‹ Elizabeth Seton (volume 2)Chapitre 59 sur 225 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le 5, je fus réveillée de très-bonne heure par mon pauvre William, souffrant toujours davantage. Je fis appeler le docteur Tutilli, qui, sitôt qu'il l'eut vu, me dit : « Ce n'est plus moi qui suis nécessaire ici. Il faut que vous fassiez appeler celui qui peut assister son âme. » A ce moment je me sentis comme seule au monde. Mon William me regardait dans une agonie muette; et moi, de même, je le regardais, chacun de nous deux ayant peur d'affaiblir le courage de l'autre. Tout à coup il s'est jeté dans mes bras, et il a dit: « Je rends mon âme près de toi... je meurs. » — Une crise affreuse est survenue, et après, une révolution extraordinaire s'est opérée en lui; tellement que quelques heures plus tard il ne paraissait pa.=3 plus mal que lors de notre arrivée au lazaret... Oh! quelle journée... Je l'ai passée tout entière à côté de son lit, sur ma petite natte. La plus grande partie du temps il est demeuré assoupi. Comme je priais, comme je louais Dieu ! Nul n'est venu troubler ce silence solennel. Ni déjeuner ni diner pour interrompre ce repos... Carleion est venu à la tombée de la nuit; puis notre commandant tout bon, tout empressé à se rendre secourable. Il a été effrayé du calme où il a trouvé William, et désespéré de voir que j'allais rester seule avec lui ; car le docteur lui avait dit que, malgré le soulage-

ment actuel, tout annonçait qu'il pouvait s'éteindre en quelques heures. — Et moi , est-ce que j'aurais voulu avoir quelqu'un avec moi dans sa chambre ? — Oh! non... Je n'avais pas peur... Je fis semblant de me coucher comme pour dormir, afin de ne pas lui faire de la peme. — Prêté l'oreille toute la nuit; tantôt auprès du feu, tantôt couchée; m'imagmant par moments que sa respiration s'arrêtait ; glacée d'effroi, la minute d'après, en écoutant le souffle oppressé de sa poitrine... J'ai été baiser son pauvre visage, pour voir s'il n'était pas froid... J'étais bien seule...! Père indulgent et chéri! et pourtant je n'étais pas seule, tandis que je me tenais si fortement unie à Toi par une prière incessante, et en action de grâces... Prière pour lui. Joie, étonnement, ravissement pour moi, de voir que ce secours sur lequel j'avais toujours compté si tendrement, avec une foi si affermie, une espérance si abandonnée, l'heure de l'épreuve étant venue, me soutenait, me consolait au delà de tout ce que j'avais pu espérer, même concevoir ! Oui, je sentais que mon Dieu me soutenait. Je sentais qu'il me soutiendrait et m'aiderait du milieu de ses épreuves les plus sévères ; en continuant de me donner cette même force , cette confiance , cet abandon , qui, dans une situation telle que la mienne,

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