[Eloge de L.Th. Hélie], allocution prononcée à la séance de la Société de médecine le 4 octobre 1867
Lorsqu’au commencement de cette année vous m’avez appelé à l’honneur de diriger vos séances, tout entier à l’accomplissement de la mission que votre indulgente amitiéOne confiait, j’étais loin de pressentir le douloureux devoir que je viens accomplir aujourd’hui.
La mort de M. Hélie a été pour moi comme un coup de foudre, et, à peine réussissais-je à vaincre ma première douleur et à me recueillir assez pour réunir quelques notes dignes de vous être présentées, qu’un nouveau deuil venait m’atteindre dans une de mes affections les plus chères...
Après avoir éprouvé bien des fois comme élève, je m’en souviens toujours avec reconnaissance, l’extrême bonté de celui dont la mort nous a tant attristés, j’étais appelé à apprécier depuis plus de six ans, comme son collègue, tout le prix de sa
droite et douce nature, de son esprit fin et bienveillant, de son cœur aimant et généreux.
Mes fonctions de secrétaire de l'école me mettaient en relations journalières avec lui, et dans les épanchements de cette âme foncièrement honnête, qui avait conservé toute la fraîcheur native de la jeunesse et même quelques ineffables naïvetés du premier âge, j’ai puisé souvent de solides enseignements, j’ai goûté toujours un charme infini.
Dans le commerce de ce savant accompli, de cet homme vertueux, l’esprit et le cœur trouvaient ample et facile profit.
Le bien a lui aussi sa précieuse contagion !
Sur la tombe de notre éminent confrère, d’éloquents interprètes vous ont déjà énuméré ses vertus et rappelé les services nombreux que M. Louis-Théodore Hélie a rendus à la science et à l’humanité.
Au nom de la cité, au nom de l’école de médecine et de l’administration des hôpitaux, au nom de l’association de secours mutuels des médecins de France et de la société académique de la Loire-Inférieure, on vous a dit la sûreté de ses relations, l’aménité et la droiture de son caractère, la sagesse de ses conseils, la solidité de son jugement, l’étendue et la variété de son instruction , sa modestie si complète que lui seul semblait ignorer son mérite, son dévouement à tous ses devoirs, son abnégation personnelle, sa patience inaltérable, auprès des malades, sa charité pour les pauvres, sa pitié pour toutes les douleurs.
Plus tard, lorsque l’école de médecine, remise de l’acuité de sa première douleur, chargera un de ses professeurs de prononcer l’éloge public de notre regretté Directeur, l’orateur pourra donner la mesure de la perte immense que nous avons faite, en énumérant les préparations anatomiques si nombreuses et si parfaites déposées dans nos collections par M. Hélie, par cet habile et patient travailleur qui ne se reposa jamais, par
cet excellent maître qui dirigea pendant plus de trente ans les études anatomiques avec autant d’autorité que de talent, et à qui l’on doit certainement rapporter une grande partie des succès que les élèves de l’école de Nantes remportent chaque année, depuis longtemps, dans les concours de la Faculté et des hôpitaux de Paris.
J’ai pensé. Messieurs et chers Confrères, que le rôle de votre Président était surtout de vous rappeler les travaux que M. Hélie a publiés dans vos annales, travaux qui résument pour ainsi dire sa carrière scientifique ; et, dans les courts loisirs que m’ont laissés les occupations et les tristesses qui m’ont accablé depuis dix jours, j’ai commencé à esquisser une analyse des seize mémoires dont notre bien aimé collègue a enrichi notre journal.
Cette esquisse, j’ai le regret de l’avouer, est encore beaucoup trop incomplète pour que je puisse vous la communiquer, et, regardant comme une obligation sacrée de faire tous mes efforts pour que le portrait soit autant que possible ® digne du modèle, je vous demande la permission de remettre cette lecture à une de nos prochaines réunions.
Mais j'ai cru qu’un homme de la valeur de notre savant maître, que le vieux confrère que vous entouriez tous de votre affection, ne pouvait disparaître de notre famille médicale, sans qu’au sein de votre société, et dès votre première réunion , celui à qui vous avez bien voulu confier vos intérêts n’élevât la voix pour exprimer en votre nom les regrets amers, les sentiments de profonde douleur que la mort foudroyante du bon M. Hélie a répandus parmi vous.