Faculté des sciences de Paris. Vous y trouverez la confirmation de tout ce qui va suivre (fig. 691).

Ainsi, par exemple, il y a la clnire de botanique : sur une porte vous lirez « Botanique >■>, et lorsque vous aurez franchi cette ■ porte, vous pénétrez dans des locaux qui tous, sans exception, qu'ils soient loge de concierge, salle de cours, vestiaire, herbier, serre chaude, laboratoire, cabinets divers, sont uniquement, exclusivement, affectés à. la botanique.

Dans cet ensemble, les élèves ne sont plus seulement des auditeurs venus pour l'heure du cours, partant lorsque le cours est fini; ils y travaillent, ils y passent des heures consécutives, tantôt ici, tantôt là, guidés dans leur travaux, exercés aux investigations scientifiques, expérimentant eux-mêmes, maladroitement d'abord, habilement plus tard. Puis de temps en temps, une heure ou deux heures par semaine, ces mêmes étudiants quittent un instant leurs travaux pour assister au cours, cours d'ailleurs public, mais fait avant tout pour ces fidèles des études scientifiques.

Eh bien ne voyez-vous pas dans cette méthode moderne quelque analogie avec vos travaux à vous-mêmes ? Chez vous, l'atelier a été de tout temps le grand instrument d'enseignement; le cours vous enlève quelques instants à votre travail d'atelier, vous y retournez le cours fini. Or, votre atcHer, c'est dans l'enseignement scientifique le laboratoire d'enseignement; la méthode actuelle de l'enseignement scientifique, c'est la méthode consacrée de l'enseignement artistique.

Mais comme cet ensemble, que je vous ai présenté sous le titre de « chaire de botanique », a ses nécessités spéciales, comme la physiologie par exemple en aura de tout autres, qui diffère-

Èléiiiiuls et Théorie lie I Archikctme. — II. la

ront de celles de la chimie, très différentes elles-mêmes de celles de la physique, ... etc., etc., il en résulte deux nécessités que vous ne devrez jamais oublier si vous voulez faire une composition pratique à propos d'enseignement supérieur :

L'une, c'est que la composition particuHére de chaque chaire, ou, comme disent les Allemands, de chaque institut, doit être spéciale et ne peut pas être la répétition d'une autre, le programme de l'une étant absolument différent du programme de l'autre.

La seconde, c'est que, en ce qui concerne les laboratoires en particulier, des différences capitales sont exigibles entre les laboratoires des chaires diverses.

Et n'est-ce pas encore là une analogie avec ce qui se passe chez nous? Peintres, sculpteurs, architectes, graveurs, vous avez aussi vos laboratoires, ce sont vos ateHers. Que diriez-vous d'une composition où les ateliers de peintres et ceux d'architectes se feraient servilement pendant? Absurde, direz-vous, parce que vous connaissez bien ici les nécessités de ces différences : eh bien, dites-vous qu'entre le travail du botaniste et celui du chimiste, il y a autant de différences qu'entre le vôtre et celui de votre camarade peintre.

Je sais qu'en vous disant cela, en vous montrant les nécessités vraies de la composition en matière d'enseignement scientifique, je vous enlève un oreiller commode : adieu, je le crains bien, à la pondération, à la symétrie, à tout ce qui fait le plan facile et facilement séduisant. Que voulez-vous? Je ne vous dérobe jamais la vérité, vous le savez bien : sachez de votre côté la bien voir et n'en avoir pas peur. La vérité elle aussi est comme un engrenage : elle possède bientôt tout entier celui qui a osé se hvrer à elle si peu que ce soit.

Dans un ensemble scientifique complet, il y a plusieurs sortes de laboratoires :

LES ÉDiFicr:s d'enseignement supérieur 291

1° Les laboratoires personnels :

Le laboratoire personnel du professeur;

Les laboratoires personnels des préparateurs;

Les laboratoires personnels, mis temporairement à la disposition d'un savant ou même d'un étudiant pour des recherches délicates.

2° Les laboratoires qui ne sont pas personnels, savoir :

Le laboratoire d'enseignement;

Le laboratoire de recherches scientifiques;

Le laboratoire de préparation ;

Le laboratoire de la salle de cours.

3° Enfin les nombreuses dépendances des laboratoires, très diverses suivant la nature de l'enseignement, telles que bibliothèques, herbiers, salles de photographie, dépôts de verrerie et autres — machines à vapeur ou autres — chenils, clapiers et cages — glacières ou étuves..., etc., etc., sans parler des vestiaires, cabinets d'aisances, etc.

Nous allons commencer par les laboratoires proprement dits, et voir d'abord ce qui leur est commun.

Or, une première chose est indispensable à tous, c'est l'air et la lumière. Jamais, entendez-le bien, jamais un laboratoire ne sera trop clair, jamais il ne le sera assez. Jamais non plus il ne sera assez aéré, surtout s'il s'y fait des expériences parfois nauséabondes, comme en chimie ou en physiologie. En somme, un laboratoire répond à son programme, sauf le détail des installations, s'il assure ces trois conditions : place suffisante, lumière très abondante, aération puissante.

Vous pensez bien que je ne vais pas passer en revue toutes les variétés de laboratoires, des volumes n'y suffiraient pas, surtout si je devais vous parler des mille détails d'installation, très ingénieux, très complexes, qui exigent tant d'études de la

part de l'architecte. Je me bornerai à essayer de vous indiquer les principes directeurs auxquels vous devrez vous conformer. Voyons d'abord les laboratoires collectifs, et parmi ceux-ci commençons par les laboratoires d'enseignement.

Pour la place suffisante, rien n'est plus variable, et c'est là essentiellement une question de programme. Tout ce que je pourrais vous dire à cet égard serait dangereux : cette indication doit être donnée par le professeur ou par ceux qui ont qualité pour fixer le programme. Toujours est-il cependant qu'un laboratoire doit être assez vaste pour qu'on ne s'y gène pas mutuellement, qu'on ne mette pas parfois son voisin en danger, et enfin pour que la pièce soit bien aérée, indépendamment de toute ventilation artificielle. Ainsi, aux laboratoires d'enseignement de la chimie, à la Faculté des sciences, votre professeur M. Riban n'a pas voulu que les costiéres réelles des hottes fussent cachées par un pigeonnage vertical, ainsi que cela se fait ordinairement, parce que cette disposition aurait diminué de quelques mètres le cube d'air que peuvent respirer les élèves et cela bien que ces laboratoires soient admirablement ventilés.

Ici donc la régie est simple : faites les laboratoires aussi grands que votre composition le permettra, et si le nombre d'étudiants est déterminé, faites-vous déterminer également l'espace qu'on réclame pour chacun.

Pour l'éclairage, la question est beaucoup plus complexe. Sauf peut-être quelques exceptions pouvant naître d'un programme très spécial, cet éclairage doit être demandé à des fenêtres : fenêtres très larges, très hautes, s'élevant jusqu'au plafond, avec le minimum de trumeaux. Aucun professeur, je crois, n'admettrait des fenêtres en arcade même surbaissée, cela fait trop perdre de lumière. Les vitrages par verres aussi grands

LES ÉDIFICES d'eNSEIGNEMEMT SUPÉRIEUR

que vous le pourrez; des glaces de grand volume ne seraient que mieux, en évitant toute division de petit bois.

Quant à la direction de la lumière, le jour du nord n'a jamais d'inconvénients, les autres orientations peuvent en avoir. Mais il faut d'abord que vous sachiez quel sera le travail à faire, et en premier lieu si le microscope sera l'instrument nécessaire des recherches.

Vous savez en effet que beaucoup ■■ de sciences datent du microscope, que le microscope seul permet les investigations qui révèlent la constitution intime des êtres. Le microscope est l'instrument par excellence des sciences naturelles et médicales, et dans les laboratoires de ces sciences chaque élève est uniquement un observateur habile ou inhabile penché sur un microscope.

Or, pour l'étude microscopique, il faut le jour du nord, l'observateur face au jour; et plus il sera prés du jour, mieux cela vaudra. Donc, pour ces sciences, le laboratoire d'enseignement sera logiquement une salle longue, peu profonde, éclairée unilatéralement de grands jours au nord.

Que si pour une raison impérieuse de composition générale ce laboratoire ne peut être exposé au nord — ou à peu prés au nord — s'il est par exeiiiple orienté par S€s longs côtés à l'est et à l'ouest, il faut alors qu'il soit plus large et que l'éclairage soit bilatéral, car voici a qui se passe : la salle est divisée ou divisible dans sa longueur par un écran (fig. 692), et les élèves

Fig. 692. — Laboratoire d'observations microscopiques divisé par un écran.

A, moitié de salle servant avaat mitii. — B, moitié de salle servait apris midi.

sont obligés de se transporter d'un côté à l'autre de cet écran pour aller travailler contre les fenêtres qui ne reçoivent pas le soleil. Vous ne sauriez trop vous pénétrer de cette nécessité de la lumière. Ainsi, voici deux exemples bien significatifs empruntés à la Faculté des sciences.

Aux laboratoires de physiologie (fig. 693), les observateurs qui se servent du microscope sont placés dans des boiuindoius entièrement vitrés, en saillie au nord sur le bâtiment. Il n'y fait pas très chaud, paraît-il, et je le crois sans peine; mais la lumière est presque celle du plein air; elle est en tous cas aussi intense que possible.

Le laboratoire de botanique (fig. 694) est plus instructif encore.

Ici, profitant de ce que ce laboratoire est dans l'étage de combles, on a pu constituer toute sa face nord avec un seul grand vitrage de Fig. 695. — Laboratoire de physiologie. 1 <r mètres envlrou de longueur,

(Plan du I" étage). -* '^ '

., laboratoire d= physiologie. - 2, salle des machi- commeuçant très près du parquet

nés. — 3, laboratoire. — 4, chenil. — S, salle , ^ 1 r 1

d'opé.ation. - 6, aquarium. g^ niontant jusquau plafond; et

cette surface vitrée est composée de grandes glaces aussi grandes que celles des devantures de boutiques, sauf des parties ouvrantes, également vitrées bien entendu, pratiquées à la partie supérieure pour l'aération. Une échelle roulante à l'extérieur permet le nettoyage des glaces.

Grâce à cette disposition, déjà copiée à l'étranger, on peut travailler au microscope sur quatre rangs de tables parallèles à ce grand vitrage.

LES ÉDIFICES d'eNSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Voilà pour l'éclairage des tables : vous voyez combien on s'en préoccupe; mais il y a encore dans certains laboratoires un instrument de travail très important : c'est l'ensemble qu'on désigne sous le nom de botte.

La hotte, c'est ce qui permet les expériences qui dégagent des vapeurs ou des gaz soit simplement gênants, soit malsains ou même délétères. Lorsqu'on emploie l'acide sulfureux, par exemple, ou telle autre substance aussi fâcheuse, li l-uj lu J il est nécessaire que les ** — ^ — ^ gaz s'échappent au dehors et ne se répandent aucunement dans le laboratoire. On a donc des tables revêtues de carreaux de porcelaine ou d'autres carrelages suivant les cas; ces tables sont constituées au moyen de ce que, en fumisterie, on- appelle des ""i- -»• '•«"'• paillasses. Là, au moyen de réchauds à charbon ou à gaz, ou de courants électriques, se fait toute la cuisine — j'emploie ce mot à dessein. — Comme un fourneau de cuisine, la paillasse est surmontée de la hotte proprement dite, très activement ventilée : cette ventilation entraîne les gaz vers des gaines d'évacuation : je n'entre pas dans le détail des moyens. Mais comme souvent la préparation sous la hotte dure longtemps, on cherche à isoler cet espace du surplus du laboratoire, et des châssis vitrés à coulisses verticales équilibrés par des contrepoids permettent de fermer la hotte pour les gaz et les odeurs, mais non pour la vue.

Fig. 694. — Laboratoire de botanique.

I, salle de travail. — 2, laboratoire. — 3, 4, 5, 6, 7, 8, salles 'de tra-

car il faut qu'on puisse surveiller la préparation. Le travail sous la hotte se fait alors en quelque sorte dans un local contigu au laboratoire, visible par transparence.

Il faut donc que les hottes soient bien éclairées, soit qu'elles s'adossent aux murs de refend, ou à un mur opposé aux fenêtres, soit même qu'une hotte soit isolée au milieu de la pièce. Ce sont en somme les emplacements que nous avons vus pour les fourneaux des grandes cuisines. A certains égards, une cuisine est un laboratoire, et un laboratoire est une cuisine.

En général, on réclame moins une lumière intense pour les hottes que pour les tables d'expériences : la raison en est que sous la hotte on ne fait que préparer l'expérience qui se fera sur la table. Cependant il est bien entendu que la hotte elle aussi ne sera jamais trop éclairée. Et encore certains savants veulent-ils la hotte en pleine lumière : ainsi, M. Berthelot, dont l'autorité est incontestable en pareille matière, demande que les hottes soient adossées directement aux grands vitrages de la façade du laboratoire, et soient elles-mêmes complètement vitrées. Cette disposition conduit nécessairement à l'éclairage bilatéral, afin d'avoir sur une autre façade des fenêtres ouvrantes. Elle n'a été adoptée d'ailleurs pour aucun des nouveaux labora-^ toires de la Faculté des sciences : cela vous montre combien ces programmes sont personnels.

Quant à l'aération, outre celle qui résulte du renouvellement de l'air par les fenêtres, il faut qu'elle existe même avec toutes portes et fenêtres closes. On ne peut pas en effet, dans un laboratoire, rester dans une atmosphère incessamment imprégnée de gaz souvent nuisibles. Toutefois, les conditions sont très différentes : ainsi des laboratoires de géologie, de minéralogie, de botanique ont infiniment moins besoin de ventilation que ceux

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de chimie, de physiologie, d'anatomic, etc. En général, tout laboratoire qui doit être pourvu de hottes doit aussi être assuré d'une ventilation puissante de la salle elle-même. Suivant les cas et les exigences particulières de l'enseignement, cette ventilation sera assurée au moyen d'appels activés par des brûleurs ou des rampes à gaz, ou mieux au moyen d'insufflations par une action mécanique quelconque, suivant la nature du moteur dont on pourra disposer. Mais en tout état de cause l'air vicié sera entraîné, par aspiration ou par insufflation, dans de larges gaines qui s'élèveront au-dessus des toitures. Ces gaines seront nombreuses et motiveront des constructions spéciales bien autrement importantes qu'un tuyau de cheminée : elles doivent être très larges, car dans une gaine étroite la vitesse d'évacuation des gaz est trop ralentie par les frottements. Il faut donc que le laboratoire, s'il est dans un étage inférieur, se trouve au-dessous de locaux que ces gaines puissent traverser sans inconvénients : vous voyez que des laboratoires de cette nature ne peuvent guère trouver place au-dessous de grandes salles comme des salles de collections par exemple. D'ailleurs, tout cet ensemble ne peut généralement comporter des étages nombreux, les rezde-chaussée en seraient trop assombris. Un rez-de-chaussée, un premier et un deuxième étages constituent, sauf nécessité absolue, un maximum qui ne doit guère être dépassé.

Il va sans dire que les laboratoires doivent recevoir de nombreuses et importantes canalisations, pour l'eau, le gaz, l'air comprimé, les circuits électriques, etc., ainsi que pour les évacuations des eaux usées.

Le chauffage en est généralement assuré par la circulation d'eau chaude ou de vapeur, avec introduction d'air pur contre les surfaces de chauffe.

Tout laboratoire d'enseignement doit se prêter à cet enseignement. Les élèves n'y sont pas livrés à eux-mêmes, un professeur ou un chef de laboratoire préside aux travaux, les dirige, les critique : à ce point de vue, le laboratoire est aussi une salle de conférences. Ainsi, je vous ai cité le laboratoire de botanique de la Sorbonne : là une cinquantaine d'élèves observent dans le microscope des échantillons semblables, par exemple la section d'une tige de plante déterminée : le professeur, au tableau, leur explique ce qu'ils voient ou leur indique ce qu'ils doivent voir : il leur apprend ainsi à observer. De même pour toutes les sciences naturelles. Cela n'empêche pas d'ailleurs qu'il ne passe prés des élèves et ne leur donne des avis ou des explications à leur place même, ni que l'élève n'aille consulter le professeur. Il faut donc une place spéciale pour le professeur, bien en vue. Mais il faut aussi que dans tout laboratoire la circulation soit facile. Les hommes de service ou les élèves euxmêmes ont à porter des objets parfois lourds ou volumineux, ou dont le contact serait corrosif; et d'autre part pour la surveillance, il faut que le maître puisse tout voir et puisse au besoin se porter vivement là où une imprudence est commise ou va se commettre.

Il faut enfin que l'issue des laboratoires soit facile, de ceux surtout où des expériences peuvent être parfois dangereuses. Un membre de l'Académie des sciences racontait un jour devant moi que, étant élève chimiste, il avait eu subitement ses vêtements en feu à la suite d'une maladresse, et qu'il n'avait dû son salut qu'à la présence dans la cour voisine d'une grande vasque pleine d'eau où il s'était précipité.

Telles sont les plus importantes des considérations générales que peuvent motiver les laboratoires. Mais il y a entre eux des

LES ÉDIFICES d' ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR 299

variétés spécifiques très grandes, vous l'avez déjà compris. Je ne puis vous les signaler toutes, il faudrait tout un traité, et encore n'y trouveriez-vous pas d'indications précises pour le laboratoire que vous aurez quelque jour à établir avec le concours d'un professeur qui aura ses visées personnelles pour son enseignement. Je ne puis que vous citer des exemples, en les prenant encore à la Sorbonne, parce que c'est là que se trouvent les laboratoires les plus nouveaux. Aujourd'hui, les installations de la Sorbonne sont en tête des progrès accomplis; dans vingt ans, les méthodes et les programmes auront sans doute changé.

Je vous ai dit ce qu'est le laboratoire de botanique : vous pouvez le prendre pour exemple de ce qu'est un laboratoire destiné à des travaux purement microscopiques. Ainsi, une disposition analogue conviendrait pour un grand nombre de sciences naturelles, telles que l'entomologie, la miologie, etc., et pour les sciences médicales qui observent les infiniment petits, par exemple la bactériologie.

Mais ne croyez pas que ce laboratoire soit tout simplement une salle; entendez bien au contraire qu'il comporte de nombreuses dépendances, qui ne seront pas toutes énoncées dans un programme lorsqu'on vous dira simplement un laboratoire de botanique, ou de toute autre science pouvant s'étudier dans des conditions analogues. Outre les vestiaires, cabinets d'aisances, etc., il faudra un herbier, c'est-à-dire une disposition permettant de très nombreux tiroirs et des vitrines; car, en dehors des collections de musées qui existeront dans le même étabUssement, il faut toujours les collections spéciales au laboratoire, collection d'étude quotidienne dont les échantillons doivent pouvoir être manipulés par les étudiants.

De même, le laboratoire a sa bibliothèque, aux Hvres souvent consultés, rapidement usés, que l'étudiant ouvre à côté même

de l'objet qu'il observe : absolument comme dans vos ateliers, vous avez votre bibliothèque d'étude, sans préjudice de la bibliothèque de l'École.

II faut encore une salle de photographie, elle-même avec ses dépendances : en réalité, un petit laboratoire photographique. Puis des dépôts pour les instruments, la verrerie, etc.

Enfin des serres chaudes et tempérées, serres d'expériences et non de musée.

Vous voyez par cet exemple quel ensemble complet représente ce simple mot : un laboratoire.

Ainsi donc, voilà un premier groupe, les laboratoires destinés aux observations avant tout microscopiques. Tout autres sont les laboratoires pour les sciences physiologiques ou d'histoire naturelle étudiant les conditions de la vie : pour bien saisir la différence, il faut se rendre compte de la différence des études. Pour la botanique, je vous disais que cinquante étudiants observent simultanément le même élément. A la physiologie, que je prends pour type du second groupe, cinquante étudiants devront, s'il est possible, voir à la fois une expérience unique, suivre ensemble une démonstration soit sur le vif, soit sur le cadavre. La salle principale du laboratoire sera donc ici une grande salle, bien éclairée, bien aérée, où les étudiants se grouperont autour des instruments de torture où se font des expériences cruelles. Les parois opaques reçoivent l'adossement de hottes nécessaires pour bien des préparations. Mais il se fait aussi des observations microscopiques, et ici, pour que l'observateur ne soit pas dérangé, on lui a ménagé de véritables cabinets spéciaux au moyen des bowindows dont je vous ai parlé.

Les dépendances sont nombreuses aussi; en premier lieu, dans une cour voisine, les chenils, clapiers à lapins et à cobayes,

LES EDIFICES D ENSEIGNEMENT SUPERIEUR 30I

les cages d'animaux divers, des aquarium : tout cela pour les animaux destinés aux expériences. D'autre part, une infirmerie pour les animaux en observation après expérience : par exemple un animal à qui on a enlevé un organe, ou à qui on a injecté un virus ou un poison. Nous trouvons encore ici la salle de photographie, la bibliothèque spéciale, des collections d'étude. Puis, la petite salle de vivisection que je vous ai décrite, distincte de la salle de cours; enfin, en sous-sol, un four crématoire pour l'incinération des cadavres et des résidus de dissection.

Souvent, ces sortes de laboratoires comportent une salle de dessin, et un atelier de moulage; enfin un atelier pour la préparation des pièces à conserver soit dans l'alcool, soit par injection de substances appropriées.

Naturellement, il faut des dépôts de verrerie, etc., et des diverses matières antiseptiques et autres dont l'usage est continuel.

Avec des variantes inévitables, ce type de laboratoires peut s'appHquer à la plupart des sciences zoologiques.

Il y a cependant, en histoire naturelle, des laboratoires très différents comme combinaison, en raison de la nature spéciale des sujets d'expérience. Ce sont les laboratoires d'icthyologie — étude de la vie des poissons, crustacés, et en général des animaux marins.

Et rien ne nous montre mieux l'importance des laboratoires dans les études scientifiques modernes : la chaire de zoologie au Muséum d'histoire naturelle a l'un de ses laboratoires dans le département de la Manche, à Saint- Waast-la-Hougue, non loin de Cherbourg. M. Dauphin, architecte de cet établissement, a bien voulu me communiquer une description de ce curieux

centre d'études; je pense vous intéresser en vous le résumant

Les laboratoires de zoologie maritime destinés à Tétude de la faune marine ainsi que des végétaux marins sont assez nombreux. Tels sont en France ceux de Roscofif, Boulogne, Concarneau, Arcachon, Marseille, Alger, et celui de Saint-Waast, installé dans la petite île du Tatihou.

Dans ce dernier, les étudiants sont logés, c'est une nécessité de situation. Il y a aussi un personnel assez nombreux de garçons de laboratoire et de marins et pécheurs.

Lorsque le temps s'y prêle, les explorateurs, c'est-à-dire les étudiants eux-mêmes, partent soit sur une chaloupe à vapeur ou des canots, soit à pied, à marée basse, pour aller récolter des sujets d'étude à la drague en mer, ou dans les sables ou les anfractuosités des rochers. Au retour de la pêche, tout le butin est déposé pêle-mêle dans un bassin plat, lavé constamment par de l'eau de mer, situé au centre d'une salle qui prend le nom de salle de dragage et de remise des agrès. Attenant à cette salle se trouvent des cabinets de toilette pour les explorateurs.

Chaque étudiant a son laboratoire personnel, contigu à sa chambre à coucher. Ces laboratoires sont destinés avant tout à l'observation microscopique.

L'établissement comprend une grande salle des aquarium; c'est là qu'on conserve les sujets réservés à des expériences. Les bassins, qui doivent naturellement recevoir de l'eau de mer, sont alimentés au moyen de pompes; pour cela, on pratique des citernes au niveau que peut atteindre la marée montante, et c'est de là que l'eau est élevée dans un château d'eau, haut de 8 à 10 métrés au-dessus du sol.

Le laboratoire se complète par un petit laboratoire de chimie, une salle de photographie avec dépendances, un dépôt de verrerie.

LES ÉDIFICES d'eNSEIGNEMEN't SUPÉRIEUR 303

Une salle de conférences, une bibliothèque et des collections assez importantes sont adjointes aux laboratoires, qui comportent également le logement du directeur, du chef des travaux et de préparateurs; ces logements dans des pavillons séparés, ainsi que ceux des gens de service; enfin un petit port d'abri pour les embarcations.

A ce laboratoire d'expériences est annexé un laboratoire de pisciculture, comprenant d'abord une grande salle avec plusieurs bassins pour la conservation des animaux reproducteurs; puis une salle dite d'éclosion où se fait tout un travail compliqué pour que les œufs ne se perdent pas; enfin un grand vivier en pleine mer, excavation demi-circulaire de 50 mètres environ de diamètre, où sont conservés dans des caisses perforées les plus grands sujets d'étude.

Tout cela, avec toutes les dépendances inévitables, forme, comme vous le voyez, un grand établissement, sorte de colonie de travail et d'application pour les étudiants qui trouvent bien au Muséum l'instruction théorique et même le laboratoire scientifique, mais qui vont là pendant quelques mois, au contact de la nature elle-même, étudier surtout dans les animaux les plus primitifs les relations qui existent dans la chaîne des êtres.

A peu de chose près, les divers laboratoires qui répondent à ce même programme sont analogues entre eux; les différences tiennent surtout aux conditions très différentes d'accès. Ainsi à Roscofî et dans d'autres établissements, toujours accessibles, il n'y a pas besoin de loger les élèves ni les maîtres; dans une île comme Tatihou, qui peut, pendant des jours et parfois des semaines, rester inaccessible, ce logement est indispensable, avec tout ce qu'il comporte : cuisines, dépôts de vivres, salles à manger, etc. C'est ici le programme d'enseignement, doublé du programme d'habitation.

Je rentre à Paris avec les laboratoires de physique (fig. 695). Tout d'abord, une grande salle, très claire, où se font les expériences : pour cela, des tables et des hottes, avec des fourneaux

spéciaux pour les hautes

^yTI'ï'Jl[''j| ^ ÎI'IT" ■'iîF"l températures, des étuves, une *-T.--,r = ,.,„^r==-|, *^^^^ I place importante pour le ta-

* ** bleau noir, etc. Une salle

obscure; une salle de photographie ; de nombreux casiers,

- 2, bureau du maître de conférences. g^ (Jgg vitrittCS tréS ImpOr-

onféreuccs. — 4, laboratoire du direc- ^

Fig. 695.

- Laboratoire d'enseignement de la physique.

I, salle de collections — 3, laboratoire de con

teur. — s, bureau du directeur. — é, laboratoire du direc- 4-„„<.p(; nnnr Ipç .in ÇtriimPtltÇ • teur. —7, laboratoire.— 8, cabinet du sous-directeur. — laULCS pOUr ICS 'in birUIIieillS , 9, laboratoire du sous-directeur. — 10, bibliothèque. — II, magasin. — 12, atelier. — IJ, salle des balances. — 14, lelier. — 15

atel

15, laboratoire du préparateur.

toujours une bibliothèque

spéciale.

Dans un laboratoire de physique, il y a des instruments qui

doivent être placés sur des massifs fondés sur le bon sol, isolés de tout parquet; ces conditions ne sont réalisables que dans un rez-de-chaussée. Puis, une galerie des expériences de magnétisme, salle voûtée, sur terreplein ou sur voûte, sans aucune ferrure : serrures, targettes, charnières, tout y est en cuivre. Il y a toujours une salle spéciale, bien close, et à l'abri des trépidations, pour les balances de précision.

A la Sorbonnc, la chaire de physique a demandé, pour des expériences d'optique, la disposition d'une galerie de 65 mètres de longueur, et une tour permettant également

Fig. 696. — Laboratoire de minéralogie.

1 , escalier des sciences naturelles. — 2, ves' tiaire. — 3, salle des fourneaux. — 4, magasin.— s, laboratoire. — 6, laboratoire des professeurs. — 7, cabinet des professeurs. — 8, vestiaire. — 9, laboratoire.

65 mètres de hauteur pour le regard.

LES ÉDIFICES d'eNSEIGNEMENT SUPÉRIEUR'

Ici l'ensemble se complète par des moteurs à gaz ou à vapeur avec les dépendances nécessaires ; ces moteurs actionnent des dynamos, des ventilateurs et des engins nécessaires aux expériences sur la pesanteur, les chocs, etc.

Le laboratoire de minéralogie (fig. 696) comporte à la fois des expériences et des observations microscopiques. Ici, il faut des casiers très nombreux pour les échantillons en ordre, et tout un outillage pour scier, poHr, pulvériser, ainsi que des fourneaux à haute température pour les expériences de fusion. Ce laboratoire est à proprement parler un atelier.

Les laboratoires de chimie (fig. 697) sont les plus importants de tous par la surface qu'ils occupent. Il faut que chaque étudiant manipule, apprenne à analyser, à expérimenter, et pour cela il lui faut deux instruments principaux : la table d'expériences et la hotte.

Dans des universités allemandes, les conséquences de ces nécessités ont été poussées à l'extrême logique : voulant que l'étudiant trouve dans le laboratoire des conditions analogues à celles qu'il rencontrera plus tard, on a constitué pour chacun une sorte de loge avec sa petite table et sa petite hotte; le tout est volontairement exigu, afin que l'étudiant s'habitue à ne pas prendre toutes ses aises : on le prépare ainsi aux conditions toujours restreintes qui sont celles de l'industrie pratique.

Chez nous, on n'a pas adopté cette théorie, et le travail se

ÉUmenls et Tbiorie de V Architecture. — II. ao

Fig. 697.

Nouvelle Sorbonne.

Laboratoire d'enseignement

de la chimie.

1, salle (le conférence. — 2, laboratoire. — 3, salle de physique. — 4, laboratoire. — J, salle lie préparation du coure.

— 6, salle de conférence. — 7, dégagement — 8, laboratoire. — 9, chambre noire. — 10, bibliothèque. — II, cabinet de professeur. — . ll, salle dV nalyse du gaz.

fait plus en commun; chaque étudiant peut voir ce que font ses voisins, et s'étendre un peu si son voisin a besoin de moins de place que lui. Question de programme, qui échappe à l'architecte : quant à nous, il nous est aussi facile de faire un laboratoire par stalles que sans divisions.

Voici en tous cas la disposition des laboratoires d'enseignement de la Faculté des sciences, établie d'après les desiderata de votre professeur M. Riban. Ces laboratoires sont jusqu'à nouvel ordre la plus parfaite expression de ce programme particulier. Tout d'abord, il convient d'établir que dans tout laboratoire de chimie, malgré toutes les précautions de ventilation, il y a des expériences qui ne peuvent se faire qu'en plein air. Il faut donc que l'étudiant puisse, selon les cas, travailler à la table d'expériences — sous la hotte — en plein air.

Le travail sous la hotte est généralement connexe avec le travail de la table d'expériences, l'un étant souvent la préparation de l'autre. En plein air, il n'y a plus besoin de hotte, puisque la hotte n'est qu'un moyen de constituer dans une salle un endroit parfaitement aéré; mais la table d'expériences étant moins aérée, c'est cette table qu'il s'agit de retrouver en plein air. On aura donc dans une cour des tables d'expériences, simplement abritées par une toiture vitrée : on travaille en réalité sous une marquise.

La grande salle du laboratoire est éclairée des deux faces par des baies aussi larges et hautes que possible; un large passage parallèle aux murs de face la divise longitudinalement, et dans chacune des deux moitiés ainsi obtenues, chaque fenêtre éclaire un compartiment pouvant recevoir 8 à lo étudiants. Pour cela, il y a dans l'axe de la fenêtre un groupe de tables d'expériences adossées l'une à l'autre, et de chaque côté une hotte, vitrée bien entendu; la hotte d'un compartiment est ainsi adossée à la

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hotte du compartiment voisin, dont elle est séparée par un mur de refend. La salle est donc, comme construction de gros œuvre, une double série de stalles séparées par des murs, ayant chacune sa fenêtre, et complètement ouvertes sur le passage milieu, qui assure la surveillance.

Grâce à cette disposition, chaque étudiant a sa place et trouve sous la main les objets nécessaires sur la table d'expériences; il n'a d'ailleurs qu'à se retourner pour se servir de la hotte ; il peut en quelque sorte travailler d'une main à la table, de l'autre à la hotte. Le bon ordre et la surveillance sont assurés par la circulation médiane. La ventilation des hottes est extrêmement active; la gaine de ventilation descend presque jusqu'au sol, le mur séparatifde deux hottes étant accompagné de deux murs isolés se trouve ainsi entre deux espaces libres où s'établit par appel un courant d'air permanent très énergique; la fonction de la hotte est ainsi double : par ce fond creux, elle enlève toutes les vapeurs qu'on envoie derrière l'écran du premier mur : par exemple, un liquide chauffe dans une cornue : par un simple tube de. caoutchouc, on envoie les vapeurs à travers un manchon dans la gaine verticale, ces vapeurs sont enlevées sans avoir pu se répandre dans le laboratoire, pas même sous la hotte; puis au sommet de cette hotte, de larges issues donnent passage aux gaz et vapeurs mélangés à l'atmosphère : c'est la fonction ordinaire de la hotte.

Voilà pour la salle; voyons maintenant le plein air : c'est fort simple, la disposition en plein air n'est que la répétition de la salle. Le long du bâtiment existe une marquise vitrée, et, perpendiculairement, des abris vitrés, séparés par des mitoyennetés qui sont le prolongement de celles des hottes. Il y a donc des compartiments de plein air en même nombre, et de même entre axe que ceux de la salle. Le centre est à ciel ouvert :

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chaque compartiment représente ainsi une cour particulière avec marquises vitrées au pourtour. Chacun de ces compartiments de plein air est affecté au môme groupe d'étudiants que la division correspondante de la salle.

Le laboratoire de chimie a de nombreuses annexes, car cette salle que je viens de décrire ne sert qu'au travail journalier et en quelque sorte classique des manipulations. Mais il y a des expériences qui, même dans un laboratoire d'enseignement, çxigent des conditions spéciales : salles des hautes températures des courants électriques, d'autres encore : pour nous, cela veut dire en résumé quelques salles bien éclairées, bien ventilées et pouvant recevoir des adossements de hottes. Il y a encore la salle de photographie, la bibliothèque, et des dépôts importants pour les instruments placés dans des armoires; pour les produits chimiques, ce qu'on pourrait appeler la droguerie; pour la verrerie, très considérable. Le laboratoire de chimie a besoin, comme celui de physique, de force motrice; mais il sufEt généralement de la demander à l'électricité ou à l'air comprimé sans qu'on ait besoin de générateurs et de machines à vapeur.

Je pourrais continuer à vous entretenir longtemps encore de ce sujet qui est vraiment inépuisable. Je vous en ai dit assez, je crois, pour vous donner une idée de ce que sont ces instruments d'enseignement qu'on appelle laboratoires, et je vous en ai montré des types assez divers pour que vous puissiez y trouver des éléments d'analogie lorsqu'il le faudra. Voyez bien surtout que le laboratoire se compose d'après ce qu'on y' fait: il sera tout autre si l'étudiant doit être toujours penché sur scn microscope, ou s'il fait des expériences d'ébullition, d'évaporation, etc.

; Je vous parlerai plus loin, d'ailleurs, de quelques autres lieux

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d'étude qui ne sont pas sans analogie avec des laboratoires : vos ateliers, les salles de dissection, etc.

Quant à présent, il me reste à épuiser ce sujet par quelques indications assez courtes sur les autres laboratoires, ceux qui, tout en concourant à l'enseignement, ne sont pas des laboratoires d'enseignement au sens propre du mot.

Chaque chaire possède un laboratoire de recherches; là ce ne sont pas des étudiants, ce sont des savants qui poursuivent des expériences souvent longues. Le personnel n'y sera pas nombreux, mais la place doit cependant être large, car des travaux divers s'y poursuivent à la fois, et souvent une expérience en cours immobilise pendant assez longtemps une partie du laboratoire.

Autrement, ce laboratoire de recherches sera analogue au laboratoire d'enseignement respectivement correspondant : toujours clair, ventilé, assez vaste, pourvu des mêmes facilités de travail.

Réservé aux travaux les plus sérieux, il doit être à l'abri des allées et venues, du bruit; il sera donc disposé dans la partie la plus tranquille de l'ensemble affecté à chaque enseignement.

Il en sera de même du laboratoire personnel du professeur, et des autres laboratoires personnels d'étude. Non seulement il faut ici la tranquillité, mais les savants tiennent beaucoup aussi à la discrétion.

Le laboratoire de préparation est en général assez grand, presque autant que le laboratoire d'enseignement. Son titre indique ce qu'il est : c'est en réalité le domaine des préparateurs. On y fait tous les travaux premiers de l'expérience qui se conclura ensuite soit dans le laboratoire de recherches, soit dans celui du professeur. Pour nous, c'est encore une grande salle

analogue aux précédentes, toujours bien éclairée, bien ventilée, et avec quelques dépendances particulières.

Entin le laboratoire de préparation du cours est celui qui attient à la salle de cours, et où se préparent les expériences qui vont être réalisées sous les yeux des auditeurs. Ce laboratoire ne diffère des précédents que par la nécessité de sa communication immédiate avec la salle de cours. Pour les cours de physique, chimie, etc., on dispose, comme je vous l'ai dit, une grande baie dans le mur séparatif entre deux hottes, l'une dans le laboratoire, l'autre dans la salle de cours; les objets passent d'une salle à l'autre sur des tables au même niveau sous ces deux hottes, et un châssis à coulisses verticales permet de fermer cette baie au droit du mur séparatif.

Mais tout cela, c'est — autant que j'ai pu vous l'exposer — le laboratoire d'aujourd'hui. Que sera le laboratoire de demain ? Ce qu'exigera l'état de la science et son enseignement, c'est-à-dire encore l'inconnu. Un laboratoire, vous ai-je dit, est un instrument entre les mains d'un savant, et il veut que l'instrument lui convienne. Il faut donc prévoir des changements fréquents, et si la construction elle-même est forcément invariable, il n'en est pas de même des installations; puis, il faut penser que les besoins iront toujours en croissant. De là résulte la conception de laboratoires actuellement plus que suffisants : il faudrait pouvoir y réserver de la place disponible; et il faut aussi que l'installation soit transformable. Pour cela, ayez le moins possible de murs et de piliers intérieurs; si les portées de planchers au-dessus de vos laboratoires sont grandes, demandez la force plutôt à des poutres robustes et de longue portée, qu'à des points d'appui que la construction réclamerait peut-être mais qui seraient un obstacle aux transformations. Faites en un mot des laboratoires dont le périmètre aussi grand que possible

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soit autant que vous le pourrez vide de constructions intérieures.

Je voudrais bien pouvoir vous résumer ces considérations un peu longues et peut-être confuses pour vous. A certains égards ce n'est pas impossible. Vous voyez en effet que partout les programmes nous crient : de la lumière, de l'air, de l'ordre! Avant tout en effet vous aurez donné à des laboratoires leur caractère distinctif si vous en faites des salles évidemment éclairées, évidemment aérées. Évidences évidentes, direz-vous : il faut croire que non, car j'ai vu parfois dans vos plans des pièces qualifiées laboratoires, étroites et profondes, et éclairées par le petit côté : je ne répondrais pas de n'en avoir pas vu qui n'étaient pas éclairées du tout, sous prétexte que cela pouvait s'éclairer par en haut! Vous devez voir maintenant si c'est admissible.

Mais sauf cette prescription générale et absolue de large lumière et de large aération, de cube d'air libéralement accordé, le reste devient question de programme spécial. Or, je vous l'ai souvent dit et vous le savez bien, nous ne cherchons pas dans notre école à vous donner des recettes qui seraient bientôt surannées; nous cherchons à développer votre imagination et votre raison, à faire de vous des hommes capables d'étudier un programme et de satisfaire à des besoins.

Or, si nous cherchons dans nos archives, nous verrons que très souvent vous ou vos prédécesseurs avez eu à traiter des sujets d'enseignement supérieur. Mais les mots avaient un sens inconnu ; on ignorait ce qu'est une salle de cours ou un laboratoire; j'ai cherché à ce que désormais ces mots aient pour vous un sens; et si dans vos études, aujourd'hui, vous savez chercher à comprendre ce qu'est votre programme, ce que l'archi-

tecte doit loyalement faire pour que son œuvre soit utile, alors je ne suis pas inquiet pour vous : dans vingt ans, si vous avez à construire un édifice de ce genre, les programmes auront sans doute bien changé; mais vous saurez être alors l'homme du programme d'alors, parce que vous aurez appris aujourd'hui à être l'homme du programme d'aujourd'hui.

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