CHAPITRE XXI
leur horizon avait eu pour limite le collège du Mont- Sainte- Marie et la maison de Saint- Joseph. Là, maintenus, sans efforts, dans la régularité d'une vie studieuse , saine au corps et saine à l'esprit , ils étaient demeurés bons et purs ; tels encore que les dépeignait leur mère alors que le plus jeune des deux avait douze ans; l'aîné, quatorze. « Mes chers garçons, je puis le dire , sans aucune prévention pour eux, sont d'aussi aimables enfants et pour la figure, et pour les manières , et les dispositions , que puisse le désirer le pauvre cœur d'une mère. Richard est toujours mon petit enfant, qui, pour ne jamais s'éloigner de moi, borne ses désirs à vouloir être un fermier. William est l'enfant des espérances et de la crainte. Lisant, l'autre jour, dans un almanach, quelques lignes où il est question d'un mousse qui chante en sifflant sur la vergue du grand mât : « Bravo ! » s'est-il écrié, « et je suis votre homme! » Il parle toujours de parcourir le monde, et en même temps, il se fait la plus haute idée d'être un gentleman à tous égards. Il ne sait pas que; sans argent, gentilhomme n'est qu'un mot. Toutefois , comme ces idées qu'il a font de lui un beau garçon, de belles manières, j'espère que tout cela tournera bien. En fait d'aptitudes, je ne vois ni en l'un ni en l'autre rien d'extraordinaire ; mais je n'en éprouve pas le moindre
regret; car je sais que ces talents si remarquables sont la perte souvent de ceux qui les possèdent'. »
"William atteignait maintenant sa dix -neuvième année. L'heure avait sonné pour lui d'entrer dans la vie active et de se frayer un chemin à travers la société. C'est l'heure que salue l'espérance, en ce printemps où tout semble sourire. C'est l'heure redoutable, plus que l'heure souriante! Mais nul n'en peut parler s'il n'a longtemps vécu. Dès l'aube du jour, le 25 novembre de l'année 1814, WiUiam reçut de sa mère le billet que voici :
(( Mon enfant bien -aimé, c'est aujourd'hui l'anniversaire de votre naissance. Vous connaissez le cœur de votre mère, il a offert ce matin sa précieuse communion pour vous, pour votre éternité. Soyez béni , mille fois béni 1 Passez quelques moments aujourd'hui à l'église, en union avec le cœur de votre mère, et pour vous mettre toujours et toujours entre les mains de Dieu. Faites cela, mon bien chéri. »
Le choix d'une carrière pour William était devenu le tourment d'Elizabelh. Elle avait pu regretter un jour de le trouver insouciant, ir-
1 Lettre de M°'« George Duplex. Juin 1810.