COMMENT NOUS DEVONS IMITER JÉSUS ET MARIE DANS LEUR VIE OBSCURE
Voici donc quel est mon partage : « Marie conservait ces choses dans son cœur^ : Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point ôtée; » et: « Il n'y a qu'une seule chose qui soit nécessaire ^. » Orgueil humain, de quoi te plains-tu avec tes inquiétudes? de n'être de rien dans le monde ? Quel personnage y faisait Jésus? Quelle figure y faisait Marie ? C'était la merveille du monde, le spectacle de Dieu et des anges : et que faisaientils? De quoi étaient-ils ? Quel nom avaient-ils sur la terre ? Et lu veux avoir un nom et une action qui éclate ! Tu ne connais pas Marie, ni Jésus. — Je veux un emploi pour faire connaître mes talents qu'il ne faut pas enfouir. — Je l'avoue, quand Jésus t'emploie et te donne de ces utiles talents, dont il te déclare qu'il te redemande compte. Mais ce talent enfoui avec Jésus- Christ et caché en lui n'est-il pas assez beau à ses yeux? Va, tu es un homme rempli de vanité, et tu cherches dans ton action, que tu crois pieuse et utile, une pâture à ton amour-propre. — Je sèche, je n'ai rien à faire; ou mes emplois trop bas me déplaisent: je m'en veux tirer et en tirer ma famille. — Et Marie
i Luc, X, 39, 41. — 2 lùid. ii, 51. — 3 Ibid., x, 39, 42.
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et Jésus songent-ils à s'élever? Regarde ce divin charpentier avec la scie, avec le rabot, durcissant ses tendres nnains dans le manienaent d'instruments si grossiers et si rudes. Ce n'est point un docte pinceau qu'il manie : il aime mieux l'exercice d'un métier plus humble et plus nécessaire à la vie: ce n'est point une docte plume qu'il exerce par de beaux écrits : il s'occupe, il gagne sa vie, il accomplit, il loue, il bénit la volonté de Dieu dans son humiliation.
Et qu'a-t-il fait au seul moment où il s'échappa d'entre les mains de ses parents pour les affaires de son Père céleste ? Quelle œuvre fit-il alors, si ce n'est l'œuvre du salut des hommes ? Et tu dis: Je n'ai rien à faire, quand l'ouvrage du salut des hommes est en partie entre tes mains? N'y a-t-il point d'ennemis à réconcilier, de différends à pacifier, de querelles à finir, où le Sauveur dit : « Vous aurez sauvé votre frère * ? » N'y a-t-il point de misérable qu'il faille empêcher de se livrer au murmure, au blasphème, au désespoir? Et quand tout cela te serait ôté, n'as-tu pas l'affaire de ton salut, qui est pour chacun de nous la véritable œuvre de Dieu ? Va au temple : échappe-toi, s'il le faut, à ton père et à ta mère : renonce à la chair et au sang, et dis avec Jésus: « Ne faut-il pas que nous travaillions à l'œuvre que Dieu notre Père nous a confiée* ? )> Tremblons, humilions-nous de ne trouver rien dans nos emplois qui soit digne de nous occuper.
XP ELEVATION.
l'avancement de JÉSUS EST LE MODÈLE DU NOTRE.
Peut-on dire d'un Jésus, du Filsde'Dieu, d'un Homme-Dieu, à qui la sagesse môme était unie en personne, « qu'il croissait en sagesse et en grâce comme en âge devant Dieu et devant les hommes ^ ? » N'avons-nous pas vu qu'en entrant au monde, il se dévoua lui-même à Diou pour accomplir sa volonté, en prenant la place des sacrifices de toutes les sortes*? N'est-il pas appelé dès sa naissance « le Sage, le conseil, l'auteur de la paix ^ ? » N'avait-il pas la sagesse dès le ventre de sa mère ? et
1 Matth., xviir, 15. — « Joan., ix, 4.-3 Luc, ii, 52. — '' Hebr.^ x, 5-7. — o Isa.t LX, G.
n'esl-ce pas en vue de cette sagesse accomplie que le prophèle avait prédit, comme une merveille, «qu'une femme environnerait un homme' : » Virum : enfermerait dans ses flancs un homme fait? Entendons donc que la sagesse et la grâce, qui était en lui dans sa plénitude, par une sage dispensation se déclarait avec le temps, et de plus en plus, par des œuvres et par des paroles plus excellentes devant Dieu et devant les hommes.
Parlons donc, non par impatience, ni par faiblesse, ni par vanité et pour nous faire paraître, mais quand Dieu le veut : car Jésus dans son berceau n'a parlé ni aux bergers, ni aux mages qui étaient venus de si loin pour le voir. La sagesse humaine apprend beaucoup, si elle apprend à se taire. Aimons donc à demeurer dans le silence, quand Jésus est encore enfant en nous. Car s'il s'y formait tout d'un coup en son entier, son apôtre n'aurait pas dit : « Mes petits enfants, que j'enfante encore jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous ^. » Jusqu'à ce qu'il y soit formé, fortifions-nous avec Jésus: allons au temple interroger les docteurs : supprimons une sagesse encore trop enfantine : apprenons de Jésus, la Sagesse même, que c'est souvent la sagesse qui fait cacher la sagesse.
Mais q^el docteur pouvons-nous interroger, sinon Jésus, la sagesse même? En toutes choses, en toute affaire, en toute aclion, consultons la sagesse de Jésus, la lumière de sa vérité, la doctrine de son Évangile.
Le plaisir me trompe, et me fait croire 'nnocent ce qui m'agrée : nous croyons en être quittes, pour dire avec Eve trop ignorante : « Le serpent m'a déçu ^. » Mais si nous consultons la sagesse et la raison éternelle, nous verrons qu'elle maudit ce serpent qui se glisse sous les fleurs, et nous en fait connaître le poison. Les grands du monde nous flattent par leurs vaines et artificieuses paroles : vous croyez être quelque chose; et tout rempli de leur faveur, votre cœur s'enfle : ouvrez les yeux : consultez Jésus qui vous fera regarder et ouvrir vos mains vides. Où est cette imaginaire grandeur et cette enflure d'un cœur aveuglé ? C'est Jésus qui vous répond : écoutez-le avec ces docteurs, et admirez ses réponses.
* Jerem., xxxi, 22. — 2 Galat., iv, 19. — 3 Gènes. , m, 13.
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Vous vous mêlez dans les grandes choses : vous croyez que tout le monde vous admire, et vous pensez devenir l'oracle de l'Église: consultez Jésus et la sagesse éternelle: examinez-vous sur ces grandes œuvres, que vous aimez comme éclatantes, plutôt que comme solides et utiles : vous travaillez peut-être pour votre ambition, sous prétexte de travailler pour la vérité. Eh bien donc, je quitterai tout, et j'irai me cacher dans le désert. Arrêtez-vous, consultez Jésus : la vanité mène quelquefois au désert aussi bien que la vérité: on aime mieux mépriser le monde que de n'y pas être comme on veut et au gré de son orgueil. Que ferai-je donc ? Faites taire toutes vos pensées : consultez Jésus: écoutez la voix qui éclate sur la montagne : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le; » et : « Ils ne trouvèrent que Jésus seul*. » Quand Jésus reste seul et que, renonçant à vous-même, vous n'écoutez que sa voix, c'est lui qui répond, et sa réponse vous édifie.
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RECUEIL DES MYSTÈRES DE l'eNFANCE DE JÉSUS.
En ramassant dans son esprit avec Marie ce qu'on vient de voir de l'enfance de Jésus-Christ, on y voit les profondeurs d'une sagesse cachée et d'autant plus admirable, que renfermée en elle-même elle n'éclate en Jésus-Christ par aucun endroit. 11 se déclare avec mesure; il suit les progrès de l'âge; il paraît comme un autre enfant. S'il a fallu une fois marquer ce qu'il était, ce n'est que pour un moment : un intervalle de trois jours n'est pas une interruption de l'obscurité de Jésus : au contraire, une si courte illumination ne fait que mieux marquer le dessein précis de se cacher.
Si Jésus s'abaisse lui-même en se plongeant dans l'humilité d'un art mécanique, en même temps il révèle le travail des hommes, et change en remède l'ancienne malédiction de manger son pain dans la sueur de son corps. Pendant que Jésus, en se soumettant à cette loi, prend le personnage de péclieur, il montre aux pécheurs à se sanctifier par cette voie.
* Luc. y IX, 35, 36.
Pendant que la sagesse divine prend un si grand soin de se cacher, toutes les conditions, tous les âges et enfin toute la nature se réunit pour publier ses louanges ; une étoile paniît au ciel : les anges y font retentir leur musique : les mages apportent au saint Enfant la dépouille de l'Orient et tous les trésors de la nature, ce qu'elle a de plus riche dans l'or, ce qu'elle a de plus doux dans les parfums. Les sages du monde et les riches viennent l'adorer en leur personne: les simples et les ignorants en celle des bergers. Un prêtre, aussi vénérable par sa vertu que par sa dignité, prévient la lumière qui s'allait lever et le reconnaît sous le nom de l'Orient: sa femme se joint à une mère vierge pour le célébrer: un enfant le sent dans le sein de sa mère : d'autres enfants depuis l'âge de deux ans lui sont immolés, et ces victimes innocentes vont prévenir la troupe de ses martyrs. Si une vierge, si une femme l'ont honoré, une veuve prophétise avec elles, et une vieillesse consumée dans le service de Dieu veut s'exhaler : Siméon à qui l'Évangile ne donne point de caractère que celui d'un commun fidèle qui attend l'espérance d'Israël, se joint aux sacrificateurs et aux docteurs de la loi, pour reconnaître Jésus-Christ dans son saint temple : il prophétise les contradictions qui commencent à paraître. La manière d'honorer ces vérités nous est montrée dans une profonde considération, qui nous les fait repasser en silence dans notre cœur. Que désirons-nous davantage, et qu'attendons-nous pour célébrer les mystères de la sainte enfance et de la vie obscure du Sauveur?
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