Voy. p. xix-xx
3. Les chiffres de ces deux tableaux correspondent à la numérotation des laisses.
ié — 20, 28, 3o, 35, 40, 44, 49, 55, 57, 64.
6 — i3,i5, iQ, 2i,3i, 36.
J'ai peu de remarques à faire à propos de ces assonances ; je note cependant que la tendance à la rime commence à se faire sentir dans les assonances masculines; je constate de plus que an et en, an. e et en. e sont absolument confondus, et que les assonances en è ne présentent aucun mot où è provienne de e ou i latin en position. Quant à la longue laisse LXVIII, qui compte 418 vers, elle est d'une étendue toutà-fait exceptionnelle, qui s'explique par la manière dont cette fin a été composée ^
2° Rythme. — Le poème est écrit en vers ordinaires de douze syllabes, ayant l'hémistiche régulier à la sixième syllabe. Çà et là, dans le corps du texte, on rencontre un certain nombre de vers décasyllabiques, les uns avec césure après la quatrième syllabe (v. 33, 79 et 80, 822, 1894, 2026, 2039, [2047], 2385, 2390), les autres, moins nombreux, dont le rythme est semblable à celui qui est usité dans la première partie de IM/o/, ayant leur césure après la sixième syllabe :
Voy. plus loin p. xl-xli.
V. 841. Et montent el palais tout a .1. bruit. V. 863. Il a dit a ses homes : « Car levés sus ! » ' V. 1390. Car Galopin li leres estoit moût cours.
Tous ces vers épars dans la chanson peuvent sans peine être corrigés et devenir des dodécasyllabes. Aussi ne suffisent-ils pas à prouver que de même que VAtol VÉlie ait été écrit primitivement en décasyllabes. Mais, d'autre part, la preuve de ce fait est donnée par la série non interrompue de 43 vers décasyllabiques (v. 35-77), qui ont certainement été écrits ainsi par le poète.
Je remarque que ces 43 vers ne sont pas coupés comme les vers décasyllabiques de VAiol et qu'ils ont tous leur césure après la quatrième syllabe.
Je ne trouve pas non plus trace dans VElie de vers qui ressemble à ce vers dCA iol ^ :
Si n'ai apris mes ar-mes a porter,
et ait une syllabe finale muette pour première syllabe du second hémistiche.
Voy. l'introduction d'^/o/, p. xv-xviii.
iNTRODUCllON XIII
Langue du poème.
On verra plus loin que la chanson d^Élie n'est qu'un remaniement du xiii^ siècle : il est donc difficile de préciser en quel dialecte était écrite la rédaction primitive. Les quelques vers décasyllabiques qui la représentent appartiennent sans doute au dialecte de l'Ilede-France ; quant au remanieur, il était évidemment picard, comme le prouvent la terminaison du participe féminin/rowc/e 1735 ( =fronchîée) assonant en /. e, et les formes -ornes et -ternes des premières personnes pluriel d'un assez grand nombre de verbes : alomes 2242, diromes 871, ironies 374, poignomes 658, seromes 2601 ^somes 558, 590, vendromes i3o7; alternes 376, fussiemes 21 5, 1481. Il faut dire cependant que les formes en -ons sont de beaucoup les plus fréquentes : alons2^b']., avon 5 11, dirons 574, entrons 23x3, 50W5 783, troverons 267, tueron 5i8, etc.
Le scribe auquel nous devons l'unique ms. de VÉlie était lui-même du nord de la France; il montre, en effet, les formes chuintantes: commenche 12, ochis 19, etc., les subjonctifs terminés par une gutturale : confonge 379, 1078, etc., mèche 600, 1932, perge 1421 y prenge 85, etc., et la substitution de Vau pi-
card à Vol latin : caupast 762, caus » 636, loi'j^faurai 1846, taurai 368, etc., tant 602, vaurai 2702, vaute 2415, etc., etc.
En dehors de ces quelques faits, la phonétique du ms. n'offre rien de caractéristique; c'est bien plutôt l'orthographe du scribe qui est remarquable par sa bizarrerie et son indécision, qui ont, du reste, été conservées dans rédition, sauf pour les cas évidemment fautifs. J'énumère les particularités du ms. en suivant Tordre alphabétique.
^ est quelquefois employé pourri :a io5i, avra i%%6^donra, i55i, 2703, /i?r^ 2617; la forme ordinaire est ai, — Par contre, ai est mis à la place d'à : ai 865, verai 27. La terminaison a est la seule bonne puisqu'elle paraît à l'assonance dans les laisses en a (XXXVIII, LVI, LXIII, LXVI).
On ne rencontre qu'une fois (cf. la laisse III, en es) la finale ois pour es : raverois 1882.
L'« devant t semble s'assourdir jusqu'à ne plus se prononcer : ensangletés 2345, so talent 1244.
LV final ne se prononce pas dans encontre 1818 =• encontrer, soufri 1738 = soufrir ; il se confond avec / dans pa le i io3 r^ipar la.
Us et le r, à la fin des mots, n'étaient pas prononcés par le scribe; ces deux lettres sont souvent supprimées, et souvent aussi mises à tort l'une pour Tautre.
L'^ final manque — après une consonne : cour 643
I. C'est par une distraction évidente que dans l'introduction de VAiol (p. IX) caus, fr. chaut, a été confondu avec caus, fr. coup. Y oy. Romani a, t. VII, p. ibô .
INTRODUCTION XV
(Cours), gran 764, etc. [gratis], secor 2 16, 866, etc. [secors); — après une voyelle : avra 65 (avras)^ contraite 992 (coniralies), feré 1801 [feras], gro 11 55 (gros), justiche 998 (jiistiches)^ le 1776 [les), no 98 [nos), vo 1882 [vos], sou 1447 [sous].
Le / final manque — après une consonne : cor 798, 808, etc. (cort),don 5/2 [dont], enpoin 827, 841, etc. [enpoint], pi or 449 (plort), etc., etc. ; — après une voyelle : lai 2220 (/^z7)^ pu i53 (/'w^), ^ow ^^^[tout).
La confusion de 1'^ et du ^ a lieu, d'une part, à la fin des mots Jorti(^W6^ pont 9, tout 17, 177, etc., qui devraient s'écrire fors, pons, tous, et, de l'autre, dans les mots bruis 841, entens 'jGj^soavès 2022, vens 608, qui devraient prendre un /final : bruit, entent, soavèt et rew/.
Cette non-prononciation de 1'^ explique certaines fautes contre la règle de la déclinaison : aubère 353 pour aubers, jor 810 pour fors, vilain 582 pour vilains, etc.-, desloiés 477 pour desloié ^ detrenchiés 63o ipour detrenchié^ etc. Dans d'autres cas, cependant, il y a eu évidemment confusion entre le cas-régime et le cas-sujet : amiral 259, 891, etc., pour amiraus, mon père 2178 pour mes père, etc. Les noms propres Elie 1677, 2352 et Guillaume 736, 770 ne peuvent prendre 1'^ réglementaire du sujet sans fausser le vers.
En dernier lieu, je note que le scribe, ou peut-être même l'auteur, montre une grande indécision dans la coupe de quelques syllabes : la finale iés des imparfaits et conditionnels compte dans le vers, tantôt pour une syllabe: comperiés lo^o^feriés 20?>g^ perderiés 22(^4^
portés 1947, etc., tantôt pour deux : voliés 1809. Le mot eust n'a qu'une syllabe au v. 12 19, et en a deux aux vers 1 10, 1742, etc. ; de même pour v{é)és 1288, 2559 et veés 48, 2398. Enfin les noms propres Aymer et Loeys, qui comptent toujours pour trois syllabes, sont parfois pris pour deux: Aimer 2532, 2594, Loeys 866. Ces quelques exemples suffisent à prouver combien peu on doit faire fond sur le texte de YÈlie pour une étude phonétique et grammaticale de l'ancien français.
Origine et date du poème.
Les derniers vers du poème (v. 2757-2761) rattachent entre elles les deux chansons d'Aiol et d'Élie, et font du héros de la première le fils du héros de la seconde :
D'Elye vint Ayous, si con avant orés.
Ichi faut li romans de Julien le ber Et d'Elye son fil qui tant pot endurer ; Cil engenra Ayoul qui tant fist a loer, Si con vous m'orés dire, sel volés escouter.
Avant d'examiner le rapport qui existe entre les deux poèmes et de rechercher l'origine et la date de VElie, il est bon de rappeler et de résumer ce qui
INTRODUCTION XVII
a déjà été dit sur VAiol \ Ce poème, composé au xii^ siècle en vers décasyllabiques par un trouvère du centre de la France, a été remanié au xiii*^ siècle par un poète picard qui a refait les vers en rythme dodécasyllabique, tout en conservant en décasyllabes une partie de la rédaction primitive. Aiol, personnage fictif, est, d'après l'hypothèse qui a été émise dans l'introduction du poème^ le fils d'un personnage historique, Hélie, comte delà Flèche.
A s'en tenir aux vers qui précèdent, les deux chansons ont donc même auteur ou tout au moins même remanieur*, c'est à cette dernière hypothèse qu'il faut s'arrêter, car, de même que VAiol, VElie est un remaniement du xni^ siècle. Les quelques vers décasyllabiques, qui se montrent dans le poème - représentent en effet un état plus ancien de la chanson ; de plus comment expliquer autrement que par l'action d'un remanieur l'erreur, souvent répétée, qui transforme Saint-Gilles en ville de Provence ^, et fait du château-fort de Saint-Gilles, lieu d'origine réel ou imaginaire d'Élie, la grande cité du midi, si importante et si célèbre aux xn"^ et xin^ siècles ? Le Saint- Gilles, en effet, du poème semble bien ne pas être dans le Midi, mais plutôt dans l'Anjou; il suffit pour s'en convaincre de se reporter, d'un côté, à un passage très explicite de la chanson et d'étudier, d'autre part, la