‹ Élie de Saint Gille; chanson de gesteChapitre 53 sur 72 · A Gulafri · texte numérisé non relu

A Gulafri

- i d'élu

chemin. Quand Elle les \it ci .nui, il fut telle-

ment • il, jii il } Jieval et ,

gnit Tanabrc . un grand d'Alexandrie, et il lui

en B avec son épi i up si tort sur le cou, que la

tête aVCC le heaume et 11 coiffa roula au loin dans la plaine. Mais les vingt chevalin: jnt et se mêlèrent

aussitôt au combat avec leurs lances tranchant ars

bonnes épées.

: XXIII) Les vingt chevaliers se sont donc joints aux cinq qui étaient la d'abord. Quand Klie vit cela, il remercia Dieu de leur venue ; et ils jouèrent, avec les sept cents païens, un jeu si rude, qu'aucun de tous ceux-ci n'en revint sans blessure et sans mal. La chose se fût bien passée, si les païens n'eussent eu d'autres plus nombreux compagne: mais voici venir tout le gros de l'armée, à la tête de laquelle est Macabre ; et il n'y a rien d'étonnant que nos gens n'en soient pas réjouis. Il arriva à la fin que pas un des vingt chevaliers qui étaient venus au secours n'en échappa en \ Mais sire Guillaume, le comte d'Orange, et Bernard, son frère, qui n'étaient jamais fatigués et ne s'arrêtaient jamais dans leur carnage de païens, crièrent et appelèrent Elie : « Bon chevalier \ » dirent-ils, « viens ici vers nous, et nous nous détendrons mutuellement : il le paiera cher, celui qui voudra te faire dommage! » Et Elie fit aussitôt ce qu'ils lui disaient; mais comme il entendit un païen qui demandait le combat, il lança son rapide cheval contre lui, car il préférait mourir à être appelé couard. (XXIV Élie était très affligé et chagrin de la mort de ses gens commt.) et souvent les plaignait et disait : « Mal vous en a pris, nobles barons, de m'avoir suivi, puisque les païens vous ont vaincus, tués et faits prisonniers! » En ce moment

i. C B D très. — 2. C B D et il poussa son cheval. — 3. C B D le prince l'Alexandrie manque dans C B) qu'on appela Tanabré. — 4. .4 héros. — b. C B ajoutent : aussi longtemps que Dieu voudra : D : aussi longtemps que nous pourrons résister.

sur le front de l'armée s'avança un païen déloyal; il était fort et grand, avait quatre aunes et demie de haut depuis la ceinture jusqu'en haut; Dieu maudisse ses jambes, car elles étaient fortes et l'ont porté trop longtemps! Son épée était d'une longueur extraordinaire, et son écu était si grand et si pesant que le paysan le plus fort n'aurait pu le soulever de terre. Plein d'ardeur, il appela Élie à haute voix ' : « Par ma foi, chevalier 2, » ditil, « tu t'es bien défendu aujourd'hui ; mais le moment est venu de ta défaite. Je te conseille plutôt de renoncer à ta croyance et a ton Dieu : crois en Tervagant \ qui fait des miracles pour nous, et à Mahon, qui donne le feuillage aux arbres, les fleurs et les fruits. » Élie répondit : « Tu es le roi des fous ! Par mon seigneur et créateur, je serais le pire de tous les infâmes et semblable au misérable juif qui renia saint Martin à cause d'une salle où il était assis, si je reniais et abandonnais le seigneur du monde entier et de toute créatuie pour vos idoles. Je suis bien plutôt prêt à prouver par les armes, en la force de Dieu, que Mahon et Tervagant et Apollon, vos dieux, ne valent pas un fétu comparés aux saints de Dieu, qui habitent aux cieux ! » Quand le païen entendit la réponse d'Elie, il s'emporta de colère avec une grande arrogance et ardeur, car il ne se croyait pas d'égal au monde en force, en valeur et en chevalerie. Ils poussèrent tous deux leurs chevaux en avant; et, comme les chevaux étaient très rapides, ils se heurtèrent si vivement et si fortement, les coups furent si grands et si puissants, l'attaque si violente que chacun d'eux renversa Tautre de cheval. Quand ils furent tombés tous deux, Elie, plus rapide à l'attaque, courut sus au païen et leva son épée à deux mains aussi haut qu'il put, et le coup à travers l'écu tomba sur la poitrine du païen et trancha toute la brogne, les entrailles,

1. CED ajoutent : et dit. — 2. Par ma foi, chevalier est remplacé dans C B par : Que Mahon m'aide! — 3. Mss. Terrogant.

ks ilcnx noiifll et les pieds, dt ue l'épée ne l'arrêta

p i .1 i: I t une telle chute

que toute 11 terre trembl.i à l'cntour, quand fut renvc ce corps maudit. Élie dit alois : « Mahon et Apollon t'ont mal protég

Ouand les païens virent tombé et mort leur plusgrand champion, toute l'armée y m grand cri, tel qu'on eût

cru que tous les diables d'enfer étaient rassembla de

mille païens se précipitèrent alors avec leurs armes et leurs épées tirées. Malpriant était le plus près : quand il voit son cheval, il le saisit tout de suite par la bride, chevaucha avec lui et le donna à garder à un païen. Ils se jetèrent tous sur Elie de chaque côté, et lui opposèrent leurs ccus, et le saisirent de leurs mains et le lièrent si fort que la peau et la chair se détachèrent des osa avec une grande perte de sang. Et quand sire Guillaume et ses compagnons virent cette triste aventure, ils s'élancèrent là où la mêlée était la plus forte, et frappèrent des deux côtés, si bien qu'en peu de temps ils massacrèrent cent païens. Mais voilà auc plus de trois cents païens les attaquèrent. Lorsque 1 vit qu'ils allaient être pris, il leur cria : n Sire Guillaume, sauve ta vie et abandonne ' ce combat, car je suis étroitement enchaîné, je suis prisonnier, et mon sort ou mon tourment ne sera pas meilleur, si vous êtes tués avec moi. » Et quand Guillaume et ses compagnons entendirent les paroles d'Élie, ils trouvèrent que le conseil était bon : ils se retirèrent donc du combat, mais les païens les pourchassèrent pendant plus de deux étapes, au nombre de sept cents, et ne purent s'emparer d'aucun d'eux. (XXVI Jossé d'Alexandrie dit aux autres païens: « Il nous est fin) arrivé malheur, car ceux qui se sont échappés sont de grands et puissants princes, de braves chevaliers, tels

i . Après ce mot commence une lacune dans A. — 2 . D des mains jusqu'aux os. — 3. Z) « Bons seigneurs, » dit-il, «ayez soin de votre vie, et abandonnez-nous. »

LA SAGA D ELI h 12 1

qu'aucun homme vivant ne peut tenir contre eux ou leur attaque, et avant que ces deux jours soient passés, ils nous reviendront avec vingt mille chevaliers; et s'ils nous rencontrent, aucun homme de toute notre armée n'en réchappera, car un d'entre eux est plus vaillant au combat que vingt des nôtres. »

Toute Tannée alors se précipita vers les vaisseaux ; et ils s'embarquèrent, et jetèrent Elie sous le pont entre les pieds des chevaux, et là renfermèrent, lié comme il était. Voilà les païens sur leurs vaisseaux; ils larguèrent leurs voiles, et, ayant bon vent, prirent la mer. Et ils parlaient beaucoup des comtes qui s'étaient échappés, disant que c'étaient des hommes forts et très braves, mais ils louèrent bien plus et par dessus tous l'excellent chevalier Elie. Alors le roi Macabre dit d'amener Elie devant lui, et cela fut fait. Et quand Elie fut venu devant lui, il parut au roi très beau, fort et bien fait de tous ses membres, et à la fois terrible et beau et plaisant à voir, élégant et imposant. Alors le roi dit à Elie : « Jure par Mahon que tu abandonneras ta foi et renieras ton Christ. Alors je te ferai couronner à Sobrie et je te marierai avec ma fille Rosamonde. » Le roi le fit délier.

Laissons maintenant Elie au milieu de ses ennuis, et parlons des comtes qui s'étaient enfuis de la bataille. Ils chevauchent leur chemin auprès du bord et regrettent fort Elie. Ernaud dit : « Il nous faut hâter notre voyage, afin de pouvoir arriver avant le soir au château de Saint-Gilles, car nous avons grand besoin de reconfort et de bon gîte. » Alors ils prirent le chemin à gauche près d'Arles1, et traversèrent le fleuve qui porte le nom de Rhône2 et arrivèrent avant la chute de la nuit au château de Saint-Gilles. Quand les habitants de la ville les virent passer par les rues, avec leurs chevaux

i. Mss. Ailes. — i. C Tove; illisible dans B; b Lutus.

couverts lie sueur. icurs hrognes rompues, leur

écus fendus et leurs lances urrecs, ils furent eton nés, et ils ne savaient quelles gens ce pouvait être, ni d'un lis pouvaient venir avec leurs vêtements en lambeaux.

\\V! IN marchèrent vers le château, et souhaitaient

entrer, quand ils renconti erent un homme méenant et fou qui leur dit de s'éloigner et ajouta avec une grande sottise: « Méchants hommes, que voulez-vous ici." Vo cherchez sûrement de grands désagréments, comme vous montrez votre témérité et votre iolie,cn venant dans notre château équipés et armés comme des ennemis! > Guillaume dit : << Tu as eu tort de nous recevoir si follement. Bel ami, » dit-il, « nous sommes de France, et messagers du roi Louis, et il nous a envoves ici pour faire ses messages au duc Julien qui a la garde de ce château. C'est un déshonneur pour tout vaillant homme, envoyé en message, de ne pas porter ses armes ou son armure pour se protéger contre les méchants, car il est pénible de tomber au pouvoir de ceux qu'il ne vous convient pas de servir. » Le gardien de la porte du château reprit : « Par ma foi, vous n'entrerez pas céans, ni par flatteries ni par belles paroles, car tu ne viens pas pour parer un autel ni chanter des messes. Et si tu veux aller plus loin, tu feras comme un malotru et un sot, car je t'ai préparé un si grand coup de ce gros et lourd bâton que voici, que tu en tomberas presque mort. » Et au même instant il assena à sire Guillaume quatre coups aussi forts qu'il put; mais Guillaume lui opposa son écu, qui se fendit en long depuis la poignée jusqu'en bas. Quand le duc Guillaume vit la folie de cet homme et l'accueil peu bienveillant qu'il lui faisait, il se rappela qu'il était un seigneur et qu'il n'était pas convenable de recevoir un coup d'un serf sans le rendre. Il brandit son épée et frappa ce mauvais homme par en haut au milieu de la tête, et le fendit dans toute sa longueur ; et il tomba

LA SAGA d'ÉLIE 12^

coupé en deux devant Guillaume qui le lança dans un fossé profond au pied du château. Quand le fils du gardien vit son père tombé et mort, il courut aussitôt, très effrayé, pour annoncer à sire Julien tout ce qui s'était passé entre son père et les nouveaux venus. VI Le fils du portier arriva dans la salle et cria à haute m'.jvoix : « Sire Julien, que fais-tu? Mon père t'a servi plus de quatorze hivers, et jamais pour prix de son service n'a reçu un cheval ou un mulet : aujourd'hui son service est cruellement payé. Je l'ai vu jeter dans un fossé de telle sorte qu'il en a eu l'échiné brisée. Que jamais Dieu ne t'aide, si tu ne punis pas cela! » Quand le duc Julien entendit ces paroles, il fut très courroucé, et jura pas sa barbe blanche : « Il n'est pas d'homme en ce royaume, que, s'il nous a fait ce dommage, je ne fasse pendre aussitôt. » A ce moment tous les comtes à cheval arrivèrent tout armés dans la salle. Sire Guillaume avait un autre nom, celui de ne\ tort; il parla ainsi : a Que le Dieu qui gouverne tout, qui a créé le ciel et la terre, et est meilleur et plus puissant que tous, vous bénisse et vous aide, sire Julien, vous et votre royaume ! Je ' vous dirai que je suis Guillaume d'Orange au nez tort; celui-ci est Bertran, mon neveu, qui est presque aussi grand que moi; le troisième est Bernard de Brusban 2; le quatrième est Ernaud, mon frère \ Il y a maintenant un mois passé que les païens nous ont faits prisonniers. Aujourd'hui de bonne heure nous avons été délivrés, et depuis nous avons chevauché si longtemps, que nous sommes arrivés ici. J'ai trouvé à la porte du château un homme fou et malveillant; il m'a porté quatre coups surmonécu; au cinquième je me courrouçai, je lui donnai un léger coup de mon épée, et je le lançai dans un fossé au

i. Du Seigneur, » dit-il, « je ne veux pas maintenant vous cacher qui je suis; beaucoup de gens me nomment Guillaume au nez tort. — 2. Mss. Bruskam. — 3. Mss. le fils de ma seconde sœur.

pied du château Mai* u-< ■)■■ ommee préu à voue engage! pour cela notre honncui. et à vous

mlrae le jugement de cette «fie in >t que de vous

a ce sujet lâche contre nous. . El quand sire Julien l'entendit, il alla à eux et embrassa suc Guillaume et tous les autres et leur dit : Par Dieu, a mon avis, vous auriez mieux fait de le pendre1 i Alors il dit à ses g- bu-

bout, chevaliers ; prenez leur équipement : ce sonT gneurs et princes : remercions Dieu qu'ils soient venus

Les comtes sont chez le prince renommé : vingt bacheliers prirent leurs chevaux et leurs armures; on leur prépara des bains, et ensuite ils s'assirent pour manger '; et quand ils furent rassasiés, sire Guillaume dit au duc Julien : « Tu as une belle et vaillante suite; sire Louis, l'empereur, s'étonne que vous ne lui avez pas encore rendu visite, et il s'en est plaint devant les plus hauts princes et ses vassaux. On lui a aussi dit que tu avais un fila qui a 2 l'âge et la lorce d'endosser l'armure. Dites-moi : est-ce un de ces beaux jeunes gens qui sont ici ? S'il n'est pas ici , envoyez après lui , car nous voulons le voir et l'emmener à Paris avec nous, et il fera belle îi parmi les plus forts et les meilleurs hommes du roi. »> Le duc Julien dit en grand chagrin : a Par Dieu, bons seigneurs, vous venez trop tard, car ce matin je l'ai armé chevalier ; mais au moment où il a été équipé, il s'est enfui et m'a abandonné. Je n'ai pas voulu montrer ma puissance en face de sa folie: j'ai fait mieux : j'ai envoyé après lui pour l'aider vingt chevaliers, les plus considérés auprès de moi; mais je ne sais pas maintenant où ils se sont dirigés ni dans quel pays ils ont pris leur résidence. » Quand les comtes entendirent ces mots, ils se regardèrent les uns les autres. Ernaud le barbu dit : • Dites-vous vraiment , sire , que c'était votre fils qui

i. b D à table. — 2. b D avait.

montait un cheval gris-pommelé et portait un vêtement de soie d'or d'un rouge-brun avec une fourrure blanche? Ce matin, comme nous sortions d^une forêt, il a fait preuve de si bonne chevalerie, qu'en peu de temps il a tué neuf chevaliers : un seul s'échappa et ne se risqua pas à l'attendre. Il le poursuivit jusqu'au moment où, près d'un gué, sept cents païens s'opposèrent à lui, et l'auraient fait prisonnier et vaincu, si les vingt chevaliers que vous lui avez envoyés n'étaient venus à son aide, braves et bons combattants, dont pas un ne saurait être blâmé; mais les mauvais païens les entourèrent en si grand nombre qu'aucun des vingt chevaliers ne sortit vivant. Alors ils serrèrent Elie près d'un fossé, et le firent prisonnier, et le lièrent et remmenèrent avec eux. Et vraiment ses amis peuvent déplorer la perte d'un tel homme! » Et quand Julien entendit ces paroles, il s'affligea beaucoup; et la mère et la sœur du jeune homme pleurèrent le triste sort d'Élie, si durement retenu chez les païens. Alors une grande tristesse se répandit dans la salle, et toute la joie qu'ils avaient auparavant se changea en silence triste et désespéré : on ne songea plus à entendre harpes ou vielles ou symphonies ou autres semblables instruments à cordes. Le duc alors appela un homme nommé Thomas; c'était un riche marchand, et toutes les mers lui étaient connues. Julien lui dit : <( Tu vas équiper au plus tôt mon vaisseau le plus grand, tu le fourniras de vivres suffisants et tu prendras avec toi vingt sommes d'or, desautourset touteedonttu peux avoir besoin; tuirasaussi vite que possible et tu ne t'arrêteras pas avant de savoir sûrement en quel pays les païens ont emmené mon fils. Toi, Salatré, tu voyageras avec lui. Soyez tout-à-lait prêts aujourd'hui, et demain partez! » Et on ne raconte plus rien d'eux dans cette histoire. Sire Guillaume et ses compagnons se sont levés de bonne heure et demandent la permission de s'en retourner. Sire Julien les traita avec beaucoup d'honneur , ii leur donna les destriers les plus

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tcellenU, a chi un l'cui cent escalins et un écuyer

et ils se séparèrent amicalemeoi (X\\ Il I a-. ' pila . cinq*

suite) j" , iflM I ogarie. Quaod ils cu-

lent jetc 1 ROCK au pied des rOCiM MlfBt, le roi Ma-

cabre appela les Franc.-» qui étaient prisonniers et aussi Flic, et ils lurent amenés devant le roi. Le roi dit à Jossé, qui avait le commandement d'Alexandrie : « Prends ces gens avec toi, et inllige-lcur tel châtiment qu'il te semble bon; mais ce beau jeune homme, qui est si remarquable et imposant, restera avec moi, et s'il veut adorer Mahon, je lui donnerai en mariage Rosamonde, ma lille. » Alors le roi rit placer Mahon sur un pilier qui tout entier était de ■ pierres précieuses. Il dit à Flie : « Jure le par ta foi, Franc; as-tu jamais vu un si beau dieu que celui-ci? Il fait tout ce que je veux; il me transporte d'ici en Afrique aussitôt que je le veux, et au nord en Ecosse et de là aux ports d'Almaric \ Sache vraiment maintenant : quand tu te seras soumis à lui, je te ferai riche en or et en terres. »« Sire. » dit Flie, « vous plaisantez, ou vous parlez comme un enfant ou comme un iou, quand vous dites avoir pour dieu ce maudit ennemi. Cette chose ne saurait se mouvoir et n'a ni vie ni corps; et si un homme venait qui lui donnât un coup { sous l'oreille, il tomberait, comme s'il n'avait jamais eu

de vie. Malheur à sa puissance et à ceux qui le servent ! » Malpriant était tout près et entendit ce que disait Elie. Il en devint presque enragé de colère et courut vers Mahon, et lui dit à haute voix : ce Dieu tout puissant, ne m'en veuille pas de ces paroles! Ce Franc qui t'a inju-

i. b ajouie au commencement de ce paragraphe : Maintenant faut laisser cela et dire comment; D Maintenant il faut traiter comment. — 2. b D huit. — 3. b D d'or et de. — 4. Mss. de Dalmarie.

la saga d'eue 127

rié est fou et ne comprend rien. Je t'engage ici ma foi que je te vengerai, si j'arrive vivant au pays, et aussitôt je le ferai pendre à ce haut rocher. » Quand Elie entendit ces paroles, il se courrouça fort et implora instamment l'aide et la grâce du Dieu qui gouverne tout '. Élie était libre sur le vaisseau du roi : alors il s'aperçut, ce qui lui causa grand émoi, que Malpriant faisait sortir soncheval de dessous le pont et le faisait conduire à terre ; il avait une selle dorée; il était bridé et prêt à être monté. Ce cheval était si bon, comme il a déjà été dit plus haut, que jamais roi n'en avait eu de pareil. Élie dit à voix basse : « Aide-moi, seigneur Jésus-Christ, fils de la vierge Marie ! Il n'y a pas encore six jours passés que ce cheval était en ma possession. Plût à Dieu que je fusse assis sur son dos et armé comme je voudrais 2! » Alors il bondit en l'air avec une force si merveilleuse que personne ne put le tenir, et il vint jusqu'à terre, et il courut aussitôt vers l'homme qui conduisait le cheval, et lui donna un si violent coup de poing sous l'oreille qu'il lui brisa la nuque. Elie sauta sur le cheval aux yeux de toute l'armée et partit au galop. Quand le roi Macabre vit cela, il se courrouça fort et avec rage cria à Mahon : « Méchant dieu, » dit-il, « que fais-tu? es-tu fou ou dors-tu? Je t'ai promis fidélité: malheur à ta puissance et à ceux qui te servent! Maintenant le Franc s'en va, qui t'a toujours outragé! » Il appuya son pied sur un côté de la statue de Mahon et le renversa de son pilier et lui cassa le nez et le bras droit en deux. Les païens le saisirent alors : « Mauvais roi, » dirent-ils, « que fais-tu? tu es plein de colère, de folie et de brigandage, en frappant et brisant ton dieu! Va maintenant vers lui, et prosterne-toi devant lui, et prie le de te pardonner : sans cela tu mourras ! »

1. D ajoute : car il était en grande frayeur. — 2. D ajoute : car je me ferais hacher en morceaux avant de retomber en leur pouvoir.

Itfl LA . \'.\ I» I I II

I Je juic par DMMI chef, • dit i ' cabré, « que

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i tOtlf I Cul mine . faut rien et ,ue

t&omperie ci folie! Il al le Franc qui lavait

insulté et avait tue ses fidèles. Je suis vraiment plein de

doulcuret de hoote de l'avoir fait délier, < sofui.»

WYIII Lorsque le roi eut parlé ainsi, tous reconnurent qu'il disait la vérité, et quittèrent leurs vaisseaux. Le I appela alors a lui sept cents chevaliers; et il y avait là Jossé d'Alexandrie et Hector et Gonticr ' : « Vous allez vous rendre au gué de Dalbicr et attendre le Franc, qui s'est échappé et nous a joue (XXVII (f Si Mahomet le tait revenir, il aura bien agi dans son infin) térét, et si le bon Mahomet se conduit si bien, je lui donnerai quatre cent mille marcs d'or pur; et je referai sa tête et ses épaules, ses mains et ses doigts et ses mollets, ses chevilles et la plante de ses pieds, plus grands de moitié qu'ils n'ont jamais été; je le ferai refaire tout neuf et de fin travail. »

(XXIX) Maintenantles païens sont tous sortis de leurs vaisseaux, et le roi est allé chez lui dans son bon château de Sobrie. Toute sa famille vint au-devant de lui, sa femme et son fils et la brillante Rosamonde, sa fille ; et elle dit aussitôt à son père : « Vous m'avez promis, à votre retour de France, de ramener pour moi 2 de France un pauvre prisonnier, pour m'apprendre la langue welche. » « Par ma foi, belle fille, » dit Macabre, « j'en avais un comme tu le veux, auprès de moi; jamais, depuis que Mahon a créé le monde, il n'en est venu de tel en ce royaume. Il a vaincu Malpriant, ton fiancé, et a fait tomber cet orgueil et cette fierté qu'il croyait pouvoir avoir pour l'amour de toi, si bien que, quel que soit le nombre des hommes en campagne , si ce Franc est

i. Mss. Hercol et Gui ver; cf. p. 1 3 2 . — 2. Ici se termine la lacune a" A.

la saga d'eue i 29

dans l'armée ennemie , Malpriant n'ose même pas entrer en conversation avec lui! » Quand la jeune fille entendit son père louer de la sorte le brave héros, tout son cœur soudainement se prit d'amour pour lui, de sorte qu'elle ne put rien répondre ni demander la permission de sortir, mais elle alla se prosterner devant ses dieux et les pria de tout cœur de garder ce noble héros de honte et de mort.

Il faut parler d'Elie qui chevauchait le long du rivage, et implora la bonté divine et dit : « Seigneur Dieu, roi doux et puissant, conduis-moi en tel lieu et en telle herberge que je puisse m'y restaurer, car depuis longtemps je souffre du manque de vivres. Voici cinq jours passés que je n'ai mangé, et ma vigueur et mes forces s'épuisent.» Il descendit alors la colline, et, arrivé dans la plaine, il vit dans un bois, assis à l'ombre d'un grand arbre, trois larrons, et ils avaient là beaucoup d'argent qu'ils avaient pris et volé, ainsi qu'un grand coffre rempli d'or fin de maint pays. Ils s'étaient donné là rendez-vous et tenaient conseil, et ils avaient apporté leur repas somptueusement préparé : deux paons et un cygne avec une bonne sauce au poivre, et un grand pot rempli de vin et de bière mêlés et deux grands pains defroment. Quand Elie vit qu'ils se disposaient à manger, et que le repas était prêt et qu'ils s'offraient entre eux le pain, le vin et la viande, il fut pris d'un si pressant désir de manger qu'il ne put, sous aucune condition, se retenir plus longtemps. Il descendit doucement de son cheval, et sans demander ni eau ni serviette, il s'attabla aussitôt auprès d'eux sur l'herbe, et les trois larrons ne pouvaient pas couper aussi vite qu'il mangeait lui seul ; et le chef des larrons lui dit : « Tu es bien osé, avide glouton, de t'asseoir à notre repas et de ne pas nous en demander la permission! Jamais il n'y eut main d'homme qui ait si bien appris à vider les écuelles ; mais tu le paieras cher avant de nous quitter. Ce cheval que tu as amené ici, tu nous le don-

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