‹ Éloges acadéiques et discoursChapitre 11 sur 44 · D'ailleurs, il fait lui-même son règlement · texte numérisé non relu

D'ailleurs, il fait lui-même son règlement

8. Pour chaque réunion générale de l'Association, il dresse un rapport sur sa gestion.

9. L'Académie faisant fonction d'Académie principale est «•elle du lieu dans lequel doit se tenir la plus prochaine réunion générale.

10. Le changement d'Académie principale s'effectue cependant, non pas exactement à la fin d'une réunion générale, mais à la fin de l'année civiledans laquelle s'est tenue cette réunion.

11. Les pouvoirs du Comité expirent et doivent être renouvelés au moment de ce changement.

Pour la prise en considération, l'étude ou la préparation d'entreprises et de recherches scientifiques d'intérêt inter-

nalional, des Commissions internationales spéciales peuvent, sur la proposition d'une ou de plusieurs des Académies associées, être instituées, soit par l'Assemblée générale ou l'une de ses deux sections, suit, dans l'intervalle entre deux Assemblées générales, par le Comité ou l'une de ses deux sections.

1. L'assentiment des deux tiers des Académies associées est nécessaire pour toute modification ou toute extension

dc< statuts.

2. Toute proposition relative à la modification ou à l'extension des statuts doit être présentée par le cinquième au moins des Académies associées. Elle doit être transmise par écrit au Comité et contenir le libellé des décisions proposées.

3. Le Comité communique aussitôt que possible la proposition aux Académies associées. Entre cette communication et le vote sur la proposition, il doit s'écouler un intervalle d'au moins six mois.

4. Ce vote doit avoir lieu, soit en séance plénière de l'Assemblée générale, soit par une déclaration envoyée au Comité.

5. Pour la prochaine Assemblée générale, la demande de deux des Académies associées sera suffisante, et il sut' lira aussi que cette demande soit envoyée par écrit aux autres Académies, deux mois avant la réunion de l'Assemblée.

Dispositions transitoires.

1. En déclarant son adhésion à l'Association, chaque Académie contracte l'obligation d'envoyer un ou deux délégués au Comité.

Wl L ACADÉMIE DES SCIENCES

2. Le présidenl du Comité ainsi formé sera un des délé-? gués du prochain lieu de réunion.

3. Le présidenl devra cette fois convoquer le Comité en temps utile pour la préparation delà première assemblée générale.

1. Les décisions de la conférence de Wiesbaden seronl soumises h la ratification des Académies représentées el de l'Académie royale des Lincei (§ t, 2).

2. La ratification s'effectuera par une déclaration envoyée à l'Académie de Berlin. L'Académie de Berlin communiquera cette déclaration el la sienne propre aux autres Académies.

3. Les statuts entreronl en vigueur dès que six Académies auront donné leur ratification.

Conformément au paragraphe 13 des statuts el dès le 29 novembre 1899. l'Académie de Berlin envoyait aux dix-neuf Académies et Sociétés savantes dont on avait prévu l'accession, le compte rendu de la conférence de Wiesbaden, ainsi que le projet de statuts de l'Association. L'Académie des sciences et les deux autres Académies invitées de l'Institut de France ne tardaient pas à donner leur adhésion, ainsi que la Royal Society et les Académies de Berlin, de Gœttingue, de Leipzig, de Munich, de Saint-Pétersbourg et de Vienne ; de sorte que, d'après le dernier article des statuts, l'Association internationale des Académies se trouvait constituée dès le commencement de février 1900. Nous verrons, plus loin, que les dixneuf Académies invitées à faire partie de l'Association ont toutes répondu favorablement depuis cette date, à l'exception toutefois de l'Académie royale d'histoire de Madrid.

et l'association internationale des académies 3;5o

Constituée depuis un mois à peine, l'Association internationale des Académies fut appelée à jouer un rôle au moment de la célébration du bicentenaire de l'Académie des sciences de Berlin. Fondée le 17 juillet 1700 par l'Electeur Frédéric III, depuis premier roi de Prusse sous le nom de Frédéric Ier, l'Académie avait décidé de célébrer le bicentenaire de sa fondation le 19 mars, jour anniversaire de celui où l'Electeur avait fait connaître sa résolution de fonder un observatoire et une « Académie des sciences » à Berlin, sur le nlan même proposé par Leibniz. Invitées à participer à cette fête, l'Académie des inscriptions, l'Académie des sciences morales et l'Académie des sciences avaient décidé d'envoyer des délégués chargés de remettre en leur nom une adresse commune des trois Académies ; ces délégués étaient : pour l'Académie des inscriptions, MM. Gaston Paris et Sénart ; pour l'Académie des sciences morales, MM. Gréard et de Franqueville ; pour l'Académie des sciences, MM. Moissan et Darboux. Dans toutes les cérémonies, une place d'honneur fut réservée aux délégués du Cartell et à ceux de l'Association internationale des Académies. Ce fut M. Darboux, un des délégués de l'Académie des sciences de Paris, qui eut l 'honneur de parler au nom de l'Association internationale des Académies. En différentes occasions, on rappela que Leibniz avait déjà prévu et désiré une association de toutes les Sociétés savantes du monde civilisé (1), et l'on lit honneur à l'Académie de Berlin d'avoir contribué à réaliser, après deux siècles, une des idées géniales de son glorieux fondateur.

(1) Voir par exemple, dans le tome ["de l'Histoire de V Académie royale des sciences de Prusse écrite par M. Adolf Ilarnack, p. 3.'i cl 3G, une lettre de Leibniz à Placcius.

<J«Jt) L.ACADEMIË DES SCIENCES

Dans une pensée dont la France ne peut être que très reconnaissante, la conférence deWiesbaden avait décidé que la première réunion de l'Association internationale se tiendrait à Paris en 1900. Cette décision n'a pu être que partiellement réalisée. Quelques-unes des Académies invitées à participer à l'Association tardèrent à envoyer leur adhésion, et c'est seulement à la date du 30 avril 1900 que l'Académie de Berlin put transmettre à l'Académie des sciences de Paris, devenue V Académie principale (ou Vorort) de l'Association, le dossier complet contenant la liste des dix-huit Académies qui avaient donné leur adhésion, avec les noms des délégués qu'elles devaient envoyer au Comité.

Ces délégués étaient les suivants :

Pour Amsterdam : MM. van de Saxde Bakuuysen et II. Kern, présidents des deux classes de l'Académie ;

Pour Berlin : deux des secrétaires, MM. Waldkyer et Diels ;

Pour l'Académie de Christiania : .MM. F. Nansen et S. Bugge ;

Pour Goettingue : les deux secrétaires, MM. E. Ehlers et F. Léo ;

Pour Copenhague : MM. II. -G. Zkuthi-:x et V. Thomskx :

Pour Munich : les deux secrétaires. MM. vos Voit et von Christ ;

Pour Paris : Académie des inscriptions, M. Gaston Boissier et, à son défaut, M. G. Perkot;

Pour Paris : Académie des sciences, M. <i. Darboux et, à son défaut, M. II. Moissax ;

Pour Paris : Académie <\o> sciences morales, M. O. Gkêakd et, ;i son défaut, M. de Fraxqueville ;

Pour Saint-Pétersbourg : MM. Famintzix et Salemaxx ;

Pour Stockholm : M. G. Ret/.ius.

L'Académie hongroise, les Académies de Belgique et de Saxe, la National Acarlemy, la Royal Society, l'Académie royale des Lincei, l'Académie de Vienne avaient encore à désigner leurs délégués.

Dans les pourparlers que nous avions engagés à Berlin, on avait pensé que la première réunion du Comité pourrait avoir lieu à Paris vers la Pentecôte de 1900. Sur le désir de nos confrères allemands et aussi par suite des retards apportés à la nomination des délégués, elle fut reportée au mardi 31 juillet 1900. Le compte rendu de cette première réunion a été imprimé et envoyé à toutes les Académies qui font partie de l'Association.

Bien qu'elle ait été traversée par le funeste attentat dont a été victime S. M. le roi Humbert d'Italie, elle a atteint son but essentiel, qui était de permettre aux délégués des diverses Académies de prendre contact et de préparer le plan de leurs travaux futurs. Les dispositions qui se sont fait jour dans le petit nombre des réunions tenues par le Comité permettent à tous ceux qui y ont pris part de bien augurer du succès de l'œuvre future.

Par la nature même des choses, l'ordre du jour de l'association naissante ne pouvait être bien chargé.

Il comprenait d'abord un projet de règlement pour le Comité.

On a fixé le maximum très minime de la cotisation que chaque Académie aura à verser et adopté quelques dispositions très simples qu'il sera facile de compléter et d'étendre quand l'usage le rendra nécessaire. Le Comité avait aussi à examiner différentes propositions, faites par trois des Académies associées.

La Royal Society, rappelant que Struve, l'illustre astronome russe, a mesuré le méridien qui s'étend à 30° à l'est de Greenwich depuis le nord de la Russie

IÎ38 l'académie DtS SCIENCES

jusqu'à la mer Noire ; que, d'autre part, le Dr GUI, directeur de l'Observatoire du Cap, a mesuré l'arc du même méridien qui se prolonge dans la Rhodésia, faisait valoir le haut intérêt que Ton doit attacher à la jonction géodésique de ces deux mesures par des opérations exécutées à travers l'Afrique et l'Asie Mineure. Comme ces opérations exigent le concours et l'assentiment de plusieurs gouvernements, elle demandait à l'Association internationale de reconnaître toute l'importance qu'elles présentent en les appuvant de son autorité. Ce projet se recommandait de lui-même et il sera soumis, avec un avis tout à fait favorable, à la prochaine Assemblée générale.

Le Comité a fait aussi le meilleur accueil à une proposition de l'Académie de Berlin tendant à rendre plus facile le prêt mutuel de manuscrits et autres documents. Cette question très intéressante reviendra également devant la prochaine Assemblée.

Enlin une proposition, faite par l'Académie des sciences, mettait en jeu une des dispositions les plus ingénieuses des statuts. On a vu plus haut que, d'après le paragraphe 10 de ces statuts, des commissions internationales peuvent être instituées pour l'étude de questions scientifiques présentant un caractère d'intérêt général. Or, au congrès des physiologistes tenu à Cambridge en 1898, une commission avait été nommée, dont le programme devait être de chercher les moyens de contrôler les appareils enregistreurs employés en physiologie et, s'il est possible, d'uniformiser les méthodes employées dans cette science. M. Marey, qui avait provoqué la formation de cette commission et qui en était le président, considérait qu'elle rentrait dans le cadre de ces commissions prévues par l'article 10 des statuts de l'Association internationale. Sur la proposition de l'Académie

des sciences de Paris et après avoir entendu M. Marey, qui a développé devant la Section des sciences tout l'intérêt qu'il y aurait à provoquer une entente internationale relativement à l'emploi des appareils enregistreurs, le Comité a décidé de prendre sous son patronage la commission de physiologie, en la complétant et en l'assimilant à celles qui sont prévues par les statuts.

Nous terminerons ce compte rendu en mentionnant une dernière affaire qui prouve au moins tout l'intérêt suscité par la formation de l'Association internationale des Académies : on a déjà annoncé l'intention de lui faire des dons. Le Comité s'est donc demandé sous quelle forme l'Association pourrait les recueillir. Sur la remarque de M. Diels, on a constaté que les personnes ayant manifesté l'intention, très digne d'être encouragée, de donner à l'Association les moyens de développer son action, pourront toujours atteindre ce but en faisant une donation avec affectation spéciale à l'une ou à l'autre des Académies qui en font partie.

D'autres projets ayant une forme moins arrêtée, mais assurés du meilleur accueil, reviendront devant l'Assemblée générale.

L'un, émanant de l'Académie de Munich, a trait à la publication d'un Corp us des actes et diplômes grecs du moyen âge et des temps "postérieurs \

Un autre, conçu par les Académies de Leipzig, de Munich et de Vienne, tend à la publication d'une Real-Encyclopœdie des Islam.

Le Comité réuni à Paris a du enfin s'occuper de fixer la date de la prochaine et première Assemblée générale. On s'est accordé à penser que quelques-uns au moins des projets dont nous venons de donner connaissance réclamaient une étude approfondie ; et,

340 l'académie des sciences

pour laisser aux Académies qui les avaient présentés le temps de leur donner une forme précise et définitive, on a décidé de fixer au mardi 15 avril, qui suivra le mardi de Pâques 1901, la date de la prochaine réunion de l'Assemblée générale. C'est donc à cettedate que se réunira à Paris la première Assemblée générale de l'Association (1).

Toutes les discussions, tous les projets que nous venons d'énumérer sont sans doute d'importance inégale ; ils ont du moins le mérite d'être très variés et de mettre en évidence la diversité même des services que peut rendre l'Association internationale des Académies.

Cette Association a été accueillie avec faveur partout où la science est cultivée. Si quelques personnes avaient conçu contre elle des préventions, ses premiers pas et ses premiers actes, empreints d'un esprit de sagesse et de conciliation, nous paraissent de nature à dissiper toutes les inquiétudes. Déjà l'on songe à s'adresser à elle pour bien des œuvres que seule elle sera capable de réaliser. On sent confusément qu'il a été créé un organisme nouveau, devant être appelé, dans la suite, à exercer une influence considérable et bienfaisante. Il importe que les Académies constituantes justifient cette faveur et hâtent le fonctionnement de l'Association en s'attachant à lui soumettre des projets soigneusement élaborés. Il importe aussi que tous ceux qui attendent beaucoup de l'Association se souviennent qu'elle a le temps devant elle ; que, par leur nature même, les Académies sont des corps dont l'action s'exerce avec une

(I) Il va sans dire que jusqu'à celte date, les Académies auront toute latitude pour provoquer l'élude de nouvelles questions.

certaine lenteur ; qu'on doit faire crédit pendant quelque temps à l'Association nouvelle en lui laissant le temps de prendre conscience d'elle-même et de créer peu à peu les organes grâce auxquels elle pourra réaliser toutes les espérances qu'elle a fait naître de différents cotés.

Gaston Darroux.

La troisième Assemblée générale de l'Association internationale des Académies (1).

Depuis l'article qui a paru ici même en janvier 1901, et où nous donnions quelques indications assez détaillées sur les conditions dans lesquelles s'est formée Y Association internationale des Académies et sur les statuts qui lui avaient été donnés dans la conférence préparatoire de Wiesbaden, les lecteurs du Journal des Savants ont été tenus au courant des travaux, des actes et des premiers progrès de cette importante Association. Elle a deux organes distincts : le Comité et Y Assemblée générale. Le Comité est en quelque sorte l'organe permanent de l'Association : chaque Académie y délègue un ou deux membres, suivant qu'elle appartient à une seule des sections (littéraire ou scientifique) ou aux deux. Il peut accomplir sa tâche par correspondance et se réunit seulement quand cela parait nécessaire. V Assemblée générale au contraire doit être convoquée à époque fixe, tous les trois ans. Les Académies peuvent y envoyer autant de représentants qu'elles le jugent convenable pour la discussion approfondie des ques-

(1) Extrait du n° d'août 1907 du Journal des Savants.

312 l'académie des sciences

tions de diverse nature qui doivent figurer à Tordre du jour de la réunion.

La première Assemblée générale s'est tenue, comme on sait, à Paris, au mois d'avril 1901, sous la direction de l'Académie des sciences, qui avait confié à l'auteur de cet article le soin de présider les délibérations. Désireux de reconnaître l'honneur que l'on faisait ainsi à notre pays, le Gouvernement français a décidé de perpétuer le souvenir de cette première réunion en faisant frapper une médaille dont L'exécution a été confiée à M. Vernon. Cette plaquette a été terminée récemment : elle fait partie de l'envoi que cet artiste distingué a fait au Salon de cette année et qui lui a valu la médaille d'honneur pour la gravure, la plus haute récompense que puisse amhitionner un artiste, puisqu'elle lui est décernée par ses émules et par ses pairs. L'Académie des sciences a tenu à faire frapper des exemplaires de cette belle et délicate œuvre d'art ; et elle vient de les distribuer à toutes les Académies qui font partie de l'association. L'envoi a été très goûté ; nous espérons qu'il contribuera à faire mieux connaître cet art de la médaille dont l'éclat a été renouvelé dans notre pays par les artistes qui sont nos contemporains.

La seconde Assembler' générale de l'Association s'est tenue au mois de mai 1901 à Londres sous la présidence de la Société Royale, représentée par un de ses secrétaires, Sir Michael Poster, le physiologiste éminent dont la science déplore malheureusement la mort récente.

Après la Société Royale, la direction de Y Association Internationale est échue le 1er janvier 1903 à Y Académie impériale des sciences de Vienne, qui doit la conserver jusqu'à la fin de l'année 1907. C'est donc à cette Académie qu'il appartenait de nous

ET L'ASSOCIATION INTERNATIOxNALE des académies 343

convoquer cette année pour la troisième Assemblée générale de l'Association. Comme elle devait tenir sa séance publique annuelle le 28 mai dernier, elle a eu l'heureuse idée de fixer au lendemain l'ouverture de ¥ Assemblée générale de l'Association des Académies ; de sorte que nous avons pu, en avançant seulement de quelques heures notre arrivée, nous donner le plaisir d'assister à la séance solennelle de notre Académie directrice, qui s'est tenue, comme d'habitude, sous la présidence de S. À. I. l'archiduc Rénier, protecteur de l'Académie.

C'est à M. Ed. Suess, président de l'Académie de Vienne, que revenait la présidence de Y Assemblée plénière et de la Section des sciences de l'Association. S. E. M. le professeur x. Boehm-Bawerk, membre de la Chambre des Seigneurs, vice-président de l'Académie directrice, devait, de son côté, présider la Section des lettres. Commencés le mercredi 29 mai à 10 heures du matin, les travaux de l'Association ont été clos le dimanche suivant 2 juin dans la matinée. La réunion a été nombreuse et brillante. Notre Académie des Inscriptions avait envoyé M. Sénart ; l'Académie des sciences morales et politiques était représentée par son secrétaire perpétuel, M. Georges Picot, et par M. Emile Boutroux ; l'Académie des sciences avait quatre délégués : MM. H. Poincaré, A. Giard et les deux secrétaires perpétuels, MM. de Lapparent et Darboux. La Société Royale de Londres n'avait pas envoyé moins de six délégués ; la British Academy en comptait deux ; Berlin était représenté par deux de ses secrétaires perpétuels, MM. Diels et Waldeyer, et par le président de la Commission des œuvres de Leibniz, M. Lenz. Les Académies allemandes comptaient environ une douzaine de délégués. Le nombre total de tous ceux qui ont pris part effecti-

344 l'académie des sciences

vement à nos discussions a été d'une soixantaine environ. Il a été à peu près le même qu'à Londres ; à Paris, il avait été plus élevé, mais il ne faut pas oublier que Paris est la seule ville où se trouvent trois Académies faisant partie de l'Association, et que ces trois Académies, à elles seules, étaient représentées en 1901 par une vingtaine de délégués. Ce qu'il faut constater ici et regarder comme un très heureux symptôme, c'est que le nombre des Sociétés savantes qui font partie de l'Association s'accroît à chaque nouvelle réunion. A Londres déjà, l'Académie des Sciences de Madrid, la British Academy étaient venues se joindre aux dix-huit Académies qui avaient pris part à la réunion de Paris. Cette fois, c'est de l'Extrême- Orient que nous est venue une adhésion nouvelle : Y Académie impériale des Sciences de Tokyo, qui avait, depuis un an, demandé son admission, s'était fait représenter à Vienne par deux savants des plus éminents : un mathématicien, S. E. le baron Kikuchi et un sinologue des plus autorisés, M. le Dr Shigeno Ànyeki, tous deux membres de la Chambre des Seigneurs et professeurs honoraires à l'Université de Tokyo.

Parmi ces adhésions, qui portent à 21 le nombre total des Académies de l'Association, il en est une sur laquelle il convient particulièrement d'insister, c'est celle de la British Academy.

Lors de la constitution de notre Association, on avait été frappé de voir que, tandis que l'Allemagne devait y être représentée par quatre académies, la France par trois, l'Angleterre n'y compterait qu'une seule participante, la Société Royale de Londres, et même que cette société appartiendrait exclusivement à la Section des sciences. Cette remarque a certainement provoqué, ou tout au moins hâté, la création

de la British Academy qui, dorénavant, tiendra dans les lettres la place que la Société Royale occupe glorieusement dans les sciences depuis plus de deux siècles. S'il est légitime de penser que les Académies sont des organes essentiels de la vie littéraire et scientifique d'une nation, on voit que l'Association des Académies peut déjà inscrire à son actif la formation de la Brilish Academy. Il est permis d'espérer que ce service rendu à la fois à la science anglaise et à la science universelle ne restera pas isolé. Nous croyons savoir que le désir de prendre part aux travaux des Académies associées est à la veille de provoquer, soit dans certains pays, soit même dans les colonies de grands empires, la formation de sociétés savantes qui pourront ouvrir à la recherche scientifique des domaines jusqu'ici incomplètement explorés.

L'ordre du jour de la réunion de Vienne était particulièrement chargé. Parmi les questions dont avait à s'occuper Y Assemblée plénière formée par la réunion des deux sections littéraire et scientifique, il convient de signaler les trois suivantes :

L'Académie des sciences de Madrid avait accueilli avec faveur le système proposé pour la description symbolique des machines par un de ses membres, l'ingénieur Torres Y Quevedo, dont les beaux travaux sur les machines à calculer et le télékine ont reçu le meilleur accueil de notre Académie des sciences. L'Académie de Madrid proposait donc de nommer une commission internationale chargée d'examiner ce nouveau système, d'étudier s'il conviendrait de le recommander après lui avoir fait subir d'ailleurs toutes les modifications qu'elle jugerait nécessaires. A une faible majorité, l'Assemblée de Vienne n'a pas cru pouvoir entrer dans la voie désirée par nos confrères de Madrid. Sans se prononcer

316 l'acadkmh-. des sciences

sur le fond du système de M. Torrès, notre Académie des sciences avait pensé qu'on pourrait le soumettre, en même temps que les systèmes analogues, à l'examen d'une commission spéciale désignée par l'Association des Académies. La majorité des Académies a estimé au contraire que la question n'était pas du ressort de Y Association ; elle a voulu éviter de prendre des décisions qui courraient le risque de no pas avoir l'autorité nécessaire auprès des véritables intéressés, c'est-à-dire des ingénieurs et des techniciens.

Saint-Simon raconte dans ses Mémoires que, lorsqu'il fut nommé par le Régent ambassadeur d'Espagne, il ne voulut pas revenir dans son pays sans avoir vu Tolède, Arrivé dans cette ville, où on lui rendit tous les honneurs dus à sa haute situation, il reçut la visite de deux chanoines, venus pour lui présenter les compliments du Chapitre; et il dut entendre, en présence d'une nombreuse assemblée, une très belle harangue, qui dura, dit-il, plus d'un gros quart d'heure, prononcée en fort beau latin par un des chanoines. Pimentel, grand seigneur comme lui. Il raconte, non sans quelque orgueil, que, prenant son courage à deux mains, il sut répondre à l'orateur dans la langue même qu'il avait employée et, ajoutet-il, sans négliger aucun des points qu'il avait touchés. Ce latin qu'employait Saint-Simon était encore, au commencement du xixe siècle, la véritable langue universelle. Les érudits, les philosophes, les savants même de cette époque l'emplovaient fréquemment dans leur correspondance et leurs dissertations. Malgré l'appui de l'Eglise catholique, l'affaiblissement général des études classiques a fait perdre au latin cette situation privilégiée qui lui permettait de rendre tant de services. Pour remplacer cette lan-

gue, produit d'une admirable civilisation, on n'a rien imaginé de mieux que de nous présenter une foule de langues auxiliaires, de combinaisons artificielles créées de toutes pièces, la langue Bleue, le Volapuk, l'Espéranto. Au moment où je présidais, en 1901, les réunions de l'Association internationale des Académies, je recevais chaque jour des monceaux de brochures préconisant telle ou telle langue internationale auxiliaire ; je les faisais distribuer, sans succès d'ailleurs, aux membres de l'Assemblée. Ces tentatives si ATariées émanent de personnes qui ont la foi. On leur a dit qu'elles ont contre elles l'immense majorité des gens compétents, c'est-à-dire des philologues ; que malgré une foule d'avantages, le latin n'a pu maintenir son caractère de langue internationale, que leurs créations artificielles ne ressemblent pas plus à une langue naturelle que les arbres de Saturne et ces produits d'opérations chimiques, dont nous entretenait récemment M. S. Leduc, ne ressemblent à de véritables végétaux ; qu'en ce qui concerne notre pays, leurs tentatives courent le risque de porter atteinte à la situation privilégiée que le Français conserve encore comme langue internationale. Ils ont réponse à tout; cette fabrication de langues artificielles parait avoir quelque chose de séduisant: mais comme ces langues sont au nombre d'une soixantaine peut-être, comme deux ou trois au moins d'entre elles ont, ou ont eu, des partisans déterminés, on a pensé qu'il fallait une autorité pour départager ces concurrents acharnés ; et l'on a songé tout naturellement à Y Association internationale des Académies. C'est donc à elle que s'est adressé cet organe international qui a pris le nom de Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale.

D'après les statuts mêmes de l'Association des

348 l'académie des sciences

Académies, la proposition de la Délégation ne pouvait être présentée que sous le patronage d'une deë Académies associées, et elle ne pouvait être mise à l'ordre du jour qu'avec l'assentiment de la moitié des Académies. Cette marche était interdite aux auteurs de la proposition. Nos trois Académies françaises lui étaient défavorables ; tout au plus, en comptant largement, aurait-on trouvé deux ou trois Académies étrangères disposées à la soutenir. La Délégation a donc préféré s'adresser sans intermédiaire à l'Académiedirectrice ; et celle-ci, dans une pensée de conciliation sans doute, et pour témoigner de la déférence envers les signataires de la proposition, avait proposé :

1° De mettre à l'ordre du jour la proposition delà Délégation ;

2° De déclarer que, sans entrer dans l'examen du fond, l'Association ne se considère pas comme ayant qualité pour procéder au choix d'une langue internationale.

Au vote, l'Académie de Belgique, dont les deux classes de lettres et de sciences étaient d'avis opposés, a dû s'abstenir ; et. par 12 voix contre 8, l'assemblée s'est refusée à mettre la proposition à l'ordre du jour. Parmi les huit Académies formant la minorité, la plupart étaient disposées à suivre l'Académie de Vienne dans la procédure qu'elle avait proposée.

La troisième question discutée dans l'Assemblée générale est celle des œuvres de Leibniz. On se rappelle que, dès 1901, l'Académie des sciences morales et politiques avait pris l'initiative de cette publication. Le passage suivant, que nous empruntons au rapport de la Commission de 1901 , mettait bien en évidence toute l'utilité de l'entreprise proposée.

« Tous les grands philosophes des deux derniers

siècles, disait M. Victor Brochard, ont eu leurs éditeurs. Victor Cousin a publié les œuvres de Descartes et MM. Adam et Tannery en préparent une édition encore plus parfaite, dont plusieurs volumes ont déjà paru. Une belle édition de Spinoza a été donnée à l'occasion du centenaire. L'Allemagne élève à Kant un monument digne de lui. Seul Leibniz a été oublié. Il y a là une injustice du sort qu'il convient de réparer au plus tôt, et personne n'est plus capable de mener à bonne fin une telle œuvre que l'Association internationale des Académies. »

Par un vote unanime, l'Assemblée de 1901 avait confié à l'Académie des sciences morales et politiques, auteur de la proposition, à l'Académie des sciences de Berlin et à l'Académie des sciences de Paris le soin de préparer conjointement l'édition désirée, en particulier de dresser un catalogue descriptif ou raisonné de toutes les pièces utiles à la publication et de préparer le plan méthodique que l'on pourrait adopter pour l'édition projetée.

Aidées par les gouvernements des deux pays, les Académies se mirent à l'œuvre ; mais la tâche proposée était encore plus difficile qu'on ne l'avait supposé. Trois ans après, en 1904, l'Assemblée de Londres, après avoir entendu un exposé, présenté par M. Boutroux, des résultats déjà obtenus, confirmait, en le précisant un peu, le mandat qui avait été donné aux trois Académies et les invitait à faire aboutir, avant l'assemblée générale de l'Association en 1907, la publication d'un catalogue critique des manuscrits de Leibniz, pour lequel elles avaient déjà réuni des matériaux.

Nos lecteurs se rappellent les excellents articles qu'a publiés ici même en juillet et août 1906 (p 370 et i31) M. Albert Rivaud sur la préparation de ce

:{-')() l'académie des scienchs

catalogue critique et chronologique et sur les services de toute nature qu'il est appelé à rendre. "Grâce aux travaux persévérants de .MM. Ritter, Ivabitz, Wiese, Groethuysen du côté allemand; Mivaud, Sire, Ilalbwachs, Davillé du côté français, il est aujourd'hui prêt pour l'impression. Tel qu'il a été conçu par ses auteurs, il comprendrait environ 2.000 pages d impression. Dans une conférence qui a réuni à Cologne, le S mars dernier, les délégués des trois Académies, la question de l'impression a été examinée de très près. On a reconnu qu'elle occasionnerait des frais considérables et que le catalogue ferait, en plusieurs de ses parties, double emploi avec l'édition, dont il démontre d'ailleurs la nécessité. La publication d'une édition des œuvres de Leibniz apparut, d'après les données même fournies par le catalogue, comme nécessaire. Les Académies s'accordèrent à reconnaître que cette publication devrait être complète, mais non totale. L'examen du catalogue montre en effet qu'une édition matériellement complète renfermerait un grand nombre de pièces dépourvues de tout intérêt. Toutefois, l'édition devra comprendre la mention ou l'analyse de toutes les pièces sans exception.

Ces propositions ont été sanctionnées par le vote de l'assemblée de Vienne, qui a adopté à l'unanimité une résolution dont voici le texte français :

1. « L'Académie royale de Berlin, les Académies des sciences et des sciences morales et politiques de Paris sont invitées à faire reproduire par un procédé mécanique, pour être mis à la disposition des travailleurs, dans les bibliothèques des Académies associées et dans quelques autres bibliothèques, le catalogue des œuvres de Leibniz qu'elles ont dressé conrormément à la résolution votée à Londres en 1904.

Page 1