CHAPITRE YII
Attachement d'Elisabeth pour lord Burghlej. — Éléyation et habileté de Cecil. — Il connaît et sait servir la reine.— Opinion exagérée répandue sur sa puissance.— Sa mort. — Ses faiblesses et sa yraie grandeur. — Faveur agitée et impopularité de Leicester.— Prédiction du père mourant d'Essex. —Amour et douleurs de la reine. — Son inhabileté, ses insuites; il est frappé par Elisabeth.— Vanité crédule et coquetterie de la reine. — Sa violence inouïe, renfermée dans sa cour. — Son avarice excusable mais excessive. — Ses étrennes, ses voyages.— Son empire sur elle-même. — Usage heureux de ses défauts. — Ses réponses à Dzialin, à Henri III. — Son courage exalté par le danger et les conspirations.— Son goût pour le' luxe, la musique, la danse, le théâtre. — Ses repas.— Sa garde. — Ses gentilshommes pensionnaires. — Son cortège en public. — Ses édits somptuaires inutiles. — Culture littéraire et élégance de sa cour. — Traces de barbarie mêlées à ces raffinements.
Mais ce n'est point dans les régions surnaturelles, où se troublaient les plus fermes esprits de ce siècle, qu'il faut suivre, pour les bien juger, la la raison d'un Burghley ou le génie d'une Élisa-
beth. Il faut rester avec eux sur la terre, et les voir à Tœuvre dans le maniement hardi et délicat des affaires ' humaines. C'est là qu'ils excellèrent, et l'on vit rarement les grands intérêts du monde mieux entendus , les bonnes et mauvaises passions plus utilement employées, une nation plus sagement et plus fermement conduite, que par ces deux intelligences supérieures, joignant à des qualités diverses l'heureux doç de se bien comprendre, et agissant avec un accord qui, soutenu pendant tout le cours d'une longue carrière, contribua singulièrement à la sûreté et à la prospérité de leur pays. Certes Elisabeth aima Leicester, Essex, d'autres encore plus vi ventent que Burghley, mais elle ne leur livra que son cœur et il ne fut donné à aucun d'eux de porter atteinte à la royale indépendance de sa raison. Avec un admirable discernement de la valeur diverse des hommes, elle les maintint tous à leur place; les uns traversèrent avec éclat sa cour et se succédèrent dans l'intimité de ses affections ; l'autre ,
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établi dans le conseil, resta jusqu'à sa derrière heure, sans rival et sans enivrement, dans l'intimité de sa politique.
Au-dessus des plus utiles et des plus brillants serviteurs d'Elisabeth, des Sackville, des Norris, des Sidney et des meilleurs hommes de guerre, de Bacon , qui unit tant de faiblesse h tant de grandeur ; au-dessus de Walsingham lui-même , qui reqdit les plus grands et les moins attray^ints des services, ce puritain qui, ne se piquant de loyauté qu'envers Dieu et sa royale maîtresse , et gardant au milieu des plus insidieuses pratiques une conscience tranquille, tenait tête à tous les conspirateur^ de l'Europe, leur tendait des pièges toujours heureux et déconcertait des jésuites par l'abus des restrictions mentales et par le sang-froid de ses mensonges * ; nous retrouvons
i Wj^lsipgham avait été exilé dans sa jeunesse comme protestant et comme puritain. Ses inclinations puritaines étaient à peine rachetées aux yeux d^Élisabeth par ses inappréciables services. Il fut intègre , et dépensa sa propre fortune, outre les fonds qui lui étaient
sans cesse la. calme et discrète figure da grand ministre que la jeune Elisabeth consultait dans sa prison , que la vieille reine vint visiter et consoler à son lit de mort. Simple gentilhomme du comté de Lincoln , s' attachant à la défense de la suprématie de Henri YIII, partageant Télévation et non la chute de Sommerset, puis de Northumberland, passant d'un camp à Tautre sans scrupules et cependant sans honteux empressement, traversant impunément Torageux début du règne de Marie ,
alloués, pour cette haute police, qu'il conduisit jusqu'au bout avec une âpreté infatigable. Il mourut au mois d'avril 1590, et ne laissa pas de quoi Fenterrer. Camden
dit de lui : « Vir ezimie prudens et industrius pu-
« rioris religionis assertor j acerrimtts , rerum occulta- « rum indagator solertissimus , qui animes bominum. « sibi conciliare et ad usus suos adjungere apprime
« calluit tantis quidem impensis ut rem privatam
« extenuaret , et œre publico oppressus , tenebris sine « funebri celebritate ad S. Pauli Londini inhumaretur. » P,570.— Elisabeth eut donc ce singulier bonheur de pouvoir opposer le fanatisme au fanatisme sur ce terrain mouvant des conspirations. Contre Thabileté et la passion réunies, l'habileté seule ne suffit pas. Des William Allen ne peuvent être tenus en échec que par des Walsingbam. Un contemporain , cité par Aikin (II, 226), a