‹ Eloge du Rév. M. Z. Charest, curé de St. Roch de Québec [microforme]Chapitre 6 sur 15 · SC, 1" US · texte numérisé non relu

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L'esprit d’insurrection politique s'élevait, L’argument constitutionnel avait cédé à l’argumentation du plus fort, —la bataille, —qui décide à l’aveugle et frappe de même.

À Montréal et dans les campagnes environnantes, des esprits exaltés, échauffés au foyer des clubs révolutionnaires et des sociétés secrètes, avaient rompu l'agitation paisible qui circulait dans le corps national et produit une division funeste entre les Canadiens.

La justice, il est vrai, était lente à venir ; elle est souvent lente à se faire, mais Dieu la dispense sûrement, à l’heure méritée, sans holocauste et sans funeste immolation aux individus comme aux peuples patients et croyants.

Les exaltés de tout âge, vieux et jeunes, et, souvent, ces derniers ne sont pas les pires,—préfèrent l’émeute à la pai tience qui leur semble une trahison ; ils n'apprennent rien de la vie et croient toujours que le désordre armé est un moyen vainqueur. Sans souci des villages en flamme, éclairant d’une sinistre lueur les familles en fuite, sans pitié pour les victimes généreuses, la proie de l'exil

et de l’échafaud, funèbre appendice au poteau des nr ces exaltés ne

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considèrent et ne prévoient rien ; ils excitent les imaginations et précipitent, les catastrophes.

C’est l’éternelle histoire !

De Montréal, le torrent révolutionnaire avait vite trouvè sa pente vers Québec, c’est un torrent qui charrie violemment ses ondes ot ses boues. À quel endroit pouvait-il plus rapidement arriver, sinon à St. Roch, une surface plane, dominée

par un cap. Les volcans, d’ordinaires,

flambent aux cimes des monts: St. Roch est un volcan dans la plaine.

La grande partie des citoyens de ce faubourg St. Roch, témoins depuis longtemps des débats parlementaires, avaient eu tout le temps de se passionner et de réclamer, assez régulièrement, l'égalité des droits politiques comme sujets de l'empire.

Une parole pouvait changer cette pas-

sion généreuse en fureur chez cette population au cœur chaud, pétrie de générosité et de vaillance.

Cette parole qui était une torche enflanamée fut prononcée et l’organisation révolutionnaire commença par les sociétés secrètes et les complots. L'air était plein de menaces et de mystères.

rien ; ils récipitent,

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Le clergé s’émut de ces complots et de ces sociétés secrètes, ventes ouvertes aux

À espions qui chargeaient leurs listes du © nom de ces pâles conjurés, et dévoilaient

à l’autorité dans la nuit les conspirations

| du soir.

Obéissant aux ordres de l’autorité épiscopale, les prêtres du presbytère de St.

Roch commencèrent la prédication contre ces préparatifs de l’émeute. et cherchèrent loyalement à paralyser le mouvement qu'ils croyaient fort reloutable,

© mais qui manquait d'un chef et d'argent,

choses qui ne s'improvisent pas et sans lesquelles Les ban:les sont frappfes d’impuissance. |

Le clergi faisait son devoir. Le prêtre n'a pas de cotnplicits à donner à l'émeute, il a une passion, celle de la paix, un devoir, celui de l'obéissance,

Des citoyens, exaltis par les orateurs de sociétés secrètes, proférèrent des menaces contre les curés et vicuires de St.

Roch. Les choses en vinrent à ce point que des citoyens z'lés durent s'organiser pour repousser toutes tentatives d'agression contre leurs pasteurs,

C’est au milieu de ces événements et

— 22 — à des rancunes violentes auxquelles ces représentants de l’ordre avaient été exposis, que s'écoulèrent les années de vicariat du Rév. M. Charest, | Le Rév. M. Têtu dont la. santé était

nion, offrit alors sa démission qui fut acceptée.

| placer, devint ainsi curé de St. Roch, en | | 1839,

son acceptation, ne put s AREA EeE de lui dire :

‘ Après cette expérience que vous avez

craignez vous pas d’avoir à vous repentir du terrible fardeau dont vous chargez | vos épaules. Personnellement, j'en suis !

heureux, mais mes sympathies me por-

être et à votre repos. ’?

souriant :

“Je vous remercie de votre amitié, mais je vais bien vous étonner; si mon

d'accepter cette cure, je l’aurais supplis de me l'accorder. Je vais vous paraître

affaiblie et dont l'esprit avait eu peine à M; supporter cette effervescence de l'opi-

Le Rév. M. Charest, appelé à le rem- 1 ‘

Un ami auquel il fit de suite part de É

acquise du c&ractère de la population, ne À

tent avant tout à penser à votre bien #

Le Rév. M. Charest lui répondit, en

Evêque ne m'avait pas spontanément prié 1

quelles ces nt été expoées de vica-

létrange, peut-être, mais j'aime ces vaillants ouvriers de St. ‘Roch, dont la tête est si près du bonnet ; j'aime les gens pas- , : Æsionnés, pour tout dire, comme ils le sans Ftait 4 sont en partie, mais je mêlerai à leur passd Peine 4 sion un peu de ma patience qui, malde l’opi- M heureusement n’est pas bien considé- Qui fut M sable, et cette chimie produira un com: posé qui ferz merveille La passion ne va pas sans le cœur, c’est-à-dire la générosité et le dévouement, et c'est ce qu'il faut à mes projets dont je vous entretiendrai quelque jour. ??

Dieu le veuille, fit l’ami ! ” Dieu l’a voulu !

à le rem.

. Roch, en |

Le part de 4 pêcher de |

vous avez à | lation, ne MR s repentir | none L'homme devenu Prêtre monte, de | suite, à la puissance. C'est une tradition 19 por qui dure depuis dix-huit siècles. Il passe

ak; bien Æ au milieu de nous, comme une lumière douce qui n'aveugle pas, qui éclaire et console. On croit voir descendre sur son front, en tous lieux qu'il aille, l'ombre du sanctuaire. On sent qu'il est chargé de la vérité moraie, de la justice et surtout de la charité, et que ces choses saintes dont il est le dépositaire et l’interprête ont passé par le Calvaire qui leur a im-

ndit, en F k

amitié, si mon ent prié supplié paraître

[pl primé sa marque, une croix. C'est l'eint | du Seigneur. Il est l’homme de toutes les heures et surtout des trois grandes époques de la vie humaïne, Il baptise l’enfant au nom du Maître ; adulte, il le bénit dans le mariage; vieillard, il l'absout au seuil de la tombe. Il n’a pas de patrie, il n'a pas de demeure ; il ne fonde pas de maison ni de famille, il est isolé et solitaire au milieu des maltitudes. Sa patrie est le ciel, sa famille est l'humanits. Il est ici aujourd'hui, il sera là-bas demain, il va partout jetant dans les âmes, comme le semeur dans les champs, les grandes vérités morales, le grain de l'im- # mortalité. 11 s'échappe de tout son être, M ! comme des prairies en juillet, une essence ! parfumée et douce, qui est la paix, le grand bien vers lequel toute âme se tourne ei aspire à monter.

En vérité, cette puissance du prêtre est une force qui peut servir et sert aussi dans les choses sociales, selon Île caractère de celui qu'en est revêtu 66 qui diffère souvent.

Il est dans le clergé, des prêtres, qui fidèles à leur nature, passent leur vie

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à | l'âme au ciel, dans une extatique contem- © plation des hotes infinies. Ils trouvent

ce Mi

dans l'accemplissement régulier de‘leur mission, ce qui est déjà un travail inou’, pourne pas dire un supplice. Ils’ s’en vont vers Dieu, comme des êtres mystiques, marchant, les pieds à la terre,

leur force dans la prière. Ils s’absorbent en Dieu. |

D'autres, taillés dans un moule plus large, cœurs d’athlète, pleins des grandes passions de la terre, du combat et du triomphe, le tout ennobli et purifié par une piété souveraine, deviennent les tribuns fulgurants des grandes causes, les lutteurs persévérants et indomptables de la tempérance, de l'éducation, de la colonisation, du pre-.

grès dans sa voie saine et sanctionnée par la morale.

Le Révd. M. Mailloux qui fut autrefois curé de St. Roch, le prédicateur de la tempérance fut l’un de ces derniers. Sa Grâce l’Archevêque de Québec, Fun des fondateurs de l’Université-Laval, l'institution souveraine, en est aussi. Mgr Racine, de Sherbrooke, est un autre apôtre de ce groupe militant. M. le curé Labelle forme aussi partie de cette catégorie, ear ne se contentant pas d'être un

capes

des plus profonds théologiens de ce pays, un admirable prêtre, il sait donner une large part de son temps et de son cœur à la construction des chemins de fer, l’une des applications les plus chtétiennes de la science, qui, elle-même, est une des grandes servantes de la vérité.

M. le curé Tremblay, de Beauport, est un autre de ces prêtres, qui a cru nécessaire de dépenser le surplus de sa mâle énergie, de sa grande intelligence au bien être de la patrie commune, en favorisant la colonisation, par des travaux surhumains.

Dans cette liste courte et imparfaite des prêtres que notre pays vénère pour leurs œuvres, le nom du Révérend curé Charest est inscrit d'une manière brillante,

Tous ces prêtres admirables de foi et de dévouement, furent des hommes d'action; ils furent des créateurs et des fondateurs.

Certes en remontäant dans l'histoire, nous trouvons des hoïnmes bien doués et bien méritants qui, par leur énergie et leurs talents, ont contribué à établir des lois d'égalité èt de justice dans le gouvernement de ce pays, mais ces hommes ont obtenu plus ou moins, la récompense

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de leurs œuvres dans les biens et les jouissances de ce monde.

Le prêtre, lui, n’a de rémunération pour ses œuvres que dans le sentiment du devoir accompli et fait remonter le mérite de ses sacrifices à Dieu, qui est le maître de sa destinée.

En prenant possession de la cure de St. Roch, M. Charest connaissait le caractère du peuple, et avait pu apprécier ce qui lui manquait. Il avait compris l'œuvre qu’il lui fallait fonder pour développer sa moralité et assurer son progrès.

La paroisse de St. Roch de 1839 n’était pas ce qu'elle est devenue aujourd’hui.

Il reste encore, en grand nombre, des hommes vivants à cette heure qui ont gardé le souvenir de cette époque, de ses mœurs, de ses coutumes et des limites étroites de ce faubourg.

St. Roch comptait alors à peine 9,000 personnes groupées dans sa partie Est et Sud. Tout ce terrain qu’on appelle la Vacherie, ancienne terre des Jésuites, à partir de la rue de la Couronne et allant vers l'Ouest, était habité par un petit

nombre de familles d'ouvriers seulement.‘

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L'herbe croissait partout en cette endroit et la grenouille y tenait concert lx nuit, St. Sauveur n'était qu'un vaste champ où le chasseur allait tirer la bécassine et se désaltérait au retour à deux hôtels isolés, que l’on appelait la Maison Bleue et la Maison Rouge, enfouis aujourd’hui au milieu de centaines de résidences. Mais la construction de navire:; progressant et prenant de plus vastes proportions dans St. Roch, commençait à manquer des bras nécessaires et offrait, en conséquence, un champ de travail, dont les fils de cultivateurs et les culti- . vateurs eux-mêmes, des environs de Québec voulurent profiter en venant résider dans cette paroisse et en augmenter rapidement la population.

Cette population, composée alors en grande partie d'ouvriers travaillant en plein air, dans les chantiers de constructien, soumis à un travail con:idérable, gagnant de bons prix généralement, était rude, ignorante-et généreuse. Son intel- ligence presqu'inoccupée laissait un libre champ à sa violence et aux désordres qui en sont les consiquences. Elle mettait son orgueil dans sa force physique et son.eourage. |

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Les écoles pour les enfants étaient rares et insuffisantes sous plusieurs rapports. On en comptait deux pour lés garcons et une ou deux pour les filles. Le nombre d’écoliers des deux sexes ne devait pas, autant que notre mSmoire nous est fidèle, dépasser trois cents, dont la plupart, sous le rapport de l'éducation, sortaient de l’école comme ils y étaient entrés, sans aucune notion élémentaire.

Le programme d'étude était bien pâle, à peu près nul, et la discipline consistait pour les élèves à torturer l'esprit de l’instituteur et à s’en rendre maître.

Ces enfants se préparaïent ainsi à entrer dans la vie, en conservant leur ignorance primitive et en développant les mauvaises passions de leur nature.

Parmi ces enfants il s’en trouviit quelques-uns, mieux doués qui pouvaient, grâce à l’aisance de leur famille, continuer leurs études au Séminaire de Québec, mais cette maison de haute éducation ne pouvait en rien convenir à la por sition et au besoin de la généralité des :

enfants pauvres de St. Roch. En présence de cet état de choses, le devoir du

Révérend M. Charest était tout tracé et son plan tout fait.

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