‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 55 sur 80 · IMPEEVOYANCE DE LA SOTTISE · texte numérisé non relu

IMPEEVOYANCE DE LA SOTTISE

Dame Girafe, un jour, d'un long^ col affublée, Et portant haut sa tête elle-même effilée,

Faisait route avec un grison

Tout fier de ses longues oreilles.

Il fallut peu de temps à maître aliboron

Pour s'enhardir au j^oint de trouver non-pareilles

Les alliu'es de ce grand cou

Qui le firent jaser beaucoup.

"La nature, vraiment, fut pour vous bien injuste : Pendant que je m'en vais broutant l'herbe et l'arbuste, Vous ne pouvez en faire autant Qu'en vous fendant,, vous arc-boutant," Disait avec pitié, le long de la campagne, L'animal indiscret à sa pauvre compagne.

Mais il en fut tout autrement.

Lorsque vint à manquer l'herbage.

La girafe attendait cet heureux changement, Pour confondre son âne et son fou babillage.

En lui montrant l'utilité

D'un instrmnent si maltraité.

Car on ne trouvait plus, pour moyen d'existence. Que des arbres fort ha*uts, de distance en distance.

- La girafe, élevant son col, Comme un oiseau qui prend son vol, Y pouvait bien atteindre et manger à son aise. Pendant que le grison, de mine la plus niaise, La regardait brouter, brouter, Incapable de l'imiter.

Alors, devenant sage, une fois dans sa vie. Il se dit à lui-même, avec mélancolie :

"J'étais sot de m'énorguei'llir :

Je suis en danger de mourir :

A quoi bon, en ce lieu, mes superbes oreilles Que je croyais pourtant de si grandes merveilles ?"

MORALE

Toujours la sottise et l'orgueil Vont se briser contre un écueil.

Page 1