‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 34 sur 80 · LEGENDE ITALIENNE · texte numérisé non relu

LEGENDE ITALIENNE

Cette légende épouvantable S'adresse à vous, blasphémateurs Du Dieu mille fois adorable, Ainsi qu'à vous, profanateurs De la sainte loi du Dimanche; Craignez la terrible revanche De Dieu contre ses insulteurs.

Dans la province de Viterbe, Vivait un très riche héritier, Qui, par son esprit de superbe Et son tempérament altier, Fut poussé jusqu'à la folie De renier d'abord Marie, Puis le Christ, puis le Ciel entier.

Oubliant jusqu'à son baptême.

Sa première communion.

Il abhorrait avec blasphème

Tout acte de religion.

Chacun le tenait pour coupable

D'avoir vendu son âme au diable,

Dans sa noire alierration.

Le Dimanche, sa joie infâme Ëtait de vaquer au travail; L'horreur du public et le blâme Etaient son moindre épouvantail; Car plus il causait de scandales, Plus ses œuvres dominicales Etaient la terre et le bétail.

Quiconque entrait à son service Etait contraint de travailler. . . .

Adieu l'église ! Adieu l'office !

Fallait agir et non prier ! . . . . Son cœur plein de scélératesse Trouvait ainsi, pendant la messe, Un plaisir tout particulier.

Dans Taire il étendait ses gerbes;

Et pour battre les épis mûrs.

Il lançait ses bêtes superbes.

Leur criant des jurons impurs;

Il les claquait de sa lanière.

Et les chevaux, dans la carrière,

Battaient le grain de leurs pieds durs.

Le plus étrange de son crime Est qu'il avait de bons parents, Qui, pour le tirer de l'abîme.

Lui tendaient des bras suppliants:

Mais c'est en A'ain que père et mère Faisaient prière sur prière Pour le plus ingrat des enfants.

Il ne voulait plus rien entendre :

II, aurait pu fouler aux pieds

Le cœur de sa mère si tendre.

Et de son père les pitiés. . . .

A tant d'amertume on succombe : •

Ils descendirent dans la tombe :

Le chagrin les avait tués.

Mais avant de quitter la terre.

Ils avaient confié leur fils A Tamour d'un autre bon père Vénéré dans tout le paj^s :

Anibrosio le saint ermite A qui le j)euple faisait suite Pour ga prière et ses avis.

Comment redire tout le zèle De ce bon père Ambrosio.

Et sa charité paternelle, Pour GiousejD Dominio ? — Car tel est le nom exécrable De cet impie abominable Qui de Fenfer s'est fait l'écho.

Allant le voir avec courage.

Dans ses champs ou dans son logis.

Il lui disait : "Tout cet ouvrage Est chose maudite, ô mon fils !

Travailler ainsi le Dimanche ! . . . .

Ah ! si tu savais la revanche De Dieu contre ses ennemis !*'

Avec le mépris du silence.

Le mécréant, d'un air moqueur.

Accueillait cette remontrance

Qui ne faisait qu'aigrir son cœur. . .

A la fin, voilà qu'il s'irrite. . . .

Il menace le saint ermite

Des vengeances de sa fureur.

"Du Ciel c'est plutôt la vengeance,

Mon fils, qui tombera sur toi ... .

Reviens au Dieu de ton enfance.

Reviens à ta première foi :

Arrête, arrête ce manège,

Cet effro3'^able sacrilège

Contre le Seigneur et sa Loi." —

Dans l'aire il étendait ses gerbes;

Et pour battre lés épis mûrs.

Il lançait ses bêtes superbes,

Leur criant dès jurons impurs:

Il les claquait de sa lanière.

Et les chevaux, dans la carrière.

Battaient le graiii de leurs pieds durs.

"Comprends donc, mon fils, la tlémence

D'insulter ainsi que tu fais

A la bénigne Providence

Qui te comble de ses bienfaits.

Veux-tu que le Ciel te par4onne ?

Il e.st temps, mon fils, abandonne

Le plus horrible des forfaits !" —

Dans l'aire il étendait ses gerbes :

Et pour battre les épis mvirs.

Il lançait ses bêtes superbes.

Leur criant des jurons impurs:

Il les claquait de sa lanière.

Et les chevaux, dans la carrière.

Battaient le grain de leurs pieds durs.

Dans un langage prophétique, Toujoui*s le saint vieillard parlait; Mais h son œuvre satanique Giousep toujours s 'affolait :

Battre dans l'aire épis et gerbes.

Avec gens et chevaux superbes.

Chaque Dimanche il s'en allait.

Enfin, la colère divine Va s'abattre sur le maudit ...

Ecoutez.... La cloche argentine Sonne .... Le peuple est interdit . . .

Car il voit encor sur les gerbes Piétiner les chevaux superbes De l'abominable bandit !

C'est Dimanche !. . . . La Sainte Messe Va commencer cjans un instant ....

Tout à coup, rempli de tristesse.

Arrive un vieillard palpitant ....

Il s'avance, ferme, intrépide....

Il prend les chevaux par la bride, Et d'un ton de voix éclataht.

Il dit : "Arrête cet outrage.

Giousep, ou tu vas périr !"....

Mais l'autre, en é€umant de rage.

Crie: "Ah! c'est toi qui vas mourir !. . Va-t-en, sermonneur exécrable '!....

Je n'ai d'autre dieu que le diable ! . . . . C'est lui seul cpie je veux servii; !"....

Puis il lui cingle le visage D'un coup terrible de son fouet ! . . . . Aussitôt éclate un orage, Déchaîné par un tel forfait ! . . . . A ces menaçantes alarmes.

Ambrosio, baigné de larmes.

S'éloigne en criant : "C'en est fait !""

Le vent mugit, Torage grohde.

La foudre tonne, les coursiers.

Dans une course furibonde.

S'en vont broyant tout sous leure pieds. •

La terre tremble et tourbillonne. . . .

On entend la cloche qui sonne. , . .

On voit s'allumer des brasiers ! . . . .

Puis dans une infernale ronde.

Le renégat et sa maison.

Ses chevaux, son aire féconde.

Ses bâtiments et sa moisson ....

Tout saute, roule et tourbillorine ....

On entend la cloche qui sonne. . . .

On voit le peuple en oraison !. . . .

Dans cette course furibonde, Tout souffre un horrible tourment !

Tout, clans cette infernale ronde.

Participe à l'effondrement ! . . . .

On entend la cloche qui sonne ....

Dans le sol qui s'ouvre et frissonne Tout disparaît en s'abîmant !. . . .

Cette légende épouvantable S'adresse à vous^. blasphémateurs- Du Dieu mille fois adorable.

Ainsi qu'à vous, profanateurs De la sainte loi du Dimanche :

Craignez la terrible revanche Dé Dieu contre ses insulteurs.

On raconte qu'à l'endroit même Où tout venait de s'engloutir.

En ce lieu frappé d'anathème.

Du fond du gouffre, on vit sortir Un A'aste lac à l'eau brfdante.

Où les gens, saisis d'épouvante, Croyaient tout voir s'anéantir.

Après la fin de la tourmente.

On vit l'ermite Ambrosio Prier pour l'âme impénitente Du malheureux Dominio. . . .

Mais chacun trouvait exécrable La mémoire du misérable Qui de l'enfer était l'écho !

On dit qu'au jour anniversaire De cet horrible événement, Dès le matin, juste au moment Du sacrifice salutaire.

Il se fait un bruit sous les eaux Pareil au galop de chevaux Foulant des gerbes dans une aire.

Ou courant fous dans la carrière. . .

Puis l'on entend des coups de fouets.

Des cris, des jurons, et la voix D'un homme qui semble maudire ....

Enfin, l'on entend comme un rire, — Eire infernal, — dont les échos S'en vont ricochant sur les flots !

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