CHAPITRE XVÏII
ELIZABETII SETON A Mme JULIA SCOTT
10 juillet 1811.
« Vous êtes inquiète de savoir si je suis encore en vie , ou si je n'ai pas fondu par ces brûlantes chaleurs. J'en conviens, ma très chère, notre New-York a des brises rafraîchissantes qui ne pénètrent jamais jusqu'à notre pays des bois. Mais aussi, ce pays des bois est habité par un hôte divin, après lequel j'ai souvent soupiré quand j'étais dans le New- York. Tout considéré, la balance penche de son côté; et je suis plus active de corps et d'esprit que vous ne pourriez le croire. Il me souvient du docteur Tutilli , de Livourne ; il avait coutume de dire de Mme Filicchi , qui paraissait toujours mourante : « Elle vivra plus longtemps que moi, — remarquez que lui était en parfaite santé, — parce que l'esprit la soutient ! » Et , en effet, lui est parti depuis longtemps, tandis quelle est là , et toujours la même. L'esprit me soutient, moi aussi, bon ou mauvais; mais plus que tout, l'amour de mes pauvres petits. Un seul coup d'œil sur ces chéris qui semblent me dire: Mère, vivez pour nous! agit comme le ressort qui fait tout mouvoir ; et cependant, ce n'est pas encore là le plus grand ressort! »
L'archevêque de Baltimore et les supérieurs ecclésiastiques de la communauté de Saint- Joseph apportaient à l'examen des constitutions qu'ils allaient lui présenter les sages délais qui conviennent à la prudence. Sur plusieurs points , la nécessité s'imposait de modifier les règles données par saint Vincent aux Filles de la Charité. Ces changements, quelque désir qu'on eût de les restreindre, demandaient un travail considérable, dont les principales difficultés naissaient de la situation même des Sœurs, séparées de la maison mère, dépourvues des appuis qu'on eût trouvés en pays catholique, et appelées à exercer leur mission dans un pays protestant, où l'exercice public de la religion qu'elles professaient, naguère encore, était interdit.
L'éducation des jeunes filles nées au sein des familles riches n'était point entrée, on l'a vu , dans le plan général de saint Vincent de Paul, hormis les cas de nécessité. Encore, est-ce à peine s'il en a parlé. Ce silence est facile à expliquer. A l'époque où saint Vincent avait fondé son institut, la France étant largement pourvue des ressources qui convenaient à l'éducation des classes aisées, s'inquiéter d'elles eût été superflu. D'autre part, les libéralités faites aux diverses congrégations des Filles de la Charité leur ayant épargné,