‹ Eloge du Rév. M. Z. Charest, curé de St. Roch de Québec [microforme]Chapitre 11 sur 15 · ANT · texte numérisé non relu

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une profonde blessure à l'âme du curé, qui avait assisté cet enfant à ses premiers pas dans la vie avec un amour inquiet et puissant.

Le rév. curé Charest dont le champ de travail se trouvait ainsi borné à sa paroisse de St. Roch, continua avec une énergie nouvelle à développer et à fortifier les institutions qu'il avait fondées, ne sortant de l’administration de l'Eglise que pour se rendre à l’école et au couvent,—et en surveiller les progrès.

Ce fut sa grande consolation.

On a dit de lui qu’il n’avait jamais rofusé l’aumône à un pauvre.

Nous ajouterons qu'il n'attendait pas le pauvre à son presbytère, ou dans la sacristie, mais qu’il le cherchait en tous lieux pour le consoler. Les anecdotes abondent sur ses actes de charité, sur sa prodigalité pour les pauvres, qui faisait dire à quelqu'un de son entourage :

# En tout autre lieu qu'ici, et sous un vêtement laîque, la conduite de M. le Curs le ferait frapper d'interdiction ! ”

En comparant le peu de biens qu'il a laissfs avec les revenus considérables

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qu'il a retiré de sa cure durant 30 ans, le calcul approximatif de la valeur de ses dons pour la construction d’Eglise, de couvents et de maisons d'école, ainsi que pour les pauvres, présenterait au moins, une somme de $%100,000, (cent mille piastres.)

Et lorsque quelque personne lui représentait qu’à ce jeu il se ruinait, qu’il pourrait devenir malade et manquer de soin, il riait bien fort et répondait :

Quand je serai devenu impotené eb qu'on me mettra à la porte de mon presbytère, j'ai une demeure toute prête pour me recevoir, j'ai le cœur de mon peuple ; j'y ferai mon lit de malade et j'y mourrai, au battement de son amour pour moi, car il m'aime. Je l'aime bien aussi !.....”

Nous n'avons pas besoin de dire qu’il est mort pauvre.

Mais les jours suprèmes et toujours prévus arrivaient. Son grand travail de quarante ans commençait à peser sur ses épaules qui ployaient, sans qu'il le dit et qu'il voulut le croire.

Dans Octobre, 1875, il tomba, à son poste, un jour. Rendu à sa chambre, il

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sentit ses pieds ét ses jambes, comme morts. Il ne pouvait en croire ses yeux.

Allaitil succomber sitôt, quand il avait une cure immense à administrer, quand il avait encore dans la tête des projets à exécuter, des rêves de bienêtre pour ses concitoyens. Ilfit tant de ses pieds et de ses mains qu'il se releva et se remit au travail, guéri à ce qu'il croyait, Il se remit au travail, visitant les Frères, allant au couvent, jetant, comme un furieux, son argent parmi les pauvres et recommençant tous les jours son grand et sublime devoir jusqu'au mercredi des cendres suivant.

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Au matin de ce jour ii se sentit mal, mais il avait l'habitude de toujours chanter la messe des cendres, il ne cédait à personne de ses vicaires ce droit. Le jour des cendres était le jour de l'humilité, de la pioclamation solennelle de notre impuissance, de notre infinie petitesse, une pincée de cendres. Qui mieux que lui, qui plus sincèrement que ce modeste et cet humble pouvait parler du néant de nos vanités ?

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11 dut se satisfaire, mais au retour, du sanctuaire, il sentit une faiblesse léthargicre aux extrémités, des douleurs

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vives à l'épine dorsale, ilse vit malade et le crut sérieusement.

Quelquefois, en marchant, une suibre rapide se projette sur notre hate, c'est l'aile d’un grand oiseau de proie qui passe au-dessus de nous.

C'est ainsi que, souvent, dans la vie, lorsqu'on se croit fort—sans la voir approcher—une ombre passe sur vous et vous ferme la lumière, c’est le grand aile de la mort.

Cette ombre couvrit un instant le Rév. curé. Son esprit en fut frappé, mais se tut. Il était de la race de ceux qui meurent debout et simplement. Qu'avait-il à craindre de la mort ? N’avait-il pas déjà vu la face du Seigneur dans la pleine lumière du sanctuaire. Ne lui avait-il pas parlé intérieurement, ? L'avait-il jamais outragé en paroles, en œuvres? Avait-il soustrait son épaule au fardeau du devoir, ses lèvres, du vase de fiel ?

Depuis ce Jour des Cendres dernier, il est descendu peu à peu dans la mort et il y a disparu tout entier, le 7 décembre,

au soir.

Il a été enterré dans l’église de St, Roch, le 12 décembre, le même jour qu'il y était entré en 1836, comme vicaire.

Son corps repose en paix, sous les

dalles de cette église qu’il avait élevée, son souvenir n'en sera que plus vivant

dans la mémoire des fidèles qui visitent les saints lieux.

Il nous reste un souhait à exprimer en terminant ces lignes écrites sous l’im pression d’un sentiment de vénération pour lo sand caractère de ce prêtre qui fut notre, ami, dans la bonne, comme dans la mauvaise fortune.

Les peuples qui aiment leur patrie doivent entretenir dans leur âme le grand amour des choses qui l’élèvent et la fortifient. Il est de leur devoir d’honorer les hommes qui ont été, durant leur vie, la plus pure expression du dévouement et de la charité et qui ont rendu de grands services publics. Perpétuer et multiplier ieur souvenir parmi les multitudes, c’est prouver qu'on apprécie leurs actes et qu'on est prêt À les imiter.

Les pays qui comprennent la force que donne au peuple l’exemple des grandes vertus ont adopté pour coutume d'élever sur les places publiques, et bien en vue, des monuments à la mémoire de ceux qui s’en sont rendus dignes. Les foules

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passent devant la statue qui réprésentent

es traits aimés d’un bienfaiteur ; les souvenirs qu’elle évoque sont une leçon de tous les jours. 1lest rare que le rayon qui brille sur ce monument ne communique pas un peu de sa chaleur au cœur qui passe.

La paroisse de St. Roch doit agir dans cet esprit.

S'il est un homme dont le souvenir soit digne d’être évoqué à chaque instant et puisse offrir de hauts exemples de vertus et de devouement, c’est bien le souvenir de ce bienfaiteur qui, en développant l'éducation parmi nous, à compris que c'était la plus grande force de la nationalité Canadienne.

S'il est un homme digne d'une statue élevée à sa mémoire sur une place publique par ses concitoyens reconnaissants, c'est bien cet apôtre qui eut tous les patriotisnibs et toutes les charités.

Ce n’est pas d'une vaniteuse célébrité dont nous parlons de l’entourer. Qu'a-t-il besoin de nos auréoles autour de sen front dans la grande lumière où il marche maintenant?

Sa statue ravivant le souvenir de ses vertus, servirait d'exemple. C'est le livre le plus instructif qu’un peuple puisse

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lire que ces livres de bronze ou de pierre, ouverts à tous les yeux dans les jours de lumière ou de tempête.

P. G. Hvor.

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