PETITE CLAUDINE
A A'. Quellien.
Ce matin, j'entre allumer Ma bouffarde à la cuisine.
— Bonjour, petite Claudine, Voulez-vous m'aimer ?
C'est de vous qu'aux bords de Veyle On me voit toujours rêvant ; Et, comme un moulin à vent, Tourne ma cervelle.
Hardi donc! Quand serez-vous, Bergeronnette légère, Ma petite ménagère,
Et mon fin cœur doux? —
Mais sans même prendre garde A mon propos engageant.
Dans la théière d'argent Elle se regarde.
l52 PETITE CLAUDINE
— Bonne âme, je vous le dis, Ne vous mettez pas en peine ; Ce sera pour la semaine
Des quatre jeudis !
Nous aurons un beau carrosse Tout en satin rose et bleu.
Le joli mari, mon Dieu, Et la belle noce!
Et de sa plus douce voix :
— Je suis la fleur d'amourette Qui se cache, turlurette.
Au profond des bois;
Je suis la mésange folle, Et l'alouette est ma sœur ; Dès qu'apparaît le chasseur Vite je m'envole. —
J'entends au fond du jardin Le rossignolet qui chante; , Mais le cœur de la méchante Est plein de dédain.
Doux Jésus ! quelle colère !
Sa rose n'est pas pour moi; Un mieux avisé, ma foi, Aura su lui plaire.
PETITE CLAUDINE l53
Sous son front ébouriffé, Sa joue est comme une pomme ; Et ses doux yeux luisent comme Deux grains de café.