‹ EllenChapitre 12 sur 34 · LA VIE ET LE RÊVE · texte numérisé non relu

LA VIE ET LE RÊVE

La silliuuette des tours ruinées en était devenue comme vaporeuse. ^ C'est de la folie, pensait l'Ani-laise, c'est l'insolation sûre », et elle jj^agnait le premier coin d'ombre avec la certitude d'y trouver EUen.

Personne ! lady Horneby poursuivait son exploration, elle parcourait successivement tous les endroits où la jeune fille aimait s'étendre et rêver, elle ne la trouvait nulle part. Une petite fièvre gagnait lady Morneby, sa démarche devenait saccadée et ses gestes hagards. Jamais l'enceinte du château ne lui avait semblé si vaste, une angoisse Tétreignait. Elle avait peur de crier, et puis, n'y tenant plus, elle se mettait à appeler Ellen, Ellen de toutes ses forces. Elle n'éveillait que l'écho des ruines, rien ne bougeait dans la solitude des agaves et des lentisques, et tout à coup lady Horneby s'arrêtait. Son cauchemar de la nuit la liantait jusqu'à la souffrance, elle revivait son rêve. C'étaient les appels désespérés de sa poursuite vaine après la disparition d'Ellen, et l'Anglaise n'osait plus crier, sa voix lui faisait peur. « Bah ! je deviens folle, Ellen sera rentrée à la maison par un autre sentier », et avide de donner un démenti à ses pressentiments, lady Horneby regagnait la villa.

Elle dévalait à travers les décombres en trébuchant, les jambes coupées d'émotion comme dans son cauchemar.

*( Mademoiselle est rentrée, n'est-ce pas ? — Non, madame 1 — Mais si. » Et la mère s'engouffrait

dans l'escalier. Oh I la pesanteur de ses pauvres jambes et la hauteur des marches ! Elle ouvrait la porte et entrait en coup de vent dans la chambre ; la pièce sommeillait fraîche et calme dans le clairobscur des persiennes closes. Posée au milieu de la table, une grande enveloppe blanche attirait immédiatement ses yeux. EUen y avait écrit ces simples mots : Pour ma mère, et lady Horneby se laissait tomber anéantie sur une chaise. Un tremblement Tavait prise, ses dents s'entrechoquaient de peur, elle n'avait même pas la force de tendre la main vers la lettre. Elle l'atteignait et rouvrait pourtant.

Ma mère chérie, je te demande pardon à genoux de la grande peine que je vais te faille ; je sais que je suis affreusement coupable et que je n'aurais jamais dû faire cela à toi^ surtout à toi qui as déjà tant souffert. Oui, ma conduite est abominable, mais, vois-lu, maman, je ne peux plus, je ne peux plus, je suis lasse, exténuée déjouer la comédie. Le mensonge me tue, je ne vis que dans le mensonge depuis quatre ans; toi, les médecins, Mme Ayrargues, Harry luimême, vous mentez tous autour de moi, moi-même je mens pour que ta peine soit moins grande de me voir tous les jours un peu mourir. Il ij a quatre ans que j'agonise, ma pauvre maman, et je ne veux plus de cette mort lente de toutes les lieures et de toutes les minutes; je sais qu'on ne peut pas me sauver. Moi, je ne suis pas comme toi, je suis jeune, je n'ai pas Vhabitude de la souffrance, je ne peux plus mentir,

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je ne peux plus feindre, j\iime mieux en finir ! On me trouvera au pied du pelil escalier. Adieu el pardonne à ton Kllen!

Un cri de louve blessée mettait debout toute la maison. Mme Ayrargues, Brigitte, Marius et la cuisinière se précipitaient au premier, ils y trouvaient lady Horneby tombée à genoux, efïondrée, contre le lit de sa fille ; elle se tenait là gémissante, cramponnée aux matelas et aux oreillers d'Ellen. La literie avait cédé sous son poids.

c< Dans les ruines, dans les ruines, courez tous, prenez une litière, Ellen, elle s'est tuée, vous la trouverez au... » Un long sanglot secouait la malheureuse femme ; lady Horneby glissait sur ses genoux et s'affaissait évanouie sur le parquet.

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