‹ Éloges acadéiques et discoursChapitre 8 sur 44 · XV · texte numérisé non relu

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La longue énumération qui précède met en évidence un fait dont il faut se réjouir. L'Académie a aujourd'hui à sa disposition des moyens de récompense variés. S'il y a des lacunes, et il y en a. dans la liste de nos prix, les donateurs nous permettront sans doute de les combler et continueront, nous l'espérons, à nous témoigner une confiance, qui nous paraît justifiée par le soin scrupuleux que met l'Académie à seconder et à respecter leurs intentions. Mais, à côté de cette mission de récompense que l'Académie remplit de son mieux et qui maintient à un niveau si élevé le titre, dont on se pare volontiers, de lauréat de l'Académie des Sciences, n'est-il pas d'autres parties de sa tâche dans lesquelles notre Compagnie pourrait être grandement aidée par ses bienfaiteurs ?

Pour répondre à cette question, nous présenterons quelques remarques sur le rôle qu'ont joué autrefois les Académies, sur celui qu'elles sont appelées à jouer aujourd'hui.

Si l'on excepte l'Académie des Jeux lloraux. qui remonte au moyen âge, on peut dire que les Académies modernes ont commencé à naître en Italie, à l'époque de la Renaissance. Vers le commencement du xvue siècle, le chancelier François Bacon nous a laissé, dans sa Nouvelle Atlantide, la description d'un curieux établissement, qu'il nommait le Collège <l<> Cœuvre des sir jours ou la Maison <!<• Salomon. L'institution imaginée par Bacon devait embrasser a la fois l'investigation théorique sous toutes ses formes, l'enseignement, les missions à l'étranger, les applications scientifiques de tout ordre et de toute nature. Ce rêve, car c'en était un, n'a jamais été réa-

lise ; mais il semble que les idées de Bacon ont eu une réelle influence sur l'organisation donnée aux premières Académies : à la nùtre, à l'Institut de Bologne, a l'Académie de Berlin. Pour ne parler que de notre Compagnie, on sait que Colbert, son véritable fondateur, lui avait tracé un plan de travaux qui en faisait en quelque sorte une Académie universelle. Les membres de la Compagnie devaient travailler en commun, résoudre ensemble des problèmes de mathématiques, faire des expériences, préparer des Traités sur les diverses branches de la Science, sans qu'aucun deux eût le droit designer de recherche particulière.

Cette organisation n'eut pas, on le concevra sans peine, de bons résultats. Rien n'est plus funeste que les entraves mises à la liberté du savant. La recherche doil être libre, et l'esprit doit pouvoir souffler où il veut. C'est ce que les faits ne tardèrent pas à mettre en évidence. « Vers la fin du xvne siècle, nous dit Fontenelle, l'Académie était tombée dans une sorte de langueur dont elle ne pouvait sortir que par une réorganisation. » Cette réorganisation nécessaire fut accomplie au commencement de 1699 par le chancelier de Pontchartrain et par son neveu l'abbé Bignon.

Malgré quelques restrictions, qui devaient disparaître avec le temps, le nouveau Règlement était établi suides bases plus larges, plus conformes aux conditions nécessaires de la recherche scientifique. Je n'ai pas -besoin de rappeler tous les résultats qu'il a produits : la détermination de la forme de la Terre, la création de la Géographie mathématique, la Carte des Cassini, la nomenclature chimique, les immenses progrès de J Histoire naturelle dans toutes ses branches, la Description des Arts et Métiers, elc, etc L'ancienne Académie des Sciences est peut-être le plus parfait modèle de ces institutions qui, nées d'une pensée juste et

élevée, ont su dégager et réaliser de la manière la plus complète les vues et les espérances de ses fondateurs.

Avec le temps, il est vrai, la Science a étendu dans des proportions extraordinaires le champ déjà si vaste de son action. Les Académies, les Universités même, les grands Etablissements scientifiques ne lui suffisent plus. Elle a trouvé sa place, justifiée par les services qu'elle rend, dans les usines et dans les fermes, dans les laboratoires de toute nature créés par les grandes Compagnies et par les Services publics, dans la demeure du riche et dans la chaumière du paysan. Dans leur ardeur juvénile, nos Universités, qui rendent tant de services au pays, s'efforcent d'embrasser tout son domaine. Il faut cependant prévoir, sous peine de commettre des fautes graves, qu'une évolution nécessaire, une division du travail, séparera dans l'avenir les établissements où se cultive la haute Science de ceux où l'on étudie ses applications. Cette évolution, qu'il sera sage de préparer, n'atteindra pas les Académies. Leur rôle semble dorénavant fixé, et le champ dans lequel elles auront à se mouvoir demeure encore assez vaste pour contenter les ambitions les plus exigeantes. Elles doivent laisser à d'autres l'enseignement, les œuvres régulières et permanentes. Ce n'est pas à elles qu'il appartiendrait de mettre sur pied, si cela était encore possible, la maison de Salomon ; mais c'est à elles que reviennent l'honneur et le devoir de prendre les initiatives que réclame à chaque instant l'état perpétuellement changeant de la Science, de susciter les grandes entreprises dont l'intérêt est général, de signaler au gouver-

ncment les travaux qu'exigent l'intérêt et le bon renom du pays, de l'éclairer, toutes les fois qu'il le désire ou que cela est nécessaire, sur les questions où elles sont particulièrement compétentes. Il leur appartient aussi de découvrir et d'encourager les talents naissants, de s'agréger, quelle que soit leur origine, tous ceux qui se recommandent par leurs travaux et, surtout, ces chercheurs isolés qui, sans être munis de grades et sans appartenir à l'enseignement, ont été portés par un goût naturel vers la recherche scientifique et ne peuvent trouver asile qu'au sein des Académies. Ce sont eux qui créèrent autrefois nos Compagnies, et qui ont été, pendant longtemps, les seuls à entretenir parmi nous le culte de la Science. Descartes, les deux Pascal, Fermât, Montmort, qui furent les précurseurs de notre Académie; Huygens, Lavoisier, Meusnier, Montgolfier, Lagrange, qui en furent la gloire, étaient des volontaires de la science. Les Académies ne doivent pas l'oublier ; elles doivent maintenir la porte ouverte sur ce que j'appellerai le ) non de extérieur.

Dans cette tâche si variée et si intéressante, notre Compagnie, elle le reconnaît avec plaisir, a toujours été soutenue par l'appui et la bienveillance du gouvernement. C'est lui qui assure le présent et l'avenir de nos publications. Il nous a donné, sur notre demande, les moyens de diriger et de patronner de grandes entreprises, notamment les deux missions qui ont été envoyées en 1874 et 1882 pour l'observation du paysage de Vénus sur le Soleil, la mission du cap Ilorn, celle qui est à peine terminée et qui avait pour objet une évaluation nouvelle et plus précise de

l'arc du Pérou, déjà mesuré au win" siècle par les Académiciens. De leur enté, nos donateurs nous fournissent, à F envi, les moyens de récompenser tous ceux qui se sont distingués dans les différents ordres de recherches afférents à notre Académie el d'encourager, par cela même, tous ceux qui se préparent à les aborder.

Récompenser des travaux, l'Académie s'est toujours montrée disposée à le faire. Elle le fera encore à l'avenir. Mais provoquer, subventionner et encourager des recherches, cela est mieux encore, et sur ce point, nous partageons le sentiment de notre sœur aînée, la Société Royale de Londres, qui publie régulièrement dans son Annuaire la Notice suivarte :

(( Le Président et le Conseil désirent faire connaître à tous que, tandis qu'ils recevront volontiers des dons devant être appliqués à un objet particulier ou pour le bénéfice d'une discipline particulière indiquée par le donateur, ils considèrent qu'en vue des nécessités variables de la Science, les bienfaits les plus utiles seront ceux qui auront été attribués à la Société Royale en termes généraux pour l'avancement de la connaissance de la nature. »

Mes confrères, j'en suis assuré, seraient disposés à souscrire à une telle formule. Mais, je me hâte de le dire, ils n'auront pas besoin de se l'approprier ; si je puis m'exprimer ainsi, leur appel a été entendu d'avance par plusieurs des bienfaiteurs de l'Académie. Au cours de cette longue étude, j'ai déjà cité les noms de quelques-uns d'entre eux, qui nous ont laissé une latitude plus ou moins grande : le maréchal Vaillant, le chevalier Ponti, M. Fres";ot, le comte du Moncel.

Mais aucun n'a exprimé ses intentions d'une manière aussi précise que M. Godin de Lépinay. Ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Adolphe Godin de Lépinay fut un ingénieur de grand mérite, qu'un goût naturel portait vers toutes les grandes entreprises de travaux publics. Son nom se retrouve dans la plupart d'entre elles : Canal de jonction de l'Océan à la Méditerranée, percement du Mont-Blanc, Paris port de mer. Mais c'est surtout à l'occasion du percement de l'isthme de Panama qu'il a donné toute sa mesure. Il soutint contre Ferdinand de Lesseps, égaré par de faux renseignements, le projet d'un canal à écluses ; et peutêtre, si ce projet avait été adopté dès l'abord, le canal de Panama serait-il resté une œuvre entièrement française. M. (lodin de Lépinay, mort sans enfants, le 14 janvier 1897, a institué l'Académie des Sciences sa légataire universelle, l'usufruit étant réservé à son frère.

« L'Académie, écrit-il, restera maîtresse de tout le revenu, mais je lui signale l'utilité d'une Caisse pour alimenter 1rs besoins de lascience, dont ma succession pourrait faire le premier fonds. »

L'Académie n'est pas encore entrée en possession ; mais quand le moment sera venu, elle n'aura aucune peine à donner suite à de si généreuses intentions. Elle saura aussi reporter régulièrement le mérite de ses libéralités sur celui qui lui aura permis de les distribuer.

En attendant l'heure, que nous souhaitons aussi éloignée que possible, où nous aurons la libre disposition de ce legs si intéressant, des libéralités de

même ordre, inspirées parla même haute pensée, ont permis déjà à l'Académie de faire beaucoup de bien et de fournir les ressources nécessaires à un grand nombre de jeunes savants. Notre confrère, le prince Roland Bonaparte, nous a fait don chaque année, depuis quatre ans, d'une annuité de 25.000 francs (portée même à 30.000 francs pour les deux années qui viennent de finir) : et il nous a annoncé, il y a quelques jours, son intention de continuer cette annuité pour les cinq années qui vont commencer, en l'élevant à oO.OOO francs ; je remplis un devoir très agréable en le remerciant ici de nouveau au nom de tous nos confrères. C'est avec plaisir que nous le voyons témoigner à notre Académie une affection qu'il a trouvée dans les traditions de sa famille.

J'ai fini cet exposé que vous seuls, mes chers confrères, n'aurez pas trouvé trop long-, puisqu'il avait pour objet d'acquitter une dette de reconnaissance qui nous est commune à tous. Pourtant, bien que j'aie négligé de parler de la fondation si intéressante que M. Debrousse a faite à l'Institut tout entier, que j'aie aussi passé sous silence les libéralités qui ne nous sont pas définitivement acquises, je me reprocherais de terminer sans vous entretenir du don vraiment exceptionnel que nous devons à M. Auguste- Tranquille Loutreuil. Ce bon Français qui, parti pour la Russie comme simple employé, y avait, à force de travail et de volonté, progressivement acquis une situation industrielle prépondérante, n'avait cessé de faire le bien pendant sa vie. Arrivé au terme de sa carrière, il a voulu laisser la plus grande partie de sa fortune, sous des conditions bien conçues, aux gran-

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des institutions scientifiques de la France : il a donné un million à la Caisse des recherches scientifiques, deux millions et demi aux Universités de France, trois millions et demi à l'Académie des Sciences.

Tous ces dons nous imposent de grands devoirs, j'ai le ferme espoir que nous saurons les remplir. Aux garanties de compétence que nul ne songe à vous dénier, vous pouvez ajouter, mes chers confrères, toutes celles qui découlent de votre impartialité. Vous venez des quatre points de l'horizon. Notre Académie, à côté des chercheurs tout à fait libres, comprend des représentants des grands établissements : Universités, Collège de France, Ecole Polytechnique, Muséum, Ecole Normale, etc. Affranchis par la diversité de nos origines de tout intérêt particulier, de tout esprit de corps, unis dans une pensée commune de concorde et de dévouement à cette Science qui a été l'objet des études de toute notre vie, nous nous efforcerons d'employer tous les moyens qui sont mis à notre disposition pour justifier la confiance qui nous est témoignée, accroître la réputation de notre Compagnie, et surtout, pour faire honneur da plus en plus à notre cher pays.

En attendant, à tous ceux dont nous venons de rappeler les noms, nous adresserons l'expression de notre profonde gratitude. Us la méritent d'abord pour le bien qu'ils nous ont permis de faire ; ils la méritent encore pour le grand et noble exemple qu'ils ont donné les premiers. Dans notre pays, si attentif à seconder les généreuses initiatives, cet exemple, il n'en faut pas douter, portera ses fruits et suscitera des imitateurs. S'il est vrai que le progrès continu de la science, la complexité de plus en plus grande des problèmes sociaux, comportent, exigent même un développement incessant des recherches, s'il est vrai

encore que ces recherches deviennent, chaque jour a Los plus difficiles et plus coûteuses, ayons confiance dans l'avenir. La voie lui est largement ouverte pa. le présent et le passé que nous venons de retracer.

ET

Discours prononcé par M. Darboux, président, à V ouverture de la première séance de la première assemblée plénière de ï Association tenue le mardi 16 avril 1901 au Palais de ï Institut.

Messieurs et chers Confrères,

Fondée depuis quatorze à quinze mois seulement, notre jeune Association accomplit successivement, et sous les auspices les plus favorables, tous les actes qui ont été prévus et préparés par ses statuts. Les 19 et 20 mars de l'année dernière, à peine âgée de six semaines, elle apportait ses félicitations les plus cordiales à TAcadémie de Berlin qui célébrait, dans une fête mémorable, le second centenaire de sa fondation. Le 31 juillet dernier, se réunissait ici même ce que Ton peut appeler le pouvoir exécutif, le Comité de notre Association. Aujourd'hui, nous ouvrons notre première Assemblée générale et, nous avons grand plaisir à le constater, les Académies constituantes ont bien voulu se conformer à l'invitation qui leur avait été adressée. Appréciant toute l'importance de cette première réunion, elles ont tenu à assurer leur représentation de la manière la plus large, la plus complète, la mieux appropriée

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aussi à l'ordre du jour de la session. Des dix-huit Académies qui composent l'Association, une seule, celle de Washington, ne sera pas représentée. Le délégué qu'elle avait eu soin de désigner longtemps à l'avance, M. le professeur Lincoln Goodale, Directeur du Jardin botanique de Harvard University, retenu à Genève par une grippe persistante, nous a écrit pour nous exprimer tous ses regrets. En faisant des vœux pour le prompt et entier rétablissement du Confrère dont nous regrettons l'absence, nous souhaitons, au nom du Gouvernement français et de l'Institut de France, la plus cordiale bienvenue à tous les délégués ici présents. L'Institut, qui leur offre l'hospitalité, s'efforcera de leur rendre agréable le séjour qu'ils vont faire parmi nous. Puissent-ils emporter le meilleur souvenir de la semaine que nous allons employer ensemble à l'organisation et aux progrès de l'œuvre pour laquelle nous sommes réunis.

Que cette œuvre réponde à des besoins reconnus, c'est ce que prouve de reste la rapidité même avec laquelle elle a réuni l'adhésion des Corps savants invités à y participer. Le temps n'est plus, et quelquesuns le regrettent, où le travail scientifique pouvait rester morcelé, où l'œuvre du savant, du lettré était celle d'un solitaire enfermé dans son cabinet.

Déjà, au début du xvne siècle, le chancelier Bacon avait reconnu la nécessité de faire appel à l'association pour la recherche scientifique, prise dans son ensemble, et il avait tracé le modèle d'une institution, un peu fermée peut-être, dont le but était d'étudier la nature sous toutes ses faces, de manière à étendre les connaissances et la puissance des hommes jusqu'à leurs dernières limites.

Avec sa puissante imagination, Bacon avait arrêté!

dans les moindres détails le plan de ce curieux établissement, qu'il nommait le Collège de l'Œuvre des six jours ou la Maison de Salomon. Cette maison devait contenir des tours et des cavernes, des étangs, des puits, des jardins, des laboratoires, des instruments, des machines. Ses membres très nombreux, et portant ces noms pittoresques que Bacon excelle à trouver, devaient se partager les différents travaux : la recherche théorique sous toutes ses formes, les missions à l'étranger, l'enseignement, les applications. Plein de confiance dans ses nobles idées, Bacon demandait à son souverain les moyens de passer sans retard à l'exécution, car il n'ignorait pas que, suivant les belles expressions de Condorcet, « il est des obstacles que le temps seul peut faire disparaître et des travaux dont rien ne peut accélérer le succès et pour lesquels il faut une volonté longtemps dirigée vers le même but, autant que des moyens vastes et les efforts combinés d'un grand nombre de savants ».

Vous le savez, Messieurs, le projet de Bacon n'a jamais été réalisé : j'ajoute qu'aujourd'hui il ne pourrait plus l'être. La Science, j'entends ce mot dans son sens le plus général, a pris dans nos sociétés modernes une trop grande place pour que son étude puisse être confinée dans les limites d'une institution, quelque largement conçue qu'on l'imagine. Elle se mêle à tout aujourd'hui, les Académies et les Universités même ne lui suffisent plus. Pour accroître son propre domaine ou pour répandre ses bienfaits, elle a pénétré dans les usines et dans les laboratoires industriels, dans la maison de l'ouvrier, dans la chaumière du paysan. Ses conquêtes sont incessantes, et les problèmes dont ses progrès nous ont imposé l'étude ont acquis une telle ampleur qu'ils ne sauraient plus être résolus par une seule nation, quelque puissante, quel-

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que active qu'on la suppose, et ne peuvent être abordés d'une manière véritablement utile que grâce à l'accord et au concours de l'ensemble toujours grandissant des nations civilisées.

Cet accord a déjà été obtenu pour un certain nombre de questions particulières, et ce n'est pas devant vous, Messieurs, qu'il serait nécessaire de rappeler longuement les services rendus par des institutions telles que le Bureau international des Pouls ci Mesures, Y Association géodésique internationale, Y Association pour la Carie du Ciel et bien d'autres que je néglige en ce moment. L'une d'elles pourtant mérite aujourd'hui une mention toute particulière, parce qu'elle a joué un rôle important dans la formation si rapide de notre Association. Je veux parler du Catalogué international de littérature scientifique qui sera dû tout entier à l'initiative de la Société Royale. Cette illustre Compagnie, qui a déployé dans l'exécution de son dessein une ténacité et un esprit de suite vraiment admirables, vous fera connaître, d'ailleurs, l'état très satisfaisant de cette belle entreprise et vous demandera pour elle un appui moral que, j'en suis assuré d'avance, vous n'hésiterez pas à lui accorder.

Cette coopération internationale, qui a déjà fait ses preuves dans les cas où elle s'imposait, pour ainsi dire, notre Association, vous le savez, Messieurs, a pour but de l'assurer dune manière durable., normale, universelle. La tâche que nous avons entreprise peut, sans doute, paraître difficile; mais elle est devenue tout à fait nécessaire, et les dispositions qui nous animent doivent nous donner l'assurance que nous réussirons, par nos efforts unis, à surmonter toutes ses difficultés. En constituant sous une forme visible et permanente cette Académie unir orselle qui avait été préparée et rêvée par Leibniz, dont

tant d'autres rêves se sont réalisés d'ailleurs, ou se réalisent sous nos yeux, notre Association rendra à la civilisation et à la Science un service dont on ne saurait exagérer la valeur.

Grâce à elle, le savant, voué aux recherches les plus délicates ou les plus abstraites, cessera de se sentir isolé, tout en conservant cette indépendance qui est le premier bien et le premier besoin du chercheur.

En rapprochant tous ceux qui s'occupent de la même branche d'études dans les différentes Académies et en leur donnant, s'ils le désirent, l'occasion de s'associer à une œuvre commune, en signalant aux gouvernements tous les projets dont la réalisation prochaine est nécessaire ou désirable, et en leur indiquant aussi les moyens d'exécuter ces projets dans les meilleures conditions et avec la plus grande économie possible, en provoquant et préparant, par l'entente des savants dans le domaine de la théorie, les accords des peuples sur le terrain de la pratique et des faits, notre Association est appelée à devenir rapidement un des instruments les plus puissants de concorde et de progrès.

C'est avec cette ferme conviction que je déclare ouverte la première Assemblée générale de l'Association internationale des Académies [Applaudissements] .

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Protokolle ùber die V erhandlungen der Delegirlen dér Kartellirten Akademien und gelehrten Gesellschaflen in der Y. Ver&ammlung zu Gottingen am 31. Mai und 1. Juni 1898. — Generalplan zur Griïndung einer international en Associai ion der Akademien. Vorlaeufige Feststellun^ der Akademien za Berlin, Goettingen, Leipzig, Miinchen und Wien. Yersandt mit der Einladungzur Conferenz in Wiesbaden, 9., 10. October 1898. — Procès-verbaux de la Conférence tenue à Wiesbaden en vue de In fondation d' une Association internationale des Académies les 9 et 10 octobre 1899. Projet de statuts pour l'Association internationale. — Commiinica-* lion relative à l'Association internationale des Académies. Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences de Paris, t. CXXXI, p. G (séance du 2 juillet I900). — Association internationale des Académies, juillet-août 1900 (1).

Les opuscules dont nous venons de transcrire les titres ne sont pas de ceux auxquels le Journal des Savants a l'habitude de consacrer des articles. Publiés à un petit nombre d'exemplaires, distribués seulement à quelques Académies, ils offrent les caractères de ces pièces qui sont destinées à demeurer dans les archives jusqu'au jour où l'œuvre à laquelle elles se rapportent a grandi et s'est développée. Si nous venons à en parler aujourd'hui, si nous nous empres-

(I) Cet article, extrait du Journal des Savants fn° de janvier 1901), et le suivant font connaître les premiers actes de l'Association internationale des Académies ci les conditions dans lesquelles clic a pris naissance.

sons de faire connaître à nos lecteurs cette Association internationale des Académies dont la formation remonte à quelques mois à peine, c'est que nous tenons à répondre à des demandes qui nous ont été adressées par plusieurs de nos confrères et de différents côtés. Et puis, n'est-il pas naturel que ce journal, rédigé par des membres de notre Institut, c'est-àdire de l'association la plus complète réalisée jusqu'ici entre les Académies d'une même nation, suive avec le plus vif intérêt la formation et les progrès d'une fédération qui est sans doute appelée à provoquer les plus heureuses modifications dans l'organisation du travail académique ? Telles sont les raisons qui nous ont déterminé à faire connaître dès à présent comment s'est formé le nouvel organisme international, quels sont les intérêts, les besoins auxquels il a mission de pourvoir, quelles sont les règles établies pour son fonctionnement

Si quelque amateur de statistique cherchait à faire le compte des mots qui, au cours de l'année 1900, ont été employés le plus grand nombre de fois, je crois que des recherches, même superficielles, le conduiraient à mettre en bon rang sur la liste le mot international. L'Exposition Universelle, dont le succès nous a. réjoui? tous, a été au plus haut degré un concours international. Nous avons eu une foule de congrès internationaux ; plusieurs ont été très brillants. Le congrès de phvsique, par exemple, a réuni plus d'un millier d'adhérents. Ses organisateurs avaient eu l'excellente idée de demander aux physiciens les plus autorisés des rapports sur l'état actuel des branches de la physique qu'ils connaissaient le mieux ; et la collection de ces rapports, réunis en trois volumes in-8°, forme dès à présent une œuvre des plus utiles qui sera, longtemps encore, consultée avec

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grand profit. Le succès de ces congrès fait le plus grand honneur au Commissaire général, qui les avait soigneusement préparés ; il ne faudrait pas cependant rattacher par un lien trop étroit toutes ces réunions à l'Exposition qui vient de finir. A côté de celles qui ont été organisées par la direction de l'Exposition, provoquées par son initiative et qui ne reparaîtront sans doute qu'à la prochaine exposition, plusieurs offices constitués depuis longtemps déjà, 1' [ssociation géodésique internationale. VOffi.ce central des chemins de fer et hien d'autres que nous oublions à dessein, avaient, longtemps à l'avance, décidé que leur prochaine réunion périodique coïnciderait avec l'Exposition Universelle et se tiendrait, à Paris, en 1900. Il est impossible de ne pas être frappé de la rapidité avec laquelle se multiplient aujourd'hui ces organismes internationaux. Cette tendance à l'association, qui se manifeste avec tant de force au sein même des différentes nations, a commencé à franchir, avec le chemin de fer et les télégraphes, les frontières qui séparent les peuples ; elle s'exerce au delà des mers et tend à unir les deux continents. Pour ne citer que deux exemples empruntés à la science pure, le Bureau international des- poids et mesures, fondé en exécution de la Convention du mètre conclue le 20 mars 1875, par une conférence réunie à Paris, comprend 16 Etats de l'Ancien et du Nouveau Monde. U Association géodésique internationale, dont la constitution définitive remonte à Tannée 1886, a vu figurer à sa réunion de cette année les représentants de 18 nations. Depuis plus de quatre ans, il est sérieusement question de créer un nouvel office international, de même nature que les deux précédents ; et c'est précisément dans les pourparlers entamés à cette occasion qu'il faut chercher la première origine et la cause occasion-

nelle de la formation de Y Association internationale

des Académies.

Tous ceux qui s'occupent de recherches positives connaissent la belle collection de 11 volumes in-4° où la Royal Society a réuni par noms d'auteurs la liste aussi complète que possible de tous les mémoires de science publiés depuis le commencement du xixe siècle jusqu'en 1884. La Royal Society a l'intention de compléter cet important travail et de le conduire, au moins jusqu'en 1900. Mais le développement incessant des recherches scientifiques accroît chaque jour, dans une proportion excessive, la difficulté qu'il y a à le continuer. D'autre part, les savants s'accordent à reconnaître qu'un catalogue par noms d'auteurs ne remplit qu'imparfaitement le but auquel doivent viser les collections de ce genre. Un catalogue rangé par ordre de matières paraît aujourd'hui indispensable pour toutes les recherches scientifiques. La Royal Society a voulu se mettre en mesure de donner satisfaction, dès le début du xx° siècle, à un désir si justifié ; mais elle a pensé avec raison que, pour réaliser une œuvre de cette importance, elle était en droit de réclamer le concours et la collaboration des différents pays civilisés. Nous dirons quelque jour, si nous en avons l'occasion, comment cette œuvre, à la fois si difficile, si compliquée et si nécessaire, a été entreprise et, nous l'espérons, menée à bonne fin. Elle a exigé la convocation de trois conférences qui se sont réunies à Londres en 1S96, 1898 et li)00 et de deux réunions accessoires dont l'une vient à peine de se terminer.

Au cours de cette période de préparation, les délégués de la Royal Society, qui devaient nécessairement avoir des communications fréquentes avec les savants de différents pays, furent invités à assister en Allema-

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gne à une conférence dont il faut que nous fassions connaître maintenant l'origine et la nature.

Depuis un certain nombre d'années, quatre sociétés savantes de langue allemande, l'Académie des sciences de Vienne, la Société des sciences de Goettingue, la Société des sciences de Leipzig, l'Académie dessciences de Munich, avaient conçu l'idée de fonder des réunions annuelles dans lesquelles leurs représentants auraient à étudier les moyens d'associer et de coordonner leurs travaux, de provoquer et d'encourager aussi, en mettant en commun leurs ressources, des œuvres scientifiques d'intérêt général. A la suite de quels pourparlers, de quelle initiative cette association limitée, ce Cartell , comme on dit en Allemagne, a été fondé, nous ne saurions le dire d'une manière tout à fait précise. Si les renseignements qui nous ont été donnés sont exacts, l'idée première du Cartell est née vers 1892, au moment où les Académies de Berlin et de Vienne ont songé à préparer ce Thésaurus linguœ latin;,' dont M. Michel Bréal parlait dans le numéro de décembre dernier à nos lecteurs. A cette époque même quelques savants, parmi lesquels il faut citer MM. Mommsen, Suess, Diels, avaient voulu reprendre une idée autrefois émise par Leibniz et essayer de réaliser une association des principales Académies du monde entier. Un projet si vaste rencontra sans doute des objections. Quoi qu'il en soit, c'est vers 1894 qu'eut lieu la première réunion du Car tell. En 1895, il y eut une interruption ; mais, à partir de 1896, les réunions devinrent tout à fait régulières ; elles se tinrent successivement à Vienne en 1896, à Leipzig en 1897, à Goettingue en 1808, à Munich en 1899. Ces réunions successives ont donné des résultats importants. En même temps qu'il subventionnait le Thésaurus, le Cartell a pris sous son

ET L'ASSOCIATION lNTEUNATIOiNALE DKS ACADÉMIES 317

patronage une œuvre scientifique des plus sérieuses, une Encyklopàdie der mathematischen Wissenschaften mit Einschiuss ihrer Anwendungen. Cette encyclopédie se publie avec beaucoup de régularité, sous la direction de M. F. Klein, chez léditeur même du Thésaurus, M. Teubner, qui réalise ainsi dans sa librairie cette alliance des mathématiques et des langues anciennes si chère aux défenseurs du vieil enseignement classique (1).

Mais l'activité du Cartell est loin de se limiter à ces deux publications. Il a fondé des bourses régulières de voyages pour la visite de la station botanique sans rivale de Buitenzorg, à Java ; il a encouragé et permis d'étendre à des régions nouvelles la mesure des variations de la pesanteur ; il a étudié, d'une manière systématique, un projet d'expédition allemande au pôle Sud ; il a trouvé des fonds pour une expédition géodésique qui a été envoyée dans l'Est africain et qui vient de terminer ses travaux ; il a inauguré l'étude systématique des mouvements de l'écorce terrestre dans l'Europe centrale, etc.

Dans son désir de connaître l'opinion des savants allemands sur le projet de répertoire bibliographique dont elle avait entrepris l'exécution, la Royal Society ne pouvait mieux faire que de mettre à profit les réunions périodiques du Cartell. Sur son initiative, le projet de Répertoire fut mis à l'ordre du jour de la réunion du Cartell qui se tint à Leipzig à la Pentecôte de 1897. A cet effet, on avait invité à la fois l'Académie de Berlin et la Royal Society. Les délégués de Berlin furent MM. Kohlrauch et Van't Hofî; ceux de Londres, MM. Armstrong et Schuster.

(1) L'Encyclopédie sera traduite en français et publiée par .M. Gaulhier-Villars, sous la direction de M. J. Molk, professeur à l'Université de Nancy.

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Le rapprochement du Cartell et de la Royal Society devint un fait accompli à la réunion suivante du Cartell, qui eut lieu à la Pentecôte de 1898. A cette époque déjà, plusieurs savants appartenant à différents pays avaient, dans les conversations particulières, émis l'opinion que les circonstances étaient devenues favorables pour le retour au plan primitif et pour la fondation d'une Association internationale des Académies. On avait donc mis à l'ordre du jour delà réunion de Goettingue cette intéressante question. De Berlin était venu l'un des secrétaires de l'Académie, M. Waldeyer; de Londres, les deux secrétaires de la Royal Society, Sir Michael Foster et M. Kiicker, ainsi que MAI. Armstrong et Schuster. 11 se produisit entre les délégués une entente générale, et les Académies composant le Cartell donnèrent leur approbation à la fondation d'une Association internationale des Académies. Les délégués de la Royal Society promirent son adhésion et s'engagèrent à faire les premières démarches.

Des ouvertures furent faites un peu plus tard à différents membres de notre Académie des sciences et, au mois de novembre 1898, lord Lister, président de la Royal Society, écrivait au président de notre Académie une lettre dont voici la traduction :

17 novembre 1898.

A M . le Président de l'Académie des sciences de Paris,

Pendant ces dernières années la Royal Society a ou, à plusieurs reprises, l'occasion de s'occuper d'entreprises scientifiques d'une telle nature qu'elles ne pouvaient être tentées ou exécutées d'une façon satisfaisante par une seule nation, qu'elles demandaient au contraire la coopération de

plus d'un pays et même de nombreux pays. En fait le nombre des entreprises de ce genre paraît augmenter .

Une grande entreprise internationale ne peut, en règle générale, être menée à bien que sous l'autorité et avec l'assistance des gouvernements intéressés. .Mais on peut se demander s'il est nécessaire ou désirablede mettre en mouvement le mécanisme de l'action gouvernementale, afin de s'assurer s'il est à souhaiter que l'on s'occupe de telle ou telle entreprise, surtout lorsqu'il arrive, comme cela a lieu dans certains cas, que le but à atteindre n'a pas encore été clairement défini^ non plus que la méthode à suivre pour l'obtenir. Tout au contraire, on peut espérer recueillir maints avantages du système dans lequel les propositions faites pour une coopération internationale dans des entreprises scientifiques seraient complètement discutées sous un point de vue purement scientifique parles maîtres de la science, avant que des propositions définies fussent soumises à n'importe quel gouvernement.

Si on procédait de celte manière, il ne serait fait appel aux gouvernements que pour des entreprises bien étudiées; et les devoirs de ces gouvernements se ramèneraient, dans une large mesure, à décider uniquement si une entreprise, dont la valeur scientifique leur aurait été clairement et complètement démontrée, mériterait ou pourrait recevoir l'aide réclamée pour elle.

Il existe d'ailleurs un grand nombre de questions, présentant de l'intérêt au point de vue scientifique, au sujet desquelles il pourrait être désirable de provoquer une coopération internationale ou, tout au moins, de rechercher les opinions professées dans les différents pays, sans faire intervenir en aucune manière l'action d'un gouvernement quelconque. Tout récemment, la Royal Society s'est rendu compte des grands avantages que peuvent entraîner >\r< relations volontairement établies entre des sociétés scientifiques ; elle avait été invitée à envoyer des délégués à une réunion des Académies associées de Goettingue, Leipzig, Munich et Vienne, qui s'est tenue à Goettingue pendant les fêtes de la Pentecôte de cette année ; au cours

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de cette réunion, ont été discutées différentes questions d'un caractère plus ou moins international et dans lesquelles la Royal Society étail intéressée.

L'idée a alors surgi qu'il serait possible de prendre des mesures pour la tenue de réunions régulières des représentants de toutes les principales Académies scientifiques, dans lesquelles on pourrait discuter toutes les questions scientifiques réclamant une coopération internationale, et préparer les voies, de cette manière, à l'action internationale.

Il serait prématuré d'entrer dans les détails d'un tel projet. Différentes questions relatives à la fréquence des réunions au mode de votation des délégués, aux moyens d'assurer une représentation égale aux pays qui seraient représentés par une seule Académie et à ceux qui en auraienl plusieurs, devraient être toutes examinées avant que le plan put entrer en exécution. Pour le uniment, toutes ces questions, quoique étant d'une grande importance, doivent être considérées comme des détails en comparaison du point fondamental, qui est de savoir si les principales Académies d'Europe ont la volonté de tenir des conférences plus ou moins régulières, à des intervalles fixés à l'avance.

G'esl cette question générale, à laquelle le conseil de la Royal Society attache une si grande importance, qu'il vient vous prier de soumettre à votre Académie. La Royal Society sera heureuse de connaître les vues de votre Académie sur cesujet. Et si la proposition a votre approbation provisoire, elle vous proposera des résolutions définitives.

Je dois d'ailleurs vous informer que des démarches ont été faites pour connaître l'opinion des principales Académies d'Europe sur la question qui vous est soumise dans cette lettre.

J'ai l'honneur d'être, etc.,

Lister, Président de la Royal Society.

La lettre de la Royal Society énumérait de la manière la plus succincte, mais en même temps la

plus claire, les services de nature diverse que [tarait appelée à rendre une fédération internationale des Académies : d'une part, préparer, grâce au concours des savants les plus compétents de chaque pays, l'étude scientifique de ces grandes entreprises dont la mise en train et la réussite réclament le concours de plusieurs Etats ; et d'autre part, organiser la discussion de ces questions purement scientifiques pour lesquelles il est désirable d'unifier et de rendre concordants, soit les efforts individuels, soit les points de vue spéciaux à chaque nation. Si, par exemple, les savants autorisés de tous les pays reconnaissaient le haut intérêt que présenterait une expédition au pôle Sud ou une étude générale du magnétisme terrestre, on aperçoit immédiatement quels résultats on devrait attendre d'une discussion approfondie de semblables projets. Une telle discussion offrirait d'abord le grand avantage de mettre en évidence, aux yeux de tous, les raisons scientifiques par lesquelles se justifient ou s'imposent de telles entreprises ; elle indiquerait aussi comment elles peuvent être exécutées en évitant les doubles emplois, la discordance des efforts isolés ; et elle permettrait ainsi aux gouvernements de -donner leur concours de la manière à la fois la plus économique et la plus favorable au progrès scientifique.

Voilà un premter ordre de recherches pour lesquelles la coopération internationale est si nécessaire et si utile qu'elle a été déjà réalisée dans un assez grand nombre de cas particuliers. Mais c'est avec grande raison que la lettre de la lioyal Society faisait allusion à des services de tout autre nature, et plus importants peut-être, que peut rendre la fédération des Académies. Le mouvement scientifique, qui, au commencement de ce siècle, se limitait à un petit nombre de nations, s'étend aujourd'hui au monde entier ;

322 l'académie des sciences

de plus, au sein même de chaque nation, son importance s'est accrue dans des proportions dont on peut à peine se l'aire une idée. Nous avons déjà l'ait allusion plus haut au projet de répertoire bibliographique proposé par la Royal Society et aux conférences dans lesquelles ce projet a été étudié ; on v est arrivé à cette conclusion que, dans le seul domaine des sciences positives, le catalogue annuel devra comprendre dix-sept volumes et environ deux cent mille entrées. Qui ne voit que, sous peine de revenir à la tour de Babel, une si énorme production scientifique doit être unifiée et coordonnée ? Que de temps perdu pour les chercheurs, que de recherches inutiles, cl par cela même nuisibles, si les nomenclatures changent avec les nations, si les classifications ne sont pas concordantes, si les instruments choisis pour effectuer les mêmes mesures donnent, dans les différents pays, des indications qui ne soient pas comparables, si les définitions ne sont pas les mêmes, si les unités adoptées sont différentes, si les travaux accomplis en des points différents concourent au même but et entraînent ainsi de regrettables doubles emplois !

Toutes ces raisons sont celles que l'on peut invoquer en faveur de toute association nouvelle et qui frappent les yeux les moins prévenus. Nous en ajouterons une dernière, qui nous parait importante : c'est que la coopération internationale introduit dans le travail scientifique un principe d'émulation extrêmement fécond. Dans notre pays, en particulier, cette émulation aura les effets les plus bienfaisants. Je rappellerai à ce sujet un seul fait : la France, qui pendant longtemps avait tenu le premier rang dans les études scientifiques relatives à la mesure de la terre, a résolu de reprendre une place digne d'elle, le jour où notre regretté confrère le général Perrier a

reconnu, dans les opérations de jonction gèodésiqué de la France et de l'Angleterre, la supériorité des méthodes et des instruments anglais. C'est de ce jour que date la renaissance de la géodésie dans notre pays. Nous avons pu reprendre l'étude de la méridienne de France^ accomplir cette grandiose opération qui a réalisé, par l'emploi de triangles ayant jusqu'à 270 kilomètres de côté, la jonction géodésique de l'Espagne et de l'Algérie ; nous nous apprêtons, en ce moment, à reprendre, en les élargissant, les mesures qui ont été faites au Pérou, au cours du xvme siècle, par Houguer et La Condamine, sous la direction de l'Académie des sciences.

La lettre de la Royal Society dont nous venons de donner le commentaire fut communiquée immédiatement à notre Académie. L'Académie des sciences et la Royal Society entretiennent depuis deux siècles et demi les rapports les plus étroits ; leur histoire offre bien des traits qui les rapprochent. Elles s'occupent des mêmes études et elles ont à peu près la même ancienneté, la Société Royale ayant été fondée en 1662 et l'Académie des sciences en 1666. L'une et l'autre ont été des sociétés libres avant d'être constituées olliciellement par leurs souverains, et quelques-uns des fondateurs de la Société Royale ont participé aux travaux de cette Société de savants dont Mersenne, Roberval, les deux Pascal faisaient partie et à laquelle, dès 16-40, on donnait le nom même que Colbert lui a reconnu. Dans la circonstance présente comme dans beaucoup d'autres, l'Académie des sciences ne pouvait que s'empresser d'entrer dans les vues de la Société Royale. Aussi, dès le 28 novembre 1898, nomma- t-elle une commission composée de MM. Faye, Milne-Edwards, Mascart, Bouchard, Moissan et Darboux, chargée, conjointement avec les membres du

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bureau, d'étudier la question proposée par la Royal Society, avec mission de la faire aboutir. Cette Commission ne put se réunir immédiatement : tous ceux qui connaissent notre Académie savent qu'au mois de novembre tousses membres sont occupés à préparer des rapports pour notre séance publique de fin décembre et à examiner les titres scientifiques des trois ou quatre cents candidats qui peuvent prétendre aux nombreuses récompenses dont elle dispose. La Commission dont nous venons de rappeler la composition dut donc ajourner le commencement de ses travaux au mois de janvier 1899. Sur un nouvel appel delà Royal Society, elle répondait le 18 février 1899, en donnant au nom de l'Académie des sciences l'adhésion de principe qui lui était demandée.

Le 31 mai suivant, les secrétaires de la Royal Society répondaient en nous faisant connaître que des réponses favorables avaient été reçues de toutes les autres Académies auxquelles on s'était adressé, c'està-dire de l'Académie royale des Lincei à Rome, de l'Académie impériale des sciences à Saint-Pétersbourg et de la National Academy of science de Washington, et ils nous communiquaient une lettre dans laquelle l'Académie des sciences de Berlin invitait notre Académie des sciences à une conférence qui devait se tenir à Wiesbaden, le 9 et le 10 octobre de la même année, en vue de préparer un projet de statuts pour cette fédération des Académies que les principales Sociétés savantes du monde s'étaient déclarées prêtes à constituer.

La lettre de l'Académie de Berlin était de nature à écarter toutes les objections, toutes les inquiétudes que pouvait faire Daitre le projet de fédération. Comme les savants eux-mêmes, les Académies ont, à bon droit, le souci de leur indépendance ; n'était-il

ET L^SSOCIATION INTERNATIONALE DKS ACADÉMIES 32.')

pas à craindre que la fédération des Sociétés savantes n'aboutit au résultat de troubler cette indépendance ou de la diminuer? D'autre part, la création du nouvel organisme international n'entraînerait -elle pas des dépenses nouvelles et considérables, interdites àcertaines Académies parlanaturedeleurs statuts? Enfin, lorsque la fédération des Académies aurait recommandé ou décidé l'exécution de telle ou telle entreprise, les Académies constituantes seraient-elles obligées de contribuer, par des subventions qui pourraient être considérables, quelquefois par leurs travaux propres, à des entreprises quelles n'auraient pas votées ou qu'elles auraient désapprouvées ?

Il y avait là des difficultés auxquelles, sans doute, pouvaient répondre, par des raisons et des exemples topiques, tous ceux qui ont quelque habitude des offices internationaux. Quoi qu'il en soit, la lettre d'invitation à la conférence de ÂYiesbaden faisait disparaître la plupart d'entre elles (les autres ont été levées par les statuts adoptés à Wiesbaden). Voici, en effet, comment s'exprimait l'Académie de Berlin :

Le but de l'Association est de venir en aide à toutes les entreprises scientifiques qui seront prises en charge ou recommandées par. l'ensemble des Académies associées ou par quelques-unes, ou par une seule d'entre elles, et de se mettre au fait des arrangements propres à favoriser les. relations scientifiques. 11 est entendu que chaque Académie demeurera libre de donner ou de refuser son concours à toute entreprise particulière ; elle demeurera seule juge également des voies et moyens à employer dans chaque cas particulier.

Ces déclarations étaient aussi nettes que possible ; elles furent, d'ailleurs, confirmées par l'envoi du « Projet relatif à la fondation d'une Association inter-

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nationale des Sociétés savantes » qui avait été préparé par l'Académie do Berlin et que nous reçûmes le 19 juin 1899. Il était trop tard à cette époque pour qu'il fût possible de réunir la Commission chargée de suivre cette question; plusieurs de ses membres avaient déjà quitté Paris. Les deux secrétaires perpétuels, Al M. Bertrand etlîerthelot, décidèrent d'accepter l'invitation au nom de l'Académie et de déléguer à Wiesbaden deux membres de la Commission, MM. H. Moissan et G. Darboux. Leur mission était des plus simples : ils devaient prendre part à la conférence, étudier et discuter les projets qui lui seraient soumis, afin de permettre ensuite à notre Académie de se faire une opinion précise et de donner cette adhésion définitive qui, seule, pouvait l'engager.

Les délégués de l'Académie des sciences arrivèrent à Wiesbaden à l'époque fixée. Ils y trouvèrent des représentants de presque toutes les Académies invitées. Une seule d'entre elles, l'Académie royale des Lincei, ne s'était pas fait représenter; mais elle avait envoyé son adhésion au projet d'union internationale des Académies et, dans tous les articles votés, elle a été mise sur le même pied que les sociétés effectivement représentées. Ces sociétés étaient les suivantes :

L'Académie des sciences de Berlin, représentée par MM. Auwers, Wirchow et Diels;

La Société royale de Goettingue, représentée par MM. Ehlers et Léo;

La Société royale des sciences de Leipzig, représentée par MM. Windisch et Wislicenus;

La Royal Society, représentée par MM. Riïcker, Armstrong, Schuster;

L'Académie des sciences de Munich, représentée pcar MM. von Zittel, W. Dyck et von Sicherer ;

L'Académie des sciences de Paris, représentée par MM. Moissan et Darboux ;

L'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg', représentée par MM. Famintzin et Salemann;

L'Académie des sciences de Vienne, représentée par MM. Gomperz. Mussaffia, von Lang et Lieben;

La National Academy de Washington, représentée par MM. Newcomb, Remsen et Bowditch.

Cela faisait 24 délégués, tous venus avec le ferme dessein de «faire aboutir un projet dont leurs Académies avaient reconnu l'utilité.

Il faut que nous placions ici une remarque essentielle. La lettre adressée à notre Académie par la Roi/al Society, la nature même des études dont s'occupe cette illustre Société, pourraient laisser croire à nos lecteurs que, dans la création projetée, on avait en vue seulement les sciences exactes et les sciences expérimentales. En réalité et dans la pensée de ses promoteurs, l'objet de l'Association ne devait pas être limité aux seines sciences positives. Les Académies allemandes, toutes fondées sur le plan élaboré par Leibniz pour l'Académie de Berlin, comprennent à la fois des érudits, des historiens et des savants. Leur composition correspond à peu près à celle que l'on obtiendrait en réunissant notre Académie des inscriptions et belles-lettres, notre Académie des sciences morales et politiques et notre Académie des Sciences. Pour ressembler à l'Institut, il ne leur manque que les classes correspondantes à l'Académie française et à l'Académie des beaux-arts.

.'}-2x l'académie des sciences

Dans le plan qu'elle avait élaboré, d'accord avec les Académies de Goettingue, de Leipzig, de .Munich et de Vienne. l'Académie de Berlin avait prévu l'existence de deux sections, la section littéraire et la section scientifique, pour l'Association projetée. En faisant ses invitations, elle aurait voulu convoquer aussi les Académies dont les travaux sont purement littéraires. Sans s'opposer à ces vues générales, la Royal Society avait pensé qu'il valait mieux tout d'abord borner les invitations aux Académies qui avaient été déjà consultées.

On peut dire que la conférence de Wiesbaden employa de la manière la plus utile la courte durée de deux jours qui lui avait été assignée. Séances plénières, réunions de commissions, de sous-commissions, se succédèrent pendant les journées du 9 et du 10 octobre 1899. Grâce à la grande expérience et à l'activité du président M. Aitwers, un des secrétaires de l'Académie de Berlin, dont l'esprit net, précis et conciliant a beaucoup contribué au succès, nous avons pu, en deux jours, achever notre tâche ; et, en sacrifiant un peu les détails, la conférence est parvenue à établir un projet si sagement conçu qu'il a réuni presque immédiatement, nous le verrons plus loin, l'adhésion de toutes les Académies invitées à participera l'Association.

Les statuts sont si courts et si simples qu'il vaut mieux, sans aucun commentaire, les reproduire dans leur intégrité. Ils ont été rédigés en allemand, en anglais et en français. Voici le texte français :

•:t l'association internationale des .académies 329

1. Los Académies el Sociétés savantes représentées à Wiesbaden ont décidé de fonder une union internationale des principaux corps savants du monde entier qui prendra le nom suivant :

Association Internationale des Académies.

2. Les Membres de cette Association sont les Académies suivante- 'par ordre alphabétique) :

L L'Académie royale des sciences de Prusse, à Berlin ;

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