‹ Elizabeth SetonChapitre 91 sur 185 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

savoir quel accueil pourrait rencontrer son arrivée inopinée. L'angoisse où cette obscurité jeta l'âme d'Elizabeth se retrouve encore, toute vive et palpitante, dans deux lettres qu'elle adressa, trois mois après le départ de son fils, l'une à Antonio, l'autre à Filippo Filicchi. Trois mois ! la moitié seulement du temps qu'elle devait passer sans savoir s'il était arrivé près de ses amis.

29 juillet 18 î 5.

« Mon cher Filicchi ,

« Assurément vous ne douterez pas du tendre amour dont votre pauvre petite sœur américaine a été l'objet de la part de notre bon Maître, puisque vous voyez qu'il a permis que mon inspiration d'agir comme j'ai agi ait été si fort approuvée par notre vénérable archevêque, lui qui nous traite comme des enfants bienaimés , et si encouragée , et avec tant d'insistance, par le saint évéque de Boston, de même que par mon révérend supérieur ici ; et entin , j'oserai m'exprimer ainsi, si véritablement mise à exécution par noire Dieu, qui a jeté

mon pauvre William entre vos bras, sans souffrir qu'il prît aucun délai , ni qu'il attendît du temps le moyen de savoir s'il vous convenait de l'accueillir, ou si, au contraire, vous en seriez empêché. Car enfin, bien des raisons pourraient vous empêcher de l'accueillir ; et toutes, par cela seul qu'elles viendraient de vous, seraient pour nous justes et sacrées.

« Ce qui s'est passé là me montre bien que je dois demeurer soumise comme le petit enfant à la divine Providence, et accepter de son adorable main mon petit morceau de pain si sec et dur qu'il soit, destiné pour être ma part. Car, bien que je sente grandir, loin de diminuer, mon orgueil et ma joie de voir que vous, Filicchi, vous avec Antonio, image de la Providence de Dieu, nous avez si longtemps secourus; cependant j'ai extrêmement souffert de la crainte de m'être prévalue de votre bonté au delà de vos intentions, et jusqu'à en abuser.

« Il est une confiance du moins, que j'ai toujours eue, c'est que , quoi qu'il arrive, notre Dieu fera tourner, cette fois encore, toute chose pour notre plus grand bien. Si jamais l'intention de mon cœur s'est dirigée uniquement vers Lui, c'est ici, où je n'ai été poussée que par le désir de trouver un abri pour cette âme si chère, et de préserver mon William des périls qui eussent été, je le crois,

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