ELISABETH SE7 ON
il est plus mal, il n’en a que plus d’ardeur à ne pas perdre un moment. C’est ainsi qu’il a toujours été depuis que nous sommes renfermés dans ces murs de pierre; toujours, excepté ce jour que nous avons cru le dernier. Il dit souvent: “ Soit que je vive, soit que je meure, je regarderai ce moment de ma vie comme un temps de bénédiction: c'est le seul temps que je n’ai pas perdu.” Jamais le moindre murmure. Oh! avec un regard vers le ciel: c'est le seul mot de plainte que j'ai jamais entendu de lui; bien qu'il soit épuisé, presque réduit à rien, par les rapides progrès d’un mal dont la nature même est de ne pas lui laisser de trêve entre l'irritation de la toux, les frissons, les suffocations, les défaillances, la faiblesse continuelle. Pourquoi es-tu triste, mon âme? Voilà les seules paroles qui semblent le soulager. Souvent il parle de ses chers petits enfants; plus souvent encore du bonheur de les revoir au ciel. 11 parle de ceux que nous avons quittés, il regrette surtout notre cher Henry Hobart (') dont les visites et la sociéti lui eussent été une si grande consolation dans l’affliction où ilest. Lorsque je remercie Dieu de ce qu’il m'a créée et de ce qu’il me conserve, je le remercie maintenant avec une ardeur que je ne m'étais pas connue.
“ Ne rien attendre que de Dieu seul pour l’âme et pour le corps de mon William; adoucir et consoler de pareilles heures d’accablement et de souffrance; le secourir en de telles défaillances, ce que nul ne peut faire ici, hors moi seule après Dieu; lui chanter les hymnes triomphantes de l'espérance et de la victoire du chrétien, tandis que son amour, prévenu en ma faveur, m’attribue toute la joie qu'il y trouve; l'entendre prononcer le nom de mon Rédempteur, en me disant que c’est moi qui la première lui en ai fait sentir la douceur: oh! cette œuvre de bénédiction, pour qu'elle fût possible, il fallait ces jours de re-
(1) Ministre anglican de New-York et ami d'enfance de William Seton,
traite et d’absolue séparation d'avec le monde entier!
M’eût-on jetée au fond du eachot de ce lazaret, j'y bénirais <ncore et j’y louerais mon Dieu.”
14 décembre.
“Récité mes chères Prières, seule, Pendant que mon William était aSSOupi; je n’ai pas 086 lui Proposer de les dire avec moi, car la faiblesse et les souffrances laccablent tout à fait, — Pluie et tempête, comme nous en avons eu chaque jour, on peut le dire, pendant les vingt-six jours que nous avons passés jei. L'humidité qui règne autour de nous, on la trouverai! d'ingereuse Pour une personne en bonne santé; qu'est-ce donc Pour un malade comme William! Ah, je sais bien que Dieu est l-haut!..…. Commandant, qu'ai-je besoin que votre regard et le signe de votre main me montre toujours le ciel? 8j je considérais notre situation comme l’œuvre d'un homme mortel, bien loin d'être une Madeleine en pleurs, comme il vous plaît de m'appeler gracieusement, vous verriez en moi une lionne furieuse, prête à mettre, s'il se Pouvait, le feu, sous vos yeux, à votre lazaret, pour en tirer mon prisonnier et lui faire respirer l'air du ciel, Emprisonner un pauvre être qui vient demander la vie à votre pays! Le garder trente jours entre ces murailles humides, avec la fumée et le vent qui souffle de tous côtés, enlève les rideaux de son lit, pénètre jusqu’à la moelle de ses os, et le fait trembler de froid, s’il veut se tenir debout seulement quelques minutes, pâle comme l’ombre de la mort! — I] fant qu’il aille à Pise pour sa santé! Ah! aujourd’hui, elles sont bien loin de Pise, ses Pensées... Mais, 6 mon Père céleste, je sais que tous ces maux viennent de votre volonté; de votre volonté qui est toute sagesse et lumière, Nous sommes ici plongés dans les ténèbres; et nous devons vous bénir, car les desseins que vous aviez Sur nous, sont toujours saints et parfaits, si obscurs qu'ils nous semblent; soyez
ELISARETH SETON 43
toujours présente à notre esprit, miséricorde infinie, qui, tandis que vous permettez les souffrances de nos corps mortels, consolez et nourrissez si largement nos âmes, afin de les faire arriver à cette vie éternelle, où nous verrons très certainement que tout ici-bas avait été disposé pour notre profit et pour affermir notre confiance en Dieu.”
15 décembre.
“ Achevé de lire le Nouveau Testament que j'avais commencé le 6 octobre. Avancé la lecture de ma Bible jusqu'à Ezéchiel; je l’ai toujours lue seule, par ordre, chapitre par chapitre. Avec William, je lis seulement les leçons marquées dans mon livre de prières. Aujourd’hui, j'ai choisi pour lui plusieurs passages d’Isaïe: il les a goûtés tellement que, pendant quelques minutes, il s'est trouvé délivré de toute souffrance et de tout souci. Vraiment, ces lec-
tures nous sont d’un secours infaillible. William dit qu'il se sent comme quelqu'un qui serait amené à la lumière, après avoir passé des années dans l’obscurité...”?
16 décembre.
“ Jour d’accablement. Récité notre office ensemble jusqu’à la moitié; le reste, à moi toute seule. Le soir, quand ils sont partis, après nous avoir mis sous les verrous, j'ai vu qu'ils ne s’attendaient pas à retrouver mon William le lendemain matin; mais il repose tranquillement. Dieu est avec nous.”
17 ei 18 décembre.
“Tristes journées de lutte entre la faiblesse de la nature et le courage que lui inspire l'attente de son départ du lazaret pour aller à Pise.”
19 décembre.
“ Levée avant le jour. Tout préparé pour cette heure que je redoute. A dix heures, tout était prêt. A onze
heures, deux hommes ont assis mon William sur leurs bras, pour le Porter du lazaret à la voiture des Filicchi. Je lui tenais la main. € gens nous entouraient et répétaient avi i ’overino! Le Cœur me battait à croire que j'allais me trouver Mal, de la crainte que j'avais de le voir mourir. Mais le grand air l’a ravivé, Son esprit était tout remonté. Il s’est SOutenu pendant un trajet de quinze Milles, par une route pénible; et, en arriant, il a paru plus fort qu’au moment du départ. — Mon Père et mon Dieu — c’est là tout ce que pouvait balbutier mon cœur débordant de £ratitude,”
20 décembre,
“ Laissez-moi m'arrêter ici, me demander si je suis en état de Continuer ces Pages avec la même sincérité, la même exactitude scrupuleuse, Engloutie sous ce flot d’affictions qui s’est abattu sur moi d de temps, me sera-t-il possible de me suffoque et de Conserver mon avec son Dieu? Oui, je continuer
n Canapé, harmé q autour de lui.
ances célestes:
nne nuit: mais, à peine avais-je i fa qui me sert de lit, que je l'ai entendu qui m’appelait Pour le soutenir. A Partir de ce moment, les derniers Symptômes, ceux que le
docteur Tutilli m'a dit devoir être les derniers, se sont manifestés.”
leurs licchi.
‘aient » bate que . Son t un arri- Mon itier
21 décembre.
“ Une sorte de langueur s'est emparée de son esprit en même temps que de son corps. Pourtant il a dit qu’il devait sortir, qu’il voulait sortir en voiture. Le docteur Carlelach m'a dit tout bas que rien qu'à l’essayer il pourrait y rester. Mais lui refuser ce qu’il désirait était presque impossible. D'ailleurs, le docteur a dit que rien ne pouvait être pire que de le contrarier. On l’a descendu dans un fauteuil, appuyé sur des coussins que soutenaient mes bras tremblants. Nous sommes partis. O mon Dieu! vous avez bien fait de me soutenir à cette heure... Au bout de cinq minutes, nous avons été forcés de revenir, de le sortir de la voiture et de le porter sur son fauteuil, dans l'escalier et à son lit.”
22 decembre.
“ Jour voilé de sombres nuages, mais calme.”
23 décembre.
“La souffrance a semblé diminuer un peu. Il a voulu encore essayer d’une nouvelle sortie en voiture. J’ai pris avec moi Mme de Tott, la dame qui nous loue la maison. Nous sommes revenus mieux que nous n’étions partis. Il semblait mieux se soutenir. J’ai commencé vraiment à croire que ces sorties lui seraient bonnes...”
24 décembre.
“ Souffrances continuelles. Pour la première fois, il ne peut plus du tout quitter son lit. Il a parlé avec tendresse de ses chers petits enfants; remercié Dieu de lui avoir donné le temps de réfléchir, de l’avoir soutenu par de si grandes consolations goûtées dans sa parole et dans la prière. Il a reposé jusqu’à minuit. grâce à quelques gouttes de laudsnum. Ensuite il s#’...! veillé; s’est éton-
né de voir que j cher amour, les Pensées les plus do sommeil: la nuit de Noël est com
26 décembre.
À peine, si j'ai pu ob- 8 lèvres, I] ne cessait lui pardonner et de le ait toujours que sa porte fût tenue ’ai pas été dérangée d’auprès de lui. Carleton s'était Chargé de tenir Anna éloignée. Je ne Cessais de Jui rappeler les Promesses de Ecriture et les prières que ma mémoire me rappelait, I] n’y avait que cela uniquement qui parût le Soulager, $i je m’arrêtais Un instant pour lui rendre Auelque soin, il me disait: “ Que fais-tu 11? de quoi ai-je besoin? Je n'ai besoin que d'aller au ciel, prie pour mon âme” JIlse sentait si consolé dans la confiance que son Rédempteur le recevrait! Il croyait voir devant Jui sn chère petite Rebecca qui lui souriait.: I a dit à la petite Anna: si ton père Pouvait t’emmener!” A minuit roide est venue, d'étendre de son lit plusieurs reprises: « Viens, viens, SauVons-nous! ” — À quatre heures, la lutte violente à cessé. Seulement quelques faibles sanglots, de longs SOupirs... Quelques mots: « Ma chère femme, mes chers petits! ”.,, et « mon Seigneur Jésus-Christ, ayez pitié de moi, recevez-moi. 7 C’est tout ce que j'ai Pu distinguer. Et encore à Plusieurs reprises: 4 Jésus. Christ!... Jésus-Christ ! »” Et ainsi jusqu’à sept heures et un quart, que sa chère âme a Pris son vol vers la nonvelle et bienheureuse demeure après laquelle ;] Soupirait. “Je lui demandais Souvent, quand déjà il ne pouvait Plus parler: « Tu sais bien, mon cher AMOur, que tu vas vers ton Rédempteur.” Et ïl me répondait: 4 Oni » par
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un faible mouvement et par un regard de paix... A sept heures et un quart, le mardi matin, 27 décembre, son âme a été délivrée; et aussi la mienne a été délivrée d’une angoisse voisine de la mort. — La vraie sœur de mon âme, qui n’a pas été témoin de ce qu’a souffert mon pauvre William, ne comprendra peut-être jamais que j'aie pu prendre dans mes bras ma petite Anna, et l’agenouiller près de ces chers restes, et lui faire rendre grâces avec moi à notre Père céleste d’avoir délivré notre bien-aimé de ses misères... Après, ouvrant la porte, pour faire savoir aux gens de la maison que tout était fini, tous, les serviteurs et la maîtresse de la maison se montrèrent fort en peine de ce qu’il fallait faire, Les voyant tous épouvantés de s’approcher de nous, comme si nous avions eu la fièvre jaune, j'ai fait venir deux femmes, des laveuses qui s'étaient déjà employées pour moi, et ayant
fermé la porte, moi toute seule, avec leur secours, j'ai accompli près de lui le dernier de tous les devoirs; et après, j'ai senti que j'avais fait tout, oui, tout ce que le plus tendre amour et le devoir pouvaient faire.”
A la mort de ceux même qu’on a le plus aimés, il est bien rare qu’on puisse se rendre ce doux et glorieux témoignage. Quand tous les torts, tous les manquements sont devenus à jamais irréparables, les meilleurs d’entre nous savent quels regrets amers s'élèvent dans l’âme.
Noble exception dans l’égoïste humanité, Mme Seton avait été jusqu’au bout de ses forces dans le devoir et dans l'amour. Et les gens de la maison qu’elle habitait, émerveillés de son courage, de son dévouement sans bornes, s’écriaient naïvement: “ Si elle n’était pas une hérétique, elle serait une sainte.”
Le corps de William Seton fut transporté à Livourne et
tous les Américains et les Anglais qui s’y trouvaient assistèrent aux funérailles 1).
La famille Filicehi offrit l’hospitalité à Elisabeth. J'ai dit plus haut que Mme Filippo était une Américaine E). Elle accueillit son infortunée Compatriote comme une Sœur, et Mme Antonio ne se montra ni moins empressée, ni moins sympathique.
Mais les soins délicats dont Mme Seton fut entourée la laissèrent d’abord comme inconsciente, Son âme était dans cet au-delà mystérieux, impénétrable où William venait de disparaître; et, sous le coup de la Séparation, elle ne savait plus que répéter: “ Q Dieu, vous êtes mon Dieu, et me voilà seule, seule avec Vous, mon Dieu, et mes chers petits.” e
“Comme il est difficile, disait Alexandrine de la Férronnays, de s’accoutumer à Penser que l’amour, le bonheur et la jeunesse, l'avenir sur terre, que tout cela est fini, que toutes les espérances, tous leg rêves de félicité terrestre sont à tout jamais anéantis! ”
On le comprenait autour dElisabeth, et pour l’arracher à son accablement les Filicchi lemmenèrent à Florence. Au sortir du lazaret, Mme Seton fut logée dans un palais des Médicis; les Splendeurs de l’art Ini apparurent pour Ja première fois, et le 8 janvier qui était un dimanche, Mme Antonio lui proposa de l'accompagner à la chapelle della Santissima Ann unziata.
Jamais encore Mme Seton n’avait assisté à la messe, jamais elle n’était entrée dans un temple Catholique.
Saisie d’un respect inexprimable, elle tomba à genoux et Sans souci de ce qu’en Pourraient penser ceux qui l’entouraient, elle pleura longtemps, mais avec un avant-goft du ciel,
(1) La tombe de William Magee Seton se voit encore dans l'ancien cimetière protestant, quartier del Casone viâ degli Elisi,
{2} Maria Cowper, de Boston,
On lui fit visiter les jardins, les palais, les musées; et encore qu’elle eût très vif le sentiment de toutes les beautés, rien ne la toucha. “Il m'était impossible, disait-elle, de regarder et de ne pas penser, et chaque pensée était au fond de mon âme comme un sanglot.”
La petite Anna partageait les promenades et les jeux des quatre enfants d’Antonio Filicchi Mais cette vie charmante ne lui faisait pas oublier son père et lorsqu'elle récitait avec sa mère les prières qu'ils avaient coutume de dire ensemble au lazaret, elle pleurait toujours abondamment: “Mon cher papa loue Dieu dans le ciel et je ne devrais pas pleurer, dit-elle un soir, mais je crois que cela est bien naturel, n'est-ce pas, maman? Je pense à cette parole de David: J'irai vers lui, s’il ne peut revenir vers moi.”
Après quelques jours passés à Florence, les hôtes d’Elisabeth la ramenèrent à Livourne: “ Les Filicchi font tout ce qu’ils peuvent pour adoucir ma situation; on dirait qu’ils croient n’en pouvoir jamais assez faire, écrivaitelle à sa famille. Vraiment, depuis que nous avons quitté notre pays, nous n’avons rencontré que bonté, empressement, même de la part des étrangers et des serviteurs. Ici, à Livourne, les souffrances et la mort de mon mari ont inspiré pour nous tant d'intérêt à un grand nombre de personnes, que de tout côté c'est à qui cherche à nous consoler, à nous entourer de soins. Quand je considère ma situation si incertaine maintenant et si dépourvue de ressource au point de vue de ce monde, je ne puis m’empêcher de sourire à leur tendresse et à leur bonté. La petite Anna me dit souvent: “ Maman, que d'amis Dieu avait préparés pour nous dans ce pays étranger! car ils sont pour nous des amis, même avant de nous connaître.” Elle dit vrai; et moi, je dis en mon cœur: quelle consolation Dien m’a préparée, quand il m’a donné une pareille enfant! Je préfère sa conversation à toutes celles que je puis avoir de ce côté-ci du tombeau.”
Filippo et Antonio Filicchi avaient un esprit supérieur; Îls avaient aussi d’admirables vertus. Très riches et encore plus généreux, les deux banquiers faisaient un bien immense. Leur union était parfaite, leur foi humble et vive: et Mesdames Maria et Amabilia, toutes deux catholiques ferventes, faisaient aussi grand honneur à leur religion.
A cette époque douloureuse et solennelle de sa vie, il aurait été bien difficile de mieux entourer, de mieux placer Elisab-th; et dans cet intérieur béni elle vit promptement $’é5pounir beaucou
L’affection des EF
ture extrême, voirs leur faisait espérer ut disposé pour
véritable Eglise.
vait été en rapports avec turellement portée à s’entiques de l'Eglise romaine.
à Antonio Filicchi quelques des religions, il lui répondit itable, Mme Seton dans un grand trouble; tout à coup dans son âme. M. Filicchi, qui s’en aperçut, ne craignit pas de revenir à la charge, “Votre cher William a été le meilleur ami de ma jeunesse, lui dit-il, et vous avez pris sa place dans mon cœur. L'Océan va bientôt nous séparer, mais je veux vous avoir avec moi en paradis, “ Priez, priez,implorez la lumière.”
Mme Seton suivit ce conseil. Elle espérait voir ses doutes se dissiper, elle espérait recouvrer bientôt la paix et, confiante dans l'efficacité de la prière, elle redisait sans se lasser les vers de Pope:
If I am right, thy grace impart, Still in the right to stay ;
If I am wrong, teach, oh ! teach my heart To find the better way.”
Le Christ amoindr' du protestantisme avait tenu en son cœur une grande place; elle avait aimé le Dieu de la crèche, le Dieu du Calvaire: et Celui que son amour allait chercher au plus haut des cieux semblait se plaire à lui faire sentir qu’il n’a pas abandonné ses rachetés. Elle ne pouvait entrer dans une église sans se sentir envahie par une étrange et pieuse émotion, sans éprouver un sentiment extraordinaire de ferveur.
Elle tâchait de ne point trop s'arrêter à ces impressions et travaillait sérieusement, consciencieusement à s'éclairer. Les entretiens avec les Filicchi lui étaient d’un grand secours. Filippo écrivit pour elle une expor:tion de la foi catholique. Il y prouvait que le dogme bien compris de l’autorité et de l’infaillibilité de l’Eglise lève toutes les difficultés.
Que la véritable Eglise doive tirer son origine par une succession continue d’engendrements spirituels de la s0ciété même que fondèrent les apôtres, c’est un point de sens commun. “Il n’y a donc, disait Bossuet, qu’à ramener toutes les sectes séparées à leur origine. Nulle ne pourra remonter sans interruption à Jésus-Christ; le point de la rupture demeure toujours sanglant, et le caractère de nouveauté que toutes les sectes portent sur leur front les rendra toujours reconnaissables.”
Avec la plus entière bonne foi, Elisabeth avait cru longtemps marcher dans la voie la meilleure. Ses convictions religieuses étaient fort ébranlées, et c'était surtout
le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans lEucharistie qui Pattirait vers le catholicisme.
Humainement parlant, il n’y avait plus pour elle que deuil en ce monde; et, dans ga tristesse, elle se prenait Souvent à songer au bonheur de ceux qui croient Jésus- Christ encore présent sur la terre: Ah, disait-elle, je n’imagine pas qu’on puisse avoir quelque peine en ce monde, quand on croit ce que les catholiques croient. Ils sont presque aussi heureux que les anges.”
Un jour, elle s'était rendue avec ses amis à la délicieuse église de Monte-Nero et assistait à la messe qui se disait Pour eux. Au moment de l'élévation, un Anglais qui se trouvait là, s’approcha d'elle et lui dit ironiquement: “Regardez, voilà ce qu’ils appellent leur présence réelle.”
“Mon âme, disait plus tard Elisabeth, se sentit frémir à cette froide interruption. Tout était silence autour de moi, profond silence et adoration: presque tous étaient prosternés. Je me reculai Par un mouvement involontaire, et j’allai m’agenouiller devant l'autel, pensant en secret et avec larmes à ces paroles de saint Paul: J{s ne discernent pas le corps et le sang du Seigneur. Puis il me vint cette pensée: Si ce corps et ce sang n'étaient pas là, réellement présents, comment lPapôtre aurait-il pu dire: Ils mangent et boivent leur Propre condamnation parce qu’ils ne discernent pas le corps et le sang du Seigneur? Il me vint cette autre pensée: Comment sa Puissance a-t-elle pu unir mon âme à mon corps. Comment? et cent autres comment auxquels je ne saurais répondre le premier mot...
Mme Seton désirait Passionnément revoir ses petits enfants dont elle n’avait pas de nouvelles, Le 3 février, elle s’embarqua pour New-York, mais une miséricordieuse disposition de la Providence la ramena presque aussitôt à Livourne.