‹ Eloge de J. E. Goupil,...le 10 février 1865Chapitre 1 sur 2 · ÉLOGE DE J.-E. GO U ML · texte numérisé non relu

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rible pour tous, est si singulièrement cruelle pour ceux qui sont frappés avant l’heure, que l’on ne peut tout d’abord retenir un cri de-douleur, ni arrêter sur ses lèvres une vaine et inutile protestation.

Messieurs, celui dont vous m’âvéz chargé de vous retracer la vie médicale m’était uni par les liens d’une ancienne et solide amitié; je vous suis profondément reconnaissant de m’avoir fourni cette occasion de rendre à la mémoire de mon malheureux ami un juste tribut d’hommages et de regrets.

Jean Ernest Goupil naquit à Paris le 20 janvier 1829. Après avoir reçu de la plus tendre'et de la meilleure des mères une éducation première, excellente à tous égards, il fit, en qualité d’élève externe, de solides études au collège Bourbon, et prit sans retard ses grades , universitaires, baccalauréat ès-lettres, et baccalauréat ès-sciences.

La recherche d’une carrière ne l’arrêta pas un' seul instant, car son choix était fait; il avait, de très bonne hèure, résolu d’embrasser la profession médicale, dans l’èxercrice de laquelle son père s’était acquis dès. longtemps une juste et honorable notoriété. Ges nouvelles études, entreprises avec ardeur, furent couronnées de très rapides succès; reçu externe des hôpitaux de Paris en 1849, il fut nommé interne l’année suivante, au concours de 1850, et c’est h partir de ce moment qu’il fut surtout facile de prévoir les précieuses qualités qu’il devait apporter par la suite dans l’exercice de son art. Doué, à un haut degré, comme son vénérable père, du sentiment de l’honneur et du devoir, Ernest Goupil n’éluda jamais aucune des exigences auxquelles pouvait l’astreindre sa situation nouvelle, et il

fut, pendant le cours de son internat comme il devait l’être dans la pratique civile, d’un dévouement à toute épreuve.

Ces qualités, jointes à la rectitude native de son jugement, le rendaient merveilleusement apte à profiter des enseignements d’un maître illustre et justement vénéréj M. Louis, à l’école duquel il eut l’insigne bonheur de pouvoir se former presque dès son début; il avait compris rapidement qu’une éducation médicale sérieuse ne peut avoir d’autre base que l'observation patiente, consciencieuse et sévère, et il montra plus tard, d’une manière brillante, qu’elle seule pouvait conduire à des résultats solides ea médecine pratique. Suivant les exemples et les préceptes du maître, il passait de longues heures dans les salles d’hôpital, recueillant un grand nombre d'histoires particulières de maladies, et c’est ainsi qu’il parvint rapidement à cette sûreté de diagnostic, à cette expérience remarquablement précoce, qui frappaient tous ceux qui ont pu le suivre au lit du malade. Sans captiver exclusivement son attention, les recherches cadavériques ne furent jamais négligées par lui, et vos Bulletins contiennent de nombreuses preuves du zèle et du soin qu’il leur consacra pendant toute la durée de son internat. Mais, je tiens essentiellement à le rappeler ici, l’anatomie pathologique n’était pas pour lui un but, mais un moyen indispensable pour éclairer et pour contrôler l’observation clinique; toujours il sut se garder de ces entraînements regrettables auxquels ont pu se laisser aller quelques uns, qui oublient le malade pour la maladie, l’homme pour le sujet, et qui délaissent la salle d’hôpital pour les travaux de l’amphithéatre ou du laboratoire.

Le zélé le plus ardent pour les intérêts de la science peut se concilier avec les devoirs envers l’humanité, et notre collègue en donna toujours le plus éclatant exemple. En 1853, il

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était interne à la Charité dans le service des cholériques dirigé par M. Briquet; son dévouement aux malades fut audessus de tout éloge, et la médaille de bronze que lui'décerna le Ministre, fut une bien faible récompense accordée à son zèle et à son humanité.

Dès l’année suivante il publiait, en collaboration avec son affectionné maître, M. Briquet, un Mémoire important sur cette épidémie, dans le Bulletin général de thérapeutique.

A l’époque où Goupil commença son internat (1851), les études microscopiques, si heureusement vulgarisées parmi nous, et si florissantes aujourd’hui, n’étaient cultivées en France que par quelques rares adeptes; comme la plupart de ses contemporains il n’y put être initié d’assez bonne heure; cela fut regrettable assurément; car là netteté et la précision de ses idées,son grand sens pratique, et la sûreté de son jugement eussent été de bien précieuses qualités en semblable matière. Je me hâte d’ajouter que Goupil ne dédaignait en aucune façon le secours du microscope; et plus tard, lorsqu’il remplaça temporairement M. Devergie à l’hôpital Saint-Louis, il se mit courageusement à l’œuvre avec l’aide de ses élèves et de quelques amis dévoués, et voulut se rendre compte, par luimême, de l’utilité des recherches microscopiques appliquées à. la pathologie cutanée.

La dernière année d’internat de notre collègue fut passée presque toute entière à l’hôpital des Enfants-Malades, où le hasard nous avait réunis ; c’est là surtout où je fus à même d’admirer l’exactitude, la conscience, et la haute aptitude qu’il apportait dans l’accomplissement de ses devoirs d’interne, et où je conçus pour lui une estime profonde que les années ne firent qu’augmenter. Attaché à l’un des services ’es plus importants de l’hôpital, il se montra toujours à la

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hauteur des circonstances dans un établissement où l’imprévu joue un si grand rôle, et il sembla réunir dans les soins qu’il prodiguait aux enfants malades tout ce qu’il avait de zèle, d’activité et de cœur.

Peu de temps après la fin de son internat, le 2 février lt5S, Goupil soutint sa thèse inaugurale devant la Faculté. Il avait choisi, pour sujet de sa dissertation, l’anévrysme artériosoveineux spontané de l’aorte et de la veine cave supérieure, affectign dont il avait observé, en 1852, un très remarquable exemple dans le service de M. Louis. Réunissant à ce fâit les observations déjà publiées dans notre pays et à l’étranger, il écrivit, le premier en France sur ce sujet une monographie pleine d’intérêt, dans laquelle on retrouve le soin consciencieux et le sage discernement qu’il apportait en toutes choses. - La réception de Goupil au grade de docteur ne modifia pas sensiblement le cours de son existence, sa tâche en effet n’était pas terminée; il allait commencer les travaux préparatoires du concours des Hôpitaux. La position de médecin d’hôpital, pour laquelle il avait une si remarquable aptitude, était le but unique, mais énergiquement marqué par lui, de son ambition ; aussi se mit-il à l’œuvre, dès les premiers temps dé son doctorat, par la fréquentation assidue des salles d’hôpital, et par un travail opiniâtre et intelligent. Loin de se borner à une étude superficielle, il faisait de chaque question l’objet de recherches approfondies, et rédigeait ensuite, avec une grande méthode, des notes, substantielles et complètes, qui pourraient servir de modèle à ceux qui s’engagent dans la même voie. Ajoutez à cela qu’il était absolument libre de ces énervantes et importunes préoccupations de la vie matérielle, qui assaillent si souvent le jeune praticien à ses débuts, qu’il put, par conséquent, se livrer tout entier au travail, et vous

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aurez trouvé la cause réelle du rapide succès qui üt arriver Goupil, presque d’emblée, au but convoité, à l’âge de 28 ans, deux ans à peine après sa réception au grade de docteur. Sans doute, encore, la voie lui fut moins rude qu’à bien d’autres, grâce,à l’appui du nom paternel, grâce à l’estime et à l’affection que lui avaient vouées tous ses maîtres; mais ceuxlà seuls qui ne l’avaient pas approché, et tjui ignoraient les détails de sa laborieuse existence purent se méprendre, et s’étonner d’un succès qui fut légitimement mérité, et vaillamment conquis.

Préparé comme il l'était, et favorisé d’ailleurs par ses premiers succès. Goupil aurait pu, avec des chances certaines de réussite, prendre part aux concours de l’agrégation en médecine; mais il avait compris avec son grand sens pratique qu’il ne trouverait, à prolonger sa situation militante, aucun avantage qui fût de nature à faciliter ses études et ses travaux de prédilection. En effet, l’exercice consciencieux des fonctions de médecin d’hôpital; les devoirs de la pratique civile, tels qu’il les remplissait et l’observation clinique, faite comme il l’entendait, ne peuvent guère se concilier avec d’autres exigences, et suffisent à remplir complètement une existence médicale. En outre, il aimait ouvertement une certaine indépendance de situation, et pensait d’ailleurs, avec raison, que l’homme judicieux doit régler sévèrement le développement de sa carrière sur la notion précise de ses aptitudes dominantes.

Il me reste à vous parler, Messieurs, de la dernière partie de la vie scientifique de notre collègue et, des publications importantes par lesquelles il avait déjà marqué sa place parmi les maîtres de notre art. Goupil avait été passer les derniers mois de son internat à l’hôpital de Lour.cine dans le service d’un maître éminent, M. Bernutz, qui ne tarda pas à l’apprécier

à sa véritable valeur, et fit bientôt de l’élève un ami et un collaborateur; c’est à son école qu’il commença l’étude de la gynécologie, dans laquelle il devait parcourir une carrière si brillante, et si malheureusement interrompue bien avant l’heure. Pendant deux années consécutives, le maître et l’élève s’enfermèrent littéralement à l’hôpital de Loùrcine, passant de longues heures dans les salles et à l’amphithéâtre, et recueillant ensemble les matériaux de l’œuvre considérable qui parut en 1860 et 1862, sous le titre de Clinique médicale sur les maladies des 'femmes.

Plusieurs années auparavant, en 1857, le maître et l’élève avaient publié ensemble, dans les Archives générales de médecine. un Mémoire étendu sur les affections alors désignées sous le nom de phlegmons péri-utérins, dans lequel il était démontré que ces prétendus phlegmons n’étaient autres que des pefw'-péritonites, toujours symptomatiques de la phlegmasie des ovaires et des trompes. La monographie de 1862 confirme de tous points les assertions émises au début, assertions qui, d’ailleurs, sont devenues des vérités universellement adoptées.

Dans la remarquable préface qui est en tête du premier volume de cet ouvrage, M. Bernutz a pris soin d’indiquer luimême, avec une précision qui fait honneur à sa loyauté scientifique bien connue, la part considérable qui revient à son collaborateur dans l’œuvre commune. La partie consacrée aux déviations utérines est entièrement l’œuvre de Goupil, et les propositions qu’il a émises sur les divers points de cette question si importante et si controversée peuvent être considérées comme définitives. Il ne s’est pas borné, en effet, comme on l’avait fait avant lui à constater l’état de l’utérus dans les cas où. quelque manifestation douloureuse attirait, de ce côté, l’at-

tention du médecin; mais il a pratiqué un grand nombre-d’examens minutieux chez des sujets qui étaient entrés à l’hôpital pour des affections ayant leur siège ailleurs. C’est ainsi qu’il a pu, avec une précision et une rigueur que saurait seule fournir l’observation, définir la situation et la forme physiologiques de l’organe, établir l’innocuité des déviations dont on avait exagéré l’importance au point de diriger contre elles des opérations dangereuses et, en définitive rapporter à leur véritable cause tous les troubles morbides jusqu’alors rattachés à un vice de situation.

A lui appartient encore en propre le Mémoire sur les hémorrhagies intra-pelviennes, symptômatiques des grossesses extrautérines, accidents d’une effroyable gravité, et malheureusement assez fréquents pour qu’il ait pu baser son travail sur l’analyse de quarante-deux observations recueillies avec toute la sévérité que vous lui connaissiez en semblable matière. Lisez la partie consacrée aux indications thérapeutiques et vous verrez avec quelle autorité, montrant les résultats déplorables d’une intervention chirurgicale active, il indique au praticien la seule voie qu’il doive suivre.

Quant à l’œuvre considérée dans son ensemble, elle se compose, vous le savez, Messieurs, d’une série de monographies dans lesquelles les auteurs ont accumulé les observations longues et détaillées, les réflexions pratiques, et les indications bibliographiques les plus précises et les plus multipliées. Ils ont ainsi, quittant la voie décevante suivie jusqu’alors, montré que tout était à refaire sur ce point comme sur tant d’autres; ils ont inauguré une ère nouvelle dans l’étude de la gynécologie, substituant partout le fait à l’hypothèse, l’observation précise aux idées préconçues, et faisant rentrer dans le domaine de la médecine générale des affec*

tions qui, comme beaucoup d’autres, gagneraient infiniment à ne pas être soustraites à l’examen et à la compétence communes, sous prétexte de spécialité.

Je viens de vous rappeler, Messieurs, après vous avoir montré les qualités de l’homme et du médecin, quelques unes des œuvres les plus importantes par lesquelles Ernest Goupil avait déjà conquis une place si honorable dans notre science et dans notre art ; il me suffira d’ajouter qu’il n’avait que trente-cinq ans quand la mort l’a surpris, pour vous faire comprendre toute l’étendue de la perte que nous avons faite.

Puisse cet hommage solennel et public rendu par vous à la mémoire d’Ernest Goupil, puisse l’expression de notre sympathie et de nos regrets, alléger, ne fût-ce que pour quelques instants, la douleur de son vénérable père, et apporter quelques consolations à la digne compagne qu’il avait choisie, et à toute une famille si cruel- . lement éprouvée.

Lisle de.% publications d’Ernest fïoupil.

Bulletins de la société anatomique. T. xxvi,p. 42, diverticulum de la vessie. — T. xxvii, p. 99, exemple remarquable de double invagination de l’intestin grêle; p. 100, lésion tuberculiforme du rein; p. 185, atrophie hépatique; p. 121, paraplégie liée à un kyste acéphalocystique situé dans la région lombaire du canal rachidien; p. 470, cancer de la glande thyroïde avec propagation aux veines de l’organe. — T. xxvm, p.

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