‹ Elévations sur les mystèresChapitre 131 sur 229 · XV* SEMAINE. — V ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

XV* SEMAINE. — V ÉLÉVATION

la grâce qui nous les donne nous est donnée sans mérite : on a des mérites quand on est saint ; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due à la promesse, mais la promesse a été faite par pure bonté : la récompense est due encore une fois à ceux qui font de bonnes œuvres, mais la grâcft qui n'est point due précède afin qu'on les fasse. Enfants de grâce et de promesse, vivez dans cette foi : c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : « Que nulle chair ne se glorifie en sa présence, et que celui qui se glorifie se glorifie en Notre-Seigneur^ >»

V ÉLÉVATION

QUEL EST LE SERMENT DE DIEU ET CE QU'lL OPÈRE.

« Selon qu'il avait juré à notre père Abraham 2. » Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment que par ces paroles de VÉpître aux Hébreux : « Dans la promesse que Dieu fit à Abraham, n'ayant point de plus grand que lui par qui il pût jurer, il jura par lui-môme ^, » comme il est écrit : « J'ai juré par moimême, dit le Seigneur ; » et ajouta : « Si je ne vous comble de bénédictions, et si je ne multiplie votre race jusqu'à l'infini * ; ». suppléez : je serai un menteur, moi qui suis la vérité môme. « Abraham ayant attendu avec patience, a obtenu l'effet de cette promesse; car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu'eux, et que le serment » où ils font entrer la toutepuissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, « est la plus grande assurance qu'ils puissent donner pour terminer tous leurs différends » dont aussi le serment est la décision : « Dieu voulant ainsi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse la fermeté immuable de sa résolution, a ajouté le serment » à sa parole : « afin qu'étant appuyés sur ces deux choses inébranlables, par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, » c'est-à-dire sur la parole de Dieu et sur le jurement qui la confirme, « nous ayons une puissante consolation, nous qui avons mis notre refuge dans la possession des biens proposés à notre espérance "*. »

1 I Cor., I, 29, 31. — 2 Luc, i, 73. - 3 Hebr., vi, 13, 14, 17. — * Gènes., xxn, 16-18. — 6 Ilebr., vi, 15-18.

Il ne faut point ici de commentaire : il n'y a qu'à écouter toutes ces paroles, et nous en laisser pénétrer. Prenons garde seulement qu'en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés; mais il n'a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d'en ahuser.

YP ÉLÉVATION.

SECONDE PARTIR DE LA PROPHÉTIE DU SAINT CANTIQUE QUI REGARDE SAINT JEAN-BAPTISTE.

« Et VOUS, enfant, vous serez appelé le prophète du Très- Haut ^ : » son prophète particulier et par excellence : prophète « et plus que prophète 2, » comme l'appelle le Sauveur, puisque non seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple comme celui qui est venu ' : « Vous marcherez devant le Seigneur pour lui préparer ses voies *. » Voilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ « le Très-Haut » et « le Seigneur, » c'est-à-dire dans un seul verset l'appelle par deux fois « Dieu. » Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean-Baptiste, marqué distinctement par Zacharie, qui est de marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties. L'une d'Isaïe: « Une voix est entendue dans le désert : préparez la voie du Seigneur et faites ses sentiers droits *. » L'autre de Malachie en confirmation : « J'enverrai mon ange, mon envoyé paraîtra et préparera les voies devant moi ; et le Seigneur que vous cherchez viendra dans son temple ^. »

C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fils et le propre caractère de son envoi, qui est de préparer les voies du Seigneur ; mais il nous va encore expliquer ce que c'est que préparer les voies du Seigneur : c'est, dit-il, « de donner à son peuple la science du salut pour la ré-

* Luc, I, 76. — ^Matth., xi, 9. —^Joan., i, 15, 26, 27, 29 et seq. — * Luc. y I, 76. — 5 Isa., xl, 3; Matth., m, 3 ; Marc, i, 3; Luc, m, 4. — « Malach., m, 1 ; Malth., xi, 10; Marc.,!, 2; Luc^ viii, 27.

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mission de leurs péchés *, » qui est le propre ministère de saint Jean-Baptiste, dont saitit Paul a dit dans les Actes après les évangélistes, « que Jean avait baptisé le peuple du baptême de pénitence; leur disant de croire en celui qui allait venir, c'est-à-dire en Jésus-Christ '. »

Venons donc apprendre la grande science, qui est la science du salut, et apprenons qu'elle consiste principalement dans la rémission des péchés, dont nous avons besoin toute notre vie ; en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés que dans la perfection des vertus.

C'est ce qui fait dire à saint Paul après David: « Bienheureux ceux dont sont remises les iniquités, et dont les péchés sont couverts : bienheureux à qui le Seigneur n'impute point de péché ^, » afin que nous entendions que ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David : « Lavez-moi de plus en plus de mon péché *. »

Cette science est en Jésus-Christ, dont il est écrit : « Mon serviteur en justifiera plusieurs dans sa science, et il portera leurs iniquités '. » Voilà donc en Jésus-Christ la vraie science de la rémission des péchés, dont il fait l'expiation par son sang, en les portant sur lui comme une victime; mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés • sont remis.

Passons donc toute notre vie dans la pénitence, puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés; et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre : non qu'elle ne soit véritable et parfaite à sa manière, mais parce que la plus parfaite en cette vie do't craindre d'être accablée par la multitud?, des péchés, si elle ne prend un soin continuel de les expier oar ia pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêchait saint Jean en criant dans le désert et faisant etenlir toute la Judée de cette voix : « Faites de dignes fruits de pénitence •. »

« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu '', « c'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos pé-

1 Luc.ji, 77. — 2 Ad., XIX, 4; Matth., nr, 11; Marc, i, 4; Amc, 8; Joan., i, 26, 31. — 3 Roin., iv, 7, 8; Psal. xxxr, 1, 2. — * Psal. l, — 8 Isa., Lin, II. — 6 Matth., m, 8. — ^ Luc, i, 78.

chés ; c'est parla, poursuit Zacharie, que « l'Orient nous a visités d'en haut. » C'est là un des noms de Jésus-Christ qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel : « Un homn^ie viendra et son nom est l'Orient *. » Ce prophète, c'est Zacharie; et Zacharie, père de saint Jean, en répète et en explique l'oracle. Jésus-Clirist est le vrai Orient, lui « qui fait lever sur nous le vrai 3oleil de justice ^, » comme disait Malachie : » Pour éclairer cf;ux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, pour dresser nos pas dans la voie de la paix ^. »

Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu'elle soit toujours nécessaire durant toutle cours de cette vie, ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'il est pour nous éclairer une lumière naissante : « 11 était la véritable lumière, qui éclaire tout homme venant au monde *. d Quand celte lumière commence à paraître, elle s'appelle Orient^ et c'est un des noms de Jésus-Christ. Comme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres qu'en répandant la lumière dont il embellit l'univers, ainsi le vrai Orient, qui se lève maintenant d'en haut lorsqu'il sort du sein de son Père pour nous éclairer, ne nous remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice, par laquelle nous sommes nous-mêmes « lumière en notre Seigneur : car vous étiez, dit saint Paul, les ténèbres » mêmes, « mais à présent vous êtes lumière * ; » non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ qui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts, et à dresser incessamment vos regards vers lui, par une bonne et droite intention dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle et un flambeau lumineux dont vous serez éclairé.

« Pour dresser nos pas dans le chemin de la paix ^. » 0 paix, le cher objet de mon cœur ; ô Jésus, qui « êtes » ma « paix "'j » qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec tout le monde, « qui » par ce moyen » pacitiez le ciel et la terre ^, » quand sera-ce, ô Jésus, quand sera-ce, par la foi de la rémission des péchés, par la tranquiUité de ma conscience, par une

i Zachar., vi, 12. — 2 Malach., rv, 2.-3 Luc, i, 79 ; Isa., ix, 1, 2.

— * Jofin., I, 9. — 5 Ephes., v, 8. — « Luc, i, 79. — '^ Ephes.^ 11. 14.

— eco/ûss.,!, 20.

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douce confiance de votre faveur et par un entier acquiescement, ou plutôt un attachement, une complaisance pour vos éterneYies volontés dans tous les événements de la vie, je posséderai cette paix qui est en vous, qui vient de vous et que vous êtes vousmême?

VI 1° ÉLÉVATIOiN.

SAINT Ji:.\N AU DÉSERT DÈS SON ENFANCE.

« L'enfant croissait, et son esprit se fortifiait, et il était dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation dans Israël ^ » Ce que Dieu fait dans cet enfant est inouï. Celui qui dès le sein de sa mère avait commencé à éclairer saint Jean-Bapliste et à le remplir de son Saint-Esprit, se saisit de lui dès son enfance; et il paraît que dès lors il se relira dans le désert, sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant, qu'on voit tout d'un coup après le grand éclat que fit sa naissance miraculeuse, disparaître de la maison de son père pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui? Loin du commerce des hommes, il n'en avait aucun qu'avec le ciel; il se retire de !ri bonne heure d'une maison sainte, d'une maison sacerdotal», d'avec des parents d'une sainteté si éminente, élevés au rang dis prophètes, dont il devait être la consolation ; mais les saints n'eo ont point d'autre que de tout sacrifier à Dieu.

Qui n'admirerait cette profonde retraite de saint Jean -Baptiste'? Que ne lui disait pas ce Dieu qui était en lui, et pour qui de* son enfance il quittait tout? Que ne lui disait-il point dans ce silence où il se mettait pour n'écouter que lui seul? « La langue, dit saint Jacques, est la source de toute iniquité ^ : » qui veut fuir le péché doit fuir la conversation. Ce fut l'esprit de saint Jean- Baptiste qui s'est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : « Fuis les hommes, » oui, si tu veux fuir le péché et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plus tôt qu'à saint Jean-Baptiste, poussé au dedans par le Saint-Esprit à se retirer dès son enfance dans le désert ?

Tout le reste suivit. Cet homme dès son enfance, d'une retraite

* Luc, I, 80. — * Jacob., m, 6.

et d'un silence si prodigieux, mène une vie si étonnante : n'ayant pour tout habit « qu'un » rude « ciliée de poils de chameaux, une ceinture » aussi affreuse « sur ses reins, pour toute riourrilure des sauterelles, » sans qu'on explique comment il les rendait propres à sustenter sa vie, « et du miel sauvage *, » et dans sa soif de l'eau pure. Le désert lui fournissait tout; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades, il n'eut aucune société avec les hommes mauvais, dont il venait reprendre les vices et réprimer les scandales.

Cette vie rude et rigoureuse n'était pas inconnue dans l'ancienne loi : on y voit dans ses prophètes les nazaréens qui ne buvaient point de vin* : on y voit dans Jérémie^ les réchabites qui, non contents de se priver de cette liqueur, ne labouraient, ni ne semaient, ni ne cultivaient la vigne, ni ne bâtissaient de maison;, mais habitaient dans des tentes : le Seigneur les loue par son prophète Jérémie d'avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab; et leur promet en récompense que leur institut ne cesserait jamais : les esséens, du temps même du Sauveur, en tenaient beaucoup : la vie prophétique qui paraît dans Élie, dans Elisée, dans tous les prophètes, était pleine d'austérités semblables à celle de Jean-Baptiste, et sepassaitdans le désert, où ils vivaient pourtant en société avec leur famille. Mais que jamais on se fût séquestré du monde et dévoué à une rigoureuse solitude autant et d'aussi bonne heure que Jean- Baptiste, avec une nourriture si affreuse, exposé aux injures de l'air et n'ayant de retraite que dans les rochers ; car on ne nous parle point de tentes ni de pavillons ; sans secours, sans serviteurs et sans aucun entretien, c'est de quoi on n'avait aucun exemple.

C'est une autre sorte de prodige que Jean-Baptiste, qui avait senti sur la terre le Verbe incarné dès le sein de sa mère, et à qui son père avait prédit qu'il en serait le prophète et lui devait préparer les voies, ne quitta point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connaissait si peu, qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connaître, quand le temps fut arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraite jusqu'à se priver de la vue et de la conversation de Jésus-Christ, c'est une sorte d'abstinence plus divine et plus admirable que

ï Mattli.^ III, 4.-2 Num., vi, 1 et seq.; Jiid., xiii, 5, 7 ; Thren.y iv, 7; AmoSy ii, il ; I Machaù.y m, 49. — 3 Jeitm., xxxv, 6-7 et seq.

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toutes celles que nous avons vues dans saint Jean-Baptiste. II savait que le Verbe opère invisiblement, et de loin comme de près : il s'occupait de ses grandeurs qu'il devait prêcher : il l'adorait dans }^- silence, avant que de l'annoncer par sa parole : il l'écoutait au dedans : il s'enrichissait de son abondance, de sa plénitude, avant que d'apprendre aux hommes de s'en approcher. Que ne pensait-il point en attendant ce « Dieu » que « personne n'avait vu, mais » que « son Fils unique qui était dans son sein » venait « annoncer * ? » C'est ce que saint Jean devait prêcher : c'est ce qu'il contemple en secret, et ne demande à voir ce Fils unique que dans le temps que Dieu le ferait paraître pour le montrer et lui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu, sans s'ingérer de quoi que ce soit, sans aucun empressement de paraître, il passa sa vie dans le déserc jusqu'à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël fût arrivée.

Mourez, orgueil humain; mourez, curiosité, empressement, désir de paraître : si vous voulez préparer la voie à Jésus m l'introduire dans vos cœurs, mourez tous à la gloire humaine : mourez-y principalement, solitaires sacrés, imitateurs de saint Jean-Baptiste et des prophètes : puissiez-vous aimer la vie séparée : quitter les villes : aimer le désert, vous en faire un dans les villes mêmes, et recevoir la bénédiction des enfants de Jonadab fidèles aux institutions de leur père. Mais nous, fidèles, soyons-le donc à plus forte raison aux commandements sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites, si les moines ont avec raison tant de scrupule, tant de honte de manquer à leurs règles, combien devons-nous trembler à manquer à la loi de Dieu, dit le Seigneur par la bouche de son prophète Jérômie^l

« Joan., I, 18. — 2 Jerem.y xxxv, 13, 14 et see

242 ÉLÉVATIONS SUH LES MYSTÉKES.

XVr SEMAINE

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