‹ Eloge de Blaise PascalChapitre 7 sur 7 · NOT F. S. I · texte numérisé non relu

NOT F. S. I

» à (ouïe la nature ; la mer change pour une [ùene. Ainsi » la moindre action importe pour ses suites à tout. Donc

» tout est important De se tromper en croyant vraie la

» Religion chrétienne , il n'y a pas grand'chose à perdre. » Mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse (1) ! »

(m) On a dit qu'un homme qui regarderait comme impossilile de parvenir à la connaissance de ce qui concerne la vie future , peut raisonnablement rester dans le doute. Mais si cet homme est dans le doute et qu'il en convienne , il n'est donc pas assuré qu'il n'y ait pas une vie future ; et alors il est atteint par l'argument de Pascal. Or, quel est celui qui peut affirmer qu'une vie future est impossible .' Où sont ses preuves? Et s'il en a , c'est donc à tort qu'il dit que l'homme n'a aucun moyen d'acquérir quelque connaissance certaine sur ce point: le sophisme est palpable. Adressons-nous au plus déterminé partisan de l'anéantissement , et demandons-lui quel est Je fondement de son opinion : en dernier résultat, nous verrons que tout se réduit à des sentimens personnels , à un système conjectural où rien n'est démontré ; et il ne sera pas difficile de le mettre hors d'état de prouver que le système contraire soit absolument impossible. Bien n'établit mieux la force du raisonnement de Pascal , que les paralogismes embarrassés , et , si je l'ose dire , la puérilité de quelques-unes des raisons qu'on a essayé d'y opposer.

Les commentateurs de Pascal disent qu'il aurait du commencer par prouver « qu'il n'est pas impossible à l'homme » d'arriver à quelque notion certaine touchant la vie future.» 11 a fait mieux que cela : il a fait voir que ceux qui raisonnent ainsi sont précisément ceux qui ne veulent pas écouter le-N preuves de cette connaissance, ou qui font semblant de les chercher, mais qui, bien déterminés à ne jamais les peser sincèrement, n'y cherchent que quelques moyens de se fortifier dans des principes qu'ik St>nt bien résolus de ne jamais abandonner; ceux enfin qui, « dans la négligence où ils font profession d'être , » de chercher la vérité, crient que rien ne la leur montre (2). »

J'ajoute qu'il n'est pas \ 1 ai que Pascal eût du commencer par prouver ce qu'on exige, puisqu'il veut faire voir qu'indépendamment de toute connaissance certaine , en prenant l'homme dans l'état de doute , et en supposant que , sous ce rapport , tout soit égal , si l'on veut , de part et d'autre , entre

(1) Pensées, de Pascal

(2) lbid.

i3o Notes.

l'Athée et le Chrétien , le premier doit alors se décider pour le parti le plus sûr. 11 montre ensuite que l'Athée ayant bien moins de motifs de certitude dans son système , que le Chrétien plein de foi n'en a dans le sien, létat de doute du premier ne peut entrer en parallèle avec la paix de l'ame et la sécurité du dernier ; que l'Athée, à raison de son doute seul , sera un insensé , s'il n'emploie pas tous les moyens qui sont en son pouvoir, pour faire l'étude la plussérieuse et la plus approfondie de tous les argumens qui peuvent exister en laveur de la vie future , afin de dissiper une bonne fois , avec les lumières d'une démonstration sans réplique , jusqu'au moindre nuage de crainte sur les suites affreuses de son opinion , dans le cas ou elle serait fausse. Car ce qui peut arriver de pire au Chrétien , s'il se trompe , n'est , après tout , comme on l'a observé , que le plus grand bien même que l'Athée puisse attendre. Or, Pascal ne demande pas autre chose que cet examen fût avec sincérité.

Que si l'Athée prétend n'avoir pas le moindre doute sur la vérité de son système , nous pourrons le prier de nous exposer les preuves irrécusables qu'il doit posséder , et il n'y aura plus de dispute : au lieu de payer l'argument de Pascal avec des subtilités métaphysiques , il y répondrait bien plus victorieusement par ses preuves , qui termineraient la discussion. A défaut de quoi , il faudra convenir d'une incertitude réelle , et toujours nous retombons dans l'argument de Pascal.

Les auteurs d'une longue dissertation sur cet argument, me paraissent avoir commis une méprise qui échapperait à peine au plus novice écolier de philosophie , et qui sert d'appui à tout le système de leurs raisonnemens : ils ont confondu la simple possibilité métaphysique d'une hypothèse arbitraire , telle qu'on en pose à volonté, par manière de raisonner, avec la probabilité ; c'est-à-dire , avec la possibilité d'un ordre de choses qui , s'il n'est pas démontré par le fait , est du moins assuré véritable par les autorités les plus imposantes , et établi comme tel par une fouie de preuves morales.

Enlin , pour réfuter mieux le raisonnement de Pascal sur la vie future, on a transformé l'auteur des Pensées en un Missionnaire qui s'adresse à un Philosophe Indien ou Chinois , et l'on a prétendu conclure de la controverse établie entre ces deux personnages , que le raisonnement de Pascal ne vaut rien en thèse générale. Mais ce n'est pas pour un lionze ou un Braniine que Pascal a écrit ses Pensées sur la Religion : c'est pour des hommes nés et élevés dans le sein du Christianisme ; il n'a laissé aucune incertitude sur l'objet qu'il s'est proposé. Quand

Notes. i3i

un se permet de déplacer ainsi les questions , et de mettre un auteur dans une situation toute autre que celle qu'il a expn ment choisie Lui-même , il est bien facile de lui ôter , ai l'on veut , jusqu'au sens commun, On n'ignorait pas l'objet de Pascal, puisqu'on est allé jusqu'à lui reprocher de m- raisonner que contre un mauvais Chrétien . au lieu de chercher à convaincre un Mexicain ou un Chinois; c'est-à-dire , qu'on ise d'être conséquent et fidèle à ses vues. Riais n'est-i] pas plaisant qu'un auteur ne soit pas le maître de préférer le sujet qu'il lui plaît de traiter? Qu'y aurait-il à répondre à celui qui blâmerait liossuet de ce que ['Oraison funèbre de Marie-Thérèse à' Autriche ne saurait s'appliquer à L'Impératrice de Maroc ? Vous parlez à des hommes; vous avez tort : que ne vous adressez-vous aux habitans de la Lune ? Pourquoi nos Prédicateurs ne s'embarquent-ils pas tous pour Mexico ou pour Pékin ? Ou bien , aiin de s'épargner un voyage qui pourrait ne pas convenir à chacun d'eux: , pourquoi , au lieu de parler à leurs auditeurs habitués le Langage qu'ils leur croient nécessaire , ne pensent-ils pas qu'il pourrait bien y avoir parmi eux quelque habitant de Surate ou de Quito , et que n'établissentils leurs discours en conséquence .

(n) Les censeurs de Pascal ont cru anéantir sa grande Pensée sur r homme , lorsqu'ils ont dit que l'on pouvait attribuer les vices et les misères humaines aux circonstances extérieures et aux institutions sociales. Mais si L'homme a dégénéré par l'influence de ces causes , il est donc parti d'un état meilleur ; il esl donc eapable de créer Lui-même son infortune et ses travers, qui sont ainsi son propre ouvrage ; il est donc un être plein de faiblesses et sujet à mille erreurs. Or , Pascal n'en demande pas davantage , el c'est précisément là ce qu'il dit lui-même. Les remarques dont ces mêmes critiques ont accompagné les Pensifs de Pascal, n'étant qu'une satire continuelle de i ■■ rtains hommes , de certaines classes d hommes ou de certaines intitulions , ne prouvent pas beaucoup fii là veut de la il i - * n humaine, et n'en donnent pas une bien plus haute Idée que les traits vigoureux dont Pascal B'est servi pour en dépeindre l'ignorance et les incertitudes.

(r) Les commentateurs de Pascal ont cru Lire beaucoup plus avant que lui dans la natun <■; Les destinées de l'homme,

ru'ils*ont regardé cet étal d'agitation dans lequel ii ;

>.i vil-, uon comme le besoin de chercher hors de lui un bonheur qu'il ue peut trouver , et par conséquent coi preuve de sa misère , mais un lalutaire aiguillon

rend L'homme utile à

io2 Note s.

Pascal , que je sache , ne nie nulle part que celte agitation inquiète de l'homme ne tourne souvent au profit commun dans les rapports de l'ordre social ; cela ne prouve autre chose sinon qu'alors l'utilité de la société résulte des travaux et des peines de chacun de ses membres ; et s'ensuit-il moins que l'homme individuel ne poursuive toute sa vie une chimère de félicité qui lui échappe sans cesse ? Et en est-il moins misérable , si ses efforts continuels n'atteignent jamais à leur but ? Quelle preuve plus évidente que sa destination finale s'étend plus loin que cette vie où il ne vit jamais, et qu'il fut créé pour un bonheur plus grand que tout ce qu'il .peut rencontrer

cjouissance sur la terre ? Ajoutons à cela l'amour insatiable le l'homme pour la nouveauté , amour si grand, impatience ^i vive, que ce qu'il y a de plus beau à ses yeux cesse de l'être , si l'impression se prolonge un peu; il lui faut des imperfections pour varier ses jouissances ; il se lasse de tout , puisque le plaisir même le fatigue bientôt et lui fait éprouver de nouveaux besoins.

(p ) il y a une vérité bien désolante pour ceux qui cherchent leur bonheur dans les vains plaisirs du monde : vérité tant de fois et si inutilement rappelée. Nous croyons trouver quelque chose de réel dans les objets que nous poursuivons avec tant de passion : les obtenons-nous? l'illusion cesse, une triste surprise, ou un dégoût plus triste encore survient au milieu de la jouissance, et nous retombons dans un vide insupportable, jusqu'à ce qu'une nouvelle expérience, tout aussi trompeuse, vienne à son tour nous occuper entièrement ; et cette suite d'épreuves, toujours les mêmes , ne désabusera personne.

( q) C'est dans Pascal que la plupart des Orateurs chrétiens ont pris les plus beaux traits dont ils ont enrichi leurs discours, lorsqu'ils ont voulu parler de Y état actuel de l'homme. Voici quelques coups du pinceau de Bossuet,où il est facile de reconnaître le sublime modèle que cet autre grand peintre avait sous les yeux : « O Dieu! qu'est-ce donc que l'homme? est-ce un j) prodige? est-ce un composé monstrueux de choses incompa- » tibles ou bien est-ce une énigme inexplicable! "Non, Messieurs, » nous avons expliqué l'énigme. Ce quil y a de si grand dans j> l'homme est uu.re&te de sa première institution : ce qu'il y » a de si bas et qui paraît si mal assorti avec ses premiers » principes, c'est le malheureux effet de sa chute. 11 ressemble i> à un édifice ruiné, qui, dans ses masures renversées, conserve » encore quelque chose de la beauté et de la grandeur de son » premier plan. Fondé dans son origine sur la connaissance » de Dieu et sur son amour; par sa volonté dépravée, il est

Notes. i 33

» tombé en ruine; le comble s'est abattu sur les murailles, et

» les murailles sur le fondement. Mais qu'on remue ces ruine,,

» on trouvera dans les restes de ce bâtiment renversé, el 1rs

» traces de» fondations , et l'idée du premier dessein , et la

» marque de l'architecte* L'impression de Dieu teste encore en

>» 1 homme si forte, qu'il ne peut la perdre; «.t tout ensemble

» si faible , qu'il ne peut la suivie, etc. »

Sermon pour M.mt de La ï 'allier*.

(r) On a cru tirer du caractère du peuple Juif de puissante! considérations pour renverser la Tradition sacrée et les fondemens de la Religion chrétienne. Mais, loin que l'ignorance et la grossièreté de ce peuple fassent rien contre la vérité des Ecritures , il n'y a pas besoin de meilleures preuves de la divinité des Prophéties et de celle de Jésus-Christ Et en effet, dans quelle source les Prophètes et Jesus-Christ ont ils puisé cette haute sagesse , cette vive lumière, celle profondeur de doctrine qui ont étonné et confondu toute la vaine sagesse du inonde? Si le peuple Juif eût été le plus éclairé de la terre, n'aurait-on pas attribué ces prodigesà une cause toute naturelle? Comment une contradiction si surprenante n'a-t-elle pas ouvert les yeux à l'incrédulité, et ne lui a-t-elle pas fait entrevoix la sagesse des vues divines dans le choix de la plus méprisable des nations, pour conserver la plus sublime des doctrines .'

(«) Un trèâ-grand nombre des Pen.sèes de Pascal ion! des traits de génie d'un éclat et d'une vigueur qui étonnent , et ces traits ne brillent pas moins y.t\v le plus haut degré «le beauté djn> l'expression. On trouve dans ce livre quelques Pensées qui manquent de clarté et qui paraissent couvertes d'un voile impén Itrable ; d'au -.nient de légères larl.es ,' ms h dic-

tion ou dans le cUoix des mots; quelques-unes, visiblement

contraires aux tpinions de l'auteur, n étaient vraisemblablement

que des objections destinées a être combattues, ainsi qu'on l'a lalement soupçonné. Un grand q< mbre si- répètent, avec quelque différence dans les mots, <i d'autres fois à très-peu près dans les mêmes termes* C'est une collection de nofo s . <!e pièces ébauchées, de matériaux mis en réserve, dont quelc uns s,»nl restés bruts; et lection ne d< il être \u

ni dans sa totalité , ni dans les détails, selon les règles naires de la composition littéraire*

Ces considérations n'ont pu prévenir les critiques dont on a accompagné une partie de ce Recueil*

Les censeurs dit Pascal ne l'accordent guères «•;,

loi Notes.

ne voit pas trop ce que peuvent prouver toutes ces opinions contradictoires qui, prises dans leur somme, paraissent s'entre-détruire complètement. L'un veut bien voir dans Pauteur du Traité de la Roulette, un grand Géomètre ; mais les Provinciales si vantées contiennent des fautes de goût et des longueurs : un autre le met au premier rang des anciens et des modernes dans l'art d'écrire; mais il ne le regarde que comme un compilateur des maximes et de la philosophie d'autrui : celui-ci en fait un Théologien très-adroit, et un apologiste habile de la Religion chrétienne ; mais il lui conteste ses découvertes dans les sciences, ou du moins il le chicane, quand il ne peut faire mieux , sur l'importance de ces découvertes : celui-là lui accorde le premier degré parmi les plus ingénieux satiriques ; mais il en fait le plus mauvais raisonneur du monde , et lui suppose à peine le sens commun dans les matières graves. Si, par tous ces jugemens divers, dont quelquesuns sont passablement absurdes, on aspire à établir que Pascal n'a porté la perfection absolue dans aucun de ses ouvrages, on n'aboutira, après tout, qu'à nous rappeler que Pascal fut un homme, et que rien n'est parfait sur la terre ; mais peutêtre toutes ces opinions démontrent-elles mieux que ne sauraient faire tous les raisonnemens , que Pascal est également grand comme savant, comme écrivain et comme philosophe.

Il arrive souvent que pour faire passer un jugement qui est une injustice, on prodigue sur quelque autre point des éloges «xagérés. En agissant ainsi , fût-on même de bonne foi, on se donne l'air de contrefaire l'impartialité. Il semble qu'on veuille acheter à tout prix la faculté de proposer un sentiment que tout le monde ne partage pas. Ce serait se méprendre beaucoup que de calculer de la sorte ; car, en manquant d'équité d'une part, on s'exposerait encore à paraître manquer, de l'autre, de lumière et de goût. Je ne veux point alléguer qu'en pareil cas on ait le dessein d'accorder trop, pour faire conclure qu'au fond l'on n'a rien accordé, selon l'axiome de l'école; car ce serait trop mal étayer un jugement que l'on veut faire passer pouL, vrai, que de l'appuyer d'une opinion donnée pour fausse ; ce serait ruiner sa propre autorité ; mais je dis seulement que la justice et la saine raison n'exagèrent rien, comme elles n'atténuent rien.

On avait élevé, il y a quelques années, contre les Pensées de Pascal , l'accusation grave de larcin audacieux , de plagiat le p.lus évident et le plus manifestement intentionnel ; et cette accusation pouvait paraître d'un poids d'autant plus grand , qu'elle taisait partie d'une brochure spirituelle et remarquable, pleine

Note s. i35

à ailleurs d'observations aussi judicieuses que piquantes. J'avais entrepris de réfuter ce grief avec quelque soin ; mais la noble franchise avec laquelle 1 auteur a reconnu postérieurement son erreur sur ce point, ma fait tomber les armes des mains : touché de ce rare et bel exemple de candeur littéraire, j'ai effacé ma note avec autant de plaisir que j'avais mis de chaieur à l'écrire.

(O On se demande naturellement ici où sont les longues années que Pascal a consacrées à ces immenses recherches et à ces profondes méditations. Si Ton commence par compter la vie entière d'un savant devenu régal des plus grands génies doni s'honorent les sciences, celle d'un écrivain parvenu à donner à sa nation le premier et l'un des plus parfaits modèles de l'art décrire dans sa langue ; si l'on ajoute le temps nécessaire à la composition d'un grand nombre décrits théologiques au^i remarquables parle mérite du raisonnement, que par l'étendue de l'érudition ; si Ton compte ensuite les années de cruelles souffrances qui ont occupé une si grande place dans la vie de Pascal ; si l'on calcule ces heures de douleur qui ont encore rempli une partie de tous les autres jours de son existence, et quon cherche alors ce qui reste: de quel étonnement, de quelle admiration n'est-on pas saisi, lorsqu'on se rappelle que Pascal n'a pas vécu la moitié de la vie naturelle la plus courte! Il est mort à trente-neuf ans!

(il) La piété de Pascal pouvait-elle n'être pas éclairée? « La » piété, a-t-il dit lui-même, est différente de la superstition ; » pousser la piété jusqu'à la superstition, c'est la détruire. » Ceux qui ont qualifié de petitesses certains détails pieux de sa conduite, ont partagé l'erreur de ces gens du monde qui, faute de connaître les sublimes mouvemens qui dirigent une ame chrétienne, ne voient que folie dans les pratiques d'une Religion qui s'esl annoncée en effet elle-même comme un objet de scandale pour la sagesse humaine.

(e) Bn avouant la douceur de Pascal à recevoir les averlisseroens qu'on lui donnait sur ses défauts, on a dit que cette douceur est peu méritoire chez ceux qui ont de petits défauts et de grandes vertus. Singulière méthode de contester un genre de mérite, que de L'attaquer par un autre, et de disputer à un grand homme le prix de ses qualités, en leur opposant d'autres qualités! Triste envie de nuire, qui se trahit par son impuissance ri par rembarrai visible ou elle se met ! Il y a peut-être plus de grandeur dame à recevoir patiemment les reproches sur de lt''^,»M> défauts , que sur de grandes faiblesses ; car on s'attend bien que celles-ci frapperont les yeux de tout le monde*

Mais l'homme supérieur ne s'offense même pas qu'on lui montre quelques taches qui le blessent lui-même. Que s'il vient à s'irriter contre une accusation fausse , ne nous hâtons pas de condamner. ce mouvement, en l'expliquant parles lois crdinairesdu cowr humain :^c!est l'indignation de l'homme de bien contre l'Injustice , non parce que cette injustice le touche, mais parce que cette fois elle lui est démontrée, qu'il ne peut la révoquer en douté , et que son affreuse certitude porte dans cette anie droite et franche une lumière funeste qui dissipe les douces illusions de la confiance. .

(#) A la simplicité d'un enfant et à l'humilité du vrai Chrétien , Pascal réunissait cette élévation d'ame , cette grandeur de sentiment qui inspirent un juste dédain pour toutes les vanités de la vie , et donnent la vraie mesure de la valeur des choses. Au travers de la plus touchante modestie , on voit percer cette noble indépendance d'un esprit éclairé , qu'aucun préjugé ne domine et qui sait tout mettre à sa place.

II. distingue deux sortes de grandeurs dans le monde; les grandeurs naturelles et celles de convention. Celles-ci prennent leur source dans la volonté des hommes, telles sont la noblesse et les rangs; celles-là consistent dans les qualités réelles et indépendantes du caprice et de l'opinion. Aux unes, nous devons les égards extérieurs que commandent les convenances et le bon ordre; aux autres, un respect naturel qui parte de l'ame. « 11 » n'est pas nécessaire , parce que vous êtes Duc , que je vous » estime, disait Pascal à un personnage élevé en dignité; mais » il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes Duc et honnête » homme, je rendrai ce que je dois à l'une et à l'autre de ces

» qualités Si étant Duc et Pair, vous ne vous

» contentiez pas que je me tinsse découvert devant vous, et i) que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous u prierais de me montrer les qualités qui méritent mon estime. » Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne pourrais vous v la refuser sans injustice ; mais si vous ne le faisiez pas , vous « seriez injuste de me la demander, et assurément vous n'y » réussiriez pas , fussiez - vous le plus grand Prince du » monde. »

Je ne me sui^i pas arrêté à peindre avec détail les vertus sociales de Pascal : qui est-ce qui les ignore ? Cette foule de qualités estimables qui lui attiraient la considération universelle , ne sont-elles pas toutes contenues dans l'exercice des vertus chrétiennes , dont elles sont la conséquence naturelle et nécessaire ? Où est l'homme dont le commerce est le plus agréable et le plus sûr, si ce n'est celui qui s'oublie tout en-

Notes. i3j

tier pour ne s'occuper que du bien des autres , et qui , dans toutes ses actions, considère la présence redoutable d'un Dieu qui en est le sévère scrutateur?

( y ) Pascal , dès Page de vingt-quatre ans , se livrant à une étude particulière de la Religion chrétienne et à la méditation des Livres saints , conçut dès-lors le projet de perfectionner sa conduite et de faire une guerre soutenue aux penchans désordonnés de la nature; dessein qu'il suivit avec constance jusqu'à sa mort. Son exemple et ses maximes pleines de justesse et de force contribuèrent à augmenter dans sa famille cet esprit de piété qui y régnait déjà ; il devint même le conseil et le consolateur d'une foule de personnes qui déposaient dans son sein leurs doutes ou leurs tribulations; et ces infortunés, accablés d'afflictions ou troublés par l'inquiétude , ne sortaient jamais d'auprès de lui sans emporter une lumière nouvelle , ou sans avoir découvert une source de paix et de douceur qui leur était demeurée inconnue.

A trente ans , s'étant presqu'entièrement retiré du monde , il consacra plus spécialement tout son temps à approfondir l'Ecriture , et à nourrir son cœur des sentimens qu'elle lui inspirait. C'est dans les cinq années qui suivirent cette époque de sa vie, qu'il entreprit de développer ,en faveur de la Religion , ce grand et nouveau système de preuves , dont il puisait les matériaux dans l'étude de l'homme et dans celle des Livres sacrés. C'est aussi pendant ce temps , et dans les quatre années de souffrances qui terminèrent sa douloureuse vie , qu'il jeta sur le papier , sans ordre et sans suite , ces Pensées immortelles où j'ai taché de découvrir quelqu enchaînement au travers des matériaux si divers dont lui seul était digne de manifester les rapports et l'ensemble.

J'ai parlé ailleurs des souffrances habituelles de Pascal. Sa soeur nous rapporte un exemple de la rare patience avec laquelle il le- supportait Etaxri incommodé Je violens maux de tête et d'une inflammation dans les entrailles, il lui lut ordonne* de se purger tous les deux jours pendant trois mois. Il se détermina '«ans difficulté à ce long et pénible remède ; supplice réi'l et d'autant plus grand pour lui, qu'il ne pouv.nt avaler aucun liquide qui M fiH chaud, et seulement goutte 1 1 1 li* : il l'endura jusqu'au b«»ul ^.»n> jamais se plaindre.

lyanl reconvié un peu «le saut.1, I<s Médecins lui conseillèrent de se livrer dans le monde à quelque dissipation, cl lui interdirent toute espèce de travail. 11 suivit cet avis avec peine, et •M'-ut par e qu'il crut que c'était nu devoir de ne f » «* -

i38 Notes.

négliger sa santé par sa faute ; mais ce ne fut pas pour Ion g- temps. ,

11 avait une sœur religieuse à Port-Royal-des-Champs , qui avait embrassé la vie monastique, par l'influence des discours et de l'exemple de son vertueux frère. Par un retour de cette influence et par les conseils réitérés de cette même sœur , qui lui rendit ceux qu'elle en avait reçus , il conçut à son tour le dessein de se consacrer à une pieuse retraite. 11 prit un autre logement ; il changea totalement sa manière de vivre , et travailla dès-lors à retrancher chaque jour quelque chose de son superflu, à soulager les pauvres, à vaincre tous les mouvemens de la nature, à pratiquer, en un mot, toutes les vertus chrétiennes. 11 mettait en exemple continuel et en préceptes pleins d'onction, envers tous ceux qui rapprochaient, ces maximes de sagesse et de piété profonde qui sont répandues dans le livre de ses Pensées,

Il vécut ainsi pendant cinq ans , s'occupant de son grand ouvrage sur la Religion, et se livrant , sans y prendre garde , à des travaux excessifs qui minaient rapidement les restes d une vie languissante et épuisée. C'est pendant ce temps qu'il écrivit les Provinciales.

A trente-cinq ans , tous ses maux redoublèrent et ne lui laissèrent plus jusqu'à sa mort aucun relâche. Ils commencèrent par un grand mal de dents qui le plongea dans de cruelles insomnies , auxquelles nous devons ses travaux sur la Roulette.

Sa dernière maladie , qui dura deux mois , débuta par un dégoût excessif; ses vives douleurs causaient la plus grande surprise aux Médecins, qui ne lui trouvaient aucun mouvement de lièvre ; mais il n'en sentait pas moins le danger de son état, et il demanda avec instance qu'on lui administrât ious les secours de la Religion. 11 les reçut dans la plus parfaite connaissance et avec la plus fervente dévotion. Un moment après , il retomba dans de violentes convulsions qui durèrent vingt-quatre heures, et au milieu desquelles il expira, le 19 août 1662, à l'âge de trente-neuf ans et deux mois.

Ainsi mourut « cet homme extraordinaire qui reçut de la » nature , dit l'estimable et savant Editeur de ses (Euvres , » tous les dons de l'esprit : Géomètre du premier ordre; Dia- » lecticien profond ; Ecrivain éloquent et sublime. Si on se » rappelle que dans une vie très-courte, accablé de souffrances » presque continuelles , il a inventé la Machine Arithmétique , » les Êlèmens du Calcul des Probabilités , la Méthode pour » résoudre les problèmes de la Roulette ; qu'il a lixé d'une

Notes. i 39

manière irrévocable les opinions encore flottantes des Savans, touchant la pesanteur de l'air; qu il a écrit an «les oarrages lea }>!us parfaits qui existent dans la Langue Française ; que , dans ses Pensées , il y a des morceaux d'une profondeur et dîme éloquence incomparables : on sera porté à croire que, chez aucun peuple, dansaucitD temps, il n'a existé de plus grand génie. »

FlH DES NoTTS DE LA TROISIÈME PARTIE»

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