‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 24 sur 80 · EN LISANT LES POESIES D'HYPPOLITE VIOLEAU · texte numérisé non relu

EN LISANT LES POESIES D'HYPPOLITE VIOLEAU

Poème composé en 1870, alors que l'auteur, à la fin de son cours classique, tout en cultivant un peu les muses, avait l'esprit préoccupé du choix d'un état de vie et inclinait déjà fortement vers l'état ecclésiastique.

Aux dissipations je cherche à me soustraire, M'écartant de la foule et m'abstenant des jeux : Mais on croit sur mon front voir Pombre du mystère, Lorsqu'aux vers du poète, en un coin solitaire, J'attache mon cœur et mes yeux.

On s'arrête; on s'étonne; et l'on ne peut comprendre Par quels charmes alors je puisse être bercé. De quelques mots railleurs on ne peut se défendre; Parfois à mon oreille ils se sont fait entendre: Et même on a dit : "L'insensé !

L'insensé, croirait-il imiter du poète Les chefs-d'œuvre qu'il lit et qu'il admire tant ? Voudrait-il de la gloire essayer la conquête ? Rêverait-il déjà des lauriers sur sa tête ? Déjà le triomphe éclatant ?"

Oui, l'envie a parlé: j'en ai la certitude ! Mais moi, je me console et n'en suis pas aigri ; Car je sais que toujours contre la multitude CeUx-là doivent lutter, qui, dans la solitude, Cachent leur cœur endolori.

"Erreur!" a dit la foule; et pourtant elle-même Est plus extravagante et plus folle que moi. . . . S'occupe-t-on des. sots qui lancent l'anathème ?. Violeau, je te lis, je t'admire et je t'aime; Je suis trop heureux avec toi !

Car je porte en mon cœur une peine incessante. . Que m'importe l'envie ou la mécha-nceté ? J'ai besoin de nourrir mon âme languissante : Tes prières, tes chants, muse compatissante. Ah ! voilà ma félicité.

Je les aime, ces chants, rayonnants de génie. Inspirés par le ciel et faits pour Jéhova, Pleins de foi, de vertu, de tendresse infinie, Sublimes de douceur, de grâce et d'harmonie. * Que de charmes j'ai trouvés là !

Si nobles sont tes vers, si chrétienne ta lyre ! O poète chéri, que je te comprends bien ! Ta muse me ranime et m'excite et m'inspire; Je pleure de tes pleurs; avec toi je soupire; Mon cœur est un écho du tien !

Ta vie est malheureuse, et la mienne y ressemble; Hélas! j'ai comme toi des jours si tourmentés ! Mais lorsque je te lis, bien souvent il me semble Que mes propres chagrins, avec les tiens ensemble, Par ta lyre ont été chantés.

Ainsi le cœur de l'homme est donc toujours le même Partout fait pour gémir, et partout gémissant. Au chemin de la vie, infortune suprême. Il se heurte à des maux d'une amertume extrême • Qui le déchirent en passant.

C'est alors qu'inspiré, son cri se fait entendre ; Il tressaille, il palpite, il frémit de douleur : O langage sacré, mystérieux et tendre ! . . . . Heureux qui sait remplir la tâche de bien rendre Ces transports lyriques du cœur !

Comme chante, sur Tonde, au milieu du silence. Un cygne au cri plaintif, mélancolique et doux. Il saisira la harpe, et mû par la souffrance. Il chantera. Seigneur, avec magnificence. Et ces chants-là seront pour vous.

Il semble défaillir quand sa lyre attendrie Ne se prête qu'aux pleurs et qu'aux gémissements: Mais il est ferme encore; il s'encourage et prie: Il nous montre les Cieux, Téternelle patrie. Où finiront tous les tourments.

Aimer... prier... chanter... voilà bien le poète ! Voilà sa mission . . . Violeau, te voilà. Non, ta douleur à toi n*a pas été muette : Car un ange t'a dit, voix pieuse et discrète : Prends la harpe, ta vie est là !

Ton infortune étrange éveillait ton génie, Et ton cœur était plein de tendresse et d'amour : La poésie, alors, en longs flots d'harmonie, S'écoula de ton âme; et ta harpe bénie Vibre encore de jour en jour.

ISl

De jour en jour, ta voix retentit et console; Tu relèves l'espoir, le courage abattu. ... Comme l'oiseau charmé vers le bosquet s'envole. Ainsi l'on monte aux Cieux. loin du monde frivole. Quand tu nous parles de vertu.

Pourtant, c'est bien en vain qu'en un jour de délire, J'ai cru le feu céleste en mon cœur descendu :

Pour des êtres chéris, vers lesquels je soupire

J'ai voulu comme toi faire vibrer la lyre: (1) Mais je suis resté confondu.

Car je n'ai pu tirer aucun .suii d'harmonie. Quand je chantais la foi. l'amour et le trépas ! En accords, dites-vous, la lyre est infinie: Oui. mais pour les produire, il vous faut du génie. . . Que peut celui qui n'en a pas (

L'oiseau brave les airs d'un vol fort et rapide: Il joue avec le vent et n'est jamais tombé: Mais l'oisillon craintif, impuissant et timide. Xe i^eut voler si haut, car son aile est perfide .... Voilà pourquoi j'ai succombé.

Nocher présomptueux, j'ai fait ainsi naufrage; Quittant le bord, j'ai vu ma nacelle sombrer. Mais qu'importe? Aujourd'hui je retrouve courage.. Le beau temps, sur les flots, ne suit-il pas l'orage ? . . Je ne veux pas désespérer.

(1) Allusioa à. la pièce précédente: Une nuit sur la tombe de ma mire.

Aux raj^ons du soleil le printemps se ranime; Plus doux sont les zéphirs; plus dorés sont les jours. Et moi qui me nourris du poète sublime, De mes enivrements je resterais victime ! . . . . Incapable, infirme toujours !...

Oh! non; car Dieu lui-même éclairera mon âme, Dieu vers qui je m'élance avec tout mon amour. Je consacre au Seigneur et ma vie' et ma flamme : J'attendrai donc de lui ce que mon cœur réclame : Chanter et prier tour à tour.

Tous les hymnes, les chants, accordés à ma lyre, Seront à vous, pour vous, ô Maître souverain, A 'mes efforts, Dieu bon, tu daigneras sourire : Je veux tout recevoir de ta main qui m'attire, Et tout rapporter dans ta main.

On ne me verra pas, ingrat et sacrilège,

Eenier Dieu, le Christ, l'Eglise et la vertu

Car je me souviendrai de mes jours de collège; Toujours je combattrai l'enfer qui nous assiège. Pour que Satan soit abattu.

"Infâmes scélérats, que le Ciel vous confonde ! Qu'il maudisse à jamais votre malignité !".... Voilà mon cri de guerre à cette race immonde, A tous ces mécréants qui traversent le monde En y prêchant l'iniquité.

Pareil à ce nocher, — lorsqu'éclate l'orage, Lorsque mugit sur mer l'ouragan furieux, — Qui, debout dans sa barque, et fort de son courage, Sauve les naufragés et les mène au rivage,. . . . Je sauverai les malheureux.

Barde et prêtre, j'irai, dans l'ardeur qui m'anime, Sur la mer de ce monde, au milieu des humains : Eclairé par le sort dont Timpie est victime, Je saurai leur crier, en leur montrant l'abîme Où s'engloutissent les mondains :

"Prenez garde, mortels: voyez ce gouffre immense N'allez pas y périr dans votre iniquité; Au large ! au large ! au large ! avec persévérance, Et vous -irez tout droit, le cœur plein d'espérance, Au port de la félicité."

Mais que dis-je, ô mon Dieu ! Quelle est cette chimère? Quel est ce rêve fou, ce désir criminel ? Je ne suis que néant, que misère et poussière; Comme un ver abhorré, je rampe sur la terre .... Et je chanterais pour le Ciel !

Qui te louera, Seigneur, d'une voix presqu'éteinte ? A plus digne que moi ce bonheur est permis. Je t'adore, ô mon Dieu î — je t'adore avec crainte; Que je vive ou je meure, à ta volonté sainte Je veux être toujours soumis.

Poète ou non, je sais quelle est ma destinée : Ma destinée, à moi, c'est de t'aimer. Seigneur ! Ma vie est-elle heureuse, est -elle infortunée, Qu'importe ? — à te servir mon âme est entraînée : Là seulement est mon bonheur.

Seigneur, tu vois l'encens, dans une urne embaumée, S'élever dans les airs et monter jusqu'à toi : Puissent monter ainsi ma prière enflammée Et les brûlants soupirs de mon âme charmée. Pleine d'amour, pleine de foi !

Que je faimç, Seigneur, et te serve sans cesse: Que je trouve en toi seul ma joie et mes plaisirs: \ eille sur tous mes pas : protège ma jeunesse : bois mon consolateur dans mes jours de tristesse: V oiJa mon Dieu, tous mes désirs !

PRESEXCE DE DIEU

O A'ous qui tressaillez, comme la sensitive.

Au souffle d'un mot. d'un soupir:

O vous dont l'âme tendre et timide et craintive

Est plutôt faite pour souffrir:

O vous qui comprenez les voix de la nature,

L'esprit des fleurs et des oiseaux.

Le vol des papillons, le mystique murmure

Des vents, des boi^ et des ruisseaux ;

O vous qui contemplez, dans l'unixers immense.

Dieu tput-Puissant qui le créa.

La sagesse, la gloire et la magnificence

Que partout sa main déploya :

O vous qui méprisez les tumultes du monde.

Ses vains propos, ses vains plaisirs:

O vous qui recherchez la retraite féconde

En doiix silence, en doux loisirs:

O vous dont l'œil s'allume et dont le c<eur s'enflamme

Devant un spectacle béni:

O vous qui vous plaisez à descendre en votre âme

Pour remonter vers l'infini:

Oui. vous êtes poète et vous goûtez l'ivresse

De l'extatique enchantement ; Vous pouvez, transporté par l'amour qui vous presse,

Escalader le firmament.

Avec moi venez donc: envolons-nous ensemble :

Allons explorer l'univers. . . .

Même soif nous unit, même faim nous rassemble,

Les mêmes bonheurs nous sont chers.

Envolons-nous avec la brise, Avec le nuage et l'oiseau; Montons comme un encens d'église, Comme un parfum de renouveau.

Allons parcourir les campagnes, Les forêts, les prés, les vallons; Passons pardessus les montagnes, Les pics et les nids des aiglons.

Allons voir l'immense étendue Des grands lacs et des océans, * La richesse, enfin, répandue Sur notre globe et dans ses flancs.

Allons, dès que surgit l'aurore.

Admirer le soleil levant, Tout ce qu'il éclaire et qu'il dore De son feu magique et vivant.

Allons vers la face argentée De l'aimable reine des nuits, Par qui la terre est enchantée Et les voyageurs sont conduits.

Allons plus haut, vers les étoiles Qui, dans la profondeur des cieux, Perçant des ténèbres les voiles, Viennent scintiller à nos yeux.

Allons, au-delà des espaces, Nous abîmer dans le Saint Lieu, Nous éterniser dans les grâces.

Dans les délices du Bon Dieu !

Mais quoi ! faut-il atteindre à ces confins extrêmes

Pour trouver le céleste appui ?

Le Bon Dieu n'est-il pas au-dedans de nous-mêmes ?

Ne sommes-nous pas tous en lui ?

La mort vient nous frapper : c'est un rideau qui tombe :

Aussitôt paraît notre Koi .... Nous le voyons quand même, en deçà de la tombe.

Avec les yeux de notre foi.

Vivons donc ici même en la douce présence

De l'adorable Majesté ; Ici-bas, comme au Ciel, dans la divine essence.

Plongeons-nous pour l'éternité.

Une foi si profonde est-elle bien possible ? . . . .

Oui, bien possible assurémient.

Puisque Dieu, sous les traits d'une forme sensible.

Nous appelle amoureusement.

Jésus-Christ s'est levé des bas-fonds de l'étable.

Comme un soleil, sur le Thabor; Puis on Ta vu, sorti du tombeau redoutable.

Plus grand, plus glorieux encor.

Il conserve, à raiitel, sa grandeur et sa gloire ■: Son co^nr est consumé d'amour :

^a chair est à manger et son sang ,est à boire : Il se donne à nous sans retour:

Et nous dit : "Venez donc embrasser votre Père Venez vous plonger dans mon cœur :

Venez boire à longs traits le nectar salutaire Qui fait germer vierge et vainqueur.''

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