RÉFLEXIONS SUR LA RÉPONSE DU SAUVEUR
« Pourquoi me cherchiez-vous? » Et quoi ? Ne vouliez-vous pas qu'ils vous cherchassent? Et pourquoi vous retiriez-vous, sinon pour vous faire chercher? Est-ce peut-être qu'ils vous cherchaient, du moins Joseph, avec un empressement trop humain? Ne jugeons pas; mais concevons que Jésus parle pour notre instruction. Et en effet, il veut exclure ce qu'il y peut avoir de trop empressé dans la recherche qu'on fait de lui. Qui ne sait que ses apôtres, quand il les quitta, étaient attachés à sa personne d'une manière qui n'était pas autant épurée qu'il le souhaitait? Ames saintes et spirituelles, quand il vous échappe, quand il retire ses suavités, modérez un empressement souvent trop sensible : quelquefois il veut revenir tout seul ; et s'il le faut chercher, ce doit être doucement et sans des mouvements inquiets.
« Ne saviez-vous pas que je dois être occupé des affaires de mon Père? » Est-ce qu'il désavoue Marie, qui avait appelé Joseph son père? Non sans doute; mais il leur rappelle le doux souvenir de son vrai Père qui est Dieu, dont la volonté, qui est l'affaire dont il veut parier, doit faire son occupation. Croyons donc avec une ferme foi que Dieu est le père de Jésus-Christ; et que sa volonté seule est sa règle en toutes choses, soit qu'il se montre, soit qu'il se cache, soit qu'il s'absente ou qu'il revienne, qu'il nous échappe ou qu'il nous console par un retour consolant.
La volonté de son Père était qu'il donnât alors un essai de la
Luc, II, 49.
3!8 ÉLÉVATIONS SUH LES MYSTÈHES.
sagesse dont il était plein et qu'il venait déclarer, et tout ensemble de la supériorité avec laquelle il devait regard^îf ses parents mortels, sans suivre la chair et le sang, leur maître de droit, soumis à eux par dispensation.
VIl« ÉLÉVATION.
LA RÉPONSE DE JÉSUS n'eST PAS ENTENDUE.
« Et ils ne conçurent pas ce qu'il leur disait ^ » Ne raffinons point mal à propos sur le texte de l'Évangile. On dit non seulement de Joseph, mais encore de Marie môme, qu'ils ne conçurent pas ce que voulait dire Jésus. Marie concevait sans doute ce qu'il disait de Dieu son Père, puisque l'ange lui en avait appris le mystère : ce qu'elle ne conçut pas aussi profondément qu'il le méritait, c'était ces affaires de son Père dont il fallait qu'il fût occupé. Apprenons que ce n'est pas dans la science, mais dans la soumission que consiste la perfection. Pour nous empêcher d'en douter, Marie même nous est représentée comme ignorant le mystère dont lui parlait ce cher Fils. Elle ne fut point curieuse : elle demeura soumise : c'est ce qui vaut mieux que la science. Laissons Jésus-Christ agir en Dieu, faire et dire des choses hautes et impénétrables ; regardons-les comme fit Marie avec un saint étonnement et conservons-les dans notre cœur pour les méditer et les tourner de tous côtés en nousmêmes, et les entendre, qjuand Dieu le voudra, autant qu'il voudra.
Jésus préparait la voie dans l'esprit des Juifs à la sagesse dont il devait être le docteur : il posait de loin les fondements de ce qu'il devait prêcher, et accoutumait le monde à lui entendre dire qu'il avait un Père dont les ordres le réglaient et dont les affaires étaient son emploi. Quelles étaient en particulier ces affaires? Il ne le dit pas, et il nous le faut ignorer jusqu'à ce qu'il nous le révèle selon la dispensation dont il use dans la distribution des vérités éternelles et des secrets du ciel. Plongeons-nous humblement dans notre ignorance; reposonsnous-y; et faisons-en un rempart à rhumihté. 0 Jésus, je lirai
* Luc.y Uy £)0.