‹ Elévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne [microform]Chapitre 28 sur 38 · XVII« SEMAINE · texte numérisé non relu

XVII« SEMAINE

SUITE DES MYSTÈRES DE l'eNFANCE DE JÉSUS-CHRlST.

I'" ÉLÉv. La circoncision : le nom de Jésus.

« Le huitième jour étant arrivé, auquel l'enfant devoit » être circoncis , il fut nommé Jésus ^ » . Jésus souffre d'être mis au rang des pécheurs : il va comme un vil esclave porter sur sa chair un caractère servil , et la marque du péché de notre origine. Le voilà donc en apparence fils d'Adam comme les autres ; pécheur et banni par sa naissance, il fal-

'Ps. IT. 3. — -Ib. XLV. îl. etssxiii. 9 — •'^Lac. il. 21.

loit qu'il portât la marque du péché comme il en devoit porter la peine.

Cependant, au lieu d'être impur comme nous tous par son origine, par son origine , il étoit saint, conçu du Saint-Esprit qui sanctifie tout, et uni en personne au Fils de Dieu, qui est le Saint des saints par essence. L'esprit qui nous sanctifie dans notre régénération est celui dont Jésus-Christ est conçu , dont sa sainte chair a été formée , et qui est infus naturellement dans son âme sainte : de sorte qu'il n'a pas besoin d'être circoncis ; et il ne se soumet à cette loi que pour accomplir toute justice, en donnant au monde l'exemple d'une parfaite obéissance.

Cependant en recevant la circoncision, «il se rend», comme dit saint Paul ' , «débiteur de toute la loi » , et s'y oblige, mais pour nous, afin de nous affranchir de ce pesant joug. Nous voilà donc libres par l'esclavage de Jésus : marchons en la liberté des enfants de Dieu, non plus dans l'esprit de crainte et de terreur , mais dans l'esprit d'amour et de confiance.

Le nom de Sauveur nous en est un gage. Jésus nous sauve du péché , ainsi qu'il a été dit , et en remettant ceux qu'on avoit commis , et en nous aidant à n'en plus commettre , et en nous conduisant à la vie où l'on ne peut plus en commettre aucun.

C'est « par son sang qu'il doit être notre Sauveur * » . Il faut qu'il lui en coûte du sang pour en recevoir le nom : ce peu de sang qu'il répand, oblige à Dieu tout le reste; et c'est le commencement de la rédemption. Je vois, ô Jésus ! toutes vos veines rompues, toutes vos chairs déchirées, votre tête et votre côté percés, votre sang voudroJt couler tout entier à gros bouillons , vous le retenez , et le réservez pour la croix. Recevez donc le nom de Jésus : vous en. êtes digne, et vous commencez à l'acheter par votre sang. Recevez ce nom, « au- ») quel seul tout genou fléchit dans le ciel, dans la terre et » dans les enfers ^ . L'agneau qui répand son sang est digne » de recevoir toute adoration, tout culte, toute louange,

'Gai. T. 1. 2. 3 et scq. — -Iltb. IX, 12. li eiseq, - "Pliillip. u- 10.

» toute action de grâce ' . Et j'ai entendu toute créature et » dans le ciel et sur la terre, et sous la terre, qui crioient ^) d'une grande voix : Salut à notre Dieu ■' ».

Le salut vient de lui, puisqu'il nous envoie le Sauveur ; salut à l'agneau qui est le Sauveur lui-même ; salut à nous qui participons à son nom : s'il est le Sauveur, nous sommes les sauvés, et nous portons ce glorieux nom devant qui tout l'univers fléchit et les démons tremblent. Ne craignons rien , tout est à nos pieds ; songeons seulement à nous surmonter nous-mêmes : il faut tout vaincre, puisque déjà nous portons le nom du vainqueur. « Prenez courage », dit-iP , «j'ai vaincu » le monde », et «je mettrai dans mon trône celui qui rem- » portera la victoire * » .

IP ÉLÉv. L'étoile des mages.

Voici les premiers fruits du sang de Jésus parmi les gentils.

« Nous avons vu son étoile S). Qu'avoit cette étoile au dessus des autres, qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu ? qu'avoit-elle plus que les autres, pour mériter d'être appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venoit de naître, et d'y amener les mages ? Balaam, prophète parmi les gentils , dans Moab, et en Arabie, avoit vu Jésus-Christ comme une étoile, et il avoit dit : « Il se lèvera une étoile de Jacob " ». Cette étoile qui paroît aux mages, étoit la figure de celle que Balaam avoit vue : et qui sait si la prophétie de Balaam ne s'étoit pas répandue en Orient et dans l'Arabie, et si le bruit n'en étoit pas venu jusqu'aux mages ? Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paroissoit qu'aux yeux, n'étoit pas capable d'altrer les mages au Roi nouveau-né ; il falloit que l'étoile de Jacob , et « la lumière du Christ ' » se fût levée dans leur cœur. A la présence du signe qu'il leur donnoit au dehors. Dieu les toucha au dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : « Nul ne peut venir à moi si mon Père ne le tire ^ ».

L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit au dedans; vous êtesdans lesténèbres

' Apoc. V. (2. — ' Ib. VII, 10. — ' Joan. xvi. 33. — ' Apoc. m. 21- — '" Matth. II. 1.2.— " Num. xxiv. 17.— ^ Luc. ii. 32. — 'Joan. vi- 44-

et dans les amusements , ou peut-être dans la corruption du monde; tournez vers l'Orient, où se lèvent les astres ; tournez-vous à Jésus-Christ qui est l'Orient , où se lèvecommeun bel astre l'amour de la vérité et de la vertu. Vous ne savez encore ce que c'est, non plus que les mages ; et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous mène au roi des Juifs, des vrais enfants de Juda et de Jacob : allez, marchez , imitez les mages. « Nous avons vu son étoile, et » nous sommes venus'» ; nous avons vu et nous sommes partis à l'instant. Pour aller où? nous ne le savons pas encore; nous commençons par quitter notre patrie. Quittez le monde de même ; le monde pour lequel la nouvelle étoile, la chaste inspiration qui vous ébranle le cœur, commence à ypus insinuer un secret dégoût. Allez à Jérusalem , recevez les lumières de l'Église ; vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties , qui vous feront entendrelesdesseins de Dieu, et vous marcherez sûrement sous cette conduite.

Chrétien , qui que vous soyez , qui lisez ceci , peut-être , car qui peut prévoiries desseins de Dieu? peut-être qu'à ce moment l'étoile se va lever dans votre cœur ; allez, sortez de votre patrie , ou plutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre patrie , parce que c'est dans cette corruption que vousavez pris naissance. Dèsle ventre de votre mère, accoutumé à la vie des sens, passez à une autre religion, apprenez à connoître Jérusalem, et lacrèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.

111= ÉLÉv. Qui sont les mages?

Les mages , sont-ce des rois absolus , ou dépendants d'un plus grand empiré? où sont-ce seulement de grands Seigneurs, ce qui leur faisoit donner le nom de rois selon la coutume de leur pays? ou sont-ce seulement des sages, des philosophes, les arbitres de la religion dans l'empire des Perses, ou, comme ou l'appeloit alors , dans celui des Parthes, oudans quelque partie de cet empire, qui s'étendoit partout l'Orient? Vous croyez que j'aille résoudre ces doutes et contenter vos

' Matth, 11. ?..

2g8 ÉLÉVATIONS

désirs curieux; vous vous trompez : je n'ai pas pris la plume à la main peur apprendre les pensées des hommes, je vous dirai seulement que c'étaient les savants de leur paysj observateurs des astres , que Dieu prend par leur attrait , riches et puissants, coÊtime leurs présents le font paroître ; s'ils étoient de ceux qui présidoientà la religion. Dieu s'étoit fait connoître à eux , et ils avaient renoncé au culte de leur pays.

Cest à quoi doivent mener les hautes sciences. Philosophes de nos jours , de quelque rang que vous soyez , ou observateurs des astres , ou contemplateurs de la nature inférieure , et attachés à ce qu'on appelle physique, ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres, je neveux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées; car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même , où subsistent les vérités que vous appelez éternelles , les vérités immuables et invariables , qui ne peuvent pas ne pas être vérités , et que tous ceux qui ouvrent les yeuxvoient en eux-mêmes , et néanmoins au dessus d'eux-mêmes , puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connoissancesde tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences ; mais ne vous y laissez point absorber. Ne présumez pas, et ne croyez pas être quelque chose plus que les autres , parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses : "vaine pâture des esprits curieux et foibles, qui après tout ne mène à rien qui existe , et qui n'a rien de solide , qu'autant que par l'amour de la vérité et l'habitude de la connoître dans des objets certains , elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul.

Et vous , observateurs des astres , je vous propose une admirable manière de les observer. Que David étoit un sage observateur des astres , lorsqu'il disoit : « Je verrai vos cieux , » l'œuvre de vos mains , la lune et les étoiles que vous avez » fondées' »! Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui

' Ty. Mil. 4.

dans un ciel net et pur étale tous ses feux. C'étoitpendant une telle nuit que David regardoit les astres , car il ne parle point du soleil : la lune , et l'armée du ciel quila suit faisoit l'objet de sa contemplation. Ailleurs il dit :cc Les cieux racontent la » gloire de Dieu » : mais dans la suite il s'arrête sur le soleil , <( Dieu a établi» , dit- il , sa «demeure dans le soleil , qui » sort richement paré, comme fait un nouvel époux, du lieu de » son repos'» etle reste ; de là il s'élèveà la lumière plusbelle . et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du Jour. Mais dans l'autre psaume , où il ne voit que, celle de la nuit , il jouit d'un sacré silence ; et dans une belle obscurité il contemple la douce lumière que lui présente la nuit , pour de là s'élever à celui qui luit seulparmi les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit, "et qui élevez à Dieu dés mains innocentes dans l'obscurité et dans le silence , solitaires , et vous , chrétiens , qui louez Dieu durant les ténèbres , dignes observateurs des beautés du ciel , vous verrez l'étoile qui vous mènera au grand Roi qui vient de naître.

IV° ÉLÉv. D'où viennent les mages?

D'où ils viennent ? De loin ou de près ? Sont-ils venus en ce peu de jours qui s'écoulent entre la Nativité et l'Epiphanie, comme l'ancienne tradition de l'Église semble l'insinuer ? ou y-t-il ici quelqu'autre secret ? Sont-ils venus de plus loin , avertis peut-être avant la nativité du grand Roi , pour arriver au temps convenable? Qui le pourra dire, et que sert aussi que nous le disions ? N'est-ce pas assez de savoir qu'ils viennent du pays de l'ignorance , du milieu de la gentilité , où Dieu n'étoit pas connu , ni le Christ attendu et promis ? et néanmoins guidés d'en haut, ilsviennentàDieuetàsonChrist, comme les prémices sacrées de l'Église des gentils.

A la venue du Christ, le monde s'ébranle pour venir reconnoître le Dieu véritable, oublié depuis tant de siècles. « Les » rois d'Arabie et de Tharsis , les Sabéens » , les Égyptiens, les Chaldéens , « les habitants des îles les plus éloignées, vien- » dront » àleur tour « pour adorer Dieu et faireleursprésents ^ »

' Ps. xvm. 2. 6. 8. 9 etseq. — * Ibid. LXXI. 9. 10. U.

270 ÉLÉVATIO-NS

au roi des Juifs. Apportez provinces des gentils. « Venez » rendre au Seigneur honneur etgloire ; apportez-lui comme » le seul présent digne de lui la glorification de son nom '». Pourquoi Dieu appelle-t-il aujourd'hui des sages et des philosophes ? « Il n'y a pas plusieurs sages ni plusieurs sa- » vants : il n'y apas plusieurs riches ni plusieurs nobles parmi ))vous», dit saint Paul% « parce que Dieu veut confondre » les savants et les puissants de la terre par les foibles, et par » ceux qu'on estime fous , et ce qui est par ce qui n'est pas ». Il veut pourtant commencer par le petit nombre des sages gentils qui viennent adorer Jésus , parce que ces sages et ces savants , dès qu'ils voient paroître l'étoile , et , à sa première clarté, renoncent à leurs lumières , pour venir à Jérusalem ' et aux docteurs de l'Église, par où il faut arriver à ce que Dieu leur inspire de chercher. Soumettez , sages du monde , toutes vos lumières , et celles-là même qui vous sont données d'en haut , à la doctrine de l'Église , parce que Dieu , qui vous éclaire, veut vous faire humbles encore plus qu'éclairés.

Y' ÉLÉV. Quel fut lé nombre des mages?

On croit vulgairement qu'ils étoient trois, à cause des trois présents qu'ils ont offerts. L'Eglise ne le décide pas; et que nous importe? C'est assez que nous sachions qu'ils étoient « de » cenombreconnudeDieu, dupetit nombre, du petit troupeau » que Dieu choisit ^ » . Regardez la vaste étendue de l'Orient, et celle de tout l'univers; Dieu n'appelle d'abord que ce petit nombre et quand le nombre de ceux qui leserventsera augmenté, ce nombre, quoique grand en soi, sera petit en comparaison du nombre infini de ceux qui périssent. Pourquoi ? « hom- » me! qui êtes-vous pour interroger Dieu"», et lui demander raison de ses conseils? Profitezde lagrâce qui vous est offerte, et laissez à Dieu la science de ses conseils et des causes de ses jugements. Yous êtes tenté d'incrédulité à la vue du petit nombre des sauvés ; et peu s'en faut que vous ne rejetiez le remède que l'on vous présente , comme un malade insensé , qui , dans un grand hôpital , où un médecin viendroit à lui

' Ps- xxvin. 2. — = I. Cor. 1. 20. 27. 28.— •' Matth. VU. 14. 23. XX. 16. Luc. XII. 32. — ^ Rom. ix. 20.

avec un remède infaillible, au lieu de s'abandonner à sa conduite , regarderoit à droite et à gauche ce qu'il feroit des autres. Malheureux, songe à ton salut , sans promener sur le reste des malades, ta folle et superbe curiosité. Les mages ont-ils dit dans leur cœur : N'allons pas ; car pourquoi aussi Dieu n'appelle-t-il pas tous les hommes? Ils allèrent, ils virent , ils adorèrent , ils offrirent leurs présents : ils furent sauvés.

VI= ÉLÉV. L'étoile disparoît.

Soit que Dieu vçulût faire connoître qu'il alloit punir les Juifs ingrats , par la soustraction de ses lumières ; soit que l'étoile qui conduisoit au roi pauvre , et l'ange qui la guidoit, ne voulût point- se montrer où paroissoit la pompe d'une Cour royale et maligne; soit que l'on n'eût pas besoin de lumière extraordinaire, où luisoit comme dans son lieu , celle de la loi et des prophètes , l'étoile que les anges avoient vue en Orient se cacha dans Jérusalem ', et ne reparut aux mages qu'au sortir de cette ville , qui tue les prophètes , et qui ne connut pas le jour où Dieu venoit la visiter.

C'est ici encore une figure de l'inspiration. Elle se cache souvent : la lumière qui nous avoit paru d'abord , se cache tout d'un coup dans les ténèbres, l'âme éperdue ne sait plus où elle en est, après avoir perdu son guide. Que faire alors ? Consultez , et écoutez les docteurs , qui vous conduiront par la lumière des Écritures. L'étoile reparoîtra avec un nouvel éclat. "Vous la verrez marcher devant vous plus claire que jamais-; et,, comme les mages , vous serez transportés de joie. Mais durant le temps d'obscurité, suivons les guides spirituels et les ministres ordinaires que Dieu a mis sur le chandeUer de la cité sainte.

YII" ÉLÉV- Les docteurs indiquent Bethléem au Mages.

La lumière ne s'éteint jamais dans l'Église. Les Juifs commençoient à se corrompre , et le Fils de Dieu sera bientôt obligé de dire : « Gardez-vous bien de la doctrine des Pha- » risiens, et des docteurs de la loi ' ». Cependant dans cet

'Matth. 11. 9. iO. — =11). XVI. 11.12.

état de corruption , et à la veille de sa ruine , la lumière de la vérité devoit luire dans la synagogue, et il devoit être toujours véritable jusqu'à la fin , comme dit le même' Sauveur, que « les docteurs de la loi et les Pharisiens sont, assis » sur la chaire de Moïse : faites donc ce qu'ils enseignent» (tous ensemble et en corps), « mais ne faites pas ce qu'ils » font '». Tant il étoit véritable que la lumière subsistoit toujours dans le corps de la synagogue qui alloit périr.

C'est ce qui parut à Jérusalem sur l'interrogation des mages. Les pontifes et les docteurs de la loi allèrent d'abord au but sans hésiter. Le roi (c'étoit Hérode) les assembla pour les consulter : il faut répondre alors. Quand les rois , qui interrogent seroient des Hérodes, on leur doit la vérité lorsqu'ils la demandent ; et le témoignage en est nécessaire.

« Le roi des Juifs » , disent-ils% « doit naître dans Beth- M léem. Car c'est ainsi qu'il est écrit dans le prophète » Michée^ : Et toi, Bethléem , tu n'es pas la dernière entre M les villes de Juda ; car de toi sortira le chef qui conduira »mon peuple d'Israël ». Il falloit avoir de la force pour oser dire à un roi si jaloux de la puissance souveraine , qu'il y avoit un roi prédit au peuple , et que c'étoit lui qu'on cherchoit ; de sorte qu'il étoit au monde ; mais il falloit que la synagogue, quelque tremblante qu'elle fût sous la tyrannie d'Hérode , rendît ce témoignage.

Voici encore une autre merveille. C'est à la poursuite d'Hérode que se fait cette authentique déclaration de toute la synagogue. Hérode ne fut poussé à la consulter que par la jalouse fureur qu'il va bientôt déclarer : mais Dieu se sert des méchants et de leurs aveugles passions , pour la manifestation de ses vérités.

Il y a encore ici un autre secret. Dieu cache souvent ses mystères d'une manière étonnante. C'étoit un des embarras de ceux qui avoient de la peine à reconnoître Jésus-Christ , qu'il paroissoit Galiléen , et que Nazareth étoit sa patrie. Le M Christ doit-il venir de Galilée? L'Écriture ne nous apprend- » elle pas», disent-ils'', « qu'il doit naître du sang de David ,

' Matth. ïxxill. 2, 3. — ' Ib. ii. 2. 5. 6. — ' Mich. v. 2. — * Joan. VII. 41. 42.

sua LES MVS'llKRJKS. 273

)) et même de la bourgade de Bethléem, où David demeuroit»? Et Nathànaël, cet homme «sans fard, et ce vrai Israélite »,ne fut--il pas lui-même dans cet embarras , quand on lui dit : «Nous avons trouvé le Messie ; c'est Jésus de Nazareth, fils » de Joseph. Quoi ! » répliqua-t-il^ « peut-il venir quelque » chose de bon de Nazareth' »? N'est-ce pas Bethléem, la tribu de Juda , qui nous doitdonnerce Christ que vousm'annoncez? Quoique Jésus-Christ pût dès lors leur découvrir le lieu de sa naissance, nous ne lisons pas qu'il l'ait fait. Dieu veut que ses mystères soient cherchés.

Approfondissez humblement : ne vous opiuiâtrez pas à rejeter Jésus-Christ , sous prétexte qu'un des caractères de sa naissance n'est pas encore éclairci. Si vous cherchez bien , vous trouverez que ce Jésus conçu à Nazareth, et nourri dans cette ville comme dans son pays , par une secrète conduite de la divine sagesse , est venu naître à Bethléem.. Ainsi ce qui faisoit la difficulté , se tourne en preuve pour les humbles : et Dieu avoit préparé cette solution de l'énigme , premièrement par le témoignage des bergers , mais dans la suite d'une manière plus éclatante à l'avènement des mages dans Jérusalem.

La demande qu'ils y fîretit hautement du lieu où devoit naître le Christ , fut connue de tout le monde, « et tout Jé- » rusalem en fut troublé aussi bien qu'Hêrode "». La réponse de l'assemblée des pontifes et des docteurs consultés par ce roi , ne fut pas moins célèbre , et le meurtre des innocents dans Bethléem , fit encore éclater cette vérité. Accoutumonsnous au dénouement de Dieu. Quelle admirable consolation à ceux qui ne savoient pas que Jésus étoit né à Bethléem , quand ils virent cet admirable accomplissement de la prophétie ! avec quelle joie s'écrièrent-ils avec le prophète : « Vraiment, ô Bethléem » tu n'es plus comme auparavant , « la » plus petite des villes , puisque » tu seras illustrée « par la » naissance de celui qui doit conduire Israël ^ ». La postérité montrera l'étable , ou , comme les païens l'appeloient , la caverne où étoit né le Sauveur du monde , et Celse, quoique

=Joa)i. 1. 45. 46. 47. ~ - Malil!. 1. 2, 3. 4 5. — Hh. u. 0.

gentil, en fait mention'. Cette petite bourgade demeurera éternellement mémorable ; on se souviendra à jamais de la prophétie de Michée , qui tant de siècles auparavant prédit qu'elle verroit naître dans le temps celui dont la naissance est éternelle dans le sein de Dieu ; et , comme parle ce prophète, « celui dont la sortie » et la production « est de toute » éternité'».

Admirons comme Dieu sait troubler les hommes par de terribles difficultés, et en même temps les calmer d'une manière ravissante. Mais il faut être attentif à tout, et ne rien oublier; car tout est digne d'attention dans l'œuvre de Dieu : - et l'œuvre de Dieu se trouve en tout , parce que Dieu répand partout des épreuves de la foi et de l'espérance. Commençons par croire , malgré les difficultés , car c'est ainsi que fit e bon et sincère Nathanaël, qui , sans attendre l'éclaircissement de la difficulté sur Nazareth , touché des autres motifs qui l'attiroient , dit à Jésus : « "Vous êtes le Fils de Dieu , M vous êtes le roi d'Israël. Et Jésus lui dit : « Vous verrez de )) plus grandes choses ^ » . Parce que vous avez cru d'abord dès la première étincelle d'une lumière , quoique foible et petite encore, de bien plus grands secrets vous seront révélés.

VIIP ÉLÉV. La jalousie et l'hypociisie d'Hérode; sa politique trompée.

Siméon nous dira bientôt que Jésus est venu au monde « afin que le secret caché dans le cœur de plusieurs , fût ré- )) vêlé ^ » . Quel secret doit être ici révélé? Le secret des politiques du monde : le secret des grands de la terre ; la jalousie secrète des mauvais rois : leurs vains ombrages ; leurs fausses délicatesses, leur hypocrisie , leur cruauté ; tout cela va paroître dans Hérode.

Au nom du roi qui étoit venu , et à qui il voyoit déjà occuper son trône, touché par l'endroit le plus sensible de son cœur, il ne s'emporta point contre les pontifes qui avoient annoncé ce roi aux Juifs , ni contre les mages qui avoient fait la demande : en habile politique, il va à la source, et

' Ong. contv. Cels. 1, 1. n. 51. — ^ Midi. v. 2 —'Jean. i. 49. 50. — * Luc. n. 35.

conclut la mort de ce nouveau roi. «Allez », dit-il auxmages, « informez-vous avec soin de cet enfant , et quand vous Tau- V rez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi l'ado- »rer à votre exemple' ». Le cruel ! il ne songeoit qu'à lu enfoncer un poignard dans le sein; mais il feint une adoration pour couvrir son crime.

Quoi donc ! Hérode étoit-il un homme sans religion ? Ce • n'est pas là son caractère. Il reconnoît la vérité des prophéties, et sait de qui il en faut attendre l'intelligence : mais l'hypocrite superstitieux se sert de ses connoissances pour sacrifier le Christ du Seigneur à sa jalousie.

Que de secrètes terreurs Dieu envoie aux âmes ambitieuses Hérode n'avoit rien à craindre de ce nouveau roi, dont «le » royaume n'est pas de ce monde ^ » : et lui qui donne le royaume du ciel, il ne désire point ceux de la terre. Mais c'est ainsi qu'il effraie les grands de la terre , si jaloux de leur puissance, et il faut que leur ambition soit leur supplice.

Mais en même temps Dieu se rit du plus haut des cieux de leurs ambitieux projets. Hérode avoit poussé jusqu'au dernier point les raffinements politiques : k Allez , informez-vous » soigneusement de cet enfant' ». Yoyéz comme il les engage à un exacte recherche et à un fidèle rapport; mais Dieu souffle sur les desseins des politiques, et il les renverse. Jésus dit à un autre Hérode, fils de celui-ci, et qui, comme lui , ne craignoit que le Sauveur voulût régner à sa place : «Allez, dites, à ce renard» (à ce malheureux politique) « qu'il faut », malgré lui, « que je fasse ce que j'ai à faire » aujourd'hui et demain ; et que ce n'est qu'au troisième » jour » ( et à la troisième année de ma prédication), « que je » dois être consommé * » par ma mort. 11 est dit même à son père. Il faut , malgré vos finesses €!.t votre profonde hypocrisie, que cet enfant que vous voulez perdre par des moyens qui vous paroissent si bien concertés , il faut qu'il vive et qu'il croisse , et qu'il « fasse l'oeuvre de » son « Père pour le- » quel » il est « envoyé ° » . Quand vous aurez trompé les hommes, tromperez-vous Dieu ? Votre jalousie ne fera que

' Maltli. II. 8. — 2 Joan. .wiii. 36. — ' MaUli. ii. 8. — * Luc. xiil. 32. 33. — ^ Joan. iv. 34.

se tourmenter davantage, quand elle verra hors de ses mains celui qui l'effraie. Que craignons-nous dans l'œuvre de Dieu? Les obstacles que nous suscitent les grands de la terre et leur fausse politique ? Quand le monde sera plus fort que Dieu, nous devons tout craindre ; tant que Dieu sera comme il est , « le seul puissant ' » , nous n'avons qu'à marcher la tête levée.

IX" ÉLÉv. Les mages adorent l'enfant, et lui font leurs présents.

Après que les mages se furent soumis aux prêtres et aux docteurs, et se furent mis en chemin, selon leur précepte , «l'étoile paroît de nouveau et les mène où étoit l'enfant ' ». Fut-ce à rétable ou à la crèche? Joseph et Marie y laissèrentils l'enfant, et ne songèrent-ils pas, ou bien ne purent-ils point pourvoir à un logement plus commode ? Contentonsnous des paroles de l'Évangile : « L'étoile s'arrêta sur le lieu » où étoit l'enfant ». Sans doute , ou dans le lieu de sa naissance, ou auprès, puisque c' étoit làqu'on les avoit adressés, et on doit croire que ce fut à Bethléem même , afin que ces pieux adorateurs vissent l'accomplissement de la prophétie qu'on leur avoit enseignée. Quoi qu'il en soit, « ils l'ado- » rèrent, et lui firent leurs présents S).

Paisonsles nôtres à leur exemple, et que ces présents soient magnifiques. Les mages offrirent avec abondance, et de l'or, et les parfums les plus exquis , c'est-à-dire l'encens et la myrrhe.

Recevons l'interprétation des saints docteurs , et que l'Église approuve. On lui donne de l'er comme à un roi ; l'encens honore sa divinité ; et la inyrrhe son humanité et sa sépulture, parce que c' étoit le parfum dont on embaumoit les morts.

L'or que nous devons offrir à Jésus-Christ , c'est un amour pur, une ardente charité, qui est cet or appelé dans l'Apocalypse " , « l'or purifié par le feu » qu'il faut « acheter de » Jésus-Christ.

Comment est-ce qu'on achète l'amour? parl'amourmême:'

' Tim. VI. (r>.— -Matth. u. 9. — '' Ibirl. n.— < Apoc. m. 18.

en aimant on apprend à mieux aimer; en aimant le prochain, et en lui faisant du bien , on apprend à aimer Dieu : et c'est à ce prix qu'on achète son amour. Mais c'est lui qui commence en nous cet amour, qui va sans cesse s'épurantau feu des afflictions par la patience.

» Je vous conseille » , dit Jésus-Christ , « d'acheter de moi » cet or ' ». Obtenez-le par vos prières: n'épargnez aucun travail pour l'acquérir. Joignez-y l'encens. Qu'est-ce que l'encens du chrétien? L'encens est quelque chose qui s'exhale , qui n'a son effet qu'en se perdant. Exhalons-nous devant Dieu en pure perte de nous-mêmes ; puisque « celui qui perd son )) âme la gagne ^ ». Celui qui renonce à soi-même , celui qui s'oublie , qui se consume lui-même devant Dieu, est celui qui Jui oITre de l'encens. Épanchons nos cœurs devant lui ; offronslui de samtes prières qui montent au ciel , tout ensemble qui se dilatent dans l'air, et qui édifient toute l'Église. Disons avec David : « J'ai en moi mon oraison au Dieu de ma vie ^ »; j'ai en moi l'encens que je lui offrirai, et l'agréable parfum qui pénétrera jusqu'à lui. Ce n'est rien, si nous n'y ajoutons encore la myrrhe; c'est-à-dire, un doux souvenir de la passion et de la sépulture du Sauveur, « ensevelis avec lui », comme dit saintPaul *. Car sans samortiln'y a pointd'oblation sainte; il n'y a point de vertu ni de bon exemple.

Après avoir offert ces présents à Dieu, croirons-nous être quittes envers lui ! non, puisqu'au contraire , en lui donnant ce que nous lui devons, nous contractons une nouvelle dette °. « Nous vous donnons » , disoit David, « parmi ces riches of- » fraudes, ce que nous avons reçu de votre main " » . Combien plus avons-nous reçu de sa main cet or de la charité, cet encens intérieur de notre cœur épanché dans la prière, cette pieuse et tendre méditation de la passion et delamortde Jésus- Christ! Je le reconnois, ô Sauveur! Plus je vous offre, plus je vous suis redevable : tout mon bien est à vous ; et sans en avoir besoin , vous agréez ce que je vous donne à cause que c'est vous-même qui me l'avez premièrement donné, et que

' Apoc. III. 18. — - Malfh. xvr. 25. Luc, xiv. 33. — 'Ps. xi.i. 9. — ^ Rom. VI. 4. — * S. Aiig. Serai. 299 de Nat. Apostol. Petr. et Paul, n- 3. — s Parai, xxix. 14.

rien n'est agréable à yos yeux, que ce qui porte votre marque et qui vient de vous.

Mais que donnerons-nous encore à Jésus-Christ? Le mépris des biens de la terre. Que les mages sortirent contents de trouver le Roi des Juifs, qu'ils étoient venus chercher de si loin, que Tétoile, que la prophétie leur avoit montré, de le trouver, dis-Je, ou dans son étable, ou dans un lieu toujours pauvre, sans faste, sans appareil! qu'ils retournèrent contents de l'usage qu'ils avoient fait de leurs richesses en les lui offrant ! Offrons-lui tout dans ses pauvres : la partie que nous leur donnons de nos biens, est la seule qui nous demeure; et par celle-là que nous quittons , nous devons apprendre à nous dégoûter, à nous détacher de l'autre.

X'' ÉLÉV. Les mages retournent par une autre voie.

« Après avoir adoré l'enfant, avertis en songe » par un oracle du ciel, «de ne retourner plus à Hérode, ils retournèrent » en leur pays par un autre chemin ' » . Ainsi fut trompée la politique d'Hérode ; mais Dieu veut en même temps nous apprendre à corriger nos premières voies ; et après avoir connu Jésus-Christ, de ne marcher plus par le même chemin. Ne nous imaginons pas qu'un changement médiocre nous suffise pour changer les voies du monde dans les voies de Dieu. » Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont « pas vos voies, dit le Seigneur ». Et voyez quel en estl'éloignement; « autant que le levant est éloigné du couchant, » autant mes pensées sont éloignées de vos pensées, et mes » voies de vosvoies^». Ainsi, pour aller par une autre voie, pour quitter la région des sens et s'avancer par les voies de Dieu , il faut être bien éloigné de soi-même ; et la conversion n'est pas un petit ouvrage.

Nous avons , comme les mages, à retourner dans notre patrie. Notre patrie, commelaleur, est en Orient. C'est vers l'Orient que Dieu avoit planté son paradis; il nous y faut retourner. Dans quelle sainteté, dans quelle grâce, dans quelle simplicité l'homme avoit-il été créé? » Dieu l'avoit fait droit

' Matth. H. 12. — ns. h\. 8. 9.

» etsimple, et il s'est lui-même jeté dans des disputes infî- » nies'.» Pourquoi tant contester contre Dieu? « Crains Dieu » et observe ses commandements, c'est là tout l'homme *. » Homme, ne dispute plus surlanature de ton âme, surles conditions de ta vie : craindre Dieu et lui obéir, c'est toutl'homme. Que cela est clair! que cette voie est droite! que cette doctrine est simple! On devoit l'apercevoir d'abord, et dèsle premier regard se jeter dans cette voie. Pourquoi tant de laborieuses recherches? c'est que l'homme, à qui Dieu avoit d'abord montré son salut et sa vie dans son saint commandement, s'esHaissé trahir par ses sens; et la trompeusebeautédufruit défendu a été lepiége que l'ennemi lui a tendu : delàils'estengagédansun labyrinthe d'erreurs où il ne voit plus d'issue. « Revenez, en- » fan ts d'Israël, à voire cœur^» ; connoissez votre égarement, changez votre voie. Si jusqu'ici vous avez cru vos sens, songez à présent que « le juste vit de la foi S). Si "jusqu'ici vous avez voulu plaire aux hommes et ménager une fausse gloire , songez maintenant à glorilier Dieu à qui seul la gloire appartient. Si jusqu'ici vous avez aimé ce qu'on appelle les aises et les plaisirs, accoutumez- vous à goûterdansies maladies, dans les contradictions, dans toutes sortes d'incommodités, l'amertume qui vient troubler en vous la joie des sens et y réveiller le goût de Dieu.

XVIIP SEMAINE.

La. PRÉSENTATION DE JÉSUS-CHRIST AU TEMPLE, AVEC LA PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE.

!'■• ÉLÉv. Deux préceptes de la loi sont expliqués.

La loi de Moïse ordonnoit deux choses aux parents des enfants nouvellement nés. La première, s'ils étoient les aînés, de les présenter et les consacrer au Seigneur , dont la loi rend deux raisons. L'une générale : a Consacrez-moi tous les pre- » miers-nés : car tous est à moi S) : et dans la personne des aînés, tout le reste des familles m'est donné en propre.

' Éccl. VII. 30. — 2 Ifa. XII. 13. — ^ Is. XLVi. 8. — ' Habac.n. 4. Rom. I. 17. — *Exod. xiii. 2. 12. l5;Num. viii. 17.

La seconde raison étoit particulière au peuple juif. Dieu avoit exterminé en une nuit tous les premiers-nés des Égyptiens ; et épargnant ceux des Juifs, il voulut que dorénavant tous leurs premiers nés lui demeurassent consacrés par une loi inviolable, en sorte que leurs parents ne pussent s'enréserver la disposition, ni aucun droit sur eux, qu'ils ne les eussent auparavant rachetés de Dieu par le prix qui étoit prescrit. Cette loi s'étendoit jusqu'aux animaux : et en général tout ce qui étoit premier né, ou, comme parle la loi, « tout ce qui » ouvroit le sein d'une mère ' », et en sortoit le premier étoit à D?Bu.

La seconde loi regardoit la purification des mères, qui étoient impures dès qu'elles avoientmis un enfant au monde. Il leur étoitdéfendu, durant quarante ousoixantejours, selon le sexe de leurs «nfants, de toucher aucune chose sainte, ni d'approcher du teinple et du sanctuaire. Aussitôt qu'elles étoient mèr€s; «lies étoient comme excommuniées par leur propre fécondité ; tant k naissance des hommes étoit malheureuse et sujette à une malédiction inévitable. Mais voici que Jésus et Marie venaient la purifier, en subissant volontairement et pour l'eKemple du monde, une loi pénale, à lavjuelle ils n'étaient soumis qu'à cause que le secret de l'enfantement virginal n' étoit pas connu.

Dans cette purification les parents dévoient offrir à Dieu un agneau ; et sMis étoient pauvres et n'en avoient pas le moyen, ils pouvoient offrir à la place « deux tourterelles, ou « deux petits de colombes, pour être immoles, l'un en ho- » locauste, et l'autre selon le rit du sacrilice» (pour le péché). lîlt voilà ceque portoit la loi de Moïse à l'opprobre perpétuel des enfants d'Adam et de toute sa race pécheresse.

ÏP ÉLÉv. La présentation de Jésus-Christ.

La première de ces deux lois paroissoit manifestement avoir été faite en figure de Jésus-Christ, qui étant, comme dit saint Paul, « le premier né avant toutes les créatures ^ » , étoit celui en qui tout devoit être sanctifié et éternellement consu-

'.Lev.sii. 2. 0. — -Ib. 8. — ■■ Coloss. i. 13.

SUR LES MYSTÈi'.ESv 281

créa Dieu. Unissons-nous donc en ce jour parla foi à Jésus- Christ afin d'être en lui et par lui présentés à Dieu pour être son propre bien, et nous dévouer à l'accomplissement de sa volonté, aussi juste que souveraine.

Nous savons que le premier acte de Jésus entrant au monde fut de se dévouer à Dieu, et de se mettre à la place de toutes les victimes, de quelque nature qu'elles fussent, pour accomplir sa volonté en toute manière. Ce qu'il lit dans le sein de sa mère par la disposition de son cœur, il le fait aujourd'hui réellement en se présentant au temple, et se livrant au Seigneur comme une chose qui est à lui entièrement. . Entrons dans ce sentiment du Seigneur Jésus, et unis à son oblation, disons-lui d'une ferme foi : Jésus! quelle victime voulez- vous que je sois? Youlez-vousque je sois un holocauste consumé et anéanti devant votre Père par le martyre du saint amour? Youlez-vous que je sois, ou une victime pour le péché, par les saintes austérités de la pénitence, ou une victime pacifique et eucharistique dont le cœur touché de vos bienfaits s'exhale en actions de grâces et se distille en amour à vos yeux? Voulez-vous qu'immolé à la charité, je distribue tous mes biens pour la nourriture des pauvres, ou que, « frère sincère et bienfaisant ' » , 3 e donne ma vie pour les chrétiens , me consumant en pieux travaux dans l'instruction des ignorants et dans l'assistance des malades? Me voilà prêt à m'offrir, à me dévouer, pourvu que soit avec vous ; puisque avec vous je puis tout, et que je serai heureux de m'offrir par vous et en vous, à Dieu votre Père.

Mais pourquoi ce premier né est-il racheté? Falloit-il racheter le Rédempteur? Le Rédempteur portoit en lui-même la figure des esclaves et des pécheurs : sa sainte mère ne le pouvoit conserver en sa puissance qu'en le rachetant. Il lui fut soumis, il lui obéit,, il la servit durant trente ans. Rachetez-le, pieuse mère; mais vous ne le garderez pas longtemps, vous le verrez revendu pour trente deniers , et livré au supplice de la. croiXi Divin premier né ,- soit que vous soyez racheté pour être àmoi dans dans votre enfance , soit que vous soyez vendu pour être encore plus à moi à la fin de votre viC;,

' m Joaîi. ô. fi.

je veux me racheter pour vous de ce siècle malin ; je veux me vendre pour vous , et me livrer aux emplois de la charité.

111" ÉLÉv. La purification de Marie.

Ne cherchons aucun prétexte pour nous exempter de l'observation de la loi. Par les termes mêmes de la loi de la purification, il paroît que la sainte Vierge en étoit exempte, n'ayant contracté ni l'impureté des conceptions ordinaires , ni celle du sang et des autres suites des vulgaires enfantements. Elle obéit néanmoins : elle s'y croit obligée pour l'édification publique, comme son Fils avoit obéi par son ministère à la loi servile de la circoncision.

Ne cherchons aucun prétexte de nous dispenser des saintes observances de l'Église, de ses jeûnes, de ses abstinences, de ses ordonnances. Le plus dangereux prétexte de se dispenser de ce que Dieu demande de nous , est la gloire des hommes. Un fidèle vous dira : Si je m'humilie, si je me relâche, si je pardonne, on dira que j'aurai tort. Un ecclésiastique à qui vous conseillerez de se retirer durant quelque temps dans un séminaire, pour se recueillir et se redresser contre ses dissipations, vous dira : On croira qu'on me l'a ordonné par pénitence , et on me croira coupable. Mais ni Jésus, ni Marie n'ont eu ces vues. Jésus ne dit pas : On me croira pécheur comme les autres, si je subis la loi de la circoncision. Marie ne dit pas : On me croira mère comme les autres , et le péché comme la concupiscence mêlé dans la conception de mon Fils, comme dans celle des autres; ce qui fera tort, non tant à moi qu'à la dignité et à la sainteté de ce cher Fils. Elle subit la loi, et donne un exemple admirable à tout l'univers, de mettre sa gloire dans celle de Dieu, et dans l'honneur de lui obéir et d'édifier son Église.

IV* ÉLÉV. L'offrande des deux tourterelles, ou des deux petits de colombe.

« On offrira un agneau d'un an en holocauste pour un fils » et une fille, et un petit de colombe ou une tourterelle » pour le péché ; que si l'on, a pas un agneau d'un an, et » qu'on n'en ait pas le moyen, on offrira deux tourterelles ou

» deux petits pigeons, l'un en holocauste, et l'autre pour le » péché' «.Dieu tempère sa loi selon les besoins: sa rigueur, quoique régulière, est accommodante, et il permet au pauvre, au lieu d'un agneau , qui, dans son indigence, lui coûteroit trop, d'offrir des oiseaux de vil prix, mais agréables à ses yeux par leur simplicité et par leur douceur. Quoi qu'il en soit, il est constant que les tourterelles et les pigeons sont la victime des pauvres. Dans l'oblation du Sauveur, l'Évangile excluant l'agneau, et ne marquant que l'alternative des colombes ou des tourterelles, avoulu expressément marquer que le sacrifice de Jésus-Christ a été celui des plus pauvres. C'est ainsi qu'il se plaît dans la pauvreté , qu'il en aime la bassesse, qu'il en étale les marques en tout et partout. N'oublions/ pas un si grand mystère, et en mémoire de celui « qui étant » si « ri- » che s'est fait pauvre pour l'amour de nous, afin de nous en- » richir parsà pauvreté '», aimons-en le précieux caractère, a Pour moi », disoit Origène" , «j'estime ces tourterelles » et ces colombes, heureuses d'être offertes pour leur Sau- » veur ; car il sauve et les hommes et les animaux"» , et leur donne à tous leur petite vie. Allez, petits animaux et innocentes victimes, allez mourir pour Jésus. C'est nous qui devions mourir à cause de notre péché : sauvons donc Jésus de la mort, en subissant celle que nous avions méritée. Dieu nous en délivre, par Jésus qui meurt pour nous ; et c'est en figure de Jésus notre véritable victime, qu'on immole des animaux; ils meurent donc pour lui en quelque sort, jusqu'à ce qu'il vienne ; et nous sommes exempts de la mort par son oblation. Une autre mort nous est réservée, c'est la mort de la pénitence, la mort aux péchés, la mort aux mauvais désirs. Par nos péchés et nos convoitises nous donnons la mort à Jésus, « et nous le crucifions encore une fois°». Sauvons au Sauveur cette mort seule affligeante pour lui. Mourons comme des tourterelles et des colombes, en gémissant dans la solitude et dans la retraite : que les bois , que les rochers, que les lieux seuls et écartés retentissent de nos cris, de nos tendres gémissements. Soyons simples comme la colombe,

' Lev. xiu O.S. — - n. Cor. vni. 9. — ^ Oiig. in. Luc. Hom, xiv. — * P.xxxv. 7. — ^ Heb. \i. 6.

fidèles et doux comme la tourterelle , mais ne croyons pas pour cela être mnocents comme le sont ces animaux : notre péché est sur nous, et il nous faut mourir dans la pénitence.

V" ÉliÉV. Sur le saint vieillard Siinéon.

« Il y avoit dans Jérusalem un homme juste et craignant » Dieu, nommé Simon, qui vivoit dans l'attente de laconso- » lation d'Israël, et le Saint-Esprit étoit en lui, et il lui » avoit été révélé par le Saint-Esprit, qu'il ne mourroit poin t, » qu'auparavant il n'eût vu le Christ du Seigneur ' » . Yoici vin homme admirable et qui fait un grand personnage dans les mystères de l'enfance de Jésus. Premièrement, c'est un saint vieillard qui n'attendoit plus que k mort : il avoit passé toute sa vie dans l'attente de la céleste consolation. Ne vous plaignez point , âmes saintes, âmes gémissantes, âmes qui vivez dans l'attente , ne vous plaignez pas si vos consolations sont différées. Attendez, attendez encore nne fois : Exspecta, reexpecta^. Vous avez longtemps attendu, attendez encore : Exspectans , exspectavi Dominum '\ Attendez en attendant ; ne vous lassez jamais d'attendre. » Dieu est fidèle S), et il veut être attendu avec foi. Attendez donc la consolation d'Israël. Et quelle est la consolation du vrai Israël ! C'est de voir une fois , et pout-être à la fin de vos jours, le Christ du Seigneur..

Il y a des grâces uniques en elles-mêmes , dont le premier trait ne revient plus , mais qui se continuent ou se renouvellent par le souvenir. Dieu les fait attendre longtemps pour exercer la foi et en rendre l'épreuve plus vive. Dieu les donne quand il lui plaît, d'une manière soudaine et rapide; elles passent en un moment, mais il en demeure un tendre souvenir et comme un parfum : Dieu les rappelle. Dieu les multiplie. Dieu les augmente ; mais il ne veut pas qu'on les rappelle comme de soi-même par des efforts violents : il veut qu'on l'attende toujours ; et on ne se doit permettre que de doux et comme insensibles retours sur ses anciennes bontés. c< Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, écoutent * » .

' Luc. 11.25. 2G.— - Is. XXVIII. 10. 13. — ■ Ps. xxxix. 2. — ' îi. Thés?. 11!. o. — •■ Luc. XIV. .'J5.

Telle sera, par exemple, une certaine suavité du Saint- Esprit : un goût caché de la rémission des péchés, un pressentiment de la jouissance future, une impression aussi efficace que sublime de la souveraine majesté de Dieu , ou de sa bonté et de sa communication en Jésus-Christ; d'autres sentiments que Dieu sait, et que saint Jean, dans l'Apocalypse, appelle « la manne cachée ' », la consolation dans le désert, l'impression secrète dans le fond du cœur, du « nouveau » nom de Jésus-Christ , que nul ne connoît que celui qui » l'a reçu ' ». C'est la consolation de Siméon dans ce mystère. Tous les fidèles y ont part, chacun à sa manière, et tous doivent le comprendre selon leur capacité.

Dieu et père de miséricorde ! faites-moi entendre ce nouveau nom de votre Fils ; ce nom de Sauveur, que chacun de nous se doit appliquer par la foi , lorsque Dieu dit à notre âme : «Je suis ton salut ' » . La voilà la consolation de Siméon : voyons comme il y est préparé.

YI°. ÉLJÎv. Dernière préparation à la grâce que Siméon devoit receToir; le Saint-Esprit le conduit au temple.

« Il vint donc au temple par un mouvement de l'esprit de » Dieu S). L'attente de Siméon étoit une préparation à la grâce de voir Jésns ; mais cette préparation étoit encore éloignée. La dernière et la plus prochaine disposition c'est qu'après avoir longtemps attendu avec foi et patience , tout d'un coup il sent dans son cœur une impulsion aussi vive que secrète , qui le pressoit, à ce moment, d'aller au temple , sans qu'il sût peut-être distinctement ce qu'il y alloit trouver: Dieu se contentant de lui faire sentir que ses désirs seroient satisfaits. «Il vint «donc «en esprit au temple» : il y vint par une secrète instigation de l'esprit de Dieu. Allons aussi en esprit au temple, si nous y voulons trouver Jésus- Christ. N'y allons point par coutume , par bienséance : « Les «vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité^ ». C'est le Saint-Esprit qui les meut, et ils suivent cet invisible moteur.

' Apoc. II. 17. — 'Ibid.-'Ps.xxxlY. 3.-'Lnc. ii. 27.— ' Joaii. iv.S'f.

Le temple matériel , l'assemblée visible des fidèles , est la figure de leur invisible réunion avec Dieu dans l'éternité. C'est là le vrai temple de Dieu. Le vrai temple de Dieu oiî il babite, c'est la sainte et éternelle société de ses saints, réunis en lui par Jésus-Christ. Ainsi aller au temple en esprit, c'est s'unir en esprit à ce temple invisible et éternel , oîi Dieu , comme dit l'apôtre , sera tout en tous ' » .

Allons donc en esprit au temple; et toutes les fois que nous entrerons dans ce temple matériel, unissons-nous en esprit à « la sainte et éternelle Jérusalem^ » , oii est le temple de Dieu oiî sont réunis les saints purifiés et glorifiés , qui attendent pourtant encore, à la dernière résurrection, leur parfaite glorification, et l'assemblage consommé de leurs frères qui manquent encore à leur sainte société , et que Dieu ne cesse de rassembler tous les jours.

Là donc on trouve Jésus-Christ , mais Jésus-Christ entier, c'est-à-dire le chef et les membres ; mais il ne sera entier, que lorsque le nombre des saints sera complet. Ayons toujours la vue arrêtée à cette consommation de l'œuvre de Dieu, et nous irons en esprit au temple pour y trouver Jésus- Christ.

VIP ÉLÉv. Heureuse rencontre de Siméon et de Jésus.

« Il vint en esprit au temple au moment oîi le père et la » mère de Jésus l'y apportoient, selon la coutume prescrite » par la loi ^ » . Heureuse rencontre , mais qui n'est pas fortuite ! Heureuse rencontre de venir au temple au moment que Joseph et Marie y portoient l'enfant ! C'est pour cela que les anciens Pères grecs ont appelé ce mystère « la ren- » contre » . Mais la rencontre parmi les hommes paroît au dehors comme un effet du hasard : il n'y a point de hasard; tout est gouverné par une sagesse dont l'infinie capacité embrasse jusqu'aux moindres circonstances. Mais surtout l'heureuse rencontre de Siméon avec Jésus porté dans le temple par ses parents , est dirigée par un ordre spécial de Dieu.

Dieu détermine le moment où l'on se devoit rencontrer.

' I. Cor. xv. 28. — 2 Heb xil. 22. — ' Luc. il. 27..

Par quel esprit Jésus \ient-il au temple? S'il est écrit que « le » Saint-Esprit le mena dans le désert ' », ne doit-on pas dire de même que le Saint-Esprit le mena dans le temple : qu'il; y mena Joseph et Marie? Voici donc l'heureuse rencontre conduite par le Saint-Esprit; le même Esprit qui mena au temple Joseph, Marie et Jésus, y mena aussi Siméon. Il cherchoit Jésus: mais plutôt et premièrement Jésus le cherchoit , et vouloit encore plus se donner à lui , que Siméon ne vouloit le recevoir.

Mettons-nous donc en état d'être menés par le même esprit qui mène Joseph , qui mène Marie , qui mène Jésus ; et pour cela dépouillons-nous de notre propre esprit ; car ceux qui sont conduits par leur esprit propre , ne peuvent pas être conduits par l'esprit de Dieu et de Jésus-Christ.

Mais qu'est-ce que cet esprit propre? apprenons aie connoître. Cet esprit propre consiste dans la recherche de ses avantages ; et l'esprit de Jésus-Christ consiste aussi à se réjouir des avantages, si l'on peut ainsi parler, et de la gloire de Dieu en Jésus-Christ.

« Si vous m'aimiez , vous vous réjouiriez de ce que je re- « tourne à mon Père , parce que mon Père est plus grand que » moi" » , et que retourner à lui, c'est retourner à ma naturelle et originaire grandeur, c'est là se réjouir de la gk.reet des avantages de Jésus-Christ. D'autres sont dévots dans la maladie, dans les grandes affaires du monde, afin qu'elles réussissent. Que de messes, que de prières, que de billets dans les sacristies, pour engager Dieu dans leurs intérêts, et le faire servir à leur ambition? Ceux-là n'entrent pas au temple dans l'esprit de Jésus-Christ ^ et ne l'y rencontrent pas. Laispons-là ces dévots grossiers : en voici de plus spirituels. Ce sontles apôtres, qui semblentse réjouir en Jésus-Christ même, et qui , touchés de sa douce conversation , ne peuvent se résoudre à le voir partir. Ce sont de foibles amis qui aiment leur joie plus que la gloire de celui qu'ils aiment. Ils quitteront l'oraison , pour peu qu'elle cesse à leur apporter ces délectations sensibles. Ce sont ceux que Jésus-Christ appelle

- Luc. IV. t. — - Joan. x:v. 28.

i>88 ELEVATIONS

«disciples pour un temps, qui reçoivent d'abord la parole i< avec Joie , mais à la première tentation l'abandonnent ' », La vérité ne les règle pas, mais leur goût passager et spirituel.

Que dirons-nous de ceux qui viennent dire au Sauveur avec un mélange de joie sensible et humaine : « Seigneur, lesdé- » mons mêmes nous sont soumis en votre nom ^ «.Ilssemblent se réjouir de la gloire de notre Seigneur, au nom duquel ils rapportent cet effet miraculeux. Mais parce qu'ils y méloient par rapport à eux une complaisance trop humaine, Jésus- Christ leur dit : Il est vrai, «je vous ai donné ce pouvoir sur » les démons; néanmoins ne vous réjouissez pas de ce qu'ils )> vous sontsoumis : mais réjouissez-vous de ce que vos noms » sont écrits dansleciel ^» ; et ce discours se termine à rendre gloire à Dieu de l'accomplissement de sa volonté : « Il est « ainsi , mon Père , parce que c'a été votre bon plaisir * « .

Ceux aussi dont parle saint Paul ^ , qui donneroient « tout» leurs « biens aux pauvres, et >^ leurs « membres mêmes au » martyre » , ne seroient pas dépourvus de quelque joie, en faisant à Dieu ce sacrifice apparent, et néanmoins, s'ils « n'a- » voient pas la charité » et cette céleste délectation de l'accomplissement delà volonté de Dieu , ils « ne seroient rien » . Cherchons donc à nous réjouir en Jésus-Christ de ce qui a réjoui Jésus-Christ même ; c'est-à-dire , du bon plaisir de Dieu , et mettons-là toute notre joie. Alors guidés au temple par l'esprit de Jésus-Christ, nous le rencontrerons avec Siméon , et la rencontre sera heureuse.

VIII'^ ÉLÉV. Qu'est-ce que recevoir Jésus-Christ entre ses bras? .

« Il prit l'enfant entre ses bras*® ». Ce n'est pas assez de regarder Jésus-Christ, il faut le prendre, le serrer entre ses bras avec Siméon , afin qu'il n'échappe point à notre foi:

Jésus-Christ est la vérité : le tenir entre ses bras , c'est comprendre ses vérités , se les incorporer , seles unir, n'en laisser écouler aucune , les goûter, les repasser dans son cœur , s'y affectionner, en faire sa nourriture et sa force; ce qui en donne le goût, €t les fait mettre en pratique.

' Luc. viii. 13. — = lb..x. 17. — ■■ Ib. 19. 20. — ' Ib. 21. — * I. Gor. xni. 2. 3. — ' Luc. h 2x^.

SUR LES MYSTÈRES. 28ft

im

C'est un défaut de songer seulement à la pratique : il faut aller au principe de l'affection et de l'amour. Lisez le psaume cxviii, tout consacré à la pratique de la loi de Dieu, « Heureux » ceux qui marchent dans la loi de Dieu' «. Mais que fait David pour cela? Il la recherche , il l'approfondit : il désire qu'elle soit sa règle ; il désire de la désirer; il s'y attache par un saint et fidèle amour ; il en aime la vérité , la droiture; il en chante les merveilles ; il use ses yeux à la lire nuit et jour : il la goûte ; elle est un miel céleste à sa bouche. C'est ce qui rend la pratique amoureuse et persévérante.

Combien plus devons- nous aimer l'Évangile ! Mais pour aimer l'Évangile , il faut primitivement aimer Jésus-Christ, le serrer entre ses bras , dire avec l'Épouse T « Je. le tiens, et » ne lequitterai pas ^>. Une pratique sèche ne peut pas durer; une affection vague se dissip^;'en l'air ; il faut , par une forte affection, en venir à une solide pratique.

Ceux qui disent qu'il en, faut venir à la pratique , disent vrai sans doute ; mais ceux qui pensent qu'on en peut venir à une pratique forte , courageuse et persévérante , sans l'attention de l'esprit et l'occupation du cœur , ne connoissent pas la nature de l'esprit humain, et ne savent pas embrasser Jésus-Christ avec Siméon.

IX' ÉLÉv. Qu'est-ce que bénir Dieu, en tenant Jésus-Christ entre ses bras.

« Et il bénit Dieu , et il dit : Vous laisserez maintenant aller » en paix potre serviteur ^ « . La bénédiction que nous donnons à Dieu, vient originairement de celle qu'il nous donne. Dieu nous bénit lorsqu'il nous comble de ses biens : nous le bénissons lorsque nous réconnoissons que tout le bien que nous avons vient de sa bonté, et que, rie pouvant lui rien donner, nous confessons avec complaisance ses perfections, et nous nous en réjouissons de tout notre cœur.

Cette occupation naturelle de l'homme a été interrompue par le péché , et rétablie par Jésus-Christ ; en sorte que par nous-mêmes ne pouvant bénir Dieu , ni rien faire qui lui soit agréable, nous le bénissons en Jésus-Christ; « en qui •> aussi

'Ps. CXVIII. 1. 2. et seq. -- = Cant. III. 4. — ' Luc. n. 2S. 29.

290 ; ÉLÉVATIO^S

« il nous a » pr'eimèrëment « bénis de toute bénédiction » .spirituelle », coriime dit saint Paul '.

Pour donc bénir Dieu , il fadrie tenir entre nos bras, qui est une posture d'offrande et un acte pour présenter à Dieu son fils bien-aimé.

Par ce moyen nous~ rendons à Dieu tout ce que nous lui devons , et lui faisons une oblation égale, non-seulement à ses bienfaits, mais encore à ses grandeurs, en lui présentant un autre lui-même. Au reste, nous pouvons l'offrir, puisqu'il est à nous, de même sang, de même nature que nous sommes ; qui d'ailleurs sedorine à nous touslesjours dansla sainte eucharistie, afin que nous ayons tous les jours de quoi donner à Dieu qui nous donne tout.

L'effet , dans nos cœurs, de cette bénédictton, c'est de nous dégoûter de la vie et de tousies biens sensibles. Celui-là bénit Dieu véritablement , qui , attaché à Jésus-Christ qu'il présente à Dieu, et détaché de tout le resle, ditavec Siméon : « Laissez-moi aller en paix » : je ne veux rien, je ne tiens à rien sur la terre ; pu bien avec Job : « LeSeigneur a don- ». lié :1e Seigeur a ôté : tout ce que le Seigneur a voulu est » arrivé : le nom du Seigneur soit béni ^ . À lui la gloire et » l'empire'»: ànous l'humilité et l'obéissance. En quelque état que nous soyons, mettons Jésus entre Dieu et nous. Yeux -je vous rendre grâces ? voilà votre Fils : Vous ai-je offensé? voilà votre Fils , mon grand propitiateur. Voyez les pleurs de ses yeux enfantins, c'est pour moi qu'il les verse. Qui en doute , puisqu'il a bien versé son sang ? Recevez donc de mes mains le Sauveur que vous nous avez donné. C'est pour cela qu'il se met encore tous les jours entre nos mains. Mais soyons purs , soyons saints pour offrir à Dieu le Saint des saints. Levons à Dieu des mains pures , et allons en paix.

X' ÉLÉv. Le cantique de Siméon.

Le saint vieillard ne veut plus rien voir, après avoir vu Jésus- Christ* . Il croyoit profaner ses yeux sanctifiés par la vue de Jésus-Christ : et il ne désire plus que d'aller bientôt au sein

' Eplies. I. 3. — 2 Job. I. 21. — ' Apec. 1.6.— • Luc. m. 6. 26."

" SUR LES mystères;. 291

d'Abraham, y attendre l'espérance du mande, et annoncer comme prochaine, aux enfants deDieu, la consolation d'Israël.

En général, on ne doit souhaiter de vivre, que jusqu'à tant qu'on ait connu Jésus-Christ. Mourir sans l'avoir connu , c'est mourir dans son péché ; mais aussi quand on l'a connu et goûté par là rémission de ses péchés , qui pourroit aimer la vie et seirep^ encore de ses illusions ? La vie de l'homme n'est que tentation et tromperie. Les pompes, les grandeurs, les biens du monde , qu'est-ce autre chose «qu'orgueil, con- » cùpicehice des yeux, concupiscence de la chair '», un vain faste ,UQ6 vaine enflure , un amusement dangereux , un piège, un attrait trompeur pour les foibles ? « Fuyons , fuyons cette » Babylone, pour n'être point corrompus parses; délices' »: après avoir vu le vrai en Jésus, fuyons le faux qui est dansle mondé.

Hé bien , je laisserai le monde : je m'en irai contempler les OBÙvres de Dieu dans la rétraite, je n'y trouverai pas ce faux que j'aperçois dans le monde ; quelle consolation , puisque le vrai y est encore, imparfait ! Les créatures" peuvent être nos introducteurs vers Dieu; mais quand nous le pouvons voir lui-même, qu'avons-nous besoin des introducteurs ? Fermez-vous dorénavant , mes yeux ; vous avez vu Jésus-Christ ; il n'y a plus rien à voir pour vous.

C'est ainsi que le juste méprise la vie et ne la supporte qu'avec peine. Mais alors , et quand Jésus-Christ devoitparoître, on pouvbit désirer la consolation de le voir et de lui rendre témoignage. Maintenant, où pour le voir il faut mourir, la rhoxt n'est-elle pas douce? Si le saint vieillard a tant désiré de voir Jésus dans l'infirmité de sa chair , combien devons-nous désirer de le voir dans sa gloire? Heureux Siméon ! combien de «prophètes» , combien «de rois ont désiré de voir » ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu ^ ! » C'est ce que Jésus disoità ses disciples, etilajouta: «Etd'ouïrce quevousécou- » tez, etne l'ont pas ouï !» Siméon n'écoutoit pas sa parole, quifaisoit dire à ses auditeurs, peut-être encore incrédules : « Jamais homme n'a parlé comme celui-ci* « : et néan-

' Joan. II. 19. — 2 Apoc. viii 4. — ^ Luc. x. 24. — ' Joaii. vu. 40.

292 ÊLÉVATIOKS

moins il est ravi : combien plus le devons-nous être , d'enlendre sa sainte parole , et d'en attendre la dernière et parfaite révélation dans la vie future ! Siméon ne voit rien encore qu'un enfant où rien ne paroît d'extraordinaire ; et Dieu lui ouvre les yeux de l'esprit, pour voir que c'est la « .lu^ » mière » que Dieu prépare «aux gentils » pour les éclairer, et le flambeau pour les recueillir de leur dispersion ; en même temps la « gloire d'Israël » , et celui où se réunissent ceux qui sont loin et ceux qui sont près ; en un mot, l'attente, commune des deux peuples, comme Jacob le vit en mourant , lorqu'ilvit sortir de Juda celui a qui étoit l'espérance de t^us « les peuples de l'univers ' ». - .

Éclairez-nous, ô Sauveur ! « lumière qui éclairez tout » homme venant au monde '^ » . Éclairez-nous, nous que votre Évangile a tirés de la gentilité : éclairez les Juifs encore endurcis, et qu'ils viennent confesser avec nous Jésus-Christ notre Seigneur. Qui verra cet heureux temps ? Quand viendra-t-il ? Bienheureux les yeux qui verront, après la conversion des gentils, la gloire du peuple d'Israël !

XI= ÉLÉv. Admiration de Joseph et de Marie.

« Le père etla mère de l'enfant étoient en admiration de ce » qu'on disoitde lui ' ». Nous avons déjà dit un mot de cette admiration; mais il faut tâcher aujourd'hui de la comprendre , et, s'il se peut même, de la définir.

C'est donc, si je ne me trompe , un sentiment intime de l'âme, qui, pénétrée et surmontée de la grandeur, de la magnificence, de la majesté des choses qu'elle entend , après peut-être quelque effort tranquille, pour s'en exprimer à ellemême la hauteur, reconnoît enfin qu'elle. ne peut pas même concevoir combien elles sont incompréhensibles; supprime toutes ses pensées, les reconnoissant toutes indignes de Dieu; et craignant de les dégrader en tâchant de les éstinoier, demeure en silence devant Dieu sans pouvoir dire un seul mot, si ce n'est peut-être avec David, qui s'écrie : Tibi silentium laus : « Le silence seul est votre louange^ » . C'est encore ce

' Gen.XLix. 10. — = Joaii. i. 9. — '■> Luc. n. 33. — * Ps. LXiv. 2. selon, l'HeUr.

que vouloit dire David : « Seigneur, notre Seigneur, que votre » liom est admirable par toute la terre, parce que votre raa- » gnificence est élevée par dessus les cieux '. Les deux » des cieux ne peuvent pas vous comprendre ^>. Il n'appartient qu'à vous seul de vous louer. Ainsi mon âme étonnée , confuse, interdite, demeure en silence devant votre face. Son étonnement se tourne en amour , mais dans un amour éperdu, qui , sentant qu'on ne peut pas même vous aimer assez, se perd dans vos immenses grandeurs , comme dans un abîme qui n'a point de fond , et comme une goutte d'eau dans l'Océan.

Revenons à Joseph et à Marie. « Ils étoient en admiration » de ce qu'on disoit de lui*». Pourquoi tant êtreien admiration? Ils en savoient plus que tous ceux qui leur en parloient. II est vrai que l'ange ne leur avoit pas encore annoncé la vocation des gentils. Marie n'avoit ouï parler que « du trône » de David, et de la maison de Jacob*» . Elle avoit senti toutefois par un instinct manifestement prophétique et sans limitation que (( dans tous les temps on la publieroit bienheureu- » se *» : ce qui sembloit comprendre tous les peuples comme tous les âges ; et l'adoration des mages étoit un présage de la conversion des gentils. Quoi qu'il en soit, Siméon est le premier qui paroisse l'avoir annoncée , et c'étoit un grand sujet d'admiration.

Sans en tant rechercher les causes, le Saint-Esprit nous veut faire entendre une excellente manière d'honorer les mystères : c'est, a la vue des bontés et des merveilles de Dieu, de demeurer devant lui en grande admiration et en grand silence. Dans ce genre d'oraison , il ne s'agit pas de produire beaucoup de pensées , ni de faire de grands efforts ; on est devant Dieu ; on s'étonne des grâces qu'il nous fait ; on dit cent fois, sans dire mot , avec David : Quicl est homo? . Qu'est-ce que l'homme , « que vous » daigniez « vous en » souvenir S)? Encore un coup : qu'est-ce que l'homme, que vous, vous qui êtes le Seigneur admirable par toute la terre, vouliez y penser ? Et on s'abîme dans l'étonnement et dans

' Ps. VIII. 6. — = III. Reg. VIII. 27. — •' Luc. vill. 33. — ' Ib. 1.32. — \lb. 48. — " Ps. vrii.

la reconnoissance , sans songer à vouloir produire , ni au dedans , ni au dehors , la moindre parole , tant que dure cette bienheureuse et très-simple disposition.

Il y a dans l'admiration une ignorance soumise, qui , contente de ce qu'on lui montre des grandeurs de Dieu , ne demande pas d'en savoir davantage , et , perdue dans l'incompréhensibilité des mystères, les regarde avec un saisissement intérieur , également disposée avoir et à ne voir pas ; à voir plus ou moins , selon qu'il plaira à Dieu. Cette admiration est un amour. Le premier effet de l'amour, c'est de faire admirer ce qu'on aime , le faire toujours regarder avec complaisance, y rappeler les yeux, ne vouloir point le perdre devue. Cette manière d'honorer Dieu est marquée dans les saints dès les premiers temps.' Elle est répétée plusieurs fois dans saint Clément d'Alexandrie. Mais quoi ! elle est de David, lorsqu'il dit : Quàm admirabile ! quid est homo ! quàm magnamultitudo dulcedinis tuœ , Domine ! « Que votre nom est admira- » ble ! qu'est-ce que l'homme! que vos douceurs sont grandes » et innombrables '» . C'est le cantique de tous les saints dans l'Apocalypse. «Qui ne vous craindra , Seigneur! Qui » n'exaltera votre nom? car vous êtes le seul Saint ^». On se tait alors, parce qu'on ne sait comment exprimer sa tendresse, son respect, sa joie , ni enfin ce qu'on sent de Dieu; et c'est « dans le ciel le silence d'environ une demi-heure^»: silence admirable , et qui ne peut durer longtemps dans cette vie turbulente et tumultueuse.

XII" ÉLÉV. Prédictions du saint YÏeillard. Jésus-Christ en butte aux

contradictions.

« Cet enfant que vous voyez , est pour la ruine et pour » la résurrection de plusieurs dans Israël *». C'est ce qu'opère tout ce qui est haut , et ce qui est simple tout ensemble. On ne peut atteindre àsa hauteur ; on dédaignesa simplicité , ou bien on le veut atteindre par soi-même ; et on ne peut, et on se trouble , et on se perd dans son orgueil. Mais les humbles cœurs entrent dans les profondeurs de Dieu sans s'émou-

' Ps. viil. 2. 5. Ps. XXX. 10. — ' Apoc. XV. 4. — ' Ib. vin. 2. — * Luc. II. 34. ~ -v

voir ; et éloignés du monde et de ses pensées, ils trouvent la vie dans la hauteur des œuvres de Dieu.

« Et il sera en butte aux contradictions des hommes'». Siméon est inspiré de parler à fond à Marie , qui plus que personne a ces oreilles intérieures où le Verbe se fait entendre. Ouvrons l'Évangile , et surtout celui de saint Jean , où le mystère de Jésus-Christestdécouvert plus à fond: c'est le plus parfait commentaire de la parole de Siméon. Écoutons murmurer le peuple : « les uns disoient : C'est un homme de » bien ; les autres disoient : Non , il trompe le peuple et » abuse de sa crédulité. N'est-ce pas lui qu'ils vouloient faire » mourir ? Et il prêche et personne ne lui dit mot : les prêtres i) auroient-ils connu qu'il est le » Christ? a Mais on ne saura » d'oti viendra le » Christ , « et celui-ci nous savons d'où il » est venu ^». Et encore: a Que veut-il dire, qu'on ne peut » aller où il va? Ira-t-il aux gentils dispersés, et s'en rendra- » t-il le docteur ? Les uns disoient : C'est le » Christ ; « les » autres disoient : Le » Christ « doit-il venir de Galilée ? Ne » sait-on pas qu'il doit venir de Bethléem ! Il y eut donc sur » ce sujet une grande dissension*». Et le voilà « en butte » aux contradictions des hommes ».

Poursuivons : Jésus répète encore une fois : « Je m'en vais, » et vous ne pouvez venir où je vais » Où ira-t-il ? « Se tuera- » t-il lui-même S), afin qu'on ne puisse le suivre? Ce n'étoit pas seulementles infidèles et les incrédules qui contredisoient à ses paroles : ceux qui croyoient, mais non pas encore assez à fond , aussitôt qu'ils lui entendirent direcette parole , la plus consolante qu'il ait jamais prononcée ; « La vérité vous af- » franchira», s'emportèrent jusqu'à oublier leurs captivités si fréquentes , et jusqu'à lui dire : Vous nous traitezd' esclaves: « nous n'avons jamais été dans l'esclavage' ». Il leur fait voir leur captivité sous le péché , dont lui seul pouvoit les affranchir. Ils ne veulent point s'apaiser ; et de discours en discours , pendant que Jésus leur dit la vérité , ils s'emportent jusqu'à lui dire qu'il étoita un samaritain et possédé du malin

' Luc. II. 34. — - Joaii. vii. 12. 25. 20. 27. — '' Ih. 3î>. et seq. — * Joan. yiil. 21. 22. — ■"• Ib. 32. 33. 34. et seq.

296 ^ ELEl'iTIONS

)r esprit», sans être touchés de sa douceur. L'entretien se. finit par vouloir prendre des pierres pour le lapider.

Continuons. « Je donne », leur dit-il ', « ma vie de moi- >i même, et personne ne me là peutôter» ; et il s'élève sur cette parole de nouvelles dissensions. « C'est un possédé, » disoient les uns , c'est un fou ; pourquoi l'écouter davan- » tage? D'autres disoient : Cène sont pas les paroles d'un » possédé; un possédé rend-il la vue à un aveugle-né». Les contradictions étoiènt fortes; les défenseurs étoientfoibles, et le parti des contradicteurs devint si fort, qu'à la fin il niet en croix l'innocence même, cf Ils s'amassent pourtant autour » de lui » ; et avec une bonne foi apparente, ils lui disent : « Pourquoi nous faire mourir, et nous tenir toujours en sus- » pens?Sivous êtes le» Christ, « dites-le-nous ouverte- » ment » . Il le leur avoit dit tant de fois, et ses œuvres mêmes parloient ; ce qui lui fait dire : « Je vousle dis, et vous ne me » croyez pas », et quand je me tairois , « les œuvres que je » fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi'». Ils ne l'en croient pas, et ils en reviennent à prendre des pierres pour le lapider : tant il étoit né pour essuyer les contradictions du genre humain.

On le chicanoit surtout. « Pourquoi vos disciples » méprisent-ils nos traditions? Ils se mettent à table « sans selaver^u. Voici une chicane bien plus étrange. « Cet homme ne » vient pas de Dieu : il fait des miracles , et il guérit les ma- » lades le jour du sabbat * » . Ils n'eussent pas « craintle jour » du sabbat de retirer d'un fossé leur âne ,on leur bœuP» ; mais guérir le jour du sabbat une fille d'Abraham ; et la délivrer du malin esjprit dont elle étoit opprimée ; c'est un crime abominable. Faut-il s'étonner si on contredit sa doctrine et ses mystères , puisqu'on trouve mauvais jusqu'à ses miracles et à ses bienfaits ?

XIII" ÉLÉv. D'où naissoient ces contradictions?

« Vous êtes d'en bas , et je suis d'en-haut® ». Je viens apprendre aux hommes des choses hautes qui les passent, elles

' Joaii. X. 18. 19.20. 21. — = Ib. 24. 25. 31. — » Matt. xv. 2. — * Jean. IX. 16, — ' Luc. xiv. 3. 4. 5. — "^ Jean. viii. 23.

hommes superbes ne veulent pas s'humilier pour les recevoir.

« Vous êtes du monde, et je ne suis pas du monde' ». Vous êtes charnels et sensuels ; et ce que je vous annonce , qui est spirituel , ne peut entrer dans votre esprit. Il faut que je vous régénère, que je vous renouvelle, que je vous refonde ; car « ce qui est né de la chair est chair'» ; et on n'est spirituel qu'en renaissant et en renonçant à sa première vie.

« La lumière est venue au monde, et les hommes ont «mieux aimé les ténèbres que la.lumière , parce que leurs » œuvres étoient mauvaises ». Car « celui qui fait mal , hait » la lumière ; et il ne vient point à 1 a lumière , de peur que » ses œuvres ne soient manifestées' ».

Voilà trois paroles du Fils de Dieu, qui contiennent trois raisons pour lesquelles les hommes n'ont pu le souffrir. Ils sont superbes, et il ne veulent pas s'humilier pour recevoir les sublimités qu'il leur annonce : ils sont charnels et sensuels, et ils ne veulent pas se dépouiller de leurs sens pour entrer dans les choses spirituelles ovi il les veut faire entrer: ils sont vicieux et corrompus, et ils ne peuvent souffrir d'être repris parla vérité.

«Vous me voulez faire mourir» , dit le Sauveur, « parce que » ma parole ne prend point en vous, et n'y trouve point d'en- » trée *»'. Ainsi elle vous révolte, parce que vous ne pouvez pas y entrer. Comme jamais il n'y eut de vérité, ni plus haute , ni plus spirituelle, ni plus convaincante^ et plus vivement reprenante, que celle de Jésus-Christ, il n'y eut jamais aussi une plus grande révolte , ni une plus grande contradiction. C'est pourquoi il en faut venir jusqu'à la détruire , jusqu'à faire mourir celui qui l'annonce, a Vous cherchez à me faire » mourir, moi qui suis un homme qui vous dis la vérité». Voilà le sujet de votre haine : « Vous ne connoissez pas mon » langage ». Pourquoi? « parce que vous ne pouvez pas seu- » lement écouter ma parole'» : elle vous est insupportable, parce qu'elle est vive , convaincante, irrépréhensible.

C'est la grande contradiction que souffre Jésus. Les hommes se révoltent contre lui, parce qu'ils ne veulent pas

' Joan VIII. 23. — ^ Joau. m. 6. — "' Ib. 19. 20. — * Joan. VIII. 37. — » Ib. 40. 43.

se convertir, s'humilier, se mortifier, combattre leurs cupidités et leurs passions. Ils aimeront quelquefois ses vérités , qui sont belles en elles-mêmes : quand elles se tournent en jugement, en répréhension, en correction , ils se révoltent contre lui et contre les prédicateurs qui prêchent les vérités fortes, et contre les supérieurs, contre les amis qui nous mettent nos défauts devant les yeux, et qui troublent le faux: repos d'une mauvaise conscience. C'est de ce côté-là plus que de tous les autres, que Jésus-Christ est « en butte aux contra- » dictions » ; et cet endroit est pour lui le plus sensible.

XIV" ÉLÉv. Contradictions des chrétiens mêmes contre Jésus-Christ, sur

sa personne.

Je frémis, je sèche, Seigneur, je suis saisi de frayeur et d'étonnement ; mon cœur se pâme, se flétrit, quand je vous vois en butte aux contradictions , non-seulement des infidèles, mais encore du ceux qui se disent vos disciples. Et premièrement, quelles contradictions sur votre personne ! Vous êtes tellement Dieu , qu'on ne peut croire que vous soyez homme ; vous êtes tellement homme, qu'on ne peut croire que vous ne soyez Dieu. Les uns ont dit : a Le Verbe est en » Dieu'» : mais ce n'est rien de substantiel ni de subsistant : il est en Dieu comme notre pensée est en nous ; en ce sens, il est Dieu comme la pensée est notre âme ; car qu'est-ce que la pensée, sinon notre âme en tant qu'elle pense? Non, disent les autres : on voit trop que le Verbe est quelque chose qui subsiste : c'est un fils, c'est une personne : qui ne le voit pas par toutes les actions et toutes les choses qu'on lui attribue ? Mais aussi ne doit-on pas croire que cet homme qui est né de Marie, sans être rien autre chose, est cette personne qu'on nomme le fils de Dieu ? Quoi ! il n'est pas devant Marie, lui qui dit qu'il est « devant Abraham^ » ? lui qui « étoit au » commencement^ »? Vous vous trompez, il est évident, dit Arius, qu'il est devant que le monde fût : c'est dès lors une personne subsistante, mais inférieure à Dieu, faite du néant, comme le sont les créatures, quoique plus excellente. Tiré

' Joan. I. 1 . — - Ib. viïl. 58. — Ub. I. 1.2.

du néant ? cela ne se peut : lui « par qui tout a été tiré du » néanl ' ». Comment donc est-il iils ? Un fils n'est-il pas produit de la substance de son père, et de même nature que lui ? Le fils de Dieu sera-t-il moins fils, et Dieu sera-t-il moins père que les hommes ne le sont ? Il seroit donc fils par adoption comme nous ? Et comment avec cela , « être fils » unique , qui est dans le sein du Père ' « ?

Arius, vous avez tort, dit Nestorius : le Fils de Dieu est Dieu comme lui ; mais aussi ne peut-il pas en même temps être fait homme ? 11 habite en l'homme comme Dieu habite dans un temple par grâce ; et si le fils de Dieu est fils par nature, l'homme qu'il s'est uni par sa grâce ne l'est que par adoption.

Oh s'oppose à cette perverse doctrine ; on dit a Nestorius: Vous séparez trop, il faut unir jusqu'à tout confondre, et faire de deux natures une nature. Hélas ! quand finiront ces contentions î Pouvez-vous croire, disent ceux-ci, qu'un Dieu puisse en effet se rabaisser jusqu'à être effectivement homme ? - La chair n'est pas digne de lui : il n'en a point, si ce n'est: une fantastique et imaginaire. Imaginaire ? dit l'autre ; et comment donc a-t-on dit : « Le Verbe a été fait chair * », en définissant l'incarnation par l'endroit que vous rebutez ? Il a une chair, et l'incarnation n'est pas une tromperie. Mais le Verbe lui tient lieu d'âme : ou bien, si vous voulez lui donner une âme, donnons-lui celle des bêtes, quelle qu'elle soit ; mais ne lui donnons point celle des hommes. Le Verbe est son âme encore un coup ; ou du moins il est son intelligence : il veut par sa volonté, et il ne peut en avoir d'autre. Est-ce tout enfin ? Oui , c'est tout. Car on a tout contesté , le corps, l'âme , les opérations intellectuelles, et toutes les contradictions sont épuisées. Jésus est donc « en butte aux contradic- » tions » de ceux qui se disent ses disciples ? Car, disent-ils, le moyen de comprendre cela et cela ? Mais Jésus avoit prévenu les contradictions par une seule parole : « Dieu a tant » aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique ^ » ,

Pour tout entendre, il ne faut qu'entendre son amour

' Joan. I. 3.- - Ibid. 18. - "• Ibiil. I. 4G. — * Ibi-.l. ill- IG.

» Dieu a tant aimé le monde ». Un amoiir incompréhensible, produit des effets qui le sont aussi. Vous demandez des pourquoi à Dieu ? Pourquoi un Dieu se faire homme ? Jésus-Christ vous dit ce pourquoi : « Dieu a tant aimé le monde » . Tenez- Tous-en là ; les hommes ingrats ne veulent pas croire que Dieu les aime autant qu'il fait. Mais le disciple bien-aimé résout leurs doutes, en disant : « Nous avons cru à l'amour que » Dieu a pour nous ' ». Dieu a tant aimé le monde ; et que reste-t-il après cela , sinon de croire à l'amour , pour croire à tous les mystères ? •

Esprits aussi insensibles à l'amour divin que vous êtes d'ailleurs présomptueux, le mystère de l'eucharistie vous rebute? Pourquoi nous donner sa chair et s'unir à nous corps à corps pour s'y unir esprit à esprit? « Dieu a tant aimé le monde», dit Jésus : et saint Jean répond\pour nous tous : « Nous avons » cru à l'amour que Dieu a pour nous». Mais il est incompréhensible ! et c'est pour cela que je veux le croire, et m'y ■abîmer il n'en est que plus digne de Dieu. Après cela il ne faut plus disputer, mais aimer; et après que Jésus a dit : « Dieu a tant aimé le monde » , il ne faudroit plus que dire , le monde racheté a tant aimé Dieu.

XV° ÉLÉV. Contradictions contre Jésus-Christ, sur le mystère de la grâce.

Voici encore un écueil terrible pour l'orgueil humain. I^'homme dit en son cœur : J'ai mon franc arbitre : Dieu m'a fait libre, et je me veux faire juste : je veux que le coup qui décide de mon salut éternellement vienne primitivement demqi, Ainsi on veut par quelque soin se glorifier en soimême. Oiî allez-vous, vaisseau fragile ? vous allez vous briser contre l' écueil, et vous priver du secours de Dieu qui n'aide que les humbles , et qui les fait humbles pour les aider. Çonnoissez-.vous bien la chute de votre nature pécheresse , et après même en avoir été relevé , l'extrême langueur, la profonde maladie qui vous en reste ? Dieu veut que vous lui disiez ; « Guérissez-moi^ » : car à tout moment je me meurs, et je ne puis rien sans vous. Dieu veut que vous lui deman-

' .Toan IV. 10. — - Ps. VI. 3

diez toutes les bonnes actions que vous devez faire : quand vous les avez faites, Dieii veut que vous lui rendiez grâce de les avoir faites. II ne veut pas pour cela que vous demeuriez sans action , sans effoit ; mais il veut qu'en vous efTorçanl comme si vous deviez agir tout seul, vous ne vous glorifiiez non plus en vous-même , que si vous ne faisiez rien.

Je ne puis ; je veux trouver quelque chose à quoi me prendre dans mon libre arbitre , que je ne puis accorder avec cet abandon à la grâce. Superbe contradicteur, voulez-vous îiccorder ces choses, ou bien croire que Dieu les accorde ? Il les accorde tellement, qu'il veut sans vous relâcher de votre action, que vous lui attribuiez finalement tout l'ouvrage de votre salut : car il est le Sauveur, et il dit : « Il n'y apoint » de Dieu qui sauve que moi '». Croyez bien que Jésus-Christ est Sauveur ; et toutes les contradictions s'évanouiront.

XVI" ÉLÉ\. Solution manifeste des contradictions par l'autorité de l'Eglise.

Seigneur, vos mystères sont enveloppés de ténèbres. Vous avez répandu dans votre Écriture des obscurités , vénérables à la vérité, mais enfin qui déconcertent notre foible esprit : je tremble en les voyant, et je ne sais par oii sortir de ce labyrinthe. Vous ne savez par où en sortir! Mais Jésus a-t-îl parlé obscurément de son Église! N'a-t-il pas dit qu'il la mettoit siir « une montagne' », afin qu'elle fût vue de tout le monde? N'a-t-il pas dit « qu'il la posoit sur le chandelier, «afin qu'elle luisît à tout l'univers ^»? N'a-t-il pas dit assez clairement : «Les portes d'enfer ne prévaudront pas contre » elle* »? N'a-t-il pas assez clairement renvoyé jusqu'aux moindres difficultés, à la décision de l'Église, et rangé « parmi » les païens etles péagers^) , ceux qui refuseroientd'en passer parsonavis? Etïorsque montant aux cieux ou auroitpu croire qu'il la laissoit destituée de son assistance : n'a -t-il pas dit AUez^ baptisez, enseignez : et voilà que je suis avec vous « enseignant ainsi et baptisant jusqu'à la fin des siècles"» ? Si donc vous avez des doutes, allez à l'Église : elle

' Is. XLiii. s. 11.- = Mattli. V. 14. -sibitl. 15. - Ubid. yxj. 18. - ' Ibid. xvïil. 17. --" Ibid. xxvill. 13. 20.

est eu vue ; elle est toujours inébranlable , immuable dans sa foi ; toujours avec Jésus-Christ et Jésus-Christ avec elle. Disons ici encore une fois : Dieu a tant « aimé le monde » , que pour en résoudre les doutes il n'a point laissé de doute sur son Église qui les doit résoudre.

Mais combien de sociétés prennentle titre d'Église? Pouvezvous vousy tromper ? Ne voyez-vous pas que celle qui a toujours été, celle qui demeure toujours sur sa base, celle qu'on ne peut pas seulement accuser de s'être séparée d'un autre corps, et dont tous les autres corps se sont séparés , portant sur leur front le caractère de lenr nouveauté, ne voyez-vous pas encore un coup que c'est celle qui est l'Église? Soumettez-vous donc. Yous ne pouvez! J'en vois la cause. Vous voulez juger par vous-même; vous voulez faire votre règle de votre jugement ; vous voulez être plus savant et plus éclairé que les autres ; vous vous croyez ravili en suivant lechemin battu, les voies communes; vous voulez être auteur, inventeur, vous; élever au dessus des autres par la singularité de vos sentiments ; en un mot, vous voulez, ou vous faire un nom parmi les hommes , ou vous admirer vous-même en secret comme un homme extraordinaire. Aveugle, conducteur d'aveugles, en quel abîme vous allez-vous précipiter , avec tous ceux qui vous suivront! Si vous étiez tout à fait aveugle vous trouveriez quelque excuse dans votre ignorance. Mais vous dites : Nous voyons, nous entendons tout, et le secret de l'Ecriture nous est révélé : « Votre péché demeure en vous ' ».

XTIP ÉLÉV. L'Inimilité résout toutes les difficultés.

Pourquoi nous renvoyer à l'Église ? Ne pouviez-vous pas nous éclairer par vous-même, et rendre votre Écriture si pleine et si claire qu'il n'y restâtaucun doute ? Superbe raisonneur! N'entendez-vous pas que Dieu a voulu faire des humbles? Votre maladie, c'est l'orgueil, votre remède sera l'humilité. Votre orgueil vous révolte contre Dieu, l'humilité doit être votre véritable sacrifice. Et pourquoi a^-t-il répandu dans son Écriture ces ténèbres mystérietises, sinon pour vous

' Joan. IX. 41.

renvoyer à Tautorité de l'Église , où l'esprit de la tradition , qui est celui du Saint-Esprit, décide tout? Ignorez-vous, vous qui vous plaignez de l'obscurité des Écritures , que sa trop grande lumière vous éblouiroit plus que ses saintes ténèbres ne vous confondent? Ifavez-vous pas vu les Juifs demander à Jésus qu'il s'explique ; et Jésus s'expliquer de sorte, quand il l'a voulu, qu'il n'y avoit plus d'ambiguïté dans ses discours? Et qu'en est-il arrivé? Les Juifs en ont-ils été moins incrédules? Point du tout: la lumière même les a éblouis: plus elle a été manifeste, plus ils se sont révoltés contre elle ; et si on le veut entendre , la lumière a été plus obscure et plus ténébreuse pour leurs yeux malades, que les ténèbres mêmes. Enfin par dessus toutes choses , vous avez besoin de croire que ceux qui croient doivent tout à Dieu ; qu'ils sont, comme dit le* Sauveur, « enseignés de lui » : Docibiles Dei : de mot à mot, docti à Beo ' : qu'il faut qu'il parle dedans, et qu'il aille chercher dans le cœur ceux à qui il veut spécialement se faire entendre. Ne raisonnez donc plus : humiliezvous. «Qui a des oreilles pour écouter, qu'il écoute' ». Mais qu'il sache que ces oreilles qui écoutent, c'est Dieu qui les donne : Aurem audientem , et oculum videntem , Dominus fecit utrumque^.

XYIII" ÉLÉV. Contradictions dans l'Eglise par les péchés des fidèles, et sur la morale de JésusrChrist.

Mais la contradiction la plus douloureuse du Sauveur est celle de nospéchés : de nous qui nous disons ses fidèles, et qui sommes les enfants de son Église. Le désordre, le dérèglement, la corruption se répand dans tous les états, et toute la face de l'Église paroît infectée. « Depuis la plante des pieds » jusqu'à la tête , il n'y a point de santé en elle * . Yoilà, dit- » elle, que mon amertume la plus amère est dans la paix*». « Ma première amertume, qui.m'a été », disoit saint Bernard", « bien amère, a été dans les persécutions des gentils: la seconde amertume encore plus amère, a été dans les schis-

' Joaii. VI. 53. — -Mattli, xi. 15. xill. 9 et seq. — ^ Prov. xx. 12. — Mb, 1.6. — ^Ibid, XXXVIII. 17. — " S-Bern. Serm.xxxill. inCaut. n. 19.

» mes et dans riiérésie; mais dails la paix, et quand j'ai été » triomphante, mon amertume, très-amère est dans les déré- » glements des chrétiens catholiques ». ^L^ilfe

Que chacun repasse ici ses péchés : il verra par qiuel enr^' droit Jésus-Christ, durant tout le cours de sa vie, et dans son agonie au sacré jardin , a été le plus douloureusement contredit. Les Juifs qui ont poussé leur dérision jusque parmi les horreurs de sa croix, ne l'ont pas percé de plus de coups , ni n'ont pas été « un peuple plus contredisant envers » celui qui étendoit ses bras vers eux • », que nous le sommes. Et si lecœur de Jésus pouvoitêtre affligé dans sa gloire, il le seroit de ce côté-là plus que par toute autre raison. C'est vous, chrétiens et catholiques, c'est vous « qui faites blàsphé- » mer mon nom par toute la terre ^ ». On ne peut croire que ma doctrine soit venue du ciel quand on là voit si mal pratiquée par ceux qui portent le nom de fidèles.

Ils en sont venus Jusqu'à vouloir courber la règle , comme les docteurs de la loi et les pharisiens : ils se font des doctrines erronées , de fausses traditions , de fausses probabilités : la cupidité résout les cas de conscience; et sa violence est telle qu'elle contraint les docteurs de la flatter. malheur ! On ne peut convertir les chrétiens, tant leur dureté est extrême , tant les mauvaises coutumes prévalent; et oii leur cherche des excuses : la régularité passe pour rigueur ; on lui donne un nom de secte : la règle ne peut plus se faire entendre. Pour afl'oiblir tous les préceptes dans leur source , on attaque celui de l'amour de Dieu : on ne peut trouver le moment où l'on soit obligé de le pratiquer ; et à force de reculer l'obligation, on l'éteint tout à fait. Jésus! je le sais , la vérité triomphera éternellement dans votre Église : suscitez-y des docteurs pleins de vérité et d'efficace qui fassent, taire enfin les contradicteurs; et toujours en attendant que chacun de nous fasse taire la contradiction en soimême. •

XIX'' ÉLÉv. L'épée perce l'âme de Marie.

'S Cet enfant sera en butte aux contradictions : et votre

' Is. LXV. 2. Fîimi x. 21. — ■ Jbid. LU. j. Ilom. il. 24.

» âme. même.» , ô mère affligée et désolée ! « sera percée » d'une épée'». Vous aurez part aux contradictions; vous verrez tout le monde se soulever contre ce cher Fils ; vous en aurez le cœur percé : et il n'y a point d'épée plus tranchante ^ que celle de votre douleur. Votre cœur sera percé par autant de plaies que vous en verrez dans votre Fils : vous serez conduite a sa croix pour y mourir de mille morts. Combien serez-vous affligée quand vous verrez sa sainte doctrine contredite et persécutée ? Vous verrez naître les persécutions et les hérésies : le miracle de l'enfantement virginal sera contredit comme tousles autres mystères, pendant même que vous serez encore sur la terre : et il y en aura qui ne voudront pas croire votre inviolable et perpétuelle virginité.^ Vous serez cependant la merveille de l'Église , la gloire des femmes, l'exemple et le modèle de toute là terre. jPeut-on assez admirer la foi qui vous fait dire : « Ilsn'gint pas de vin » ; et : « Faites ce qu'il vous dira'». Vous êtes'la mère de tous ceux qui croient; et c'est à votre prière que s'est fait le premier miracle qui les a fait croire.

XX* ÉLÉV. Les coutradictions de Jésus— Chrîst découvrent le secret des

cœurs.

Il faut joindre ces paroles : « Cet enfant sera en butte aux » contradictions » , à celles-ci : « Les pensées que plusieurs » cachent dans leurs cœurs seront découvertes ^ ». Si Jésus- Christ n'avoit point paru sur la terre, on ne connoîtroit pas la profonde malice , le profond orgueil , la profonde corruption ,, la profonde dissimulation et hypocrisie du cœur de l'homme.

La plus profonde iniquité est celle qui se couvre du voile de la piété. C'est oti en étoient venus les pharisiens elles docteurs de la loi. L'avarice , l'esprit de domination , le faux zèle de la religion les . transportoit et les aveugloit de sorte qu'ils vouloient avec cela se croire saints , et les plus purs de^ tous les hommes. Sous couleur de faire pour les veuves et

' Luc. M. 34. .15. - - Joan. jr. 3. 5. — ' Luc. il. 34. 35.

■ --m 306 ÉLÉVATIONS

pour tous les foibles esprits , de longues oraisons , ils se rendoient nécessaires auprès d'elles , et dévoroient leurs richesses; ils parcouroient la terre et la mer pour faire un seul prof sélyte , qu'ils damnoient plus qu'auparavant , sous prétexte de les convertir : parce que , sans se soucier de les instruire du fond de la religion , ils ne vouloient que se faire renommer parmi les hommes , comme des gens qui gagnoient des âmes à Dieu ; et en se les attachant, ils les faisoient servir à leur domination , et à l'établissement de leurs mauvaises maximes ' . Ils se donnoieut au public comme les seuls défenseurs de la religion. Esprits inquiets et turbulents , qui retiroient les peuples de l'obéissance aux- puissances , se portant en apparence pour gens libres , qui n'avoient en recommandation que lesintérêts de leurs citoyens : et en effet, pour régnerseuls sur leurs consciences. Le peuple prenoit leur esprit , et entraîné à leurs maximes corrompues , pendant qu'ils se faisoient un honneur dé garder les petites observances de la loi, ils en méprisoient les grands préceptes, et mettoientla piété où elle n'étoit pas. S'ils affectoient partout les premières places, ils faisoient semblant que c'étoit pour honorer la religion dont ils vouloient paroître les seuls défenseurs , mais en effet, c'est qu'ils vouloient dominer, et qu'ils se repaissoient d'une vaine gloire. Les reprendre , et leur dire la vérité dont ils vouloient passer pour les seuls docteurs , c'étoit les révolter contre elle de la plus étrange manière. Aussitôt ils ne manquoient pas d'intéresser la religion dans leur querelle , et ils étoient si entêtés de leurs fausses maximes , qu'ils croyoient rendre service à Dieu, en exterminant ceux qui osoient les combattre.

Comme jamais la vérité n'avoit paru plus pure, plus parfaite, plus victorieuse, que dans le doctrine et dans les exemples de Jésus-Christ , elle ne pouvoit manquer d'exciter pliis que jamais le faux zèle de ces aveugles conducteurs du peu- :^ple. Le secret de leurs cœurs fut révélé : ou vit ce que poi - -'■voit l'iniquité et l'orgueil couvert du manteau de la religion; on connut plus que jamais ce que pouvoit le faux zèle et les excès où se portent ceux qui en sont transportés. Il fallut cru-

' Matth. xxxril. 1. 2 et seq.

. JSUR LES MYSTÈRES. 307

cilier celui qui étoit la sainteté même, et persécuter ses disciples ; et Jésus leur apprend que ceux contre qui ils doivent être le plus préparés, sont les faux zélés qui entêtés du besoin que la religion, dont ils se croient les arcs-boutants , a de leur soutien, « croient rendre service à Dieu, en persécu- » tant ses enfants », dès qu'ils les croient leurs ennemis. Ainsi les pensées secrètes qui doivent être découvertes par Jésus- Christ, sont principalement celles où nous nous trompons nous-mêmes, en croyant faire pour Dieu ce que nous faisons pour nos intérêts, pour la jalousie de l'autorité, pour nos opinions particulières. Car ce sont les pensées qu'on cache le plus, puisqu'on tâche même de se les cacher à soi-même. Observons-nous nous-mêmes sur ces caractères, etiie croyons pas en être purgés , sous prétexte que nous ne les sentirions pas tous en nous-mêmes ; mais tremblons , et ayons horreur de nous-mêmes , pour légère que nous paroisse la teinture que nous prendrons.

; , XXI*" ÉLÉV. Anne la propliélesse.

« Il y avoit une prophétesse nommée Anne , d'un âge fort «avancé , car elle avoit quatre-vingt-quatre ans. Elle avoit » vécu dans un long veuvage n'ayant été que sept ans avec son » mari, et passa tout le reste de sa vie dans la retraite ; ne » bougeant du temple, et servant Dieu nuit et jour dans les » jeûnes et dans la prière ». Voilà encore un digne témoin de Jésus-Christ. « Elle survint au temple dans ce même instant, » louant le Seigneur, et parlant de lui à tousceuxqui atten- » doient la rédemption d'Israël'». Ce Seigneur qu'elle louoit, visiblement étoit Jésus-Christ. Elle fut digne de le connoître et de l'annoncer , parce que, détachée de la vie des sens , unie à Dieu par l'oraison , elle avoit préparé son cœur à la pliispure lumière.

Saint Luc a. voulu en peu de paroles nous faire connoître cette sainte veuve, et en marquer non -seulement les vertus , mais encore la race même, eu nous apprenant «qu'elle étoit » fille de Phanuël et de la tribu d'Aser » , afin que ces cir-

'Luc. II. 36. 37. 38.

constances rappelassent le souvenir du témoignage de cette femme ; ce qu'il ne fait pas de Siméon , qui peut-être étoit plus connu. Peut-être aussi qu'il falloit montrer que Jésus- Christ trouva des adorateurs dans plusieurs tribus , et entre autres dans celle d'Aser , à qui Jacob et Moïse n'avoient promis que « de bon pain , de l'huile en abondance » , et en un mot , « des richesses dans ses mines de fer et de cuivre » . Mais voici en la personne de cette veuve , « les délices des » rois et des peuples ' », parmi les biens de la terre, changés en jeûnes et en mortifications. Quoi qu'il en soit, honorons en tout et les expressions et le silence que le Saint-Esprit inspire aux évangélisles.

XXIP ÉLÉV. Abrégé et conclusion des réflexions précédentes.

L'abrégé de ce mystère est que Jésus s'offre , nous offre en lui et avec lui, et que nous devons entrer dans cette oblation, et nous y unir comme à la seule et parfaite adoration que Dieu demande de nous.

Les trois personnes qui se trouvent avec Jésus-Christ dans cemyslère, nous apprennent ce que nous devons offrir à pieu.

La sainte Vierge lui offre et lui sacrifie le cher objet de son cœur, pour en faire ce qu'il lui plaira ; c'est-à-dire son propre Fils : elle voit la contradiction poussée à l'extrémité contre lui , et en même temps elle sent ouvrir la plaie, de son cœur par cette épée qui la perce. Mères chrétiennes, aurez-vous bien le courage dans l'occasion de faire à Dieu avec elle, une oblation semblable ? Tantque nous sommes de fidèles , unissons-nous à la foi d'Abraham, et offrons à Dieu notre Isaac ; c'est-à-dire ce qui nous tient le plus au cœur.

Siméon a immolé l'amour de la vie , et la laisse pour ainsi dire , s'exhalera Dieu en pure perte. Ne disons pas qu'il ne lui sacrifie qu'un reste de vie dans sa vieillesse : il n'a jamais désiré de vivre que pour avoir la consolation de voir Jésus- Christ et de lui rendre témoignage. Car ce n' étoit pas seulement une foible consolation des yeux que ce saint vieillard

' Gen. xux. 20. Deut. xxxiii. 24. 25.

attendbil :il desiroit les sentiments que Jésus présent inspire dans les cœurs ; il vouloitl'annoncer, le faire reconnoître, en publier les merveilles, autant qu'il pouvoit, aux Juifs et aux gentils; montrer au monde ses souffrances , et la part qu'y auroit sa sainte Mère. Après cela il vouloit mourir; et l'on voit en lui dans tous les temps un parfait détachement de la vie. C'est ce qu'il nous faut offrir à Dieu avec le saint vieillard.

Et qu'immolerons-nous avec Anne , sinon l'amour des plaisirs par la mortification des sens? Exténuons par le jeûne et par l'oraison ce qui est trop vivant eu nous. Vivons avec cette sainte veuve dans une sainte désolation : arrachons-nous à nous-mêmes ce qui est permis , si nous voulons n'être point entraînés par ce qui est défendu. Déracinons à fond l'amour du plaisir. Le plaisir des sens est le perpétuel séducteur de la vie humaine : l'attention au beau et au délectable a commencé la séduction du genre humain. Eve prise par là commence à entendre la tentation qui lui dit avec une insinuation aussi dangereuse que douce : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu ce qui est si plaisant et si flatteur ? L'attention au plaisir éloignera vue du supplice. On se pardonne tout à soi-même, et et on croit que Dieu nous est aussi indulgent que nous nous le sommes. Vous n'en mourrez pas : vous reviendrez des erreurs et des foiblesses de votre jeunesse. Eve entraîne Adam : la partie foible entraîne la plus forte ; le plaisir a fait tout, son effet ; il a rendu le péché plausible , et lui a fourni des excuses: il emmielle le poison , il affoiblit ,il étouffe le remords de la conscience ; il en émousse la piqûre ; et à peine senton la grièveté de son péché , jusqu'à ce que dans les flammes éternelles ce verrongeur se réveille, etparses morsures éternelles nous cause un pleur inutile avec cet effroyable grincement de dents.

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