‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 4 sur 82 · I.JLJ · texte numérisé non relu

I.JLJ

Fig. 564. — Plan du château de Champs.

I, office. 2, domestiques. 3, bains. 4, chambre. >, salle à manger. 6, salle RlOnûCl COndâlTinC 1 CITl" des gardes. 7, billard. 8, salon chinois. 9, bibliothèque. lo-ii,

"'""^"'- ploi de fausses portes

répétant les vraies, et qui empêchent de disposer le mobilier.

Nous n'avons plus la chambre en estrade ou la chambre de parade : ces indications n'en restent pas moins utiles et pratiques, car Blondel s'est placé au véritable point de vue quand il s'agit d'habitation : la vie intérieure et l'harmonie de l'architecture et du mobilier.

Vous comprenez bien d'ailleurs, sans que j'aie besoin d'insister, que les chambres dont parle Blondel sont des chambres de grands seigneurs : l'architecture alors n'avait guère cure du ' simple bourgeois, encore moins de l'artisan.

Aujourd'hui, au contraire, l'habitation du grand seigneur n'existe plus guère, et plus ou moins riches, grandes et luxueuses, nos chambres sont celles de tout le monde. La

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chambre à estrade, à balustrade, etc., n'auraient aujourd'hui, je le répète, aucun sens, et si parfois on en exige des singeries à i^grands renforts de faux bois ou de carton-pâte, ce sont là des illusions de parvenus dont nous ne nous occuperons pas.

Mais la voie ouverte par les architectes du xviii'= siècle a été suivie; le but à poursuivre avait été nettement vu et indiqué; si kl recherche s'est ralentie pendant la première moitié de notre siècle, elle s'est accentuée de nouveau de nos jours, et du travail de tous on peut désormais dégager des régies d'expérience que j'essaierai de formuler à votre intention, y/

Au point de vue de la disposition générale, il faut considérer un appartement avec plusieurs chambres, souvent assez nombreuses. Les unes seront principales, les autres secondaires : mais en tous cas, l'ensemble de ces chambres forme dans l'appartement, — ou dans l'hôtel, la maison, la villa, — l'habitation intime, la vie de famille. Il est donc bon que ces chambres soient groupées, qu'elles communiquent entre elles facilement, qu'on puisse en cas de maladie être à portée les uns des autres.

Vous ne disposerez bien un plan d'habitation que si vous vous rappelez constamment ce qui a toujours été le principe nécessaire de l'habitation, aussi bien dans l'antiquité que chez nous : séparation et indépendance réciproque de la partie publique et de la partie intime de l'habitation.

Entendez-moi bien d'ailleurs quand je parle de partie publique, je veux dire par là la partie où peuvent se trouver momentanément des personnes étrangères à la famille.

Qu'arrive-t-il en effet dans les appartements si nombreux où deux chambres sont dans une aile, trois dans une autre ? Outre l'èloignement, il faut presque toujours pour aller d'une aile à l'autre traverser l'antichambre, passer près de l'entrée de service

et des fournisseurs. Dans cette antichambre, il y aura du monde venu pour affaires, plusieurs personnes y attendent. Que fera la maîtresse de maison qui n'est pas encore habillée peut-être ? Il lui est impossible d'aller dans ces chambres éloignées où quelqu'un des siens peut-être est malade; ou si elle trouve un moment pour y aller, elle y reste emprisonnée par le coup de sonnette d'un arrivant. Au point de vue de la famille, la disposition d'un appartement ne saurait présenter d'inconvénients plus graves que la dispersion des chambres. J'ajouterai que c'en est un également pour le service, car le service comporte nécessairement une foule d'allées et venues et de transports entre les diverses chambres. Il réclame donc lui aussi cette indépendance que je vous signale comme la qualité maîtresse d'une bonne distribution d'habitation.

Ainsi donc, si nous supposons une composition parfaite d'appartement, les chambres seront groupées, chacune sera en communication facile et voisine avec les autres, indépendante cependant. Le service de chacune des chambres pourra se faire sans emprunter l'une des autres; enfin cet ensemble d'habitation intime devra comprendre tout ce qui lui est nécessaire : cabinets de toilette, cabinets d'aisances, bains, garde-robe, Hngerie; entre les chambres et tout cela, la communication doit être assurée et libre, tandis que dans une autre partie de l'appartement on reçoit pour affaires, ou pour relations mondaines. Un tour de clé ou un verrou poussé, et la vie intime de famille doit pouvoir être inviolable dans sa citadelle, qui est la chambre et ses dépendances, — les chambres et leurs dépendances.

Mais il y aura, avons-nous dit, des chambres principales : une surtout, celle de la maîtresse de maison. Chambre en quelque sorte d'apparat, car l'ancienne habitude de la réception intime dans la chambre à coucher tend à renaître. Le salon ou

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les salons ne sont pas toujours en état de réception, et souvent une visite intime est reçue dans la chambre : il y a même une certaine nuance d'amitié dans cette réception.

La chambre principale devra donc être accessible par les salons, car ce n'est pas par des entrées secondaires de service qu'on y introduira des amis. J'ajouterai que dans certaines occasions, une soirée par exemple, cette chambre à coucher peut s'annexer aux pièces de réception; rien n'empêche d'ailleurs, au contraire, que, comme l'indique Blondel, elle fasse partie des enfilades de l'appartement. Mais en même temps elle sera en communication facile avec ses dépendances : cabinet de toilette, lingerie, etc., et aussi avec les autres chambres. Il faut toujours dans la distribution prévoir les communications entre pièces contiguês. Si l'on n'y tient pas, rien n'est plus facile que de condamner une porte, tandis que en ouvrir une après coup est toute une affaire.

Et maintenant, voyons ce que sera cette chambre prise en elle-même. Elle sera, s'il est possible, exposée au midi, ou presque au midi. C'est pour les chambres surtout que l'exposition a une importance capitale.

Elle aura autant que possible deux fenêtres; cela permet entre i^^.A/les deux un trumeau qui est une place excellente pour une glace. La personne qui s'y regarde est éclairée en pleine lumière.

La porte principale ou les portes d'enfilade seront disposées comme l'indique Blondel, de façon à laisser le tond de la chambre avec le lit bien abrité. Ces portes seront à deux vantaux, non seulement pour l'aspect, mais aussi parce qu'une large porte est nécessaire pour le passage des meubles.

11 est rare que le motif du lit nécessite pour nous un arrange-

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ment spécial; aussi la cheminée sera plutôt dans le milieu de la paroi, d'autant plus que pour pouvoir pratiquer l'arrangement conseillé par Blondel, il faut des chambres très profondes. Mais, suivant son conseil, gardez-vous de répéter vos vraies portes par des fausses portes, qui sont une gêne terrible pour les meubles.

Dans la partie du fond, vous aurez une porte de service et de communications. La figure 565 vous montre un exemple

théorique de ce que peut être une disposition de ce genre.

Comme vous le voyez, ce qui vous dirige dans la dispotion, c'est le meuble. Aussi, rappelez-vous bien que dans une chambre bien distribuée, il n'y a pas de portes dans les milieux : on a toujours quelque meuble important à placer dans les milieux de panneaux, ou des tableaux, portraits, etc.

Quant à la forme de la chambre, elle sera sensiblement rectangulaire, parfois cependant avec des parties arrondies, des motifs de fantaisie, ou des sujétions provenant d'une forme de terrain.

Mais l'alcôve, qui a été si longtemps en honneur, est maintenant déconseillée par les progrés de l'hygiène.

A quoi bon, en effet, avoir une chambre spacieuse, offrant un grand cube d'air, pour aller respirer seulement l'air d'un petit compartiment enfermé ? Si cependant vous aviez à faire des chambres à alcôves, ouvrez-les largement et aussi haut que possible, évitez les zones stagnantes d'air non renouvelé. Il faut

Fig. 565. — Cil: nibre principale et cabinet de toilette.

LA CHAMBRE DANS L HABITATION MODERNE

pour les alcôves penser au service : le lit étant souvent de dimension à remplir presque entièrement l'alcôve, il faut qu'après l'avoir tiré en avant, on trouve par derrière ou sur le côté une petite porte qui permette de passer derrière le lit pour le service. C'est ce qu'on appelait une porte d'alcôve.

On est arrive de même à supprimer beaucoup de draperies, les baldaquins, les rideaux de lits. Les tentures d'étoffes sont mauvaises dans une chambre à coucher, ce sont des embuscades d'ennemis invisibles. Aussi les anciennes tapisseries étaient à la vérité un très beau motif, mais dans les chambres un motif anti-hygiénique. La salubrité de la chambre a été

bien

mieux comprise avec

• l^fes lambris de menuiserie

Chambres de l'hôtel de Cluny.

décorés de jolies peintures

aux xvii'^ et xviii*^ siècles.

Enfin, la chambre ne comporte pas, à mon avis, le chauffage par

calorifère, du moins par calorifère à air chaud. Ce chauffage

dégage toujours un peu d'oxyde de carbone, et la nuit sa perfidie

peut être funeste, soit lentement, soit tout à coup.

11 me reste à vous montrer que la chambre à coucher a motivé des chefs-d'œuvre en architecture. La théorie ne peut

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Fig. 567. — Chambre du Roi à Fontainebleau.

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Fig. 568. — Plafond de la chambre du Roi, à Fontainebleau.

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guère vous parler que de dispositions, de relations de voisinage, de nécessités, d'hygiène. Ne croyez pas pourtant que l'architecte ait tout fait lorsqu'il a satisfait à ces théories. Il lui reste à rendre la chambre aimable et artistique. Et quelle partie de nos habitations mériterait donc mieux que la chambre ce soin de l'artiste ?

Comme toujours, je vous citerai surtout ce que vous pouvez voir facilement. Comme chambres du Moyen -âge, vous verrez certaines pièces de l'Hôtel de Cluny (fig.

56e), qui étaient certainement des chambres. Vous en verriez aussi au château de Saint-Germain, mais moins reconnaissables.

Je vous ai cité déjà la chambre de Henri II au Louvre. C'est un exemple admirable, avec ses magnifiques proportions, son plafond merveilleux, ses portes et ses lambris. Cette chambre mériterait bien certainement qu'on la débarrassât des objets qui y sont exposés et qui la cachent en partie, comme si un Musée quelconque pouvait avoir mieux que cela à montrer.

A Fontainebleau, vous pourrez voir quelques chambres magnifiques : celle qui fut occupée en dernier lieu par l'Impératrice, avec un très beau plafond de l'époque de Louis XIII, et un très bel ameublement du temps de Louis XVI.

Dans les appartements qu'on appelle appartements du Pape, la

Fig. 571. — Plan des chambres de l'hôtel de Soubise.

chambre des Reines- mères, avec ses belles décorations du temps de Louis XIV, ou la magnifique chambre du Roi (fig. 567-568).

Enfin, quoique bien au-dessous des précédentes, la chambre de Napoléon I^^.

Dans le palais de Versailles, tout le monde connaît la célèbre

Kig. 572. — Chambre en niche du presbytère de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris.

chambre de parade de Louis XIV, d'un caractère fort noble ; il y en a d'autres encore :

La chambre de Louis XV, avec alcôve, revêtue entièrement de belles boiseries sculptées (fig. 569);

Prés des grands salons, la grande chambre de la Reine, de style Louis XV, pompeux (fig. 570). (Je ne puis, sans tomber dans des réductions trop minimes, vous donner les ensembles de ces chambres, je dois me contenter de ft-agments.)

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