‹ Émaux BressansChapitre 15 sur 61 · A JULES BRETON · texte numérisé non relu

A JULES BRETON

Do, do, l'enfant do, dans tes pauvres langes, Faits d'un vieux jupon de ta grand'maman. Dors, bon gros moutard qui n'as rien des anges, Dors jusqu'à demain, dors, petit Bressan.

Assis sur le cul, Labri te regarde.

Le cliat fait ronron près de ton berceau, Et, pendue au mur, la Vierge te garde Côte à côte avec Kléber et Marceau.

60 BERCIÎUSE.

Ton sommeil est calme à nous faire envie, Dors sans remuer, do, do, l'enfant do.

Tu ne connais rien encor de la vie ; On t'a fait là, môme, un triste cadeau.

N'importe. Un beau rire élargit ta face, Et tu m'as tout l'air d'un gars bien planté. C'est plaisir devoir ta brune tignasse, Plaisir d'admirer ta forte santé.

Dors tranquillement, dors, petit Jean-Claude, L'heure de peiner s'éveille au lointain. Quand tu porteras comme nous la blaude. On t'éveillera de meilleur matin.

Dors, tu seras gueux, gueux jusqu'à la tonibe. Qu'on soit parpaillot, juif ou bon chrétien. Comme grêle aux champs, la misère tombe Sur les pauvres gens qui n'y peuvent rien.

BERCEUSE. Gl

Cette hofesse-là vient sans qu'on l'invite, Et vide la grange épi par épi.

A ce jeu, garçon, tu perdras bien vite Tes fraîches couleurs de pomme d'api.

Que vas-tu manger? Cette nuit l'orage Sur la terre humide a couche ton blé.

Oiî mener tes bœufs? Plus de pâturage.

Quel vin boiras-tu? La vigne a gelé.

Et l'âge est sur nous avant qu'on y pense. Un beau jour la mort entre dans les draps On prétend qu'au ciel est ta récompense ; Dors, en attendant, tant que tu pourras.

Après tout, la tàciie est- elle si dure? L'hiver on grelotte, on grille l'été; Mais le soleil rit après la froidure.

Pavsan, la vie a son bon cùlé.

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