‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 4 sur 80 · DEUXIEME PERIODE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PERIODE

Prédication de Saint Jean-Baptiste

A Tentoiir cLe ses reins bouclant une ceinture, Jean portait un habit fait de poil de chameau; Sauterelles et miel formaient sa nourriture; Les torrents, pour sa soif, lui fournissaient leur eau.

Voilà qu'au quinzième an de Tempereur Tibère, I^a paix régnant parmi les peuples de la terre, Anne et Caïj^he étant grands prêtres d'Israël, Pontius Pilatus, gouverneur de Judée, Hérode, l'Antipas, roi de la Galilée, Jean. . . de prêcher enfin reçut' l'ordre du Ciel. L'univers vit alors le fils de Zacharie Vérifier ces mots du prophète Isaïe :

"Une voix surgira, criant dans le désert : Voici l'heure du Christ, préparez sa venue; Rendez droits ses sentiers;- que tout mal diminue; Que se ferme tout gouffre où le monde se perd ; Remplissez les- valions; abaissez les montagnes; Hâtez- vous d'aplanir les chemins raboteux. De redresser partout les chemins tortueux. Dans les fières cités, les bourgs et les campagnes,

Où chacun verra de ses yeux

Le Sauveur envoyé des Cieux."

Il s'en vint donc prêcher au désert de Judée, Parcourant les pays baignés par le Jourdain, Déployant dans son oeuvre un zèle souverain. Communiquant au monde une nouvelle idée :

Celle du repentir et du ;:'etour à Dieu Par un baptême pur dans les eaux de ce lieu. Il exhortait le peuple à faire pénitence : "A cause, disait-il, du Sauveur qui s'avance

Pour régénérer Funivers

Et le délivrer de ses fers."

De toutes parts, le peuple en grande multitude Se pressait pour entendre un langage si rude : Et tous les convertis, leurs péchés confessés. Etaient par Jean-Baptiste aussitôt baptisés.

Apercevant un jour, au milieu de la place, Plusieurs Pharisiens, gens à perfide face,

Il leur cria, plein de courroux :

"Qui donc vous enseigna, vous, race de vipères, A redouter enfin les célestes colères

Qui vont bientôt fondre sur vous ?

Grardez-vous bien de dire: "Abraham notre père Sera notre Salut ;'" — car du sein de la terre, Même de ces rochers, Dieu peut faire surgir D,es enfants d'Abraham qui vous feront rougir. Les arbres sont déjà sondés jusqu'aux racines. Et tout arbre rebelle à porter de bons fruits Sera coupé, brûlé, comme un fagot d'épines; Ainsi tous les méchants seront bientôt détruits. . . Convertissez-vous donc et faites pénitence ;

Car voilà l'unique espérance

Que je donne à ceux que j'instruis."'

Le peuple demandait comment il fallait vivre;

Et Jean leur répondait: "La règle qu'il faut suivre

En tout, c'est la sobriété,

La justice et la charité.

Avez-vous double habit ?... faites-en le partage

Avec le pauvre et le vieillard ; Votre table offre-t-elle un excès d'étalage ? . . . .

A l'affamé faites-en part.

Vous, Publicains, soyez moins cruels, moins sévères,

N'exigez pas plus que le droit :

Vous, soldats, montiez-vous. sans fraudes, sans colères,

Contents de ce que l'on vous doit."

ni

La foule, émerveillée, anxieuse, adoucie.

Se demandait si Jean n'était pas le Messie : . . . .

"Non, leur répliquait-il, non, je ne le suis pas;

Gardez-vous de cette méprise.

Il est vrai que je vous baptise.

Mais dans l'eau seulement et d'un fragile bras. Mon baptême n'est rien que simple pénitence; Plus grand, plus fort que moi sera le Rédempteur, Vrai Fils de Dieu, vrai Dieu dans sa toute-puissance. Que suis-en en mon néant ? . . . Son humble précurseur. Je ne mérite pas, courbé dans la poussière. De toucher aux cordons des souliers de ses pieds.

Il tient déjà le van pour nettoyer son aire;

Et quand il aura mis son blé dans ses greniers.

Il brûlera la paille au feu de sa vengeance.

Feu qui ne s'éteindra jamais.

Rendez-vous donc enfin dignes de sa clémenôe,

De son amour et. de sa paix.

Il vous baptisera d'un tout autre baptême,

Dans les flammes du Saint-Esprit, — Non plus l'avant-coureur, mais la substance même

Du vrai salut par Jésus-Christ."

C'est alors que Jésus vint de la Galilée, Pour recevoir lui-même, aux yeux de l'assemblée, Le baptême de Jean sur les bords du Jourdain : Dès qu'il Peut aperçu, Jean s'exclama soudain : "Que vous veniez à moi, Seigneur, est-ce possible, Lorsque c'est moi, plutôt, qui dois aller à vous *" Jésus lui répondit: "L'accord soit entre nous : La justice requiert cette preuve sensible

Que nous obéissons tous deux

A notre Père dans les Cieux.''

Or, Jésus baptisé, tout frémit sur la rive ....

Le Ciel s'illumine aussitôt ....

La limiière en sort à grand flo't. . . . Sous forme de colombe à divine missive, Le Saint-Esprit descent, radieux, vers Jésus. . . .

Il vient se poser sur sa tête. . . .

La foule, tremblante, s'arrête. . . .

On admire, on adore, on ne respire plus. . . .

D'en Haut la parole du Père

Met au comble l'émotion :

"Voilà mon Fils. ... A lui le Sauveur de la terre, Toute ma complaisance et mon affection.''

TPvOISIEME PERIODE

Tcmoignoge de Saint Jean-Baptiste envers Jésus.

Or, de Jérusalem, des j^rêtres. des lévites. Envoyés par les Juifs, un jour, vinrent à Jean, Voulant qu'il déclarât, en termes explicites, De quelle œuvre nouvelle il était l'artisan.

'•Qui vous êtes voilà tout ce qu'on vous demande;

Si vous êtes le Christ, parlez, dites-le nous; Car votre renommée est maintenant si grande Que le monde se trouble et s'agite, pour vous."

"Je ne suis point le Christ." Jean s'empresse de dire — '•X'êtes-Tous pas E]ie ?" — ''Qhî.je rie le suis pas.'" — "Mais vous êtes prophète ?" — "Oh ! quel nouveau

[délire !"— Et tous ces gens voyaient croître leur embarras.

"Quoi donc, alors, quoi donc dites- vous de vous-même? Quelle réj^onse. enfin, pouvons-nous rapporter ? Parlez, expliquez- vous: car le conseil suprême Xe vous permettra point de le déconcerter." —

"Je ne suis que la voix de l'univers qui crie : Israël, tressaillez, car voici le Sauveur; Je ne suis que l'écho des clameurs d'Isaïe : Préparez, rendez droits les sentiers du Seigneur." —

"Vous n'êtes pas le Christ, vous n'êtes pas Elle, Vous n'êtes pas prophète : alors, dites pourquoi • Vous baptisez dans l'eau... Quelle est cette folie ? Prétendez-vous créer une nouvelle loi ?" —

"Je ne baptise hélas î que pour la pénitence. Pour convertir vos cœurs au cœur de Jésus-Christ; Lui vous baptisera, non plus en apparence. Mais en vérité même au feu du Saint-Esprit.

II. est plus -grand que moi; je n'oserais, indigne. Dénouer seulement aes cordons de souliers. Vous l'ignorez encore; et moi. je le désigne: Allez donc tous à lui, vous jeter à ses pieds." —

Cette rencontre eut lieu tout près de Béthanie. Jean baptisait alors au delà du Jourdain. Cette terre, bientôt, devint sainte et bénie. Car on y vit passer Jésus le lendemain.

L'apôtre, en le voyant, se frappa la poitrine

Et dit avec chaleur: "Voici l'Agneau de Dieu ,

Dont l'infini mérite et la grâce divine

Effacent les péchés de tout monde en tout lieu.

C'est de lui que j'ai dit: Il viendra tout-à-l'heure Un Saint plus grand que moi, plus ancien, plus puissant C'est pour lui qu'au désert j'ai fixé ma demeure; C'est' pour le révéler qu'on me voit baptisant. ''

Le Dieu qni m'envoya dit un jour à mon âme, Avant que j'eusse vu le Di^in Rédempteur : ""Mon Fils est celui-là sur qui l'Esprit de flamme Viendra, comme im oiseau, reposer sa splendeur."

Ce signe, je l'ai vu, car l'Esprit-Saint lui-même, Ravissante colombe, est descendu des Cieux : A l'instant où Jésus recevait mon baptême, Il se posa sur lui, visible à tous les yeux.

C'est pourquoi, maintenant, je lui rends témoignage, Proclamant que c'est lui, Fils unique de Dieu, Qui vient pour baptiser, sauver son héritage, Dans l'Esprit et le sang, dans l'amour et le feu."

Le jour suivant. Jésus repassant à distance, Jean l'aperçut encore et cria de nouveau : "Voici l'Agneau de Dieu; saluons sa présence : Respect, honneur et gloire à ce Divin Agneau !" —

Deux disciples marchaient aux côtés de l'apôtre; Le quittant aussitôt, ils suivirent Jésus. . . . "Pourquoi, dit le Sauveur, me suivre l'un et l'autre ?"- '"Si nous allons au Christ, Jean ne nous retient plus. .

Maître, où demeure- vous ?" — "Venez, voyez vous-

[ mêmes" - Ils ne se lassaient pas d'admirer ses discours. . . . Subjugués et ravis par ses charmes suprêmes. Ils ne songèrent plus qu'à le suivre toujours.

André, l'un de ceux-là. courut dire à son frère; "Voilà que nous avons trouvé le Rédempteur." Simon vint à son tour : — "Tu t'appelleras Pierre," Dit Jésus, regardant ce nouveau serviteur.

Jésus vint en Judée avec tous ses disciples. Et restant en ces lieux, se mit à baptiser. Jean lui-même, à Salim aux fontaines multiples Baptisait et prêchait sans jamais se lasser.

Il s'éleva bientôt une étrange dispute Entre les deux partis: les amis du SauA'eur Et Jes amis de Jean. . . . Au plus fort de la lutte, Ces derniers, résolus, dirent au Pré<"iirseur :

"Voyez, tous vont à lui... Souffrez- vous qu'il baptise?... Xe fut-il pas par vous, maître, dans le Jourdain, Lui-même baptisé ? . . . . Fonde-t-il une Eglise Pour combattre la vôtre, objet de son dédain ?" —

Jean leur dit : "Calmez-vous; n'est-il pas nécessaire Qu'on me délaisse, moi, pour aller à Jésus ? Mon œuvre, sachez-le, doit être temporaire : Je m'effacerai ; lui ... . croîtra de plus en plus.

Xul ne peut accomplir que la stricte mesure Du pouvoir qui lui fut conféré par le Ciel. X"ai-]e pas toujours dit, sans la moindre imposture. Que j'ouvre, ici. la voie au Oirist en Israël ?

N'est-ce pas à l'époux que l'épouse fidèle. Pour leur commun bonheur., tout entière se doit ? Et l'ami de l'époux, si son ami l'appelle. Approuve avec plaisir ce qu'il entend et voit.

Le Christ, voilà l'époux; l'humanité perdue. Voilà, pour la sauver, l'épouse de son cœur: Court-elle toute à lui, palpitante, éperdue. Moi, l'ami, je suis fier, que l'époux soit vainqueur.

Je suis le plus petit, car je viens de la terre: Celui qui vient d'en-Haut est au dessus de tous: Or, le Christ vient du Ciel, envoyé par son Père, Et moi. fils du néant, je n'en suis pas jaloux.

Mais l'envoyé de Dieu, s'il est seul à le dire, Sans autre témoignage et sans preuve à l'appui, Le monde le croira tombé dans le délire. . . . C'est pourquoi, devant tous, je témoigne de lui.

Je sais qu'il est le Christ et le Dieu véritable. Je sais que sa parole est le Verbe divin. Que son Père, l'aimant d'un amour ineffable. Lui donne son lîsprit sans mesure et sans fin.

L'univers tout entier, voilà son héritage. . . . Le royaume éternel est le prix de la foi: Tandis que les enfers deviendront le partage De ceux qui n'auront pas voulu suivre sa loi."

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