CHAPITRE XXI
férer ensemble sur une affaire de haute importance pour l'Église des États-Unis. Lorsque M. de Gheverus eut appris de son métropolitain la négociation entamée, lorsque les lettres venues de Rome eurent été mises sous ses yeux, il demeura aussi affligé que surpris. L'arracher de Boston , ce serait sacrifier cette Église naissante. M. Matignon était le seul prêtre qui connaissait le diocèse et qui en était connu. Mais sa vie démissionnaire l'avait usé plus encore que les années. 11 était devenu infirme. Lui offrir de nouvelles charges était impossible. L'évêque de Boston ne pouvait donc songer à abandonner son Église. En même temps qu'il faisait valoir ces considérations, M. de Gheverus indiquait à M. Neale plusieurs Pères Jésuites, l'assurant qu'ils conviendraient beaucoup mieux que lui. Persuadé, d'autre part, que c'était à Rome qu'il convenait d'agir pour détourner plus sûrement la menace qu'il redoutait, il écrivit au saint-père:
« L'Église de Boston est devenue pour moi une épouse bien -aimée, et je n'ai jamais eu la pensée de l'abandonner1... C'est la persua-
1 Sponsa facta est mihi dilecta Ecclesia Bostoniensis, nec illud unquam in mente habui ut illam desererem... — Voir l'original de cette lettre dans la Vie du cardinal de Cheverus.
sion de tous., et c'est aussi la mienne, que la religion catholique souffrirait un grave préjudice de mon déplacement et de la venue d'un nouvel évêque, qui ne connaîtrait pas les esprits et ne serait pas connu. Le diocèse de Baltimore a des prêtres bien plus dignes que moi, — je le dis du fond de mon âme et devant Dieu , — surtout parmi les Pères Jésuites, dont les excellentes qualités, la piété, le zèle, les travaux infatigables, sont au-dessus de tout éloge... Le séminaire de Baltimore offre également des hommes apostoliques, et déjà deux d'entre eux choisis pour l'épiscopat font la gloire de l'Église des États-Unis1... Je supplie donc avec instance qu'on choisisse un plus digne pour la coadjutorerie de Baltimore. »
Après avoir écrit cette lettre, M. de Cheverus s'en revint à Boston, triste et inquiet. Il n'emportait aucune promesse. M. Neale, cependant, faisant abnégation du plus légitime désir, cessa d'insister pour avoir auprès de lui un si précieux auxiliaire. Lui-même, quand son sacrifice eut été fait, écrivit à Rome pour demander, comme coadjuteur, M. Maréchal, un des professeurs du séminaire de Sainte-Marie. Ce choix obtint pleine confirmation. Sitôt que
1 M. Flaget, évêque de Bardstown; et M. du Bourg, évêque de la Louisiane.