FIN DE POLEMIQUE
(^1 Mr Germain Beaulieu) Allégorie
Un noble chevalier, pour l'honneur de sa Dame,
Etait chatouilleux à l'excès :
Qu'on touchât seulement à l'objet de sa flamme,
Il ne le permettait jamais !
Un jour il s'écria, brandissant son épée, ''Rustre, manant, tu vas mourir !
CaT ma Dame se plaint de ta folle équipée : Je ne pourrai plus te souflFrir." —
''Pardon ! dit le manant, c'est mon bonheur suprême
Que de lui prouver mon respect :
Un trône à votre reine, un sceptre, un diadème,
Voilà. Maître, tout mon souhait !'' —
••Alors, tu m'as vaincu, je t'en donne la gloire,
Dit le chevalier radouci :
Je te laisse aller: va! Et pour cette victoire.
Tu pourras me dire merci." —
"Maître, c'est trop d'honneur, car dans cette aventure,
Xon, je ne vous ai pas vaincu :
Mais de ma loyauté, seigneur, de ma droiture.
Vous ai seulement convaincu !"
F . X. Burque^ Pire.
Un autre justification de mon humble essai m'était réservée: une justification éminemment importante et significative, à l'honneur de laquelle je ne m'attendais pas: je veux dire l'approbation d'une autorité hist-orique et littéraire telle que Mr Benjamin Suite qui, dans une correspondance au Monde Illustré^ numéro du 22 octobre 1802, daigna sanctionner à la fois mon innovation et les principes sur lesquels je l'appuyais, en écrivant ce qui suit :
"Depuis que Mr l'abbé F. X. Burque nous a parlé pour la première fois de la transformation que les couplets populaires subissent en traversant les âges, j'ai fait quelques réflexions à ce sujet, et je crois me rappeler que cette pratique est commune à tous les peuples. Cela procède des circonstances particulières à ceux qui chantent ces couplets."
Après avoir exposé, comme exemples, les transformations de la Claire Fontaine^ du Juif Errant, de MaXbrouh s en va-t-en gueii^e, de la Marseillaise ellemême. Mr Suite a la bonté d'ajouter: "J'espère que Mr
Germain Beaulieu va voir le Canadien Errant sous un jour nouveau et qui est grand par lui-même, (comme le veut Mr l'abbé Burque), La transformation de quelques mots dans ces strophes célèbres tombe parfaitement d'accord avec la donnée du sujet tel qu'il est maintenant. Si Gérin-Lajoie a voulu parler des exilés de 1839, son cadre est (tout de même) susceptible d'embrasser les événements de notre époque ; car c'est, après tout, l'élégie du Canadien sur la terre étrangère qu'il a voulu rendre; et puisque la moitié de notre peuple est aujourd'hui absente de ses foyers, il faut bien conserver les expressions douloureuses dont le poète s'est servi et dont il avait puisé l'iijspiration dans son ardent désir de voir les Canadiens-Français se tenir compacts au milieu de la province de Québec, notre seule patrie, notre France !
.Je Aous citerai un autre fait bien curieux qui m'a été conté par Mgr. Faraud, évêque de la rivière Mc- Kenzie : — c'est que le Canadien Errant a déjà eu les honneurs de la parodie, comme toutes les œuvres qui impressionnent vivement un peuple au sens artistique. Monseigneur m'a chanté ces couplets pleins d'esprit, improvisés par les voyageurs du grand Nord-Ouest ; mais je me garderai bien de a^ous en fournir le texte. . . Pour faire plaisir à Gérin-Lajoie, je lui récitai, le lendemain, ce que je venais d'apprendre, et il rit de bon cœur. C'était un homme ouvert à toutes les surprises de l'intelligence; et se voyant travesti de la sorte, il me remercia de lui avoir fait connaître une chose aussi nouvelle."
Amnur au Olattciôa
^Hê