‹ Elévations sur les mystèresChapitre 12 sur 229 · PREMIÈRE SEMAINE. — III'' ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SEMAINE. — III'' ÉLÉVATION

D'où vient donc que l'impie ne connaît point Dieu; et que tant de nations, ou plutôt que toute la terre ne l'a pas connu, puisqu'on en porte l'idée en soi-môme avec celle de la perCeclion? D'où vient cela, si ce n'est par un défaut d'attention, et parce que l'homme livré aux sens et à l'imagination ne veut pas ou ne peut pas se recueillir en soi-môme, ni s'attacher aux idées pures dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple?

L'homme ignorant croit qu'il connaît le changement avant l'immutabilité, parce qu'il exprime le changement par un terme positif, et l'immutabilité parla négation du changement même: et il ne veut pas songer qu'être immuable c'est être, et que changer c'est n'être pas : or l'être est, et il est connu devant la privation qui est le non-être : avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mômes, il y en a une qui toujours la même ne souffre point de déclin : et celle-là non-seulemenesl, mais encore elle est toujours connue, quoique non toujours démêlée ni distinguée, faute d'attention. Mais quand recueilli! en nous-mêmes, nous nous rendrons attentifs aux immortelles idées dont nous portons en nous-mêmes la vérité, nous trouverons que la perfection est ce que l'on connaît le premier, puisque, comme nous avons vu, on ne connaît le défaut que comme une déchéance de la perfection.

IIP ÉLÉVATION.

ENCORE DE l'ÊTRE DE DIEU ET DE SON ÉTERNELLE BÉATITUDE.

« Je suis celui qui suis : Celui qui est m'envoie à vous • : » c'est ainsi que Dieu se définit lui-môme; c'est-à-dire que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieu : qui par conséquent est tous jours, et toujours le môme : par conséquent immuable, par conséquent éternel : tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci : « Je suis celui qui est. » Et c'est Dieu qui donne luimême celte explication par la bouche de Malachie, lorsqu'il dit chez ce prophète : « Je suis le Seigneur, et je ne change pas 2. »

Dieu est donc une intelligence qui ne peut ni rien ignorer, ni

* Exod.f ni, 14. — 2 Malach., m, 6.

6 ËLI^IVATIONS SlIM LES MYSTI^IRES.

douter de rien, ni rion apprcridro; ni perdre, ni acquérir aucune perfcclioii : car tout cela tient du non-ôlre. Or Dieu est celui qui est, celui qui est par essence. Comment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas, ou que l'idée qui comprend tout l'être ne soit pas réelle; ou que pendant qu'on voit que l'imparfait est, on puisse dire, on puisse penser, en entendant ce qu'on pense, que le parfait ne soit pas?

Ce qui est parfait est heureux : car il connaît sa perfection, puisque connaître sa perfection est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à l'ôtre parfait. 0 Dieu, vous êtes bienheureux! ô Dieu, je me réjouis de votre éternelle félicité! Toute l'Écriture nous prêche que « l'homme qui espère en vous est heureux ^ » . A plus forte raison ôtes-vous heureux vous-même, ô Dieu en qui on espère ! Aussi saint Paul vous appelle-t-il expressément bienheureux : « Je vous annonce ces choses selon le glorieux Évangile de Dieu bienheureux ^. » Et encore : « C'est ce que nous montrera en son temps celui qui est bienheureux et le seul puissant. Roi des rois et Seigneur des seigneurs qui seul possède l'immortalité et habite une lumière inaccessible, à qui appartient la gloire et un empire éternel. Amen ^. » 0 Dieu bienheureux, je vous adore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connaître et savoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. Il n'y a d'heureux que vous seul, et ceux qui, connaissant votre éternelle félicité, y mettent la leur. Amenf amen»

IV ÉLÉVATION

l'unité de dieu.

« Écoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est un seul Dieu * : >> car il est celui qui est: celui qui est indivisible. Tout ce qui n'est pas le parfait dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant le parfait, est seul, « et il n'y a point un autre Dieu que lui ^. » Tout ce qui n'est pas celui qui est par essence et par sa nature, n'est pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l'être.

S'il y avait plus d'un seul Dieu, il yen aurait une infinité: s'il y

» Psal. XXXIII, 9 ; Psal. lxxxhi, 13. — 2 i rimoth.,i, 11. — 3 I Timoth., 15, IG. — 4 Deuter., vi, 5. — s Ibid., m, 24 ; iv, 35, 39.

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