‹ Elévations sur les mystèresChapitre 39 sur 229 · IV^ SEMAINE. — III^ ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

IV^ SEMAINE. — III^ ÉLÉVATION

vons point à combattre contre la chair et le sang mais contre des malices spirituelles qui sont dans les cieux et dans cet air ténébreux » qui nous envionne ^

Il ne faut donc point s'imaginer dans ce combat ni des bras de chair, ni des armes matérielles, ni du sang répandu comme parmi nous : c'est un conflit de pensées et de sentiments. L'ange d'orgueil, qui est appelé le dragon, soulevait les anges et disait : Nous serons heureux en nous-mômes et nous ferons, comme Dieu, notre volonté, et Michel disait au contraire : « Qui est comme Dieu? » Qui se peut égaler à lui? d'où lui est venu le nom de Michel, c'est-à-dire Qui est comme Dieu? Mais qui doute dans ce combat que le nom de Dieu ne l'emporte. Que pouvezvous, faibles esprits : faibles, dis-je, par votre orgueil? que pouvez-vous contre l'humble armée du Seigueur qui se rallie à ce mot: « Qni est comme Dieu? » Vous tombez du ciel comme un éclair et votre place, qui y était si grande, y demeure vide. 0 quel ravage y a fait votre désertion ! quels vastes espaces demeurent vacants ! ils ne le seront pas toujours et Dieu créera l'homme pour remplir ces places que votre désertion a laissées vacantes. Fuyez, troupe malheureuse : « Qui est comme Dieux? » Fuyez devant Michel et devant ses anges.

Voilà donc le ciel purifié : les esprits hautains en sont bannis h jamais ; il n'y aura plus de révolte, il n'y aura plus d'orgueil ni de dissension : c'est une Jérusalem, c'est une ville de paix, où les « saints anges », unis â Dieu et unis entre eux, « voient éternellement la face du Père ^ » ; et, assurés de leur félicité, attendent avec soumission le supplément de leur Ordres qui leur viendront de la terre.

Saints et bienheureux esprits, qui vous a donné de la force contre cet esprit superbe qui était un de vos premiers princes et peut-être le premier de tous? Qui ne voit que c'est le nom de Dieu que vous avez mis à votre tête en disant avec saint Michel : a Qui est comme Dieu? » Mais qui vous a inspiré cet amour victorieux pour le nom de Dieu ? Ne vous est-il pas permis de penser que Dieu môme vous a inspiré, comme il a fait aux saints hommes, cette dileclion invincible et victorieuse qui vous a fait persévérer dans le bien, et de chanter en action de grâce votre vic?,oire, ce

*■ Ep/irs., VI, 12—2 Matth., xviii, 10.

que dit à Dieu un de ses saints : « C'est à vous qu'ils doivent Idui ôtre, c'est à vous qu'il doivent leur vie, c'est à vous qu'ils doivent de vivre justes, c'est à vous qu'ils doivent de vivre heureux * ? Us ne se sont pas faits etux-mômes meilleurs et plus excellents que vous ne les avez faits; ce degré de bien qu'ils ont acquis en persévérant leur vient de vous. Et, comme dit un autre de vos saints: « La môme grâce qui a relevé l'homme tombé a opéré dans les anges saints le bonheur de ne tomber pas; elle n'a pas délaissé l'homme dans sa chute, mais elle n'a pas permis que les anges bienheureux tombassent'. »

J'adDre donc la miséricorde qui les a faits heureux en les faisant persévérants et, appelé par votre Apôtre au témoignage des « anges élus '^ », je reconnais en eux comme en nous votre élection en laquelle seule ils se glorifient. Car si je disais qu'ils se florifient, pour peu que ce fût en eux-mêmes je craindrais, Seigneur, et pardonnez-moi si je l'ose dire, je craindrais en les rangeant avec les déserteurs de leur en donner le partage.

Mais quoi donc ! a-t-il manqué quelque chose aux mauvais anges du côté de Dieu ? Loin de nous cette pensée ! ils sont tombés par leur libre arbitre, et quand on demandera : Pourquoi Satan s'est-il soulevé contre Dieu ? La réponse est prête : c'est parce qu'il l'a voulu. Car il n'avait point comme nous à combattre une mauvaise concupiscence qui l'entraînât au mal comme par force : ainsi sa volonté était parfaitement libre, et sa désertion est le pur ouvrage de son libre arbitre. Et les saints anges, comment ont-ils persévéré dans le bien? Par leur libre arbitre, sans doute, et parce qu'ils l'ont voulu. Car n'ayant point cette maladie de la concupiscence, ni celte inclination indélibérée vers le mal dont nous sommes tyrannisés, ils n'avaient pas besoin de la prévention de cet attrait indélibéré qui nous incline vers le bien et qui est dans les hommes enclins à mal faire le secours médicinal du Sauveur. Au contraire, dans un parfait équilibre, la volonté des saints anges donnait seule, pour ainsi parler, le coup de l'élection, et leur choix que la grâce aidait, mais qu'elle ne déterminait pas, sortait comme de lui-même par sa propre et seule détermination. Il est est ainsi , mon Dieu, et il me semble que vous me faites voir cette liberté dans la no-

1 S. August, — 2 S. Deruard,, serm. xxii in Cant., n. 6. — ^ l Timoth., \. "il.

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tien que vous donnez du libre arbitre, lorsqu'il a élé parfaitemenl sain.

Il était tel dans tous les anges; mais cependant ce bon usage de leur libre arbitre, qui est un grand bien, et en attire un plus grand encore, qui est la félicilité éternelle, peut-il ne pas venir de Dieu ? Je ne le puis croire; et je crois, si je l'ose dire, faire plaisir aux saints anges en reconnaissant que celui qui leur a donné l'être comme à nous, la vie comme à nous, la première grâce comme à nous, la liberté comme à nous, par une action particulière de sa puissance et de sa bonté, leur a donné comme à nous encore, par une action de sa bonté particulière, le bon usage du bien ; c'est-à-dire le bon usage de leur libre arbitre, qui était un bien, mais ambigu, dont on pouvait bien et mal user, que Dieu néanmoins leur avait donné; et combien plus leur a-t-il donné le bien dont on ne peut pas mal user, puisque ce bien n'est autre chose que le bon usage? Tout vient de Dieu; et l'ange, non plus que l'homme, « n'a point à se glorifier en luimôme * » par quelque endroit que ce soit, mais toute sa gloire est en Dieu. 11 lui a donné la justice commencée, et à plus forte raison la justice persévérante qui est la plus parfaite comme la plus heureuse, puisqu'elle a pour sa récompense cet immuable affermissement de la volonté dans le bien, qui fait la félicité éternelle des justes.

Oui, saints anges, je me joins à vous pour dire à Dieu que vous lui devez tout, et que vous voulez lui tout devoir, et que c'est par là que vous avez triomphé de vos malheureux compagnons, parce que vous avez voulu tout devoir à celui à qui vous deviez l'être, la vie et la justice, pendant que ces orgueilleux, oubliant ce qu'ils lui devaient, ont voulu se devoir à eux-mêmes leur perfection, leur gloire, leur félicité.

Soyez heureux, saints anges. Venez à notre secours: périssent en une nuit, par la main d'un seul de vous, les innombrables armées de nos ennemis ^ : périssent en une nuit, par une sem- Mable main, tous les premiers-nés de l'Egypte, persécutrice du peuple de Dieu ^ : saint ange, qui que vous soyez, que Dieu a commis à ma garde, repoussez ces superbes tentateurs, qui pou continuer leur combat contre Dieu lui disputent encore l'homme

1 I Cor., I, 29, 31. — 2 IV lieg., xix, 35 ; Isa., xxxvii, 36. — 3 Exod. XII, 29.

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