‹ Émaux BressansChapitre 7 sur 61 · A ANDRE THEURIET · texte numérisé non relu

A ANDRE THEURIET

Mon Dieu, que l'hiver est loin!

Dans la traîclieur matinale, Quelle bonne odeur du foin S'exhale !

La Bresse n'a plus sommeil ; La Bresse ressuscitée Rit gaîment, au grand soleil Plantée.

En sa robe de gala Voyez-la toute fleurie.

Un souffle ondule sur la Prairie.

Et soudain tout reverdit, Tout sent l'iris et la fraise ; Chaque vivant s'ébaudit A l'aise.

L'eau murmure dans les bois, Le blé nouveau pousse, pousse ; Gai loriot, que ta voix Est douce !

Dans le matin rose et bleu.

Radieux et plein de grâce.

C'est le printemps du bon Dieu Qui passe.

Ami, ton cœur veut s'ouvrir.

En avant donc ! Par le monde Il est temps d'aller courir La blonde.

Voici bien longtemps qu'aux bois ont fleuri Les philibanberts avec les pervenches ; Un silence lourd règne sous les branches, Le ruisseau d'argent est presque tari.

Gomme un travailleur à bout do courage. L'été s'est laissé choir tout de son long; La terre est en feu, le ciel est de plomb; Qui pourt*ait encor tenir à l'ouvrage ?

Aussi Pierre Loup, le bon moissonneur, Est allé dormir derrière une gerbe.

Il dort harassé, vaillant et superbe; Sa figure a pris un air de bonheur.

A quoi rêve-t-il ? A la ménagère Qui file en chantant devant sa maison, Et dont on peut voir, blanche à l'horizon, S'envoler gaîment la cotte légère?

A quoi rève-t-il ? Aux jeux sur le pré, Aux cloches avec leur voix argentine, A ce fin dimanche où la Clémentine S'en vint l'inviter au branle-carré?

Non, non, son trésor, sa chère maîtresse, Celle qu'adoraient déjà ses aïeux, C'est la noble terre au pailei- joyeux Que féconde encor le soleil de Bresse.

Parfois elle est dure au pauvre galant. N'importe: il setait devant sa colère; Il n'a qu'un désir, vivre pour lui plaire, Qu'un souci, mourir en la contemplant.

Dans l'or du couchant comme elle flamboie, Lasse, oh oui, bien lasse, et fière pourtant! Elle fait un signe; il voit, il entend. Et son humble cœur est rempli de joie.

Hourra ! Le voici venu, A cheval sur une tonne.

Le satyre au pied cornu, Le joyeux automne!

V^if comme un gros papillon, Vrai garçon de belle mine.

De soufre et de vermillon Son nez s'enlumine

Ah ça ! serais-je un peu gris?

Je ne trouve [ilus la porte.

L'automne en traître m"a pris, Le diable m'emporte !

Ah 1 ce petit vin loUet, Ce \in (jifuii passe à la ronde.

Ce joli vin blanc, qu'il est Dur au pauvre monde !

D'abord il n'a l'air de rien ; Chacun lui fait la conduite Comme aux personnes de bien, Mais gare la suite !

LES QUATRK SAISONS.

Toujours riant et chantant, Un air doux sur le visage, Qu'il vous fait, tambour battant.

Voir de paysage !

Tiens, tiens, tiens... notre maison S'est mise à danser. Mazette !

Te faudrait-il un grison, Ma vieille grisette ?

Et le grave pot d'étain.

Où la liqueur se fait rare, Braille comme un sacristain ; Le fait est bizarre.

Ma table tourne, je crois, Mon escabeau perd la tête ; Jusqu'à l'écuelle de bois Qui semble à la fête.

26 I-ES gUATRH SAISONS.

Ils auront bu leur content Et couru la prétantaine ; J'en aurais fait tout autant, La chose est certaine.

Qu'ils prennent donc leurs ébats !

Ma foi, ne soyons pas rogue.

Hélas, hélas ! ce n'est pas Tous les jours la vogue.

Et quoi qu'il puisse arriver, Jamais un Bressan ne boude, Dès qu'il s'agit de lever Gentiment le coude 1

Quand j'ouvris ma fenêtre, oh ! quel enchantement !

De la neige partout avec un soleil rose !

Une indicible paix était sur toute chose ;

On eût cru voir rêver la Belle au hois dormant.

Comme une demoiselle en robe du dimanche, Mon cher petit village était vêtu de blanc ; L'hiver, le vieil hiver est un rude galant Qui fait encor l'amour avec sa barbe blanche.

L'étang resplendissait comme un poisson d'argent Los arbres de la place étincelaient de givre. Ah ! dans cette clarté qu'on a plaisir à vivre, Qu'on se sent l'àmc tendre et le cœur indulgent !

La nature a toujours sa couronne fleurie Toute brisée encor de son sommeil d'été Voici qu'elle s'éveille en un bois enchanté Où chaque feuille d'arbre est une pierrerie

Nous avons retrouvé les antiques refrains

Et repris le sentier de notre adolescence ;

Au ciel d'un bleu sans tache un souffle d'innocence,

Comme un vol d'étourneaux, emporte nos chagrins.

Ainsi j'allais, rêvant, les pieds dans la rosée, A celle qui me tient en sa douce prison, Et, comme je passais derrière sa maison, Je la vis tout à coup venir à la croisée.

Du côté du jardin, de perles constellé, Lentement, prudemment, elle avançait la joue. Et ses lèvres avaient une adorable moue. Et son petit nez rose était presque gelé.

Que j'aimais à la voir, toute naïve encore, Dans ce cadre immobile et cependant joyeux ! Par instants une flamme éclatait dans ses yeux Francs comme la jeunesse et purs comme l'aurore.

Je te voyais sourire, et je n'osais parler, Car, dans cette blancheur qui tombait de la nue, Tu semblais, ô ma reine, une fée ingénue, Et je tremblais qu'un mot ne te fît envoler.

Qui sait ce que demain nous garde ? Où m'en irai-je ? Loin de ton cœur peut-être et loin de ton amour ; Mais tu m'apparaîtras jusqu'à mon dernier jour Comme le bon soleil qui riait sur la neige.

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