ACTE II, SCÈNE VI
UAHLEIGH.
Comment?
YOLLACK.
Je vous en fais ju{;e... car je vous dois bien cette marque «l'attachement; et, après tout, c est une consolation de confier ses peines à un ami.
IIAI'.LEIGH.
Je vous «'Coûte.
( Penilant toute celte scène, Yollack a toujours les yeux fliés sur ceux d'Harleipli. Il lui prend la main, pour suivre ses mouvements et surprendre ses moindres impressions. )
YOLLACK.
Vous savez que, depuis mon veuvage , je me suis remarié ?
HARLEIGU, étonné et cherchant ses souvenirs.
Non... je l'ignorais.
YOLLACK.
Ah! oui... vous étiez ab.sent, et je n'ai pu vous instruire!... Une femme que j'adore... jeune, jolie, spirituelle et sage... oh! cela... je suis sûr de sa vertu (lui serrant la main.) comme de votre amitié! mais cela ne m'empêche pas (d'un air un peu honteux) d'en être jaloux... Je VOUS avoue ma faiblesse.
HARLEIGU, le regardant et prêtant plus d'attention.
Vous aussi , docteur!
YOLLACK.
Oh ! mais... jaloux , à en perdre la tête! car, lorsqu'un fai s'attache aux pas de ma femme avec une telle obstination...
HARLElOn, vivement.
Vous aussi, vous avez remarqué?...
YOLLACK.
Un jeune homme qui la suivait sans cesse, en tous lieux, à toute heure; toujours là, épiant ses démarches, ses reganls... profitant de mes moindres absences... j'étais furieux ! Enfin, un soir... (S'interronipant.) Mais je vous ennuie là de choses qui ne vous intéressent pas.
HARLF.IGII, l'arrêtant.
Si fait! si fait!... continuez, je vous en conjure.
YOLLACK.
Eh bien donc ! un soir, je devais faire un petit voyage pour un malade... Ma femme était aujardin... j'allais montera cheval; mais j'avais des soupçons, et je ne savais comment m'assurcr...
HARLEIGU , enlraint^
Vous avez fait sendilant de partir, et vous vous êtes caché derrière un buisson?
YOLLACK, vivement
Oui! (A part.) Il y était! c'était lui. ( Haut.) Oui, je me suis caché; je l'ai vu près d'elle lui prodiguer les assurances d'un amour qui était repoussé avec horreur, mais qui n'en était pas moins le plus .sanglant affront... Indigne, hors de moi, je le suis... en secret... Je le provoque, je veux me battre.
HARI.EIOH, vivement.
Il ne veut jias?... il refuse?...
YOLI.ACli, ayant l'air de le consulter.
Oui, il refuse, et je ne sais maintenant comment faire...
HARLEIGH, avec force et comme involonlairement. Vous ne savez... On s'attat;he à ses pas, on ne le quitte plus... Ta vie ou la mienne! S'il lie'site, on le frappe, on le perce de coups, et ou le précipite dans les flots.
YOLLACK, jetant un cri qu'il étouffe aussitôt. An ! (Froidement et après un silence.) Eh bien! mon ami, c'est ce que j'ai fait.
HARLEIGH, revenant à lui.
Vous ?
YOLLACK , lentemcut.
Mais, depuis ce moment, plus de repos, plus de sommeil.
HARLEIGH, tressaillant.
Ah ! oui , on ne dort plus !
TOLLACK, le suivant de son reçard.
Je crois voir à chaque instant...
HARLEIGH, avec afjitation et un peu d'égarement.
Ce mouchoir qu'il tenaitàla main... ce mouchoir blanc...
YOLLACK, vivement et le prenant dans ses bras.
Et cependant je n'ai fait qu'user d'un droit légiti'ne, que <léfendre mon honneur! Et puis, ma femme est pure , exempte de reproches !
HARLEIGH, avec force.
ISon, non, elle est coujiable !
Comment ?
HARLEIGH , le regardant et revenant à lui.
Hein? quoi? Ah! pardon, docteur, je pensais à autre chose , et... oui... vous avez raison !... Oui , exempte de reproches et digne de tout l'amour de son mari ! Que vous êtes heureux! vous pouvez encore l'aimer sans rougir !
( Il se cache la figure, s'assied de côté et tombe dans une profonde rêverie.)
YOLLACK , le suivant des yeui.
Harleigh!... ( Après un silence.) Il ne me voit plus! La cure est plus difficile que je ne croyais... l'n homme tué, c'est déjà terrible! une fortune perdue, on peut la rega.jjner... un amour trahi, on en fait naître un autre! mais un homme tué... conunent le représenter, le retrouver?... Et en supposant que, par adresse, par artifice, on parvînt à surmonter cet obstacle, il resterait cette idée fixe, cette pensée qui le domine, qu'il a été trompé!... Et, à côté de cette erreur, comment expliquer ses soins , cet amour pour sa femme?... Je m'y perds... il y a des moments où mon courage est prêt à in'abandonner! (Vivement.) Eh bien! non, je ne céderai pas, je lutterai jusqu'au bout, je lutterai corps à corps avec li s difhcultés... Si la médecine me m;inque, l'auiitié me soutiendra... C'est elle qui m'inspirera les ressources que mon art me refuserait, et je le sauverai ..
sô»
Oui , oui , je te sauverai. ( Mettant la main sur son cœur.) Il y a là quelque chose qui me le dit, et qui ne m'a jamais trompé!